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Le déluge de Noé et le Nouveau Testament

Introduction (Benoît Hébert)

J’avais promis à Marc d’écrire un article particulier concernant le déluge de Noé et le Nouveau Testament. Comprendre que le déluge de Noé tel qu’il est décrit dans la Genèse (universel) n’a pas existé est déjà un pas énorme à franchir pour la grande majorité des évangéliques. Les allusions à ce déluge par Jésus lui-même ou par Pierre ne viennent qu’ajouter à la confusion. Le raisonnement typique est celui-là: « Si Jésus lui-même en a parlé comme d’un événement universel, c’est que ce déluge l’a été, car notre Seigneur dit toujours la vérité! Sinon comment faire la différence entre ce qui est « vrai » de ce qui ne l’est pas? »

Il faut attaquer cette difficulté  sans chercher à l’esquiver. Il s’agit certainement ici d’une façon non intuitive de lire le texte biblique, qui fait appel au principe d’accommodation du Saint Esprit dans le processus d’inspiration. L’analyse de Denis Lamoureux dans Evolutionary Creation nous sera d’un grand secours.

 

« Jésus lui-même a fait écho dans les Ecritures à l’interprétation littérale traditionnelle du déluge. Le Seigneur avertit :

 

“ Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. 37  Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 38  Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; 39  et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.” (Matthieu 24:36-39)

 

Premièrement, il faut noter que le contexte et l’intention de ce passage n’est pas ici de traiter de l’historicité du déluge de Noé. Jésus enseigne à propos de la fin des temps et de son retour. Deuxièmement, le Seigneur utilise des catégories anciennes dans sa révélation. Il affirme plus tôt dans ce passage que dans les derniers jours, les étoiles tomberont du ciel et les corps célestes seront ébranlés.” (Matthieu 24:29) et que les anges : « rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. » (Matthieu 24:31). Bien entendu, cet événement futur n’aura pas lieu littéralement de cette façon, parce que l’univers n’a pas trois parties. De la même façon, Jésus utilise la notion historique ancienne d’un déluge universel, qui n’a jamais littéralement eu lieu, pour délivrer son message de foi. Le déluge de Noé est ici typologique. En faisant référence au prologue du déluge (Gen 6 :1-6), il révèle que le péché sera rampant dans le monde avant sa deuxième venue, et que l’humanité sera sur le point d’être jugée par Dieu. Les chrétiens peuvent se sentir réconfortés, parce que Noé est l’archétype de la grâce de Dieu qui sauve ce qui sont justes et obéissants. Les croyants seront épargnés de la colère à venir au jugement denier.

L’apôtre Pierre nous donne aussi une preuve biblique persuasive de la vision traditionnelle d’un déluge universel. Dans sa première lettre, il place le récit du déluge à côté de la réalité historique du sacrifice du Christ et de sa résurrection. Il écrit :

 

« En effet, Christ aussi est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été rendu vivant selon l’Esprit. 19  Par cet Esprit, il est aussi allé prêcher aux esprits en prison, 20  qui avaient été rebelles autrefois, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours où Noé construisait l’arche dans laquelle un petit nombre de personnes, c’est–à–dire huit, furent sauvées à travers l’eau. 21 ¶  C’était une figure (grec : antitupos) du baptême qui vous sauve, à présent, et par lequel on ne se débarrasse pas de la souillure de la chair, mais qui est la demande (adressée) à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus–Christ 22  qui, monté au ciel, est à la droite de Dieu et à qui les anges, les pouvoirs et les puissances ont été soumis.” (1 Pierre 3:18-22)

 

Là encore, le contexte de ce passage et l’intention de l’auteur nous montre qu’il ne s’agit pas d’un débat à propos de l’historicité de Noé. Le point concerne la mort de Jésus sur la croix pour vaincre le péché et la mort. De façon subtile, Pierre utilise la notion d’un univers en trois partie pour conceptualiser les événements avant et après la résurrection de Jésus. A partir de cette catégorie ancienne, il envisage que le Seigneur soit descendu dans le monde souterrain pour prêcher avant de monter au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu. Finalement, Pierre utilise le récit du déluge de façon typologique. Il affirme que l’eau du baptême est l’ »antitype » (c’est-à-dire l’accomplissement figuratif) des eaux du déluge. Cela représente symboliquement le jugement duquel les chrétiens sont sauvés.

 

Les références à Noé et au déluge par Pierre et Jésus ne prouvent pas l’historicité de cet homme ou de l’événement destructeur. Pas plus que leur mention dans le NT ne fait de Gen 6-9 des chapitres historiques. L’existence de Noé et la réalité d’un déluge universel étaient des faits de l’histoire pour les juifs et les premiers chrétiens. Mais ces notions faisaient partie d’une compréhension ancienne de l’histoire. L’apparition de Noé et du déluge dans le NT ne confirme pas plus leur réalité ni ne leur confère l’historicité plus que les références à un univers en trois parties par Jésus et Pierre n’établissent ce modèle comme la structure du cosmos. »

« Adam et Eve ont-ils existé? Réponse aux arguments évangéliques » (1) par Daras

En commentaire sur l’article de Denis Lamoureux à propos de l’existence d’Adam et Eve, Daras (pseudo) a mis en lien ses propres réflexions sur la question.

Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »

Son blog  » exégèse et théologie » « a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »

A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », et ne se qualifie pas d’évangélique d’ailleurs, mais que son parcours l’a amené à pousser la réflexion dans des domaines qui touchent de près les lecteurs de ce blog.

Je livre donc à votre réflexion cet article que Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoin des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant francophone et anglo-saxon à propos des origines de l’homme.

« Adam et Eve ont-ils existé? Réponse aux arguments évangéliques. Par Daras »

La question est peut-être mal posée, mais c’est la question que les croyants peuvent se poser! Certains en toute sincérité et modestie; d’autres y répondront par un “non” catégorique, sans toutefois savoir quoi faire du récit de la Genèse. Il faut dès l’abord préciser ce dont il ne sera pas question dans cet article: ni de paléontologie ni d’archéologie, ni de biologie, mais du récit biblique seul. Le récit biblique invite-t-il, compte tenu de sa nature et de sa forme, à poser l’existence historique d’Adam et Ève? Plus simplement: le récit des origines est-il historique? Je discute de la question en confrontation au “oui” des évangéliques et à leurs arguments. Nous verrons chemin faisant que différents thèmes sont liés à ce questionnement, comme la vérité du récit biblique, son inspiration et son actualité.

Un évangélique (enfin, peut-être pas tous) répondra très certainement par l’affirmative. Non seulement Adam et Ève ont historiquement existé, mais ils doivent avoir nécessairement existé, sans quoi la doctrine du salut en Jésus-Christ ne tient plus. En effet, de quoi Jésus-Christ nous sauve-t-il s’il n’y a jamais eu de “chute”? Ce type de raisonnement découle d’une vision historiciste de l’histoire du salut (création – chute – rédemption), thématique que je ne traite pas pour elle-même dans cet article (j’espère la traiter une autre fois). Je vais passer maintenant en revue les principaux arguments avancés par les évangéliques.

Sommaire

I. LES ARGUMENTS

1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé. 2. Douter de l’existence d’Adam c’est mettre en doute celle de Jésus. 3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.

REMARQUES PRÉLIMINAIRES 1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam. 2. L’historicité d’Adam est présupposée. VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME Étape 1 Étape 2 Étape 3

4. Le seul véritable argument: La Bible est inspirée, donc c’est historique. 5. Autres arguments rencontrés.

a. Argument de l’orthodoxie, ou de la tradition. b. Ce n’est pas écrit ou suggéré dans la Bible.

II. LE RÉCIT: OBJECTIONS ET PROBLÈMES

____________________

I. LES ARGUMENTS

1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé 1

Posons-nous les questions suivantes:

— Comment est-il possible, en toute logique et saine méthode historique, de déduire l’existence d’Adam du simple fait que Jésus, Paul ou Luc en parlent? Même en supposant qu’ils pensaient qu’Adam a historiquement existé — comme cela devait d’ailleurs spontanément être le cas pour leurs coreligionnaires à l’époque —, comment passe-t-on de ce qu’ils pensaient à l’affirmation de cette existence?

— Ensuite, n’est-il pas évident que Jésus, Paul ou Luc ne parlent pas d’un Adam historique en soi mais se réfèrent à l’Adam tel que le dépeint le livre de la Genèse? Dans ce cas aussi, comment passe-t-on de cette référence au récit de la Genèse à l’affirmation de l’existence d’Adam?

Je n’ai jamais lu nulle part une explication montrant le bien-fondé de cet argument, qui ne consiste manifestement qu’à sauter de la prémisse (les auteurs bibliques pensent que…) à la déduction (…donc c’est historique)2. En réalité, il ne s’agit pas exactement d’un saut, mais d’un passage souterrain: cet argument, nul en soi, ne tient sa validité que par l’entremise d’un autre argument, ou plutôt d’un principe fondamental, que l’on peut résumer par “c’est dans la Bible, donc c’est historique” ou “la Bible est inspirée, donc c’est historique” (point I.4.). En d’autres termes, parmi tous les documents anciens que l’humanité ait produits, la Bible fait figure d’exception en matière d’approche historienne et d’historicité.

Un autre argument découle de celui-là: Je pense comme Jésus, donc j’ai raison. Ce qui revient en fait à dire: Jésus pense comme moi, donc j’ai raison. Revêtir un raisonnement ou un argument de l’autorité de Jésus, voilà qui devrait poser quelques problèmes de conscience! Mais non… D’une certaine manière, Blocher tombe dans ce travers quand il écrit (c’est l’historicité d’Adam qui est en jeu): “Un croyant cherchera-t-il un exégète plus autorisé que son Seigneur?” (Révélation, p. 160)

2. Douter de l’existence d’Adam (ou celle de Job, de Jonas, etc.) c’est mettre en doute celle de Jésus.

Ce raisonnement revient chez nombre d’évangéliques avec qui je discute. Son erreur tient du fait qu’il n’a rien à voir avec l’histoire mais avec unereprésentation abstraite qui relève de la pure logique. La Bible est ainsi mise à plat, désolidarisée de ses contextes historiques multiples, présentée comme une succession de faits interconnectés ou en communication les uns avec les autres, tels une rangée de dominos prête à s’effondrer à la moindre secousse; on traverse les siècles en quelques coups de page… Un début de réflexion — cette activité quelque peu négligée semble-t-il! — mettrait déjà en évidence la distance des personnages dans le temps: entre Jésus et les évangiles il y a 30-40 ans, entre le supposé Adam historique et le récit de la Genèse, des millénaires! La critique historique et littéraire (en partie évidemment rejetée par les évangéliques pour qui Moïse demeure le rédacteur principal du Pentateuque) rend pour le moins difficile l’historicité de Gn 3, en raison notamment de l’omniprésence du symbolisme et de son caractère littéraire. Quand l’implication de ces facteurs est reconnue par les évangéliques, la notion floue et fort commode “d’historicité de fond” constitue le dernier rempart des tenants “modérés” de l’historicité 3.

Notes:

1.Blocher écrit que “les écrivains inspirés comprenaient la transgression de la Genèse comme un événement particuliers (Jb 31.33; 0s 6.7; 2 Co 11.3; 1 Tm 2.14)” (Révélation, 159). Matthieu 19.3-8 et Romains 5.12ss “développent une réflexion qui présuppose l’historicité de la faute”. Romains 5.12ss sert “d’arme absolue aux champions de la compréhension historique” et Blocher qualifie ce passage de “preuve biblique la plus formelle” (La doctrine, p. 72). Pour répondre à l’interprétation “mythiste” de la chute, Brian Tidiman fait simplement valoir que pour “les auteurs bibliques, la première faute est un fait historique au même titre que celles commises par les descendants d’Adam” (Précis d’histoire, p. 39). Même raisonnement chez Pierre Berthoud concernant l’historicité de Job, qui évoque (entre autres considérations) Ézéchiel 14.14 et Jacques 5.11 en faveur “d’une référence historique”. Blocher répond que, “à cause de ces versets en dehors du livre [de Job], il me semble qu’il est plus prudent de penser qu’il y a un fond historique” (Table ronde dans Texte et historicité, p. 196). Gleason Archer écrit que “Paul considère comme historiques, au sens littéral, les détails de Genèse 2 et ceux de la tentation et de la chute dans Genèse 3 ». Plus loin, “Christ et les apôtres l’ont [le récit de la chute] certainement considéré comme historique” (Introduction, p. 226). De son côté, Jules-Marcel Nicole écrit que “tous les êtres humains descendent du premier couple Adam et Ève », ce qui “n’apparaît pas seulement dans la Genèse, mais nous est confirmé par l’apôtre Paul et par Jésus lui-même [...]” (Précis de doctrine, p. 80). Plus loin de nouveau: “Il nous faut comme Jésus et les apôtres, accepter le récit de la chute tel qu’il nous est donné dans la Genèse” (p. 103). Face aux théories du mythe et de la légende, “le plus simple est de prendre le récit de la Genèse tel qu’il est” (p. 103), c’est-à-dire de manière historique. On ne sait comment ni pourquoi prendre le récit “tel qu’il est” voudrait forcément dire le prendre de manière historique.

Si l’on peut dire que ces affirmations sont exactes sur le plan biblique, elles perdent toute pertinence quand ces auteurs passent du plan biblique au plan de l’histoire, comme s’il n’y avait aucun décalage, aucune frontière entre les deux.

2.Pour Blocher, ces “diverses données scripturaires exigent, de façon plus ou moins nette, l’affirmation de l’historicité” (La doctrine, p. 72). Voilà, je pense, un exemple parlant où l’on voit un principe dogmatique prendre le pas sur la réalité sous couvert de “données scripturaires”.

3. Ainsi Blocher: “La présence d’éléments symboliques dans le texte [de Gn 3] ne dit rien contre l’historicité de la référence essentielle” (Révélation, p. 151-152); à propos de Job: “il y a un fond historique, mais [...] une mise en forme assez considérable” (Texte et historicité, p. 196). De même Pierre Berthoud selon lequel il faut reconnaître au récit de la tour de Babel “l’historicité de fond” dont la “référence principale est bien historique” (Texte et historicité, p. 25-26). “Référence essentielle”, “fond historique”, “historicité de fond”, “référence principale”… Apparemment il suffit de le dire ou de le croire pour que ce soit vrai. »

A suivre…

 

 

Les chrétiens sont un comme Jésus et le Père sont un, par Dr Ross Hastings

Introduction de Peter Enns

L’article d’aujourd’hui (article original sur le blog de la fondation Biologos ici) a été écrit par Ross Hastings, professeur associé en théologie pastorale au Regent College (l’une des meilleure université en matière de théologie évangélique, note du traducteur) à Vancouver en Colombie Britannique (Canada). Hastings enseigne dans les domaines de la théologie et de la mission, en théologie pastorale et en éthique. Il a été pasteur à Kingston, Burnaby et Montréal et pendant 11 ans pasteur principal de la Peace Portal Alliance Church à White Rock. Il est titulaire de deux doctorats, un en chimie des organo-métalliques de la Queen’s University, et l’autre en théologie de l’Université St. Andrew, dans son Ecosse natale. Son travail théologique est une étude comparative de la théologie de la Trinité de Jonathan Edwards et de Karl Barth, et elle est en cours de publication.

Cette série est basée sur une série de conférences données à l’occasion du Vibrant Dance of Science and Faith Symposium à Austin, Texas.,  le 26 Octobre, 2010.

Le but de ces articles est de fournir une base biblique et théologique permettant un dialogue sain et fructueux à propos du dialogue entre la théologie et la science des origines, pour des pèlerins en route vers la même cité céleste.

Dans l’article d’aujourd’hui, Hastings souligne l’unité des croyants, en particulier dans le contexte d’une discussion à propos des origines susceptible de les diviser. Cette unité est une vérité théologique fondamentale. Elle est le reflet de celle qui existe entre le Père et le Fils et les chrétiens sont invités à y participer en vertu de leur union avec le Christ (Jean 17 :20-23) Sur cette base, nous pouvons rechercher la vérité honnêtement et énergiquement dans un processus de « compréhension par une foi qui cherche » (Anselm, Augustin). Nous connaissons tous partiellement et imparfaitement. L’union parmi les chrétiens nous aident dans notre recherche de la vérité et honore le Christ qui désire que ses enfants soient un comme lui et le Père ne font qu’un.

L’évolution est un sujet difficile, les divisions et les sentiments forts de défiance et même d’animosité ne sont que trop fréquents parmi les frères et sœurs en Christ. Les pensées de Hasting en la matière sont pour nous un rappel qu’il nous faut rechercher la vérité. Nous sommes tous des voyageurs dans cette vie, essayant de comprendre certains problèmes très difficiles et très dérangeants. Ce pèlerinage, ce voyage est plus agréable pour nous et plaît à Dieu quand nous le faisons avec des camarades en Christ, et pas en ennemis, considérant l’autre du mauvais côté d’une guerre culturelle.

Les chrétiens sont un comme Jésus et le Père sont un

Commençons par quelques pensées profondes écrites par Thomas Merton:

Nous sommes encrés dans la réalité en disant la vérité…Détruire la vérité avec la vérité au prétexte d’être sincère est un façon très fausse de dire un mensonge…Un homme sincère est moins intéressé par le fait de défendre la vérité que de l’exprimer clairement, parce qu’il pense que la vérité se voit d’elle-même et qu’elle peut très bien prendre soin d’elle-même. La peur est peut-être la plus grande ennemie de la candeur. »

Mon propre intérêt pour la science et la théologie provient de cette curiosité de connaître cette vérité qui prend soin d’elle-même dans chaque domaine de la réalité, et qui nous rend libre. Cet intérêt est motivé par la présupposition que toute vérité est vérité de Dieu et que toute vérité concernant la création de l’univers et sa réconciliation est centrée dans le Dieu-homme Jésus qui a dit : « Je suis la vérité » (Jean 14 :6)

Mon intérêt pour la science et la foi et leur intégration vient aussi de deux vocations apparemment irréconciliables pour de nombreuses personnes que j’ai rencontrées, certaines étant des croyants, et beaucoup ne l’étant pas. Au fil des années, j’ai expérimenté qu’après avoir joué au golf avec des personnes que je ne connaissais pas, celles-ci ont été terriblement embarrassées à propos du langage fleuri qu’elles avaient utilisé en ma présence avant d’apprendre que j’étais pasteur. Lorsque je leur ai expliqué que j’avais beaucoup joué au rugby et que j’étais habitué à ce type de langage, et qu’en fin de compte, cela se passait entre elles et Dieu, cela ne les a pas toujours mis à l’aise.

Lorsque je leur apprends que je suis titulaire d’un doctorat en chimie, elles sont très étonnées et demandent habituellement:” mais comment réconciliez –vous ces deux choses?” Leur réaction illustre la séparation issue de la philosophie des lumières entre les faits (le domaine de la science) et la foi (celui de la religion), et cette réaction m’a motivée pour développer ce dialogue entre la science et la foi, et ces dernières années, jusqu’à la question des origines.

Le dicton d’Augustin et d’Anselme disant que la poursuite de la vérité est toujours une démarche de “compréhension par une foi en recherche » a été pour moi la base sur laquelle je me suis appuyé pour dénoncer le scientisme des sécularistes d’un côté, et d’un autre côté, pour encourager les chrétiens à prendre conscience de la science et pour de jeunes scientifiques à poursuivre sans crainte leur carrière dans les science.

Mon intérêt pour l’unité des chrétiens dans le dialogue à propos de origines vient de mon expérience dans le service de plusieurs églises dans lesquelles toutes les opinions possibles sur cette question étaient présentes, et sur la façon dont j’ai cherché à faire face à cette situation avec tous les leaders qui m’entouraient. C’est pourquoi, je veux apporter mes réflexions à propos des fondements de l’unité et de notre mouvement vers l’unité dans le contexte de Ephésiens 4. J’écris en tant que pasteur et que théologien pastoral et je chercherai donc à le faire à la manière d’un pasteur, en m’appuyant sur la Parole de Dieu.

Pourtant, avant de regarder à ce passage, j’aimerais l’introduire avec quelques extraits de la prière de Jésus à propos de l’unité, en Jean 17:20-23. Je soupçonne Paul d’avoir été conscient de cette prière quand il a écrit cette partie de son épître.

“Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un –– moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés, comme tu m’as aimé.” (Jean 17:20-23)

Alors que nous plongeons nos regards dans la communion interne à la Trinité divine, nous pouvons entendre ce qui est sur le coeur du Fils alors qu’il le répand devant son Père. Et ce que nous entendons est son désir le plus profond pour l’église- son unité.

Jésus la définit comme une unité basée sur deux unions – celle entre le Père et le Fils (unité de la Trinité) et celle entre les croyants qui sont dans le Père et le Fils (union participative). La première est manifestée par l’incarnation du Dieu et son unité avec l’humanité et la deuxième est rendue possible par l’action du saint Esprit qui apporte la régénération et l’incorporation des saints dans l’Eglise du Christ.

Il ne peut pas y avoir d’aspect plus profond de l’évangile que ceci. Ces paroles nous parlent de l’unité organique du Dieu trinitaire.

Avec ceci à l’esprit, mon prochain article se penchera attentivement sur Ephésiens 4 :1-6 et sur ce que ce passage a à nous dire à propos de l’unité des chrétiens.

Adam était-il un personnage historique ? (3/3)

Introduction de Benoît Hébert

Nous avons publié récemment une série de six articles écrits par Denis Alexander traitant de la façon de concilier le récit biblique de la création d’Adam et Eve avec les données de l’anthropologie moderne. En effet, les données de la génétique nous indiquent clairement que l’humanité est biologiquement issue d’un processus évolutif et qu’elle ne descend pas d’un seul homme Adam ou d’un seul couple, Adam et Eve.

Denis Alexander a remarquablement posé le problème en présentant les deux modèles qui semblent être les meilleures pistes de réflexion sur la question hautement explosive de l’historicité d’Adam et Eve. Le premier de ces deux scénarios est « le modèle qui raconte une nouvelle fois », dans lequel Adam et Eve ne sont pas des personnages historiques mais dont l’histoire dans le jardin d’Eden raconte l’histoire bien réelle des premiers hommes qui ont choisi de s’éloigner de la volonté de Dieu et par lesquels le péché est effectivement entré dans le monde. Le deuxième scénario a la faveur de Denis Alexander, Adam et Eve sont les premiers « Homo divinus », le premier couple humain de fermiers du Néolithique prenant conscience de l’appel divin sur leur vie, mais décidant de rejeter cet appel, et représentant par là l’humanité toute entière dans sa rébellion.

Dans les deux modèles, les vérités spirituelles essentielles du christianisme évangélique sont conservées : l’homme est pécheur, responsable de son péché. Mais il est bien évident que l’interprétation la plus traditionnelle est clairement remise en question. Ce dernier scénario « Homo divinus « ne résout pas tous les problèmes, en particulier la façon dont le péché et la mort physique/spirituelle s’est répandue sur la terre entière et au reste de l’humanité répartie sur toute la planète au Néolithique.

D’autres auteurs évangéliques pensent donc que le premier modèle est finalement plus satisfaisant que le deuxième. C’est l’opinion clairement exprimée de Denis Lamoureux dans son livre Evolutionary Creation. Tout comme la fondation Biologos,(lien vers l’article original) nous ne prenons pas position sur cette question mais pensons qu’il est intéressant de présenter les arguments parfois contradictoires des uns et des autres pour faire avancer la réflexion. Nous allons donc publier une série de trois articles parus sur le blog de la fondation BioLogos dans lesquels Denis Lamoureux répond à la question suivante : « Adam était-il un personnage historique ? » La réponse de Denis Lamoureux est directe : « Adam n’a jamais existé, et ce fait n’a aucun impact d’aucune sorte sur les croyances fondamentales du christianisme. » Cette série est aussi résumé dans un  cours disponible sur internet avec deux pages d’illustrations A et B. Les idées présentées ici sont extraites du dernier livre de Denis Lamoureux I Love Jesus & I Accept Evolution (2009).

Denis O. Lamoureux est professeur assistant de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

Adam était-il un personnage historique ?

Cette série est aussi résumé dans un  cours disponible sur internet avec deux pages d’illustrations A et B. Les idées présentées ici sont extraites du dernier livre de Denis Lamoureux I Love Jesus & I Accept Evolution (2009).

L’apôtre Paul croyait-il qu’Adam était un personnage réel ? Mais oui, bien entendu. Paul était un juif du premier siècle et comme tous les juifs autour de lui, il reconnaissait l’historicité d’Adam. En fait, il plaçait le péché d’Adam et sa mort en parallèle avec le don divin du salut et la résurrection de Jésus d’entre les morts. En Romains 5 :12 et 15, il écrit que : « …par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché, … si par la faute d’un seul, beaucoup sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don qui vient de la grâce d’un seul homme, Jésus–Christ, ont–ils été abondamment répandus sur beaucoup. »(Romains 5:12-15) Paul dit aussi dans 1 Corinthiens 15 :21-22 que « puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ »

Il est donc tout à fait compréhensible que la plupart des chrétiens croient qu’Adam était un personnage réel. C’est exactement ce que l’Ecriture dit à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. Pour défendre leur position, ces croyants proposent trois arguments faisant référence à l’apôtre Paul.

Premièrement, ils utilisent un argument de confirmation. Ils affirment que puisque Paul croyait dans l’existence d’Adam, alors l’Adam des tous premiers chapitres de la Genèse doit avoir été un personnage réel. Autrement dit, la croyance de Paul dans l’historicité d’Adam confère une réalité historique à Adam.

Deuxièmement, ces chrétiens utilisent un argument de cohérence. Ils affirment que puisque Paul fait référence à Jésus en tant que personnage historique dans Romains 5 et 1 Corinthiens 15, alors la cohérence veut que les références à Adam dans ces chapitres ne peuvent qu’être des références à un personnage historique.

Troisièmement, ces croyants soulignent le fait qu’il est question du message de l’évangile dans ces passages du Nouveau Testament, il est dit explicitement dans 1 Corinthiens 15 :1-7 et introduit par l’expression : « l’évangile que (Paul) je vous ai annoncé » (v.1) et « par l’évangile par au travers duquel vous êtes sauvés » (v.2). Ils affirment que l’on ne peut pas seulement trier et choisir les versets dans la Bible quand cela nous fait plaisir, et ainsi accepter l’évangile mais rejeter l’existence d’Adam. Apparemment, ces trois arguments paraissent très raisonnables. En fait, je les ai moi-même utilisé pendant des années quand j’étais un créationniste de la jeune terre particulièrement zélé.

Mais considérons ces arguments populaires. Premièrement, l’argument de confirmation. Beaucoup de chrétiens affirment que si Paul croyait dans l’existence d’Adam, alors Adam a forcément été une personne réelle. Mais que Paul croyait-il d’autre ? Dans l’un des passages les plus importants du Nouveau Testament, le merveilleux hymne « kénotique », Paul affirme qu’au nom de Jésus, tout genou fléchira et toute langue confessera que Jésus est Seigneur (1) dans les cieux, (2) sur la terre et (3) dans le monde souterrain (Philippiens 2 :11-12). Paul acceptait clairement la structure de l’univers en trois parties. Mais cette croyance particulière confère-t-elle l’existence à cette compréhension de la structure du cosmos ? Et puisqu’il croyait que le monde était structuré en trois parties, faut-il aussi que nous le croyions ? Plus précisément, Paul acceptait le fait qu’il y ait une région souterraine où certains êtres habitaient. Sa croyance procure-t-elle l’existence à un tel endroit avec de tels individus sous la surface du sol ? Et si nous décidons de rejeter l’univers en trois parties de Philippiens 2, mais d’accepter Jésus comme Seigneur, seront-nous accusés d’être inconsistants ? Ou pire, de trier et de choisir les versets dans la Bible qui nous conviennent ? je doute que quiconque répondrait « oui » à l’une de ces 5 questions.

Deuxièmement, l’argument de cohérence prétend que puisque Paul faisait référence à Jésus en Romains 5 et 1 Corinthiens 15, alors les références à Adam ne peuvent être que des références à un personnage historique réel. Pourtant, cette manière courante de penser manque de faire la distinction entre l’histoire réelle (l’existence de Jésus), et une compréhension ancienne des origines de l’homme (la création de novo d’Adam). Autrement dit, l’argument courant dit de cohérence est en réalité incohérent ! Il confond, ou assimile des événements historiques bien réels du premier siècle de notre ère avec de la biologie ancienne. Ce serait suivre un raisonnement du même type que d’utiliser l’hymne kénotique de Philippiens 2 pour affirmer que puisque Jésus était bien un personnage historique, alors l’univers en trois partie des versets 10 et 11 l’est aussi ; et puis d’étendre l’astronomie ancienne présente dans ce passage du Nouveau Testament jusqu’en Genèse 1 pour affirmer que Dieu a effectivement créé un monde en trois partie. Je suis septique sur le fait que quiconque fasse appel à l’argument de cohérence de cette façon. Mais laissez moi maintenant invoquer l’argument de cohérence d’une façon que l’on n’entend pas fréquemment dans les cercles chrétiens. La cohérence requiert que puisque Paul acceptait l’astronomie et la géologie de son époque, il est logique de croire qu’il acceptait aussi la biologie de son époque. L’univers statique en trois parties correspondait à la science de son temps embrassée par l’apôtre et ses lecteurs, et il en était de même à propos de l’immuabilité (fixité) des espèces vivantes qui se reproduisaient « selon leur espèce ». Paul fait référence à cette conceptualisation ancienne de la biologie (taxonomie) en 1 Corinthiens 15 :39 en affirmant : “Toute chair n’est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre la chair des animaux, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons.”  Puisqu’il voyait les organismes vivants comme des espèces créées séparément, il est tout à fait cohérent qu’il comprenait l’origine de la vie au travers de l’ancienne notion biologique de création de novo. En fait, l’apôtre présente cette science ancienne des origines de l’homme en Actes 17:26 lorsqu’il affirme : « Il a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul (homme) habitent sur toute la face de la terre »

Paul croyait assurément que la vie humaine avait débuté avec la création rapide et complète d’Adam. Autrement dit, il acceptait la biologie de son époque. Vu sous cet angle, je doute qu’il y ait des chrétiens qui acceptent aujourd’hui l’astronomie et la géologie anciennes si clairement présentée dans la Bible, et la cohérence affirme aussi qu’ils ne devraient pas accepter l’ancienne biologie dans la Parole de Dieu.

Troisièmement, il est nécessaire de souligner que Jésus et son sacrifice sur la croix ne sont pas dépendant de l’existence d’Adam. Il n’y a aucun doute que Paul croyait en l’existence d’Adam et de Jésus. En particulier, l’apôtre reconnaissait que l’évangile est basé sur l’existence du Seigneur, sur sa mort physique et sa résurrection d’entre les morts. Pour résumer l’évangile de façon concise, Paul écrit :

“Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain. Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, et il a été vu par Céphas, puis par les douze. Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques–uns sont décédés. Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres.”

“Et si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine. … Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés”

1 Corinthiens 15:1–7, 14, 17

Notez SVP: il s’agit là de l’évangile tel qu’il est présenté dans la Bible, il n’y est pas fait mention d’Adam en aucune manière, ni sur son existence. La foi chrétienne est basée sur Jésus, pas sur Adam. Cette religion s’appelle le christ-ianisme et pas l’Adam-isme.

Notez aussi que ce passage fait référence à beaucoup de gens qui ont vécu à une époque bien connue dans l’histoire (le premier siècle de notre ère) qui ont véritablement rencontré le Seigneur (Pierre, les douze, 500 frères, Jacques et Paul). Ce n’est pas le cas d’Adam. Bien sur, Paul croyait en l’existence d’Adam, et il le mentionne plus loin en 1 Corinthiens 15. Mais l’existence d’Adam est basée sur la notion de création de novo, la science de l’époque des origines pour Paul et ses lecteurs. C’est pourquoi, de la même façon que nous devons séparer et non pas confondre, le message de foi affirmant que Jésus est Seigneur avec la réalité d’un univers en trois parties présenté en Philippiens 2, nous devons aussi séparer, et pas confondre la réalité historique de sa mort et de sa résurrection corporelle avec le fait que l’existence d’Adam est enracinée dans une biologie ancienne des origines de l’homme.

En considérant les trois arguments ci-dessus, il est possible de suggérer une nouvelle approche de Romains 5 et 1 Corinthiens 15 en utilisant le principe du message véhiculé

Le message central de Romains 5 et de 1 Corinthiens 15 est celui-ci: nous sommes des pécheurs et Dieu nous juge pour notre péché: mais la bonne nouvelle de l’évangile est que la vie éternelle nous est offerte au travers du sacrifice de Jésus et de sa resurrection corporelle d’entre les morts. Afin de faire passer le plus efficacement possible ces vérités spirituelles à propos du péché de l’homme et du jugement divin sur ce péché, le Saint Esprit s’est adapté au niveau de Paul en utilisant comme véhicule une notion biologique ancienne tirées des premiers chapitres de la Genèse- la création de novo d’Adam. Il est sur qu’il s’agit là d’une façon anti intuitive et très inhabituelle de lire l’Ecriture. Ces passages dans la parole de Dieu ne nous révèle pas comment Dieu a effectivement fait les hommes, mais qu’il nous a créés ; que nous sommes des pécheurs et que nous avons besoin d’un sauveur, que le Seigneur nous a envoyé dans sa grâce pour mourir sur la croix pour nous- voici l’évangile de Jésus Christ. Amen !

« Est-il légitime de tuer toutes les blondes ? »

 Sous ce titre racoleur et  provocateur (pardonnez moi !) se cache en réalité un problème philosophique plus profond que ce que l’on pourrait penser. Si Dieu n’existe pas et si nos pensées ne sont que le fruit d’une association de molécules organisées par le « Hasard », alors le bien et le mal, la justice et l’injustice n’ont que le fondement relatif que nous voulons bien leur donner en tant que société. Leur légitimité peut être remise en cause par chacun d’entre nous. Au fond est bien ce que je décide d’être bien, dans la pratique ce qui me donne le plus de plaisir. Les  autres n’auront pas grand chose à me reprocher, si ce n’est que la recherche de mon bonheur pourrait bien contrarier la leur.

La pensée chrétienne est toute différente. Elle s’appuie sur ce que la Bible nous enseigne à propos de la nature et de l’homme. Dieu a donné à la nature des lois physiques au travers desquelles il agit  en permanence. Quand il le souhaite, pour interpeler l’homme par exemple, Dieu peut bien entendu agir en dehors de ces lois, de manière subtile ou spectaculaire. Ces lois ont le mérite de rendre notre existence quotidienne possible. Leur régularité nous permet de nous organiser. La découverte de ces lois par la science fait partie du mandat divin de « dominer la terre », bien entendu dans le respect de ce cadeau de Dieu. Dieu a aussi donné à l’homme une loi morale révélée en partie dans l’Ancien Testament au travers des « 10 commandements », mais surtout dans la personne de Jésus-Christ, pleinement homme et pleinement Dieu. Tous les hommes ont « manqué le but », c’est la signification du mot « péché », mais cette loi morale reste gravée dans leur coeur par leur conscience. L’homme peut choisir d’étouffer cette voix intérieure, il peut rationnaliser sa rébellion. Dans son amour, Dieu continue d’appeler l’homme à se tourner vers son Fils Jésus. Bien entendu, l’homme reste libre de répondre positivement ou de rejeter cet appel. Pour le chrétien, il existe donc une base objective à la notion de bien et de mal, de justice et d’injustice. Cette référence se trouve dans la nature parfaite de Dieu manifestée dans le Christ.

J’aimerais au travers de cet extrait de « Beyond the firmament » de Gordon Glover vous faire découvrir cet auteur américain que j’affectionne particulièrement. Son bon sens est désarmant, son franc parler aussi.

Son livre est excellent, et à tous ceux qui lisent l’anglais, c’est une des meilleures lectures à faire pour tous ceux qui sont interressés par les problèmes d’interprétation de la Genèse en rapport avec les découvertes de la science. Il faut absolument visiter son blog et regarder la série d’excellentes vidéos tout à fait dans son style.

Dans une  problématique volontairement exagérée, Gordon Glover traite du matérialisme philosophique, très souvent associé à l’athéisme évolutionniste.

L’univers matérialiste

Nous savons qu’il y a plus dans la vie que la matière physique, non pas parce qu’il serait possible de le prouver par déduction logique, mais par l’impossibilité du contraire. Le matérialisme, en tant que philosophie de vie, n’est tout simplement pas cohérent avec l’expérience humaine. Les réalités spirituelles qui transcendent l’univers sont nécessaires parce que, sans elles, l’univers serait moralement inintelligible et irrationnel. Les absolus immatériels tels que le bien, le mal, l’amour et la haine seraient sans signification, jetés en pâture au plus offrant. Dans ce type d’univers, chacun pourrait créer son propre système de moralité et il serait tout aussi valable que celui de n’importe qui d’autre. Cette idée à l’air plutôt séduisante, jusqu’à ce que le système de valeur de l’un n’empiète sur le système individuel de valeur d’un autre.

Par exemple, si quelqu’un disait qu’il faut tirer sur toutes les blondes, il n’existe aucune défense matérialiste contre une chose de ce genre. Toute tentative de montrer que c’est mal ou immoral ferait appel à des choses comme les droits de la personne, la liberté individuelle, le bien et le mal, la tolérance, l’acceptation des autres. Mais aucune de ces choses n’a de signification absolue dans un univers matérialiste. Elles peuvent signifier ce que chacun veut parce qu’elles ne sont que le produit de notre pensée, la création de notre imagination, qui est elle-même basée sur la chimie et la biologie. Le matérialisme interdit toute réalité transcendante qui existe en dehors de nos propres mécanismes. Des concepts comme le bien, le mal, le juste, l’injuste ne sont que des inventions humaines, issues de la nécessité d’un semblant d’ordre social pour le bien commun. Mais ultimement, ils ne sont que ce que nous disons qu’ils sont.

Si vous prétendez que le fait de tirer sur toutes les blondes est contraire à l’ordre social, un matérialiste peut tout aussi bien vous dire qu’il ne croit pas dans l’ordre social et que votre définition du bien ne s’applique pas à lui. En fait, s’il arrive à convaincre une majorité d’électeurs pour être d’accord sur l’exécution de toutes les blondes, il suffit d’en faire une loi, et qu’il en soit ainsi. Et s’il n’arrive pas à réunir cette majorité, tout ce dont il a vraiment besoin, c’est d’une minorité suffisamment puissante. Au fond, qui a besoin d’une majorité ? Après tout, dans un univers matérialiste, la seule autorité légitime est le pouvoir. La force fait le droit. Toute chose serait légitime, et toute autorité civile, familiale et ecclésiastique serait illégitime. Toute référence à une vérité transcendante est équivalente à la croyance au père Noël ou à la petite souris.

Ironiquement, les matérialistes jouissent aujourd’hui de la sécurité relative d’un univers moralement intelligible et tout en même temps, ils ne cessent de le déclamer audacieusement. Heureusement pour eux, ils n’auront jamais à faire face aux conséquences de leur propre philosophie parce que la plupart des gens, croyants ou non, savent très bien au plus profond d’eux mêmes qu’il y a des absolus moraux. C’est ainsi que la plupart des gens conduisent leur vie. Et même les athées les plus convaincus . Ils font leurs petites affaires dans la défiance tranquille de leurs croyances destructrices. Ils aiment leur famille, maintiennent une éthique dans l’exercice de leur profession, sont soumis aux autorités civiles, sont outragés par l’injustice humaine, ont compassion pour les autres, et ils croient que l’existence des hommes a un but et une signification.

Ce que ceci nous prouve ; c’est que le matérialisme, en tant que supposition, est en flagrante contradiction avec l’expérience humaine. Heureusement, certains matérialistes empruntent suffisamment d’idées aux croyants pour que leur monde athée ait un sens. J’ai donc l’idée que cela fait d’eux des croyants qui n’osent pas s’avouer. Lorsque vous discutez avec des gens comme ça, tout ce que vous avez à faire est de le leur faire remarquer et de les convaincre de « sortir de leur placard ». »

Adopter une interprétation non littérale de la Genèse, n’est-ce pas là emprunter une « pente glissante » qui conduirait à nier la résurrection de Jésus-Christ ?

Jésus est vivant!

Quelqu’un a dit un jour : « le problème avec les « arguments « glissants », c’est qu’une fois que vous en avez accepté un, vous finissez par les croire tous. » Plus sérieusement, les chrétiens sont avant tout à la recherche d’une méthode d’interprétation qui fonctionne pour toute la Bible.

L’une de ces méthodes pourrait consister à interpréter littéralement toute l’Ecriture, à dire que chaque passage de Genèse1 à l’Apocalypse en passant par les évangiles serait vrai littéralement. Le problème est que personne ne peut réussir à adopter pleinement cette ligne de conduite. Par exemple, la plupart des chrétiens n’insistent pas sur le fait que la terre doit être fixe dans l’espace, bien que le Psaume 93 :1 affirme : « le monde est inébranlable ; il ne peut être déplacé. » Les chrétiens savent que la Bible a été écrite par des gens qui vivaient il y a des siècles et qui ignoraient tout de la science moderne. Les chrétiens savent aussi que la Bible contient des genres littéraires très divers, comme des métaphores, des paraboles et de la poésie, et que cela affecte l’interprétation.

Une autre façon d’interpréter serait de ne rien interpréter comme de l’histoire littérale, mais tout comme des histoires ayant une signification spirituelle. Les chrétiens ne font pas cela non plus parce que certains passages de la Bible sont écrits clairement comme des récits historiques de faits bien réels. De plus, notre foi repose sur la vérité historique de la mort et de la résurrection de Jésus.

Une meilleure méthode adoptée par les spécialistes depuis des siècles est de considérer d’abord la façon dont le message a été reçu par les premiers auditeurs, en tenant compte du genre littéraire et du contexte culturel. Parce qu’on analyse ainsi chaque passage, il ne faut pas craindre de prendre une « pente glissante ». Dans les évangiles, la résurrection de Jésus est présentée comme un témoignage direct d’un évènement réel. C’est clairement ainsi que les premiers auditeurs l’ont reçu, et les chrétiens d’aujourd’hui aussi. Mais le genre de Genèse 1 est différent. Le texte est organisé de manière thématique, avec des parallèles et des répétitions, spécifiquement pour dénoncer les dieux des cultures païennes des cultures entourant les Hébreux.

http://67.199.69.61/origins/downloads/Origins_chap13_art03_scripture.pdf