Articles avec le tag ‘science’

Les lois de la nature sont-elles libres ?

Ou comment Dieu peut-il interagir avec le monde ?

thelangageofscienceandfaithCette question veut poursuivre la discussion (plutôt animée) que nous avons engagée sur le concept de liberté qui semble criant dans la Création associé à l’idée d’un Dieu omniscient qui saurait déjà tout d’avance (voir ici).

 

Je précise à nouveau que ces pensées, dans leurs commentaires,  sont tout à fait personnelles et n’ont pas plus de prétention que de faire avancer la réflexion dans notre désir de capter une cohérence parfaite entre les observations de la science et les orientations théologiques émanant de notre lecture de la Bible.

 

La question posée en titre principal est tirée du même ouvrage que celui qui nous a introduit dans la notion d’une création libre capable de créativité « The langage of Science and Faith » coécrit par le physicien Karl Giberson et le célèbre généticien Francis Collins.

C’est donc principalement par les mêmes auteurs qui ont suscité les questions de nos débats précédents, en particulier celles posées par Yogi à propos de l’omniscience que je vais tenter un éclaircissement du sujet,

mes commentaires personnels apparaîtront en encart

Au chapitre 4, les auteurs introduisent la notion de liberté et de non déterminisme inscrits dans les lois de la nature. Depuis la découverte de la physique quantique et de la théorie du chaos, il est désormais impossible de considérer que même une connaissance absolue de tous les éléments du présent nous donnerait une prédiction exacte du futur. Cela a changé radicalement notre façon de voir le monde.

 

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Création de l’association « Science & Foi Chrétienne »

Voeux2013

Chers lecteurs réguliers ou occasionnels de ce blog, j’ai une très bonne nouvelle à vous annoncer : nous allons pouvoir communiquer plus efficacement à propos de l’harmonie entre la science et la foi, grâce à la création d’une association Loi 1901 intitulée « Science & Foi Chrétienne ».

 

assoc

Son unique objectif est de diffuser et de partager sur l’accord souhaitable et même nécessaire entre la science et la foi en nous servant de tous les moyens de communication mis à notre disposition.

 

Cette association fixera également le cadre juridique indispensable à l’usage d’une généreuse subvention accordée par la Fondation BioLogos (profession de foi visible ici) qui nous permettra de mener à bien notre projet et de l’étendre à l’ensemble de la francophonie.

 

Projets

Nous allons donc pouvoir vous proposer des services plus attrayants : un site internet unique (le site science et foi et le blog vont fusionner) plus pédagogique et accessible dans son usage, des publications d’articles nouveaux, des productions de vidéos, de cours, de livres, l’animation d’expositions et de conférences. Tous ces projets s’étaleront sur plusieurs années.

 

Equipe

C’est un travail d’équipe et j’aimerais vous présenter ceux qui m’accompagneront dans cette aventure. Vous les connaissez pour la plupart car ils sont déjà actifs sur le blog. Ils sont tous très importants à la réussite de notre vision.

 

Marc Fiquet, Responsable Informatique rompu à la direction de projets d’envergure est le « producteur exécutif » efficace et indispensable à la bonne marche d’un projet de cette ambition. Il est déjà sur ce blog,  un auteur très apprécié pour sa perspicacité, son intégrité intellectuelle et spirituelle.

 

Pascal Touzet, Professeur en génétique à l’Université de Lille est notre référence en matière de biologie évolutive. Il est aussi co-responsable d’une église protestante évangélique à Lille. Pascal a été le premier à entrer en partenariat avec moi il y a plusieurs années maintenant, alors que je créais le site « science et foi » dans une version beaucoup plus rudimentaire que sa forme actuelle ! Depuis, Pascal a écrit des articles dans différentes revues protestantes, ainsi que participé à la rédaction de plusieurs ouvrages.

 

Roger Lefèbvre, ingénieur en agronomie tropical de formation et pasteur à Ath en Belgique par vocation est notre doyen. Je le connais depuis plusieurs années déjà. Il a été l’un des premiers auteurs à publier sur ce blog. Roger nous fait profiter de sa longue expérience spirituelle et pastorale. Chacun a pu apprécier son style direct et chaleureux, ses réflexions pleines de bon sens.

 

Bruno Synnott est le « théologien » de l’équipe, même si sa modestie souffrira de ce qualificatif. Résidant au Québec, titulaire d’une maitrise en théologie pratique, pasteur de jeunesse et exerçant les soins pastoraux en milieu hospitalier à Montréal, Bruno est aussi passionné de théologie et de philosophie. Vous avez déjà pu apprécier la profondeur, l’originalité de ses articles à propos de la question si difficile du péché originel, de l’origine du mal, de l’influence de la pensée grecque sur celle d’Augustin et donc la nôtre…

 

Benoit Hébert. Vous retrouverez les informations me concernant sur la page « A propos » du site sienceetfoi.com : http://www.scienceetfoi.com/a-propos/benoit-hebert.html

 

Equipe SFC

Objectif

Nous souhaitons donc informer le plus grand nombre de croyants et de non croyants des progrès scientifiques et théologiques spectaculaires concernant les origines, et par là montrer que la vision chrétienne du monde ne s’oppose pas aux découvertes de la science moderne, mais la complète pour aboutir à une vision globale de la réalité matérielle et spirituelle. Nous ne sommes pas dans une démarche qui chercherait à soumettre la science à la théologie pas davantage que la théologie à la science. Nous pensons que ces deux domaines de la connaissance peuvent dialoguer sereinement et ainsi s’enrichir mutuellement. La science nous permet d’affiner notre interprétation de la Bible et la vision chrétienne du monde donne une cohérence aux principes de base non démontrables indispensables à toute activité scientifique : le monde est ordonné, les humains ont (au moins en partie) la faculté et la vocation de découvrir cet ordre.

 

Collaboration

Nous continuerons de travailler avec ceux qui nous ont fait confiance en permettant la traduction de leurs articles : Denis Lamoureux (Canada), Alister Mc Grath (Angleterre), Loren et Deborah Haarsma (E.U.)…et bien sûr tous les contributeurs du site de la Fondation BioLogos. En francophonie, Josepha Faber Boitel nous enrichira de ses réflexions et de son expérience dans la publication d’ouvrages. Nicolas Ray, expert en génétique humaine à l’Université de Genève nous éclairera de ses compétences.

 

Traduction

Nous avons besoin de traducteurs anglais-français, bénévoles ou non. Si donc vous êtes intéressés par un travail de traduction, ponctuel ou plus conséquent, n’hésitez pas à nous contacter en utilisant le formulaire contact du site Science et foi.

J’en profite pour remercier Christophe et Jonathan pour l’excellent travail bénévole accompli dans ce domaine.

 

Conclusion

Pour conclure, je suis profondément reconnaissant à Dieu pour cette aventure qui se poursuit et prend une nouvelle dimension. Merci pour cette équipe et pour chaque contribution. Je n’aurais jamais imaginé que le modeste site que j’avais mis en ligne il y a plusieurs années déjà pour répondre à un besoin que je sentais pressant prendrait un jour une telle ampleur et serait visité par des dizaines de milliers de personnes.

 

Notre désir est que l’Eglise de Jésus-Christ soit correctement informée et équipée pour relever les défis intellectuels et spirituels du 21ème siècle !!

 

********************* TOUTE l’EQUIPE SE JOINT A MOI POUR VOUS SOUHAITER UNE EXCELLENTE ANNEE 2013 RICHE EN NOUVELLES DÉCOUVERTES ÉDIFIANTES ! *********************

LA BIBLE ET LA THEORIE DE L’EVOLUTION : commentaires sur une conférence d’André Eggen

LA BIBLE ET LA THEORIE DE L’EVOLUTION

 

2 points de vue

 

Le 13 octobre dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence d’André EGGEN sur le thème : « Bible et science au 21eme siècle«   – avec comme sous-titre : « face à la science, la bible a-t-elle encore une place, une influence dans la société d’aujourd’hui ? ».

J’avais hâte d’écouter cet orateur, non pas à cause de ses différentes altercations avec la presse nationale (je vous laisse faire ces recherches sur votre moteur favoris) mais par le fait qu’un biologiste de ce niveau (certes chrétien) puisse afficher sans encombre des convictions créationnistes les plus strictes, à savoir : maintenir un mur infranchissable entre les espèces et soutenir l’idée d’une terre jeune (<10 000 ans).

 

L’argumentation d’un scientifique spécialiste en génétique face aux évidences de la théorie de l’évolution, m’interpellait sincèrement.

J’étais donc partagé entre un sentiment de fascination mais à vrai dire également de prudence tant toutes mes lectures et échanges émanant de « la pensée créationniste » m’avaient plutôt déçu par leurs  arguments scientifiques non convaincants mais surtout par leurs préconçus théologiques évidents.

 

J’ai énormément apprécié André par son attitude posée, sa capacité à répondre aux avis contraires sans esprit de polémique.

Mais j’avoue avoir été frustré par sa démonstration, et c’est en toute amitié que je voudrais montrer ici pourquoi.

Je vais tenter de retranscrire les idées principales de la présentation sur la base de mes notes. Je pense ne pas avoir trop déformé les propos du conférencier.

Il est bien entendu qu’André Eggen dispose d’un droit de réponse ou de correction que nous pourrons publier dans ces colonnes s’il ne désire pas intervenir directement dans les commentaires.

 

Il nous parait important de montrer que le monde chrétien et en particulier évangélique n’est pas dans l’obligation d’opposer ses convictions religieuses à la science contemporaine.

Je vous propose donc de comparer par une mise en parallèle, le schéma de pensée présenté par André Eggen fidèle au modèle « créationniste », à celui que nous défendons ici et sur le site scienceetfoi.com et que nous pourrions qualifier de « science et foi en harmonie » .

Nous avons collaboré avec Benoit à la rédaction de cette réponse, vous trouverez des liens permettant à chacun de creuser ces questions qui dépassent le cadre d’une simple conférence ou d’un seul article. Nous voudrions souligner que si nous prenons la liberté de citer également en référence des sites rationalistes sans aucune étiquette religieuse, c’est bien parce qu’ils adressent des questions purement scientifiques et jouissent d’une bonne presse sur les thèmes qu’ils traitent, il ne s’agit en rien d’une provocation envers les propos ou l’approche développés par l’orateur.

Il est bien entendu que nous ne nous associons pas aux conclusions matérialistes qui peuvent malheureusement encore  être trop fréquentes de la part de certains de ces média, faisant ainsi de la science un médiateur malhonnête pour servir leurs propres convictions antimétaphysiques, notre responsabilité est cependant de savoir juger du résultat qui découle d’une véritable démarche scientifique sans être tenté de jeter le bébé avec l’eau du bain.

 

Merci de garder en arrière plan que le but de cet article n’est pas d’alimenter la polémique ou de s’opposer à tout prix et par principe à un courant de pensée pour lui en supplanter un autre; l’objectif s’oriente plutôt à montrer que la vision présentée lors de cette conférence d’André Eggen n’est pas la seule possible, ni pour le croyant, ni pour le non-croyant. Le choix de la science ne se fait pas au détriment de celui de la foi et vice versa.

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150 Idées reçues sur la science

Christian Camara et Claudine Geston professeurs agrégés de science et vie de la terre, nous proposent une lecture rafraîchissante qui nous démontre bien comment les approximations  peuvent parfois fourbir en nous des certitudes s’avérant pourtant fausses.

Dans 150 idées reçues sur la science (édition First) les auteurs parcourent 7 thèmes scientifiques : des grands noms de la science à la terre et l’univers en passant par la physique, la biodiversité ou encore, terrain de prédilection pour les idées reçues : la théorie de l’évolution.

Certes il s’agit là d’un ouvrage très clairement destiné au grand public mais résumant bien la problématique en apportant l’éclairage permettant de renouer avec la réalité scientifique. En moyenne les sujets occupent 2 pages, ils sont plutôt variés, la lecture est facile et agréable.

Je la conseillerais particulièrement à un jeune public fin de collège / Lycée, non seulement pour pouvoir faire le malin en cours comme semble le suggérer la couverture du livre (!) mais surtout afin de prendre le plus tôt possible l’excellent pli du recul nécessaire, de la volonté de chercher/vérifier par soi-même et de l’esprit d’analyse tant nécessaire en science.

Nous y verrons donc par exemple pourquoi  (contrairement à une idée reçue) l’eau ne gèle pas systématiquement à 0°C, que la lumière n’est pas lumineuse, que le big-bang n’est pas une explosion ou encore que l’on peut réveiller un somnambule sans risque !

Voyons d’un peu plus près le chapitre sur l’évolution, plus en rapport avec notre Blog :

19 questions y sont traitées. On nous rappelle tout d’abord le sens du mot théorie s’appliquant à l’évolution comme à d’autres sujets : « c’est une synthèse explicative qui s’appuie sur un ensemble de faits » (théorie n’est pas à prendre au sens limité de ‘hypothèse sans fondement’, c’est un modèle descriptif.)

« Elle affirme que les être vivants se transforment et que de nouvelles espèces apparaissent à partir d’autres préexistantes. »

Plusieurs arguments sont développés synthétiquement, mais sur le seul fait de vouloir donner une explication sur la ressemblance flagrante entre les différentes espèces, « seule la théorie de l’évolution nous donne une explication scientifique » (sous-entendu non religieuse).

Un rappel bien utile concerne la présence d’espèces qui en apparence ont très peu évolué au cours de plusieurs millions d’années. L’idée reçue est que ces « fossiles vivants » démontrent que l’évolution n’existe pas.

Pourtant plusieurs explications sont avancées comme le fait que d’autres facteurs que celui de la sélection naturelle peuvent intervenir dans le processus de transformation des espèces. Une observation évidente est que les espèces citées tels que les nautiles ou certains poissons bénéficient d’environnements très stables au cours du temps comme le fond des océans, la sélection naturelle ne privilégie alors pas de populations par rapport à d’autres puisque l’environnement n’exerce pas de pression particulière pour favoriser un individu qui serait plus adapté à un éventuel changement.

De plus, à y regarder de plus près, ces espèces anciennes présentent parfois des dissemblances telles (forme des nageoires par exemple) qu’on doit en fait les classer dans un autre groupe, l’évolution a bien eu lieue mais pas au même rythme.

On entend souvent que les êtres vivants s’adaptent à leur environnement (comme les bec du colibri qui s’allonge pour aspirer le nectar des fleurs). Encore un idée reçue qui témoigne d’une méconnaissance du fonctionnement de la sélection naturelle que l’article se plait à rectifier.

Dans la même veine, il sera rappelé que la fonction ne crée par l’organe, que le cou des girafes ne s’est pas allongé pour atteindre les feuilles des arbres, ou qu’avec la sélection naturelle, la loi du plus fort ne s’applique pas systématiquement.

Zoomons sur une dernière remarque qui stipulerait que les bactéries sont des êtres vivants peu évolués.

Même si l’état unicellulaire des bactéries nous met face à un organisme d’une simplicité incontestable, il faut remarquer ses facultés formidables qui lui ont permis de coloniser la terre entière et des endroits inédits comme des sources chaudes à plus de 100°. Elle sont indispensables au maintien de la vie sur terre participant au recyclage de la matière, nous aidant à digérer, etc..

Les bactéries ont su compenser la simplicité de leur structure par une complexité métabolique leur permettant de réaliser un large éventail de réactions chimiques afin de survivre dans des milieux aux conditions extrêmement variées.

d’autres sujets suivent, plus liés à l’évolution de l’homme que vous pourrez découvrir au sein de l’ouvrage si le cœur vous en dit.

Concluons sur un petit point sombre en guise de pirouette : Au chapitre des Grands Noms de la Science, nous lisons que contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Darwin qui a découvert l’évolution (ce qui est tout à fait exact et parfaitement décrit avec les travaux de Buffon, Lamarck, etc..).

Mais cette question subliminale plantée au beau milieu de l’article fait un peu tâche avec l’entendement que voudrait imprimer ce livre à nos esprits en proie aux facilités des idées populaires :

« Corollaire de la théorie Darwinienne, les êtres vivants ne sont pas parfaits. Comment alors un Créateur, parfait par nature, aurait-il créé des êtres imparfaits ? »

Même si la question est d’une grande pertinence (nous y reviendrons d’ailleurs ultérieurement dans ces colonnes), il me semble percevoir l’ironie fatale au Dieu créateur, évacué par une idée reçue qui parait ma foi bien tenace en tout cas dans l’espace médiatique français, la théorie de l’évolution est la théorie de l’athéisme !…

Excellent sujet qui pourrait en inspirer certains à l’édition d’un ouvrage intitulé « 150 idées reçues sur la foi ! » ;-)

Diagnostic d’un malaise évangélique

Continuons notre série Réflexions Pédagogiques sur Genèse avec l’introduction de 3 nouvelles orientations théologiques, que nous placerons à la suite de celles que nous avons exposées dans l’article précédent. Elles m’apparaissent être comme trois clés d’interprétation supplémentaires pour aller de l’avant dans notre compréhension de la Bible.

Mais avant, réglons deux ou trois petites choses. Le lecteur s’étonnera certainement de l’emphase mise dans mes artilces sur les 3 premiers chapitres de la Bible. C’est parce que je crois que l’interprétation des « récits primordiaux » qui fondent l’histoire du salut est comme « le chaînon manquant » qui empêche en ce moment les églises évangéliques de rejoindre la société et la culture francophones. Je vous avoue que je me sens un peu dans la continuité de l’œuvre du théologien Frère Mennonite québécois Éric Wingender, dont je n’ai pas toujours su apprécier les interpellations de son vivant, mais qui cherchait constamment à contextualiser la théologie dans le contexte du Québec. À sa suite, je cherche dans ces colonnes à réfléchir sur de nouvelles orientations théologiques et herméneutiques concernant les premiers récits de la Bible, dans le but d’aplanir le fossé qui sépare les Québécois de l’évangile de Jésus-Christ.

 Malaise…

En ce moment même, la grande majorité des églises continuent à enseigner une interprétation littérale de la  création du monde en 7 jours de 24 heures. Ma crainte par rapport à ça est qu’en agissant ainsi, elle force ses jeunes à faire un choix impossible entre la foi et la réflexion, la Bible et la science, ou encore entre l’église et la société. Or chacun de ces couples me semblent inséparables. Rompre leur subtil équilibre conduirait inévitablement à des extrêmes malheureux. Et en ce moment, je vois clairement que l’équilibre est rompu dans les églises évangéliques québécoises, et qu’à cause de cela, elles se sont placées en marge de la société. Elles se sont déconnectées.

Autre faits troublants : on continue largement à considérer comme « historique » et « littérale » la création instantanée d’Adam et Ève. Est rejetée en bloc la théorie de l’évolution. Est affirmé plutôt que Dieu a créé deux êtres parfaits dans un jardin paradisiaque, à la suite de quoi s’est introduit le serpent diabolique pour faire chuter nos premiers parents, et que c’est depuis ce jour que s’est transmis à toute l’humanité une tare de culpabilité et une nature corrompue. Cette interprétation « augustinienne » de la dépravation humaine est celle qui est véhiculée dans plusieurs églises, consciemment ou pas.

Sans comprendre malheureusement toujours le contexte réactionnaire qui a donné naissance à cette doctrine extrêmement pessimiste[1]. Et sans dire que l’église catholique, à laquelle Augustin appartenait, a contrebalancé cette doctrine par le « baptême des enfants » qui effaçait la tâche originelle et rétablissait l’homme dans ses facultés réflectives. Les évangéliques, eux, rejetant le baptême d’enfant comme non biblique, ont toutefois gardé la doctrine du péché originel qui, conçue à partir d’une interprétation littérale de Genèse III,  spécule sur la pseudo transmission biologique d’une tare héréditaire, « imprégnant »[2] de culpabilité et de volonté mauvaise[3] chaque petit bébé qui naît.

Comment alors s’étonner que l’église évangélique développe une sorte d’esprit de suspicion vis-à-vis des milieux académiques ? Comment ne pas s’étonner qu’on sent parfois dans nos milieux une sorte d’atmosphère de fin du monde imminente, doublée d’un sentiment de paranoïa face à tout ce qui vient de l’extérieur de l’église évangélique ?

Quelle belle perspective pour un jeune… En caricaturant un peu, l’évangélisation ressemble à des commandos hors de nos « bunkers », en s’avançant courageusement en territoire ennemi, dans le vestibule de l’enfer, Bible et bouclier en main, avec l’espoir d’y repêcher quelques âmes égarées que le Seigneur aura bien voulu sauver par sa grâce, pour les ramener vertement dans le paradis dont nos églises évangéliques sont un avant-goût. N’est-ce pas là une autre conséquence de cette vision pessimiste de l’homme, dont nous a chargé cette théologie augustinienne non censurée?

Est-ce là vraiment le programme que Jésus a donné à ses apôtres et le plan que Dieu a voulu confier à son peuple ? D’avoir une seule préoccupation : sauver des « âmes » pour aller au ciel, et avoir un seul message : « acceptez le sacrifice de Jésus à la croix et recevez Jésus dans notre cœur ? » Est-ce tout ? Les puritains eux avaient au moins un programme politique et économique !

Est-ce sur ce programme minceur que nous voulons bâtir l’Église de demain ? C’est peut-être pour cela que la majorité de nos jeunes ont quitté l’église avant 20 ans, en se disant : « si c’est ça l’avant-goût du ciel, je prends mon ticket et je cède ma place au suivant… ». Honnêtement, je pense avec beaucoup de tristesse que c’est un programme  un peu famélique. Comme je le disais dans le dernier post de mon blog personnel, on a oublié la théologie de la création. C’est bien beau que des gens acceptent Jésus, mais l’accepter pour quoi ? Qu’est-ce qu’on fait les 6 autres jours de la semaine?  Que fait-on de l’art, de la philosophie, des lettres ?

Et pour arriver à la solution, il faut retrouver l’usage de la raison. Il faut marcher sur deux jambes. Deux jambes et une tête renchérissait John Stott. Il faut « aimez Dieu avec toute notre intelligence » (Luc 11.37). Il faut revenir au plan de Dieu tel qu’il l’énonce dans le premier chapitre de la Genèse. Il faut revoir notre interprétation littérale et concordiste des premiers chapitres de la Bible qui nous amène à faire une croix sur la science et sur tout le reste. Il faut cesser de commencer à partager le message de Dieu par un pseudo concept gnostique de « chute » et d’une transmission d’une « chair mauvaise de nature ». Il faut cesser de garder la tête dans le sable et nier l’évidence de nos lacunes herméneutiques,  en pensant qu’il suffit de « prêcher Jésus ». Il faut prêcher Jésus, certes, mais un Jésus qui nous permet d’être de vrais humains qui, je le rappelle, vivent dans un corps humain sur une planète appelée Terre !

Personnellement, je veux prêcher la Bible, pas un dogme du Moyen-âge pris dans des cadres conceptuels grecs anciens duquel la majorité des facultés évangéliques dans la francophonie refuse de nous déprendre.

J’invite mes lecteurs qui n’auraient pas lu la première partie de cette série « Réflexion pédagogique sur la Genèse » à le faire. J’y énonce 4 réflexions nécessaires, me semble-t-il, pour repenser le préambule biblique. J’aimerais bien pouvoir en débattre avec mes lecteurs et inviter mes amis du monde entier à les approfondir. Ces 4 orientations sont comme 4 marches d’un escalier :

1-      Un principe de non-contradiction entre la Bible et la science : Les vérités des récits de création sont éternelles et ne visent pas une explication scientifique du monde mais une compréhension du sens que Dieu donne à cette création.

2-      Ce principe s’appuie notamment sur une juste compréhension du « genre littéraire » du texte, et de la théorie du cadre littéraire qui permet de saisir les vérités théologiques et existentielles du texte.

3-      Deux vérités fondamentales fondent une bonne théologie de la création : la création de l’humain « à l’image de Dieu », son créateur, et le désir du créateur de voir l’humain s’épanouir dans un monde « très bon », dans une relation sanctifiée avec la nature, les autres et Dieu (par le Sabbat).

4-      Cette théologie de la création apporte finalement un équilibre nécessaire à la théologie de la rédemption si importante chez les évangéliques.

Le chemin qui reste à parcourir est encore long. Je vais ajouter 3 autres paliers à cet escalier à partir de Genèse 2. Je répète que ces marches sont discutables. Je les propose comme base de réflexion, fruits d’une herméneutique différente de ce que l’on a l’habitude de rencontrer parmi les évangéliques. Et le but de tout ça est de mieux combler le fossé entre l’église et la société, afin de limiter les obstacles à la présentation du message central : Christ est ressuscité ! Je me propose ici d’esquisser très brièvement les trois prochains points qui seront défendus lors de futurs articles :

1-      Penser à Adam moins en terme d’« individu historique » qu’en terme de « représentant de l’humanité ». Dans la Genèse, « le peuple entier y est identifié d’une façon ultra-réaliste avec son premier ancêtre »[4] (voir par exemple les ancêtres de Genèse 10). La pensée sémitique n’isole jamais l’individu de la communauté. Les premiers théologiens avant Augustin « étaient capables de se représenter un singulier collectif, un individu qui vaut un peuple »[5]. Aussi Jésus ne fait jamais référence à Adam comme à un nom propre, individuel. Mais il y fait référence dans son sens collectif : « ish » ou « anthropos » (Marc 10. 6-8 et Mat 19.5)

2-      Penser la figure d’Adam dans une perspective dynamique, comme un être en croissance, qui n’arrive pas au monde parfait et statique, mais qui est appelé à croître en sainteté dans une marche pavée d’épreuves. C’est ainsi que les Pères de l’église tels qu’Irénée de Lyon et Tertullien ont compris l’Adam. Écoutez Irénée de Lyon (120-177 ap J-C) pour qui le thème de l’homme créé « en état d’enfance » pour progresser à travers le temps était cher: « Il fallait que l’homme fut, puis, existant, qu’il crut, ayant été créé, qu’il devint homme adulte; étant devenu qu’il se multipliât; s’étant multiplié qu’il prit des forces; ayant pris des forces, qu’il fut glorifié; ayant été glorifié, qu’il vit le Seigneur »[6] Nous avons le droit, je pense, de concevoir une conception dynamique de l’homme, et remplacer notre vision statique et stoïcienne d’Augustin dans la théologie évangélique.

3-      Finalement, penser le péché comme un problème « d’existence » avant d’être un problème d’essence. L’homme ne naît pas « bon » ou « mauvais ». Il naît « image de Dieu » et appelé à réaliser cette image en Dieu. L’image n’est pas réalisée à la naissance. Elle pourra l’être, malgré le péché inévitable, dans une relation à Dieu et à son Fils Jésus-Christ. Le péché sera pensé davantage comme « position d’autonomie devant Dieu » que comme un « état de concupiscence » causé par la perte d’une nature spirituelle; davantage comme  une façon d’être au monde que comme une corruption de la nature humaine. Le péché se trouverait davantage dans « les pensées mauvaises » de l’homme que dans la dépravation de son « cerveau »; dans une attitude d’indépendance ou d’indifférence face à Dieu plutôt que dans une déchéance de ses facultés mentales.

Dans le prochain post, nous développerons plus en détails ces 3 autres points. Merci de votre attention.

 

Bruno Synnott,

[1] La discussion avec Pélage et Mani[2] Expression d’Henri Blocher dans son article sur le Péché dans le Dictionnaire de théologie biblique, Excelsis, 2006

[3] La doctrine protestante du serf-arbitre

[4] Roger Leys (1969), Teilhard de Chardin et le péché original, dans Le Christ cosmique de Teilhard de Chardin, ed du Seuil, Paris, p. 191

[5] Ricoeur (1955), Histoire et vérité, ed. du Seuil, p. 115

[6] Ricoeur, idem cit. p.113.

La science au temps de la Bible

INTRO

 

Les faits rapportés dans les deux premiers récits de la création en Genèse 1 et 2 sont-ils à prendre comme des faits historiques et scientifiques ? Je proposerai un petit tableau comparatif des deux premiers chapitres de la Genèse, dans lequel j’aimerais clairement montrer les caractéristiques propres à chacun des récits. Nous aurons vu, après cette analyse comparative, que l’intention des auteurs n’était pas de rapporter en détail le compte-rendu scientifique et historique sur le commencement du monde.

Toutefois, comme la Bible n’est pas aseptisée d’une compréhension scientifique de l’univers (appelée cosmologie), je proposerai en second lieu un autre tableau synthèse dans lequel sera exposé la science de l’univers de cette époque. Il est vrai que la Bible parle de science; mais de quelle conception scientifique du monde parle-t-elle? Nous verrons que chaque époque a sa propre compréhension du monde, et qu’à ce titre il soit normal que la Bible révèle Dieu selon les conceptions scientifiques de l’époque. C’est un fait que la Bible regorge d’éléments de cosmologie anciens. La révélation des vérités sur Dieu s’est faite à l’intérieur des paradigmes scientifiques des auteurs bibliques.

N.B.: Ce n’est pas que parce que la Bible parle à partir d’une science ancienne, ou que les différents récits de création ne s’harmonisent pas littéralement que la Bible devient un livre « erroné » ou « désuet » ou « stupide ». Bien sûr que non ! Elle demeure la parole de Dieu dans l’histoire et c’est à nous de prendre les vérités théologiques, spirituelles et morales, mais de garder une distance critique quant à l’adhésion – ou pas – des points de vues scientifiques, tels qu’ils sont exprimées par les écrivains bibliques.

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Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 3c

 Suite de la Partie 3b 

Résumé – 3c/4

PARTIE III : La foi en la science, la foi en Dieu

Nous voilà enfin parvenu à la vision d’équilibre proposée par Francis Collins, ce chapitre explique clairement (mais succinctement  la vue que nous partageons sur ce blog et sur le site www.scienceetfoi.com.

Option 4 : BioLogos

(Science et foi en harmonie)

Un bref rappel du parcours du jeune scientifique découvrant la foi ainsi que les différents génomes au cours de la même période, nous montre comment il fut amené à croire en Dieu tout en s’émerveillant de l’évolution de la vie. Il se retrouve de lui-même, sans en connaître alors le nom, en phase avec l’ »Evolution Théiste« .

Cette approche bien moins connue que le créationnisme ou l’Intelligent Design, représente pourtant la position dominante parmi les biologistes chrétiens.

L’évolution théiste dans sa définition la plus courante énonce les principes suivants :

  1. « L’univers est né à partir du néant, il y a environ 14 milliards d’années.
  2. Malgré d’énormes improbabilités, les propriétés de l’univers semblent avoir été précisément ajustées pour engendrer la vie.
  3. Le mécanisme précis de l’origine de la vie nous reste inconnu, cependant le processus d’évolution et de sélection naturelle a permis sur de très longues périodes de temps, le développement de la diversité biologique et de la complexité.
  4. Une fois l’évolution enclenchée, aucune intervention surnaturelle particulière ne fut nécessaire.
  5. Les humains font partie de ce processus, partageant un ancêtre commun avec les grands singes.
  6. Mais l’homme est également unique et possède des caractéristiques défiant toute explication évolutionniste et révélant sa nature spirituelle. Cela comprend l’existence de la loi morale (la connaissance du bien et du mal) et la recherche de Dieu qui caractérise toutes les cultures humaines à travers l’histoire. »

Cette vision des choses est totalement compatible avec les découvertes de la science moderne et avec les grandes religions monothéistes du monde. « L’évolution théiste ne saurait cependant pas prouver que Dieu soit réel, la croyance en Dieu nécessitera toujours un acte de foi. »

L’évolution théiste est parfois critiquée en relevant le nombre peu élevé de ses adhérents, mais l’auteur souligne deux facteurs principaux expliquant ces faibles chiffres :

  1. La crainte d’être critiqué par l’Eglise
  2. La difficulté d’acquérir des bases solides en science biologique afin de souscrire à ce point de vue en toute confiance.

Pour décrire cette synthèse d’équilibre entre la science et la foi, Francis Collins ressent le besoin d’éviter les termes galvaudés associant création, évolution, etc.. C’est pourquoi il créa l’expression de BioLogos (La vie créée à travers le Logos) issue de la fusion de deux mots grecs : Bios=la Vie et Logos=la Parole ou le Verbe c-a-d Dieu.

Pour le scientifique athée, BioLogos peut s’apparenter à la théorie du « Dieu bouche-trou », qui se plait à placer Dieu dès qu’une énigme échappe à la science. Mais l’auteur de rappeler : « le logos ne cherche pas à adresser Dieu sur ce qui manque à notre compréhension du monde naturel ; il présente Dieu comme une réponse potentielle aux questions que la science n’a jamais été destiné à traiter, tels que « comment l’univers en est-il arrivé là ?, Quel est le sens de la vie ? Qu’adviendra-t-il de nous après la mort ? »"

L’opposition principale à BioLogos proviendrait cependant de certains croyants ne pouvant pas accepter que Dieu ait recours à un processus aléatoire et potentiellement cruel pour faire évoluer sa création. Le scientifique prend alors le recul nécessaire pour faire réfléchir son lecteur sur la définition que nous donnons communément au hasard et explique qu’un Dieu en dehors de la nature et du temps pu très bien ordonner les choses de telle manière qu’elles nous paraissent à nous, humains prisonniers du temps et de l’espace, aléatoires tandis qu’elles seraient issues d’un plan parfaitement dirigé.

Quant à l’interprétation littérale des premiers chapitres de Genèse, nous avons déjà conclu qu’il s’agissait d’une erreur que d’assimiler les saintes Ecritures à un traité d’astronomie, de géologie ou de biologie.

Concernant le récit d’Adam et Eve, comment pouvons-nous le concilier avec les découvertes de la science qui explique nos origines au travers environ 10 000 ancêtres et non pas au travers d’un couple unique ?

L’auteur rappelle alors les différentes lectures qui ont été faites de ces textes bien avant Darwin et les questions difficiles soulevées (de qui Caïn avait-il peur lorsqu’il fut chassé du jardin ? Y avait-il d’autres hommes qui peuplaient la terre ? Caïn s’est-il marié avec sa sœur ? Etc…)

C’est par les mots de C.S. Lewis, théologien souvent admiré par les chrétiens conservateurs, que l’auteur se veut insister sur la possibilité d’accepter Adam et Eve comme des représentants de la condition humaine sans en faire un récit littéral historique.

Bien des chrétiens craignent que ces « libertés » prises avec les textes nous conduisent à une théologie libérale mettant en danger les fondements de la foi. Cependant, en observant attentivement les différents textes de la Bible nous trouverons en eux-mêmes des signes clairs nous permettant d’établir s’il s’agit d’une histoire rapportée par un témoin oculaire « et dans ce cas en tant que croyant nous devons nous en tenir à ces vérités. Pour des récits tels que Job, Jonas ou Adam et Eve nous nous devons reconnaître qu’ils ne disposent pas du même canevas historique. « 

L’interprétation littérale de certains passages nous amène à des conflits inextricables avec les découvertes scientifiques d’aujourd’hui. Est-il dans la volonté de Dieu « que nous niions les vérités incontestables du monde naturel que la science nous a révélées dans le but de prouver l’amour que nous éprouvons pour lui ? »

cet angle de vue parait pour le moins étrange à Francis Collins qui conclu alors en ces termes :

 » l’évolution théiste, ou BioLogos, me semble être, à cet égard, l’alternative de loin la plus cohérente d’un point de vue scientifique et la plus gratifiante d’un point de vue spirituel. Cette position n’endurera pas de changement de mode ni ne sera réfutée par des découvertes scientifiques futures. Elle est rigoureuse sur le plan intellectuel, elle fournit des réponses à de nombreuses questions étranges, et elle permet à la science et à la foi de se fortifier l’une l’autre, tels des piliers inébranlables maintenant conjointement un bâtiment appelé vérité. »

Les chercheurs de Vérité

Dans ce dernier chapitre, l’auteur nous livre ses réflexions sur l’amour et la loi morale au travers de son expérience personnelle comme médecin en Afrique. Il nous livre avec sincérité comment sa foi lui permit de répondre à des situations inaccessibles à la science et donne quelques précisions sur son cheminement personnel.

Il remet les choses à leur place, évoquant que « la science est le seul moyen légitime d’enquêter sur le monde naturel […] mais elle ne saurait répondre à toutes les questions importantes. […] Le monde spirituel est une autre voie à emprunter afin de trouver la vérité. »

En guise de conclusion générale, Francis Collins s’adresse alors aux croyants, les invitant à discerner la grandeur de Dieu au travers des découvertes de la science plutôt que de se sentir menacés par elle, il exhorte également les scientifiques incroyants à examiner de plus près les indices innombrables plaidant en faveur d’un créateur.

Raison et culte peuvent tout à fait cohabiter harmonieusement, c’en est même un principe divin : « La science n’est pas menacée par Dieu, elle en est renforcée. Dieu n’est certainement pas menacé par la science, puisque c’est lui qui a rendu tout cela possible. »

—-

 Un petit mot du « résumeur »

Ainsi s’achève le résumé de cet ouvrage plutôt rare dans le monde de l’édition francophone.

Je ne peux que vous en recommander la lecture complète pour vous permettre de rentrer plus en détail dans la pensée de son auteur et d’accéder à certains points non traités dans ces synthèses.

Pour les lecteurs attentifs qui auront remarqué l’existence d’une 4eme partie, sachez que le livre contient un appendice sur la Bioéthique, thème que nous n’abordons pas souvent dans le cadre de ce blog, ça sera donc l’occasion d’y remédier…

 

Si vous désirez afficher l’ensemble des résumés de ce livre, vous pouvez cliquer sur le tag Francis Collinshttp://cvablog.com/creationetevolution/tag/francis-collins/

Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 3b

Suite de la Partie 3a

Voilà un petit moment que nous avions refermé le livre de Francis Collins, cet éminent scientifique chrétien, Directeur du programme pour le décodage du génome humain et qui nous instruit sur les moyens de vivre la foi et la science en harmonie. Il est temps d’en reprendre la lecture…

 

 Résumé – 3b/4 PARTIE III : La foi en la science, la foi en Dieu

Après l’introduction résumée dans l’article précédent qui montre comment la lecture littérale des premiers chapitres de la Genèse nous écarte d’une vue compatible entre bible et science comme Galilée en fit jadis les désormais célèbres frais, l’auteur désire explorer les différentes voies qui s’offrent à nous dans le cadre de cette réflexion.

Qu’il s’agisse de foi ou de science, il appartient à chacun de trouver la position qu’il juge(ra) la meilleure concernant la question cruciale portant sur le sens de la vie.

Quatre options sont proposées au lecteur, dont voici les 3 premières :

 Option 1 : Athéisme et agnosticisme

(Lorsque la science fait mieux que la foi)

L’Atheisme s’avère parfois violent dans ses revendications comme le démontre par exemple l’anecdote du procès intenté à la NASA en 1968 par une athée militante, au prétexte que les astronautes en orbite autour de la terre exprimèrent leur subjugation en citant un verset de la Bible.

La lutte entre d’un côté, les extrémistes religieux et de l’autre des scientifiques athées engagés, ne fait qu’accroitre les tensions entre ces 2 mondes.

Pour ajouter au trouble, certaines conclusions fallacieuses sont proclamées avec vigueur par des chefs de file tels que Dawkins ou Dennett qui affirment à qui veut l’entendre « que l’acceptation de l’évolution en biologie exige l’acceptation de l’athéisme en théologie« .

Tout portant à montrer que la quête universelle de Dieu est impérieuse, comment expliquer que certains manifestent une telle confiance aux thèses athées ? L’auteur propose alors un parcours historique pour tenter de répondre à la question qui démarre au XVIIIe siècle avec l’avènement des lumières et la montée du matérialisme.

Il souligne combien la théorie de l’évolution joua un rôle important pour prétexter un combat vindicatif contre la foi.

Alister Mc Graph, biologiste moléculaire et théologien consacrera d’ailleurs un ouvrage (Le DIeu de Dawkins, les gènes, les mèmes et le sens de la vie) pour montrer l’illogisme patent des démonstrations de Dawkins. L’auteur nous en partage alors la teneur (que je ne détaillerai pas dans ce résumé).

Nous constatons par ailleurs que la vision de Dawkins ne fait pas l’unanimité dans le milieu. Le célèbre Jay Gould, un des plus grands vulgarisateurs de la théorie de l’évolution invite ses collègues au sens de la mesure : « La science ne peut procéder qu’à partir d’explications naturalistes; elle ne peut ni confirmer, ni infirmer d’autres genres d’acteurs (tels que Dieu) se trouvant dans d’autre domaines (le domaine de la morale par exemple). »

 Et Collins de conclure : « Ainsi toute personne se réclamant de l’école athée doit-elle pour défendre cette position, trouver une autre assise. L’évolution elle ne le permet pas. »

 L’agnosticisme, pour sa part affirme que l’existence de Dieu ne saurait être accessible. On peut distinguer l’agnosticisme fort qui proclame une impossibilité absolue pour l’homme d’accéder à la connaissance de l’existence de Dieu, du faible qui pense cette méconnaissance temporaire ou comme un état de réflexion personnelle qui ne trouve pas de conviction ou de réponse satisfaisante au « problème » de Dieu.

Cette position peut parfois s’apparenter à une échappatoire, car « pour pouvoir se réclamer de l’agnosticisme, on devrait préalablement procéder à un examen complet de tous les éléments de preuve, aussi bien favorables que défavorables, relatifs à l’existence de Dieu.[…] Admirerions-nous une personne affirmant que l’âge de l’univers n’est pas connaissable alors qu’elle n’aurait pas pris le temps  de considérer tous les éléments de preuves lui étant relatifs ? »

 Option 2 : Le créationnisme

(Lorsque la foi fait mieux que la science)

Le généticien croyant, regrette tout d’abord que ce mot renferme désormais une idéologie étriquée alors que tout théiste devrait s’y reconnaitre.

Il poursuit en évoquant le mouvement le plus strict du créationnisme dit « Créationnisme de la jeune terre » qui interprète les 6 jours de la création de la Genèse comme 6 jours de 24 heures et spécule que la terre aurait moins de 10 000 ans.

Si un principe de microévolution au sein des espèces reste acceptable, les partisans de ces thèses – dont une des grandes figures reste Henry Morris fondateur de l’institut de recherche sur la Création aux Etats-Unis – cristallisent leurs explications du monde fossile en particulier autour d’un seul évènement catastrophique : le déluge universel.

Cette manière de penser la création est très rependue dans le milieux évangéliques même si elle se heurte à de nombreuses aberrations scientifiques. L’auteur souligne alors certains subterfuges utilisés pour défendre ces thèses : (fausses informations sur les chaînons manquants,  erreur de compréhension de la deuxième loi  de la thermodynamique, remise en cause des principes de datation, cohabitation de l’homme avec les dinosaures, ignorance des preuves de l »évolution dans les traces de l’ADN non codant).

Ainsi le créationnisme rentre en conflit ouvert avec les découvertes de la science moderne et tend à vouloir imposer son point de vue théologique sur des questions scientifiques.

L’incompatibilité est telle que l’acceptation de ces déclarations « conduirait à un effondrement complet et irréversible de la physique, de la chimie, de la cosmologie, de la géologie et de la biologie ».

L’auteur reconnait « le sérieux de la foi » des croyants désireux de protéger la Bible,  pourtant « les interprétations ultralittérales de la Genèse ne sont pas nécessaires« . Car de nombreuses lectures allégoriques de la Genèse ont été faites par l’église au cours des siècles précédents bien avant l’avènement de la théorie darwinienne.

Pour Saint Augustin par exemple « Les premiers chapitres de la Genèse ressemblaient davantage à un texte empli de moralité qu’à un récit de témoin oculaire portant sur les nouvelles du soir« .

Une question de responsabilité se pose avec l’approche créationniste conflictuelle : « Dieu est-il honoré ou déshonoré par ceux qui souhaiteraient que son peuple ignore les conclusions scientifiques rigoureuses relatives à Sa création ? La foi en un Dieu d’amour peut-elle être échafaudée sur un tissu de mensonges énoncés à propos de la nature ? »

Car il se pose un cas de conscience important pour qui ayant connaissance des faits scientifiques modernes s’entêterait à vouloir démontrer la réalité d’un univers récent.

Ainsi pour expliquer les étoiles situés à des années lumière et dont la lumière nous parvient déjà, il faut user d’explication telle qu’un Dieu ayant propulsé les photons jusqu’à la terre en un instant. dans le même état d’esprit, la désintégration radioactive aurait été truquée par Dieu pour mettre l’homme à l’épreuve de sa foi (choisir entre les apparences du visible et la vérité scientifique de la bible !) l’apparence d’un génome ayant évolué sur des millions d’années serait également créé ainsi par Dieu pour mettre à l’épreuve les humains !…

Cette description d’un Dieu falsificateur est-il à l’image du Dieu de la Bible ?

Ainsi le Créationnisme de la terre jeune, ne pose pas seulement des problèmes de compatibilité avec la science moderne mais également de sérieux problèmes théologiques.

Quels dégâts va causer un tel enseignement auprès des enfants enseignés de la sorte n’ayant pas d’autre de choix que de rejeter la science au profit de la foi ou la foi au profit de la science ?

Francis Collins en appelle alors à la raison :

Se réclamant des mêmes mouvements religieux (évangéliques) il plaide pour une remise en cause du fondement erroné sur lesquelles s’appuient néanmoins de vraies questions : comment défendre l’amour de Dieu pour le monde qu’il a créé lui-même ?

 Option 3 : l’Intelligent Design

(Lorsque la science requiert une assistance divine)

L’auteur commence par rappeler l’effervescence médiatique suscitée par le procès de Dover en 2005 aux Etats-Unis où les protagonistes de cette théorie tentèrent de l’imposer comme un enseignement scientifique scolaire au même rang que la théorie de l’évolution.

 Qu’est-ce que L’intelligent Design (ID) ?

Le dessein intelligent (en français) fut fondé par Phillip E Johnson, un chrétien Professeur de Droit à l’université de Californie.

Il s’agit d’expliquer la façon dont la vie serait apparue sur terre et le rôle que Dieu pourrait jouer à cet effet. Ses arguments furent complétés par certains scientifiques chrétiens pour s’articuler selon 3 propositions :

Proposition N°1 : « l’évolution promeut une vision du monde athée et doit être combattue par tout croyant » Ceci implique un fondement non scientifique pour une théorie qui veut pourtant se montrer sous ces traits.

Proposition n°2 : « l’évolution est fondamentalement approximative et discutable car elle ne peut rendre compte de la complexité de la nature. » La complexité de certains organismes tels que l’œil humain ne semblent guère être compatible avec une évolution progressive découlant de la sélection naturelle.

Proposition n°3 : « si l’évolution ne peut expliquer la complexité irréductible, c’est alors qu’un concepteur intelligent doit avoir été impliqué dans le processus d’une manière ou d’une autre, intervenant durant l’évolution pour produire les composants qui lui étaient nécessaires. »

La théorie qui se veut scientifique, n’évoquera cependant pas le nom de Dieu pour ledit concepteur.

Les objections à l’Intelligent Design.

En introduisant l’action de Dieu au sein du processus évolutif, bon nombre de chrétiens pourraient être tentés par les arguments de cette approche.

Il faut toutefois reconnaitre qu’il est impossible de qualifier l’ID de théorie scientifique :

« Une théorie scientifique viable se doit de faire des prédictions et de suggérer différentes approches permettant d’opérer de nouvelles vérifications expérimentales. »

L’idée que l’existence d’entités biologiques complexes requiert forcément l’intervention de forces surnaturelles mène à une impasse scientifique, comment en effet pourrions-nous vérifier cette théorie ?

De plus, les avancées de la recherche ces dernières années nous permettent d’expliquer de mieux en mieux l’évolution de composants qualifiés « d’irréductiblement complexes »  par l’ID, comme la coagulation sanguine de l’homme, le flagelle bactérien ou encore l’œil humain. Nous trouvons de plus en plus d’explications purement scientifiques là où l’Intelligent Design avait attribué un rôle à ces forces surnaturelles.

Théologiquement, l’approche de l’intelligent design s’inscrit dans la tradition des religions du « Dieu bouche-trou ». Diverses cultures ont en effet tenté d’attribuer à Dieu une variété de phénomènes naturels que la science de l’époque n’était pas en mesure de résoudre, comme les éclipses de soleil par exemple.

En outre on comprend mal la toute-puissance d’un Dieu créateur devant intervenir à intervalles réguliers afin de réparer les déficiences de son propre plan initial.

Comprenant la sincérité des croyants trouvant là un argument pour se dissocier de l’athéisme qui colle souvent à la théorie de Darwin, l’auteur averti de la fragilité de l’ID dont la croyance peut s’avérer dangereuse pour la foi car se reposant essentiellement sur les lacunes passagères de la connaissance scientifique.

Quelle issue alors sur le chemin de l’harmonie science et foi ?

C’est ce qui nous attend au prochain épisode….

La Bible est–elle « exacte » en matière d’histoire ? (1)

La question de l’ « exactitude  » historique est au cœur de mes réflexions depuis plusieurs années, depuis que j’étudie les rapport entre les onze premiers chapitres de la Genèse (d’Adam à Noé) et la science en particulier.

 

Avant d’entrer dans ce débat si sensible, j’aimerais rappeler la nature des rapports entre Bible et histoire qu’entretient la majorité des évangéliques. Je citerai pour cela Henri Blocher, dans quelques extraits d’un article intitulé « Inerrance et herméneutique » (« La Bible au microscope »).

 

Henri Blocher nous donne une définition historique de l’inerrance biblique (la Bible est « sans erreur »)

 

« La question (disputée) de l’inerrance

 

Les grands docteurs de l’époque orthodoxe parlaient d’infaillibilité ; ils s’expliquaient sans détour : l’Ecriture infaillible était pour eux « exempte de toute erreur », véridique au suprême degré, sans faute ni défaillance de mémoire. »

 

Mais, comme je l’ai écrit dans un article, plusieurs emploient une même expression en sous entendant des significations très différentes

 

« La question principale concerne ce qu’on met sous les mots : qu’affirment, au sujet de l’Ecriture, les tenants de l’inerrance-infaillibilité ? …

 

Le contenu de l’affirmation

 

Les adversaires de l’inerrance sont volontiers maximalistes quand il faut la définir : ils la décrivent (en la refusant) comme l’ »exactitude méticuleuse» des nombres, des généalogies, des citations, elle implique une expression rigidement littérale, l’anticipation du savoir de la science moderne, le nivellement de toute diversité biblique…Certains théologiens très proches de ceux que nous venons d’évoquer choisissent au contraire une stratégie minimaliste : le Bible échappe bien à l’erreur, mais l’erreur n’est plus vaguement, que « la déviation loin de la vérité enseignée par Dieu »-« infaillible » signifie « que la Bible entière atteindra son but de salut et d’édification . »

 

 

Si je comprends bien Henri Blocher , pour que la Bible puisse être qualifiée de « sans erreur », les généalogies bibliques n’ont  pas besoin d’être historiquement « exactes », les nombres non plus. Fait-il allusion aux âges des patriarches, au nombre de guerriers impliqués dans les batailles de l’AT, au nombre des Hébreux ayant accompli l’exode hors d’Egypte ?

 

Henri Blocher évoque l’anticipation du savoir de la science moderne. C’est un point crucial. Ainsi, pour lui, le Saint Esprit n’a pas révélé par avance aux auteurs bibliques des vérités scientifiques sortant de leur domaine de compétence scientifique, dépassant la connaissance de leurs contemporains. Par exemple, les premiers versets de la Genèse n’évoquent pas le Big bang (« Que la lumière soit… »), c’est du moins une conséquence logique me semble-t-il.

Comme beaucoup de lecteurs de ce blog le savent déjà, je ne suis plus un « concordiste scientifique », c’est-à-dire que je ne crois pas qu’il nous faille faire correspondre les découvertes de la science moderne avec le texte biblique, pour la bonne raison que le Saint Esprit n’a effectivement pas cherché à dépasser le niveau de connaissance des auteurs. Je note aussi qu’Henri Blocher ne va pas jusqu’à affirmer que la Bible a été écrite avec une conception ancienne du cosmos (le firmament, les piliers, les extrémités de la terre…).

 

La conception de l’inerrance qualifiée par HB de « minimaliste » rejoint assez celle du « concordisme théologique total » de Denis Lamoureux, ou de l’inerrance limitée au domaine spirituel, ou encore une définition que j’emprunte à mon ami Roger Lefebvre : « la Bible ne contenant rien qui puisse induire la foi en erreur »

 

Henri Blocher évoque alors les déclarations de Chicago de 1978 comme un modèle du genre sur le sujet et il enchaîne avec une définition de l’inerrance :

 

« Les champions les plus représentatifs de l’infaillibilité-inerrance évitent les écueils du maximum et du minimum…

 

L’infaillibilité-inerrance signifie ceci : quand les écrivains sacrés, dans l’Ecriture, de manière explicite ou implicite, prétendent énoncer quelque chose de juste ou vrai, c’est à bon droit qu’il le font. Tout ce qu’ils affirment (dans leur situation et selon les conventions de leur langage) mérite l’entier assentiment du lecteur (oui et amen) : AUCUN PROGRES DU SAVOIR NE PEUT CONDUIRE A LE REJETER OU LE RECTIFIER, cela seul SOUS UN SEUL DES ASPECTS IMPLIQUES : nul n’aura jamais le droit de s’inscrire en faux contre l’Ecriture…

Les hagiographes ont pu parler de la réalité du monde dans les termes de l’expérience commune, telle que chacun la vit et la voit (langage dit « phénoménal », c’est-à-dire selon le phénomène, l’apparaître : « le soleil tourne) : ce type de discours était et demeure légitime ; on ne peut pas les taxer d’erreur sous prétexte qu’ils ne se sont pas situés dans un autre type de discours « scientifique ». Puisque Dieu, par eux, « assume la totalité d’un langage humain », avec toutes ses ressources et ses limitations-« seule l’erreur n’est pas recevable, comme le péché »- ils ont librement usé des façons de s’exprimer et des procédés litéraires qui s’éloignent de la formulation litérale mais qui n’auraient pas induit en erreur le lecteur intelligent de la situation primitive, capable de comprendre : les hyperboles et toutes les figures (tropes), brèves ou développées, les nombres arrondis, les simplifications schématiques, les télescopages dans les récits, les citations ad sensum, etc. Aucune erreur dans tout cela ; l’inerrance épouse la forme du langage lui-même. » (la mise en majuscule est de mon fait)

 

J’ai longtemps pensé qu’une telle conception de l’inspiration biblique faisait justice au texte lui-même, et rendait gloire à Dieu, mais ce n’est plus le cas. Je vais essayer de montrer sur un exemple comment une telle conception de l’inerrance ne peut conduire qu’à des conflits inextricables entre science/histoire et Bible et des impasses intellectuelles très lourdes de conséquence.

 

Prenons l’affirmation de Paul concernant Adam dans le discours à Athènes des Actes des Apôtres

« A partir d’un seul homme, il a créé tous les peuples pour qu’ils habitent toute la surface de la terre ; il a fixé des périodes déterminées et établi les limites de leurs domaines.” (Actes 17:26 Sem)

Clairement, Paul prend ici position en faveur du monogénisme. Pour lui, l’humanité toute entière est issue d’un seul homme, donc d’un seul couple : Adam et Eve. En cela, nous avons toutes les raisons de penser qu’il a adopté les opinions « scientifiques » de ses contemporains, comment pourrait-il en être autrement !

 

Nous savons aujourd’hui que l’humanité ne descend pas d’un couple unique, encore moins un couple ayant vécu au Néolithique, à l’époque où le place clairement le texte dela Genèse.Ce sont des données scientifiques extra biblique qui nous en informent, et pas la Bible elle-même. Si je suis le raisonnement d’Henri Blocher, corriger la conception de Paul par de nouvelles données extra bibliques équivaudrait à « s’inscrire en faux contre l’Ecriture… ». Je pense au contraire qu’il s’agit de replacer le texte dans son contexte culturel et ne pas lui faire dire ce que le Saint Esprit n’a jamais souhaité y révéler.

 

Nous poursuivrons notre réflexion dans d’autres articles à suivre

Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 3a

Suite de la Partie 2c

 Résumé – 3a/4 PARTIE III : La foi en la science, la foi en Dieu

La troisième partie du livre vise à montrer quelle démarche cohérente de foi le scientifique d’aujourd’hui peut entreprendre (et aussi comment le croyant peut embrasser la science moderne sans pour autant compromettre sa foi). En abordant tour à tour les principales alternatives possibles, une solution se dessine pour ne pas quitter la voie de l’harmonie et de l’équilibre science / foi.

Afin de faciliter les échanges sur cette section qui mène au message principal que souhaite partager Francis Collins, elle se trouvera scindée en plusieurs billets dont voici le premier.

 La genèse, Galilée et Darwin

L’auteur nous rappelle premièrement au travers de quelques expériences personnelles combien le thème de l’évolution est encore tabou aux Etats-Unis, même dans le milieu scientifique, jusqu’à provoquer des réactions épidermiques à la limite du compréhensible.

Les résultats d’un sondage publié en 2004 révèle que 45% des américains répondent favorablement à l’hypothèse suivante : « Dieu a créé les êtres humains peu ou prou sous leur forme actuelle, en un moment donné des 10 000 dernières années. »

Cherchant les raisons de ce rejet violent des preuves mêmes de l’évolution des espèces, Collins évoque le vertige que donne le calendrier de l’histoire de notre planète tel qu’il nous est désormais connu : si on ramène les 4 milliards et demi d’existence de la terre à l’échelle d’une journée de 24 heures, la vie émerge à 3h30, l’homme moderne 3 secondes seulement avant la fin de la journée ! La vie d’un homme d’âge moyen aujourd’hui ne remplirait que la dernière milliseconde de la journée !!

La théorie de l’évolution constitue donc un défit important pour notre capacité à appréhender sereinement l’apparition et le rôle de l’homme dans la Création.

Le cœur du problème pour les croyants semble se situer au niveau des textes sacrés et notamment du livre de la Genèse dans la bible, mais

« que dit précisément la Genèse ? »

A ce stade de l’analyse, l’auteur se contente de présenter les constats suivants :

  • Le style poétique du récit de la Création saute aisément aux yeux
  • On note des différences entre les 2 récits de Genèse 1 et 2 : par exemple, « la végétation apparaît trois jours avant la création des humains, alors que dans Genèse 2, il semble que Dieu ait créé Adam à partir de la poussière de la terre avant même que tout arbuste ou plante existât. »
  • Chercher une autre lecture que purement littérale de ces textes ne date pas de l’époque de Darwin. Saint Augustin entre autres, pose et tente de répondre à ces questions il y a plus de 1600 ans, notamment sur la signification des jours employés dans le 1er chapitre de la Genèse : « De quel type de jours s’agissait-il ? Il nous est extrêmement difficile, voire impossible de le concevoir. »
  • Nous trouvons au travers les 20 derniers siècles, ce débat vivant au sein de l’église, certains prônent une interprétation littérale menant à un monde créé en 6 jours calendaires, d’autres signifient que l’intention de ces textes était plutôt portée sur « l’aspect que pouvait prendre le caractère de Dieu et non de tenter d’enseigner des faits scientifiques relatifs aux spécificités de la création qui aurait été tout à fait déroutant à l’époque » de leur rédaction pour leur auditeurs.

Tout en récusant l’idée que la recherche scientifique serait un obstacle à la quête du véritable sens des chapitres 1 et 2 de la Genèse, F Collins interpelle son lecteur : « si Dieu a créé l’univers, ainsi que les lois qui le régissent, et s’il a doté les êtres humains de capacités intellectuelles leur permettant de discerner ses œuvres, souhaiterait-il que nous négligions ces mêmes capacités ? Serait-il diminué ou menacé par ce que nous découvrons de sa création ? »

En effet, le combat qui oppose aujourd’hui plusieurs branches de l’église à certains scientifiques, n’est pas sans nous rappeler les batailles du XVIIeme siècle et la fameuse affaire Galilée.

L’affaire Galilée

Nous suivons alors au travers de quelques paragraphes très instructifs, le cheminement du savant dans ses découvertes les plus marquantes l’amenant à la conclusion que la terre tournait autour du soleil (et non le contraire), raisonnement qui « lui valut les foudres de l’Eglise catholique » au point même d’être accusé de « remettre en doute la doctrine de l’incarnation. »

Les versets bibliques fusent pour lui faire prendre conscience de son infamie : psaume 93:1  » le monde est fermement établi, il ne saurait être ébranlé. » Ecclésiaste 1:5  » le soleil se lève, le soleil se couche, il convoite le lieu d’où il se lève de nouveau. »

Si aujourd’hui les chrétiens s’entendent pour dénoncer l’erreur de l’église d’alors et ne pas voir dans ces versets une description scientifique, c’est certainement du au nombre de preuves écrasantes démontrant l’héliocentricité. Saurions-nous nous attendre au même apaisement vis-à-vis de la théorie de l’évolution ?

C’est à nouveau avec Saint-Augustin (dans son ouvrage La Genèse) que le narrateur veut exhorter les chrétiens d’aujourd’hui à réfléchir sur le témoignage qu’ils pourraient offrir  aux non-croyants : « s’ils trouvent un chrétien ayant tort dans un domaine qu’ils connaissent bien eux-mêmes et l’écoutent maintenir ses positions insensées à propos de nos livres comment vont-ils croire les livres et les questions relatives à la résurrection des morts à l’espérance de la vie éternelle et au royaume des cieux, parce qu’ils pensent que leurs pages sont pleines de mensonges sur des faits qu’ils ont eux-mêmes appris grâce à leurs propres expériences et à la lumière de la raison ? »

Bien entendu, les questions que soulève l’évolution sont d’un autre ordre et paraissent plus complexes que de simplement savoir si la terre tourne autour du soleil. Avant d’aborder les différentes réponses possibles à « l’interaction controversée entre la théorie de l’évolution et la foi en Dieu« , gardons à l’esprit cette remarque de Galilée le croyant : « Je ne me sens pas obligé de croire que le Dieu qui nous a doté de sens, de la raison et de l’intelligence, nous ait destinés à renoncer à en faire usage. »