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Synthèse de la Théologie de la croix de George Murphy

L’article d’aujourd’hui a été écrit par Thomas Burnett. Thomas est l’éditeur associé de la fondation BioLogos . En tant qu’auteur scientifique, il a aussi travaillé pour l’ « American Scientific Affiliation », la « National Academy of Sciences », et l’ »American Association for the Advancement of Science ». Il est diplômé de l’Université de Rice et de l’Université de Californie à Berkeley.

Cet article, d’abord paru sur le site de la Fondation BioLogos, a été traduit en français par Aloïce Touzet que nous accueillons pour l’occasion avec un grand plaisir dans notre équipe de traducteurs!!

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Introduction

L’une des raisons qui rend certains d’entre nous hésitants à accepter la création évolutive est qu’elle semble rendre Dieu responsable de la souffrance et de la mort d’innombrables créatures à travers les millions d’années–avant même que les humains n’existent et pèchent contre leur créateur. Puisque nous louons et croyons en un Dieu qui est amour, bienveillant, et tout puissant, il ne semble pas vraiment plausible que notre Dieu ait créé un monde comme celui-là; donc, toute preuve scientifique de l’évolution doit être incorrecte.

D’autres se représentent les preuves scientifiques de l’évolution et en déduisent que l’évolution a eu lieu pendant l’histoire de notre terre. A partir de là, ils peuvent conclure que si l’évolution est vraie, alors la croyance en un Dieu tout puissant et parfaitement bon doit être fausse !

Le problème de ces deux points de vue est qu’ils tendent à invoquer un dieu complètement abstrait et philosophique, non le Dieu vivant de la Bible – le Dieu qui est devenu un être humain,  qui a expérimenté une souffrance inimaginable, et qui est mort  exposé publiquement de façon grotesque et humiliante. La mort de Jésus a complètement défié les attentes (et le bon sens) de ceux qui le suivaient, ainsi que celles de toute compréhension « rationnelle » de la façon dont le Créateur de l’univers devrait agir dans le monde. Sur la croix, en la personne de Jésus, Dieu a porté bien plus de souffrance que toute autre créature n’ait expérimentée.

Si Dieu lui-même accepte de mourir, particulièrement de cette façon si horrible, alors peut-être devrions-nous au moins prendre en considération la possibilité que Dieu autorise la mort d’autres créatures ? Mais est-ce que cela serait compatible avec ce que nous savons de Dieu à travers l’Ecriture ? Dans cet essai, nous explorerons ce dilemme à travers une « théologie de la croix », un concept articulé par le pasteur George Murphy dans son livre Le Cosmos à la Lumière de la Croix1.

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Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 2c

Partie 2C/4

Suite de l’article http://cvablog.com/creationetevolution/2012/07/discussion-a-propos-de-de-la-genetique-a-dieu-de-francis-collins-par-marc-fiquet-partie-2b/

Nous terminons la deuxième partie du livre qui  aborde « LES GRANDES QUESTIONS DE L’EXISTENCE HUMAINE » avec le sujet « cœur de métier » de l’auteur sur le déchiffrage du génome humain. Je me suis donc attaché à détailler particulièrement cette partie afin d’en partager le plus fidèlement possible la teneur. Je tiens toutefois à rappeler ici la nécessité pour quiconque s’intéresse de près à ces questions de recourir à l’ouvrage complet afin de profiter pleinement de la pensée et de l’expérience de l’auteur.

Déchiffrer le mode d’emploi de Dieu : les leçons que nous donne le génome humain

Francis Collins aborde ce chapitre en témoignant de ses premières expériences en génétique au début des années 1980.

Il fait remarquer les efforts colossaux qu’il dut entreprendre pendant 18 mois pour identifier un dysfonctionnement d’un gène unique déclenchant la production d’hémoglobine fœtale (protéine particulière permettant d’extraire l’oxygène du sang de la mère pendant la vie du fœtus). Il souligne alors : « je fus extrêmement surpris d’apprendre, trois ans plus tard, que quelques scientifiques visionnaires avaient commencé à discuter de la possibilité de déterminer l’intégralité de la séquence de l’ADN du génome humain, dont la longueur était alors estimée à environ 3 milliards de paires de base. Je me souviens d’avoir pensé que cet objectif ne serait pas atteint de mon vivant. »

Mais devant l’immense espoir qu’offrait un tel outil pour venir à bout de certaines maladies génétiques, le jeune chercheur rejoint le groupe de discussions en cours dans le cadre du projet « génome humain ».

En parallèle, comme dirigeant d’un nouveau laboratoire de recherche, il se lance dans l’inventaire des bases génétiques de certaines maladies telles que la mucoviscidose.

Il faudra plus de 10 ans, 50 millions de dollars et le travail acharné de plus de deux douzaines d’équipes dans le monde entier pour parvenir à identifier qu’ « une rature de trois petites lettres du code de l’ADN dans la région codant pour la protéine d’un gène qui nous était jusqu’alors inconnu, engendrait la maladie de la mucoviscidose chez la majeure partie des patients« .

Le besoin d’un séquençage complet du génome humain se fait cruellement sentir mais le projet à peine lancé déclenche un houleux débat scientifique et économique. Certains furent même partisans de breveter des fragments d’ADN, la vive polémique que déclencha cette idée provoqua la démission du directeur du projet d’alors. C’est ainsi qu’on proposa cette responsabilité à Francis Collins qui nous confie : « en tant que croyant, devais-je entendre cette proposition comme l’un des moments où je serais, d’une manière ou d’une autre, appelé à assumer un rôle de premier plan, au sein d’un projet qui aurait des conséquences profondes sur la compréhension que nous avons de nous-mêmes ? J’avais ici une chance de décrypter le langage de Dieu, langage qui nous permettrait ensuite de déterminer les détails les plus intimes de la façon dont les humains en étaient venus à exister. »

Après avoir accepté cette fonction, le Directeur du projet génome humain nous explique les moments d’euphorie, de grandes frustrations, de tension qu’implique un tel projet public. La concurrence exercée par un laboratoire privé désireux de privatiser une partie du génome, la pression médiatique, ont été autant de défis que dut relever F Collins durant les 13 années qui suivirent, jusqu’à cette annonce faite le 26 juin 2000 à la Maison-Blanche par Bill Clinton lui-même de « l’agencement d’une première ébauche du livre d’instruction de l’homme ».

Il faudra attendre avril 2003 pour que l’ensemble du séquençage du génome soit mis en ligne publiquement avec l’intégralité des données décryptées.

Le scientifique ému peut alors nous confier : « j’ai ressenti un irrésistible sentiment d’admiration en étudiant ce texte qui me faisait l’effet d’être le plus important de tous les textes biologiques. Oui, il est écrit dans une langue que nous comprenons très mal et comprendre ces instructions nous prendra probablement des décennies, sinon des siècles, reste que nous avions traversé un pont à sens unique nous menant droit à un territoire complètement nouveau. »

Les surprises que nous a réservées la première lecture du génome

« L’objectif de ce livre n’est toutefois pas de m’étendre davantage sur cette expérience remarquable mais plutôt de réfléchir à la façon dont la conception moderne de la science peut-être conciliée avec la croyance en Dieu. »

Fort de cette direction, F Collins nous explique l’intérêt de comparer le génome humain à ceux des autres organismes déjà séquencés.

Mais une première surprise s’affiche déjà : alors que les spécialistes attendaient trouver au moins 100 000 gènes pour l’homme, on ne compterait environ que 20 à 25 000 gènes codant pour des protéines, ce qui représente à peine 1,5 % de l’ADN disséminé le long de nos 24 chromosomes !

Le reste étant appelé ADN non codant.

Ce qui étonne d’avantage, c’est que le nombre de gènes présents dans des organismes simples comme le ver ou la mouche sont du même ordre de grandeur (env. 20 000) ce qui fait dire au scientifique :  » notre complexité doit dépendre non du nombre de paquets d’instruction distincts que nous possédons mais de la façon dont ils sont utilisés »

Une autre surprise vient du fait de la très forte similitude en matière d’ADN entre les différents individus de l’espèce humaine, « nous sommes en effet tous identiques à 99,9 % ».

Ceci est propre à notre espèce, pour la plupart des autres, la diversité en matière d’ADN est dix, voire parfois 50 fois plus importante que la nôtre.

Notre espèce possède donc un niveau étonnamment bas de diversité génétique

« Les généticiens des populations […] confirment ces faits et en concluent qu’ils indiqueraient que nous descendons tous d’un groupe de fondateurs pouvant être évalués, approximativement, à 10 000 individus, vivant il y a de cela environ 100 000 à 150 000 ans. Cette information concorde tout à fait avec le registre fossile qui situe l’origine géographique de ces ancêtres fondateurs en Afrique de l’Est »

Il est désormais possible de comparer un fragment de l’ADN humain avec celui d’autres espèces.

Si on compare une région de l’ADN codant un gène, « on trouvera alors presque systématiquement une très grande adéquation entre celle-ci et le génome d’autres mammifères ».

De nombreux gènes présenteront encore cette caractéristique avec les poissons et certains fragments seront même en adéquation avec le génome d’organismes plus simples tels que les drosophiles (petites mouches). Nous retrouvons même certains exemples de similarité jusqu’aux gènes de la levure ou avec ceux des bactéries.

Si nous répétons l’expérience en sélectionnant un peu de l’ADN humain situé entre les gènes (ADN non codant) la probabilité d’observer une séquence similaire dans les génomes d’autres organismes diminuera. Les recherches effectuées à l’aide d’ordinateurs permettent néanmoins d’identifier près de la moitié de ces fragments dans le génome d’autres mammifères et nous découvrons que la quasi-totalité d’entre eux s’aligne parfaitement avec l’ADN d’autres primates non humains.

Voici quelques exemples de similitude avec le génome humain :

« Qu’est-ce que cela signifie ? Cela constitue, à deux niveaux différents, un puissant pilier de la théorie de l’évolution de Darwin, à savoir, de la transmission à partir d’un ancêtre commun et de la sélection naturelle opérant selon des variations aléatoires. »

Il est en effet possible à partir des similarités des différents génomes, de construire un arbre de vie reliant les différentes espèces et dont la ressemblance est tout à fait étonnante avec celui émanant du registre fossile ou des observations anatomiques des formes de vie actuelles.

De plus, on observe dans le génome des mutations de l’ADN qui s’accumulent au fil du temps comme le prévoit la théorie de Darwin. En observant de plus près ces mutations entre espèces proches ou éloignées, la théorie se confirme encore. Il devient vraiment difficile de justifier au vu de ces observations qu’un ensemble de traces n’apportant pas de fonctions particulières à l’organisme se retrouve dans les espèces d’une même lignée sans avoir recours à la théorie de l’évolution. Pourquoi ces caractéristiques existerait-elle dans le cas de génomes créés séparément et sans lien les uns avec les autres ?

Darwin et l’ADN

Sans connaissance aucune de la génétique, Darwin n’avait pas les moyens de connaitre les mécanismes entrainant les variations qu’il postulait. Nous savons désormais qu’elles sont dues à des mutations  naturelles ayant cours dans l’ADN..

On estime qu’il se produit environ une erreur sur 100 millions de paires de base à chaque nouvelle génération dans le principe de réplication de l’ADN. En héritant d’un génome de chacun de nos parents, nous aurons donc une différence d’environ 60 mutations absentes chez nos géniteurs.

Certaines de ces mutations présentent un léger avantage sélectif pour l’individu et se transmettront donc plus facilement à une descendance ultérieure pour gagner l’ensemble de l’espèce au bout d’une longue période de temps et aboutir à des changement majeurs biologiques.

Ces découvertes permettent aujourd’hui aux scientifiques « de prendre l’évolution sur le fait« .

Il devient de plus en plus difficile de différencier la macroévolution (qui évoquerait des changements importants permettant le passage d’une espèce à une autre) de la microévolution (qui définit les changements progressifs au sein d’une même espèce).

En prenant l’exemple d’un gène identifié chez l’épinoche et responsable de la perte de l’épine dorsale pour l’espèce vivant en eau douce, Francis Collins nous explique que « les changements les plus importants qui ont pour conséquence d’engendrer de nouvelles espèces ne sont, en fait, que le résultat d’une succession de petites étapes. »

Les variations rapides subies par certains virus, bactéries et  parasites sont également une opportunité d’observer l’évolution à l’œuvre « au quotidien ».

Ces variations naturelles se produisant de façon aléatoire dans le génome vont permettre à certains virus ou parasites d’échapper au fil des générations à leur traitement ou à leur vaccin. (c’est le cas pour le paludisme ou le sida).

Et le chercheur de conclure : « Ainsi ne pourrions-nous absolument pas comprendre la biologie ou bien encore la médecine sans le concours de la théorie de l’évolution. »

Qu’est-ce que cela nous apprend à propos de l’évolution humaine ?

« L’étude des génomes conduit inexorablement à la conclusion selon laquelle nous, les humains, partagerions un ancêtre commun avec les autres êtres vivants.. »

Les similarités exposées dans la partie précédente ne permettent pas à elle seule d’en arriver à cette conclusion. Une vision purement créationniste des choses pourrait nous pousser à la conclusion que  » Dieu a utilisé des principes de conception féconds, et les a décliné à l’infini« .

Néanmoins, au regard des observations qui vont suivre, Collins affirme que cette position n’est plus tenable.

Ainsi, en comparant par exemple les génomes de l’homme et de la souris, on remarquera les caractéristiques suivantes :

  • La taille globale des deux génomes et quasi analogue
  • On y retrouve les mêmes gènes codant pour les protéines
  • l’ordre dans laquelle certains gènes se présentent sur les chromosomes de l’homme et de la souris est généralement conservé sur de grands segments d’ADN. Hors il n’existe pas de preuves biologiques que de si grands intervalles doivent être conservés pour assurer le bon fonctionnement des gènes. Cet agencement s’explique mieux au travers un processus évolutif que par un concepteur ayant placé des briques spécifiques avec une sorte de gaspillage pour le génome de chaque espèce.
  • On observe dans les intervalles entre les gènes, des éléments répétitifs anciens, les ERA. Ceux-ci sont des bribes de gènes qui, lors des différentes mutations, se sont dupliqués puis se sont tronqués ou ont été altérés au sein du génome sans en compromettre le bon fonctionnement général. Le fait le plus troublant est que ces fragments d’ADN non codant parfois détériorés se retrouvent aux mêmes emplacements dans le génome de l’homme et de la souris.

Tous ces points, mais particulièrement le dernier, amène le généticien à la conclusion suivante : »le fait que l’on puisse trouver un ERA tronqué précisément aux mêmes emplacements et dans le génome de l’homme et dans celui de la souris est la preuve irréfutable que cette insertion doit avoir lieu chez un ancêtre commun à l’homme et à la souris. […]

Ce type de données récentes ayant trait au génome présente donc un défi démesuré pour ceux qui s’en tiennent à l’idée que toutes les espèces auraient été créées ex nihilo. »

L’auteur s’attache ensuite à nous montrer les ressemblances frappantes entre le génome de l’homme et celui du chimpanzé. Il explique clairement comment les deux chromosomes 2A et 2B du chimpanzé auraient fusionné pour composer le chromosome 2 chez l’espèce humaine.

« La fusion s’étant produite alors que nous évoluions à partir du singe a ici laissé son empreinte ADN. Il est très difficile de comprendre cette observation si nous ne postulons pas l’existence d’un ancêtre commun. »

D’autres détails convaincants sont encore donnés comme par exemple celui du gène FOXP2 qui joue un rôle déterminant dans le développement du langage. Ce gène est resté remarquablement stable chez presque tous les mammifères sauf chez l’homme où il a subi deux changements importants il y a environ une centaine de millier d’années.

Si toutes ces observations semblent donner du crédit à une approche matérialiste athée qui ne décrit l’émergence de l’homme que par un processus évolutif de mutation et par la sélection naturelle, nous devons prendre conscience « que cette approche ne nous apprend cependant rien sur ce que signifie le fait d’être humain. »

Il parait donc important à Francis Collins de souligner :   »d’après moi, la séquence d’ADN seule […] ne sera jamais à même d’expliquer certains des attributs particuliers qui constituent l’apanage des êtres humains, tels que la connaissance de la loi morale ou bien encore la quête universelle de Dieu. Le fait de dessaisir Dieu de la charge d’actes de création particuliers ne veut pas pour autant dire qu’il ne sera pas la source des choses rendant l’humanité spéciale, et de l’univers lui-même. Cela ne contribue qu’à dévoiler sommairement son mode d’action. »

L’évolution, une théorie ou un fait ?

En soulignant tout d’abord qu’il devient quasi-impossible aujourd’hui pour un scientifique travaillant comme lui, dans le milieu de la génétique de ne pas mettre en corrélation les grandes quantités de données issues de l’étude du génome avec les fondements de la théorie de Darwin, l’auteur s’interroge sur la résistance du public aux Etats-Unis envers celle-ci.

Serait-ce en partie du à l’ignorance de certains de la définition du mot théorie ?

Si le premier sens (hypothèse) est bien connu, il ne s’applique pas à la théorie de l’évolution qui répond au second sens : « Les principes fondamentaux sous-tendant une science, un art, etc.. ; la théorie musicale, la théorie des équations »

C’est dans ce sens également que l’on parle de la théorie de la gravité.

Et Collins de rappeler : « Les croyants seraient bien avisés d’examiner précautionneusement le poids écrasant des données scientifiques soutenant le point de vue que tous les êtres vivants – y compris nous – seraient apparentés. »

Avant de poser cette question qui ouvrira sur la troisième partie de son ouvrage : « Mais si la théorie de l’évolution est vraie, reste-il de la place pour Dieu ? […] Maintenant que nous avons exposé d’une part les arguments en faveur de la plausibilité de Dieu, et de l’autre les données scientifiques relatives aux origines de l’univers et de la vie sur notre planète, saurions-nous les assembler en une synthèse joyeuse et harmonieuse ? »

 

Suite au prochain épisode…

Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 2b

Introduction (Benoît Hébert)

Nous collaborons depuis plusieurs années avec la fondation BioLogos, fondée par Francis Collins, dans le but de montrer à l’église et à chacun que le christianisme évangélique est tout à fait compatible avec les découvertes de la science moderne, et des sciences de l’évolution en particulier.

Merci à Marc Fiquet d’avoir pris l’initiative de résumer pour nous cet ouvrage!! Marc est un chrétien engagé, lecteur assidu de ce blog et désireux de contribuer positivement à l’émergence d’une génération témoignant de l’harmonie possible entre la Science et la Foi.

 

Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet (2b/4)

 

Suite de l’article http://cvablog.com/creationetevolution/2012/06/discussion-2a-a-propos-de-de-la-genetique-a-dieu-de-francis-collins-par-marc-fiquet/

 

Nous poursuivons la deuxième partie du livre qui  aborde « LES GRANDES QUESTIONS DE L’EXISTENCE HUMAINE » avec

  •  La vie sur terre : des microbes à l’homme.

Francis Collins rappelle tout d’abord les dangers causés par une foi qui commande la science. La révolution héliocentrique contraignit l’église qui avait placé la terre au centre de l’univers, à réviser ses positions.

Nous devons éviter le même type d’erreur concernant la complexité de la vie terrestre, même « si l’élégance inhérente à la complexité de la vie force en effet l’admiration, elle représente toutefois également une raison de croire en Dieu – mais il ne s’agit pas de la croyance simple, directe et incontestable que défendaient de nombreuses personnes avant que Darwin se manifeste. »

Le fait que la complexité de la vie plaide positivement pour un créateur a été particulièrement bien illustré par le philosophe et prêtre anglican William Paley en 1802 : Qui, s’il trouvait une montre en plein champ remettrait en cause l’existence d’un horloger ? De même, comment ignorer Dieu au travers de la complexité de la nature ?

En termes de logique pure, la démonstration de Paley laisse Collins sur sa faim qui en explique les limites par l’image suivante :

Ce n’est pas parce que le courant électrique de ma maison et la foudre partagent la même caractéristique d’être composés d’un flux d’électrons qu’ils proviennent tous les deux de la compagnie d’électricité.

La quête des origines de la vie s’avère donc plus compliquée, mais gardons à l’esprit ces questions auxquelles la science ne saurait répondre « dans quel but y-a-t-il de la vie ? » et « pourquoi suis-je ici ? »

  •  Les origines de la vie sur la planète Terre

L’âge de la Terre ainsi que les différentes étapes géologiques semblent aujourd’hui plutôt bien maîtrisés grâce notamment à notre découverte de la radioactivité et de la désintégration naturelle de certains isotopes radioactifs permettant de dater avec une bonne précision les différentes roches de notre planète âgée d’environ 4,55 milliards d’années.

L’apparition de la vie reste plus énigmatique, les premiers microbes apparaîtraient 150 millions d’années après la formation de la terre et s’il existe quelques hypothèses sur la réplication et l’échange d’informations grâce à l’ADN entre ces organismes primitifs, nous ne savons absolument rien de leur origine, c’est à dire « comment sont-ils apparus en premier lieu ? »

Les recherches s’orienteraient plutôt vers l’ARN capable de transporter de l’information : l’ADN illustre l’auteur, pourrait s’apparenter à « un disque dur d’ordinateur » tandis que l’ARN s’apparenterait davantage à « une clé USB » se déplaçant avec sa programmation…

Il est bon de rappeler que l’origine spontanée de la vie sur terre reste compatible avec la deuxième loi de la thermodynamique : « le système fermé et symbolisé par l’univers global est la source d’énergie disponible par le soleil, ainsi le premier assemblage aléatoire de macromolécules suscitant l’augmentation de l’ordre localement ne violerait cette loi en aucune façon »

Nous devons cependant rester prudents sur le manque d’explication des origines de la vie, le raccourci théiste d’un Dieu créant l’ARN et l’ADN pour aider à l’apparition de la vie témoigne de l’approche du « Dieu bouche-trou » qui a déjà tellement porté préjudice à la foi :

« Il existe de bonnes raisons de croire en Dieu, notamment l’existence des principes mathématiques et de l’ordre dans la création. Il s’agit de raisons positives, fondées sur des connaissances, plutôt que des hypothèses par défaut, basées sur un manque (temporaire) de connaissances. »

  •  Le registre fossile

les conditions de fossilisation sont tellement drastiques que la majorité des organismes ayant vécu sur la terre n’ont laissé aucune trace de leur existence. Le registre fragmentaire fossile reste néanmoins un outil très utile.

Les couches les plus anciennes datant de moins de 550 millions d’années ne révèlent que l’existence d’organismes monocellulaires même si des formes plus complexes ont pu exister avant cette époque.

L’explosion cambrienne survient il y environ 550 millions d’années et montre un grand nombre de plans d’organisation d’invertébrés, le nombre et la diversité de ces plans d’organisation donne lieu aujourd’hui à différentes interprétations, y voir sans plus d’analyse une manifestation surnaturelle témoigne encore de l’attitude du « Dieu bouche-trou ».

Les plantes issues d’organismes aquatiques laissent des traces à partir d’environ 400 millions d’années, 30 millions d’années plus tard ce sont les premières apparitions d’animaux terrestres, des formes de transition entre organismes marins et tétrapodes vivant sur terre ont été récemment découvertes et représentent des faits indiscutables de l’évolution. S’ensuit le règne des dinosaures puis celui des mammifères avant que n’apparaisse l’homme il y a environ 195 000 ans pour l’Homo sapiens moderne.

Collins s’attache à rappeler que les différentes espèces transitoires découvertes l’ont toujours été aux moments et lieux prédits par la théorie de l’évolution qui n’est donc pas prise en défaut.

Une petite partie est ensuite consacrée à Darwin, et son « idée révolutionnaire« .

L’hypothèse de Darwin est que toutes les espèces vivantes descendraient d’un petit nombre d’ancêtres communs. Collins veut rendre justice au découvreur en démystifiant son image populaire d’athée convaincu et expose en quelques lignes le parcours agnostique de l’homme travaillé par ses découvertes en proposant quelques citations tirées des différents écrits et correspondances du père de la théorie de l’évolution.

Il nous rappelle que les tumultes avec les religieux de l’époque ne furent pas aussi importants que prétendus aujourd’hui, en témoigne le fait que Darwin lui-même fut enterré à l’abbaye de Westminster.

Il s’agit d’éviter de diaboliser l’homme, pour conclure « aucun biologiste sérieux ne douterait, aujourd’hui, du fait que la théorie de l’évolution permet d’expliquer la merveilleuse complexité et l’inénarrable diversité de la vie. Le lien de parenté existante entre toutes les espèces via le mécanisme de l’évolution est, en réalité, un fondement si profond à la compréhension de toute la biologie qu’il serait difficile d’imaginer pouvoir s’en passer pour étudier la vie. »

  •  L’ADN, le patrimoine génétique héréditaire

Nous entrons ici dans le domaine de compétence par excellence de l’auteur, il souligne tout d’abord le mérite de Darwin d’avoir émis un certain nombre d’hypothèses sans connaissance des lois de la génétique.

Après un bref historique sur la découverte de l’ADN, Collins propose un petit parcours initiatique très didactique sur le fonctionnement de cette molécule à double hélice et de sa cousine l’ARN. Nous y apprenons comment l’information est stockée, codée et transmise au sein des cellules vivantes avec une parfaite homogénéité.

Ainsi l’acide glutamique par exemple est codé exactement de la même manière dans le langage de la bactérie que dans celui de la graine de moutarde, de l’alligator ou « celui de votre tante Gertrude… »

Conscient que bien des croyants pourraient être troublés par cette connaissance de plus en plus fine des processus complexes de la vie, l’auteur assure pour conclure ce chapitre : « Nombre de personnes ayant évalué toutes les preuves scientifiques et spirituelles dont nous disposons aujourd’hui perçoivent aujourd’hui Dieu comme le moteur de la création. Ces découvertes relatives à la nature de la vie ne m’inspirent pas l’ombre d’une désillusion – bien au contraire ! La vie est si merveilleuse et si complexe ! […] L’évolution, en tant que mécanisme, peut et doit être vraie. Mais elle ne dit rien sur la nature de son auteur. Tout croyant n’a désormais que davantage de raison d’être admiratif – et non moins. »

 

Le dossier de « La Recherche »: Dieu et la science, par Marc

Introduction (Benoit Hébert):

Un grand merci à Marc de nous faire part ici de ses réflexions concernant le dernier dossier du magazine « La Recherche ». Marc est un chrétien engagé, lecteur assidu de ce blog et désireux de contribuer positivement à l’émergence d’une génération témoignant de l’harmonie possible entre la Science et la Foi.

Le dossier de « La Recherche »: Dieu et la science, par Marc

Vous aurez peut-être remarqué la sortie en avril dernier de ce Hors série de « La Recherche » au titre intrigant et accrocheur : « Dieu et la science » !

Il est certain quavec pareil thème, chacun nattendra pas forcément une information servie de la même manière, mais personnellement, la ligne éditoriale ma parue plus quorientée et très décevante pas son manque dobjectivité flagrante.

La parution de cette édition qui savère être pour lessentiel une compilation danciens articles  semble être motivée principalement par limmixtion des extrémismes religieux dans la science,entendez par là la dangereuse montée du créationnisme dans nos sociétés modernes.

Cest ainsi que léditorialiste introduit le sujet en nous faisant part de sa stupeur sur le retour en force des idées créationnistes au travers deux événements majeurs  :

-       En France, par la tenue d’une conférence en plein Paris par le Turc Musulman Adnan Oktar (ou Harun Yahya) décidé à en découdre avec la théorie de l’évolution

-       Aux Etats-Unis où certains candidats républicains reviennent en force sur l’obligation d’enseigner des « doctrines religieuses » au Lycée (comprenez l’Intelligent Design)

et d’en déduire donc : « C’est pourquoi dans le monde entier, la science se doit de poursuivre le combat entamé par les lumières, contre les incursions des religions dans son champ de compétence. Il faut le redire : le monde que décrit la science ne dépend pas de tel ou tel système cosmogonique, ou de telle ou telle appréhension de l’homme ou du vivant. »

pour en conclure :

« Il est parfois étrange, souvent surprenant et c’est pour cela qu’il nous intéresse »

Nous ne pourrons que souscrire à cette nécessité de lindépendance de la science dans ses champs dinvestigation, mais pourquoi sous-entendre que le monde ne saurait être étrange ou surprenant du fait que les religions sintéresse à lui ?

Le ton est ainsi donné pour orienter ou plutôt réduire la question de Dieu dans la science aux dérives religieuses historiques ou imminentes.

Après avoir rappelé les méfaits historiques de la religion chrétienne au travers de lassassina dHypatie la première mathématicienne dès le IVeme siècle, suivi des condamnations de Giordano Bruno (brulé vif à Rome) et de Galilée, cest sous les titres évocateurs « Le réveil de lobscurantisme » et  « la contagion gagne des pays musulmans », que deux articles consacrés au créationnisme ne manqueront pas denfoncer le clou en démontrant les dangers introduits par la volonté d’élever lIntelligent Design au rang de science officielle et le risque de propagation des idées fondamentalistes dans les pays musulmans au large tissus religieux souvent opposé à lévolution.

Mais nous ne trouverons malheureusement aucune investigation dans les milieux religieux à la recherche dun équilibre et du respect de la science, ne laissant donc au lecteur  non avisé quune seule version de lhistoire, quun seul versant de la foi

Cest dans cet état desprit combatif science CONTRE foi que le journal poursuit avec la question « Darwin, mal enseigné en France ? »

On regrettera donc, comme en témoigne la conclusion de larticle,  que les différents arguments développés ne contribuent quà attiser le feu des différences, sans parler de lamalgame qui est fait entre linterprétation des mécanismes découverts et les conclusions philosophiques qui pourraient en découler  :

« Il y a une certaine urgence : notre enseignement décrit l’ «admirable» construction du vivant et de sa diversité, sans former suffisamment lesprit critique de nos contemporains sur les mécanismes. Nous dressons une scène attrayante où il est facile aux créationnismes doffrir une explication, si nous nabordons pas les questions pertinentes sur lévolution »

Quant aux Scientifiques confessant leur foi, sil sen trouve, il sagira de ceux qui adhèrent à « cette étrange fondation Templeton »  fustigée au travers de la chronique au même titre que lUniversité Interdisciplinaire de Paris (UIP) et dont laction est résumée ainsi :

« Sous prétexte dencourager le dialogue entre science et religion, elle utilise en fait léclat et la respectabilité de la science pour défendre la religion »

Pas un mot bien entendu des  nombreux scientifiques croyants qui proposent une démarche dharmonie science-foi tels que Francis Collins comme aura pu le souligner le Point dans son n° de décembre commenté pour loccasion par Benoit : http://cvablog.com/creationetevolution/2011/12/27/dieu-a-la-une-du-magazine-le-point/

Cest donc dans ce contexte que la deuxième partie du dossier « DE NOUVELLES CONCEPTIONS DU MONDE » nous propose la vision scientifique daujourdhui sur le cosmos et le vivant :

Nous trouvons enfin un article plutôt équilibré du philosophe des sciences et célèbre vulgarisateur Etienne Klein dans « linsatiable quête des origines ». Klein rappelle avec raison les mystères qui demeurent sur un hypothétique instant 0 bien dissimulé derrière le fameux mur de Plank et lincapacité pour la physique actuelle à décrire cet état primitif de lunivers. Nous apprécierons en particulier quil demeure des questions dans lexposé :

« doù vient le vide quantique ? nul ne le sais. Les branes ? ¨Personne ne peut le dire. Et doù provenait lunivers davant le Big Bang ? Mystère.

A lheure quil est, la question de savoir si lunivers a eu ou non une origine digne de ce nom demeure donc ouverte »

Comme nous apprécierons lalternative proposée en guise de conclusion :

Si la science accède un jour à lorigine dun univers tiré du néant, cette extraction  demeurera « sans doute indicible ».

Si nous trouvons au contraire que lunivers na jamais eu dorigine, cette question « se trouve remplacée par une autre question , la plus impénétrable de toutes, celle de lêtre : pourquoi lêtre plutôt que rien ? »

Mais hélas après cet interlude équilibré laissant place aux interrogations, nous retombons dans des travers simplistes darticles qui cherchent purement et simplement à évacuer Dieu du théâtre du réel en nous expliquant scientifiquement que :

-       Notre univers nest quun parmi une infinité dautres, ce qui expliquerait le réglage fin de notre univers ayant permis léclosion et le développement de la vie

-       Le concept démergence va supplanter le réductionnisme qui sapplique en général en biologie

-       Et donc que tout sexplique par les lois du hasard non seulement en physique avec les quanta mais aussi en biologie cellulaire

On sera à nouveau confronté à une étude sommaire dont les sous-entendus sévertuent à évacuer toute idée dune providence divine.

Hormis larticle de Klein cité ci-dessus, nous ne trouverons dans tout le magazine que quelques points d’équilibre très discrets :

Tout dabord dans lintroduction «  la science ne prétend pas dire la vérité » de Michel Blay (mais il dispose aussi dune casquette de philosophe en plus de celle de physicien) nous soulignerons par exemple ces deux formules :

« Il reste aussi des questions en suspens : par exemple pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Je pense que la physique na rien à dire avec ces questions. »

« La physique est une construction humaine qui ne dit pas labsolue réalité du monde. La science na jamais prétendu dire la Vérité, hormis dans le scientisme que je tiens pour une forme de théologie »

Puis en toute fin de journal, dans « en savoir plus » on se réjouira de la clairvoyance affichée qui saura par exemple dénoncer les excès dun Dawkins : à propos de son ouvrage « Pour en finir avec Dieu » :

« si son objectif est clair, le résultat dessert plutôt sa cause en donnant du grain à moudre aux créationnistes. En effet à trop vouloir débusquer Dieu , Richard Dawkins fait à son tour preuve dune sorte de fondamentalisme athée, en apportant à lappui de sa démonstration un agrégat de faits présentés dune manière peu objective. Un ouvrage à lire pour découvrir la pensée de Dawkins, mais qui finit par rater sa cible»

Pour conclure sur le ton général imprimé par ce n° spécial de La Recherche, qui sévertue à éviter la foi par les excès des religions créant ainsi des amalgames quon aurait aimé ne pas trouver dans une revue de ce renom, je citerai à nouveau Michel Blay dans le point final de son introduction : « En religion, ce qui est, est, et sera toujours. Ce qui est peu stimulant pour la vie intellectuelle et dangereux pour la vie sociale. »

Et je retournerai bien volontiers le compliment fait à Dawkins à propos de son ouvrage au quasi ensemble de ces pages : un dossier à lire pour découvrir la pensée de La Recherche, mais qui finit par rater sa cible !…

Discussion à propos du « Labyrinthe des origines » d’Alfred Kuen, partie 12

J’aimerais inaugurer une nouvelle façon de concevoir la discussion sur ce blog.

Mon but ne sera pas de prendre parti pour ou contre un livre, mais d’exposer la vision de l’auteur dans de courts résumés. Ce qui sera exposé ne correspondra donc pas forcément à ce que je pense. Cela ne correspond pas forcément d’ailleurs à ce qu’Alfred Kuen pense puisqu’à son habitude, il fait une synthèse d’opinions différentes.

J’entrecouperai ces résumés de questions ouvertes dont le but sera de nous faire réfléchir et  réagir.

Le premier livre choisi est donc le « Labyrinthe des origines » d’Alfred Kuen, aux éditions Emmaüs.

Source: Le regretté Philippe Gold Aubert a réalisé un excellent résumé de cet ouvrage sur son site. Je m’en servirai de point de départ pour notre première discussion.

http://www.science-foi.org/livres/kuen/print.htm

« Chapitre 8 :Création ou évolution?

Le mot évolution peut avoir plusieurs sens. La plupart des scientifiques croient qu’une forme ou une autre d’évolution est l’hypothèse la plus logique pour expliquer le développement de l’Univers et de la Vie, et la diversité actuelle de celle-ci. On utilise plus volontiers le mot « évolutionnisme », si on parle d’une évolution due au Hasard (quasi divinisé dans ses possibilités créatrices). C’est ce qu’a bien situé J. Monod, dans son livre célèbre : « Le Hasard et la Nécessité », où il situe l’Homme seul dans l’immensité de l’Univers dont il est émergé par hasard… Il est évident qu’une telle vision entre directement en conflit avec la foi biblique en notre Créateur. Et seule la Bible peut nous dire pourquoi l’on vit ! »

Quels sont les différents sens possibles du mot « évolution »?

« L’auteur s’attarde longuement ici sur l’évolutionnisme athée, véritable philosophie, issue des découvertes remarquables de Lamarck et Darwin, dont les chrétiens ont largement défiguré le sens, par parti pris. Dawkins résume assez bien cette philosophie : « Au commencement, il n’y avait que des molécules chimiques créées au hasard des rencontres entre atomes, au sein d’une sorte de bouillon de culture. Petit à petit, les plus stables « survivent » et acquièrent par hasard la propriété de se reproduire, c.-à-d. de se recopier elles-mêmes. Le hasard des mutations les a progressivement dotées d’un équipement protecteur et de moyens d’action sur le milieu : d’abord vient la cellule, puis émergent des organismes de plus en plus complexes… Ces molécules sont les ancêtres de nos gènes, et la vie n’est que le piétinement inlassable, la multiplication aveugle de ces machines chimiques. »

Le rôle du « hasard » en tant que description scientifique est-il une alternative logique à Dieu? Les chrétiens sont-ils dérangés par le fait que les météorologues prédisent le climat, phénomène « chaotique » , sans faire mention de l’action directe de Dieu?

« La parution du livre de Darwin en 1859 (« l’Origine des Espèces par voie de sélection naturelle ») a eu un retentissement considérable, et a soulevé un tollé, particulièrement dans le monde chrétien. Cependant Darwin y fait part de découvertes et d’expériences incontestables, et il fut lui-même stupéfait – et restera inquiet jusqu’à la fin de sa vie – des conséquences inattendues de ses découvertes. Bien sûr, il est influencé par les philosophes de son temps, comme Auguste Comte, mais ce fut un observateur étonnant de la nature. »

Darwin était-il athée? A-t-il voulu écrire de manière athée? Quelles ont été les différentes étapes de sa réflexion religieuse?

« Par contre, l’évolutionnisme n’est pas démontrable, et loin de là. Comment (parmi mille exemples) l’ADN, structure présente dans tout être vivant et très fragile, dont on est stupéfait de découvrir peu à peu les étonnantes propriétés, aurait-il pu se créer par hasard dans une cellule primitive, et s’adapter ensuite dans toutes les autres, selon chaque espèce? »

Est-ce parce que l’ADN est complexe qu’il ne pourrait pas être apparu par une suite d’évènements  »aléatoires  » à notre échelle? 

« La controverse entre « Créationnistes » et « Évolutionnistes » porte surtout sur l’étanchéité des espèces. La définition biologique en est; « que les différents membres d’une catégorie (d’êtres vivants) peuvent se reproduire entre eux, et que leur descendance soit fertile ». En effet, la théorie de l’évolutionnisme est basée sur le passage progressif d’une classe à une autre, et d’un embranchement à un autre, à partir des formes unicellulaires primitives du bouillon marin, pour arriver, par des mutations successives, aux êtres complexes que nous sommes. Or, on n’a jamais pu observer un individu animal passer d’une espèce à l’autre par une mutation, malgré d’innombrables tentatives ; et si de nouvelles variétés ont été obtenues, elles restent dans le cadre de l’espèce. »

A-t-on aujourd’hui, par la comparaison des génomes la preuve que les espèces descendent bien les unes des autres? L’arbre de la vie prédit par la génétique coïncide-t-il avec celui fourni par la paléontologie?

Dawkins ou Darwin?

Certains font une utilisation philosophique malhonnête de la science pour justifier leur rejet de la Bible et du Christianisme. « Je ne pourrais pas imaginer être athée avant 1859, lorsque Darwin a fait publier L’Origine des espèces…Darwin a rendu possible le fait d’être un athée intellectuellement comblé. » Richard Dawkins l’Horloger Aveugle  (1986) Cependant: •Darwin n’embrassait pas la vision populaire de l’évolution (sans but et athée) d’un processus guidé par le «hasard métaphysique et la nécessité». • Voilà par exemple ce qu’il écrit dans sa correspondance avec Asa Gray,célèbre botaniste de l’Université d’Harvard, promoteur outre Atlantique de l’évolution et chrétien de confession. « Je suis d’accord avec vous que mon point de vue n’est pas nécessairement athée. Je n’ai eu aucune intention d’écrire de manière athée… En ce qui concerne la vision théologique de la question, c’est toujours quelque chose de douloureux pour moi. Je suis perplexe.» à Gray, le 22 mai 1860

Les réflexions théologiques de Darwin (2)

De manière regrettable, les athées mais aussi de nombreux chrétiens évangéliques ont dressé un portrait sombre et sinistre des implications religieuses de la théorie darwinienne de l’évolution. Cela a conduit à un mythe culturel qui fait de Darwin l’un des apôtres modernes de l’athéisme. Pourtant, les écrits historiques originaux révèlent que Darwin a eu des réflexions théologiques complexes tout au long de sa carrière. Il a ainsi réfléchi aux thèmes religieux de la conception intelligente de la nature, du problème de la douleur et de la souveraineté de Dieu sur le monde. Les réflexions théologiques de Charles Darwin sont précieuses pour comprendre les défis que l’évolution biologique présente à la foi chrétienne.

Le voyage de l’HMS Beagle (1831-1836)

Darwin embarque à bord de l’HMS Beagle le 27 décembre 1831 avec ces postulats à propos de la nature. Dans son Autobiographie, il se souviendra qu’il est également parti avec ses croyances chrétiennes :

« Alors que j’étais à bord du Beagle, j’étais un pratiquant traditionnel authentique et je me rappelle que plusieurs officiers (bien qu’eux-mêmes pratiquants) riaient de bon cœur à chaque fois que je présentais la Bible comme un livre d’une autorité incontestable pour ce qui concerne nombre de questions morales. Je suppose que c’était la nouveauté de l’argument qui les amusait. »13

Mais ce qui contribuera plus significativement au développement de la science darwinienne, c’est le fait que Darwin embarque avec le premier volume de l’ouvrage nouvellement publié de Charles Lyell, Principles of Geology (Principes de géologie, 1830-1833), ouvrage qui jeta les bases de la géologie moderne. Peu après son arrivée en Amérique du Sud, la découverte de cette région le fait accepter pleinement le principe géologique d’uniformité. Darwin s’en vante ainsi : « Je suis fier de me rappeler que mes premières observations géologiques, à St Jago, dans l’archipel du Cap Vert, m’avaient convaincu de l’infinie supériorité de la vision de Lyell sur celle de n’importe quel autre travail reconnu que je connaissais. »14

Cependant, Darwin n’étend pas ce principe d’uniformité à la biologie. A la fin de son voyage, il est encore anti-évolutionniste et, d’une manière parfaitement paleyenne, il argumente que l’évolution est « une supposition en contradiction avec la valeur adaptative actuelle établie par l’Auteur de la Nature. »15 Neuf mois après son retour en Angleterre, Darwin est toujours un créationniste progressif. Il écrit : « Une main a sûrement façonné l’univers. Un géologue suggérerait que les périodes de création ont été séparées et éloignées les unes des autres ; que le Créateur s’est reposé pendant son travail. »16

Dans ses dernières notes du Journal du Beagle, Darwin accepte de manière évidente l’idée d’une conception intelligente :

« Parmi les scènes qui sont fortement imprimées dans mon esprit, aucune ne dépasse le caractère sublime des forêts primitives [brésiliennes] [...] qui sont des temples remplis des productions variées du Dieu de la Nature. Personne ne peut rester insensible à ces cathédrales de solitude, sans avoir l’impression qu’il y a plus dans l’Homme que le seul souffle de son corps. »17

Tout au long de son voyage célèbre, Darwin croit en un Créateur. Non seulement la nature le marque profondément en reflétant le dessein du Créateur, mais pour Darwin, ce Dieu est intervenu à différents moments de l’histoire géologique pour créer la vie.

Première période de réflexion religieuse (1836-1839)

L’HMS Beagle amarre le 2 octobre 1836 à Falmouth, en Angleterre, après un voyage de cinq ans autour du monde. Durant les quelques années qui suivent, Darwin entre dans sa première période d’intense réflexion théologique, comme il le dira lui-même : « J’ai été amené à réfléchir beaucoup au sujet de la religion. »18 C’est également à cette période qu’il formule sa théorie de l’évolution biologique. Sa théorie a bien sûr des implications religieuses significatives, et Darwin les reconnait. C’est à ce moment-là qu’il rejette toute sa foi chrétienne. En considérant l’Ancien Testament, il écrit :

« J’ai progressivement vu l’Ancien Testament comme une histoire du monde manifestement fausse, avec la Tour de Babel, l’arc-en-ciel comme un signe, etc., etc., et, comme il attribue à Dieu les sentiments d’un tyran vengeur, je ne pouvais pas lui faire davantage confiance que dans les livres sacrés des Hindous ou de n’importe quel barbare. »19

Avec une compréhension croissante de la régularité des processus naturels, Darwin abandonne également le Nouveau Testament et ses miracles. De manière très terre-à-terre, il raisonne ainsi :

« Plus nous connaissons les lois immuables de la nature, plus il devient difficile de croire aux miracles […] les gens de cette époque [premier siècle] étaient ignorants et crédules à un degré presque incompréhensible par nous. »20

En concluant avec cette période, Darwin confesse : « J’ai finalement rejeté le christianisme en tant que vérité révélée. »21

Bien que Darwin rejette le Dieu personnel du christianisme, il continue de croire fermement en un Créateur. Plus précisément, il abandonne le théisme pour embrasser le déisme.22 A la fin des années 1830, Darwin jette les bases d’une théorie sur les origines de la vie, en y incluant l’humanité, qui ne fait pas appel aux interventions divines catastrophiques de la création progressive. Il fonde entièrement son modèle sur les lois providentielles de la nature.23 Autrement dit, il voit Dieu créant les organismes vivants à travers des processus physiques. Des extraits de ses carnets de notes scientifiques révèlent cette différence dans l’action de Dieu :

« Jadis, les astronomes auraient pu dire que Dieu a mis chaque planète en mouvement sur son orbite, chacune selon sa destinée particulière – De la même manière que Dieu placerait chaque animal avec sa forme spécifique dans un certain territoire. Mais combien il serait plus simple et sublime [de] pouvoir laisser l’attraction agir selon une certaine loi et, par voie de conséquence inévitable, de laisser les animaux être créés par les lois immuables de la reproduction. […] L’Homme, dans son arrogance, pense de lui-même qu’il est une grande création digne de l’intervention directe d’un Dieu mais, plus humblement, je crois qu’il est plus juste de considérer qu’il a été créé à partir des animaux. »24

A cette époque, Darwin commence également à poser les fondements de la psychologie évolutive et il intègre cette théorie dans un cadre théologique. Il avance ainsi qu’un « philosophe » (comprenez un philosophe de la nature ou, mieux, un « scientifique ») ferait erreur s’il « affirmait que la connaissance innée d’un Créateur a été implantée en nous (individuellement ou dans une race ?) par un acte indépendant de Dieu, et non pas comme une conséquence nécessaire et intégrale de ses lois magnifiques, que nous profanons en pensant qu’elles ne sont pas capables de produire tout autour de nous. »25 Selon Darwin, ne pas reconnaître le « pouvoir sublime » de Dieu et « les inévitables conséquences » de ses « lois magnifiques » d’évolution, c’est profaner le Créateur. Clairement, la première formulation de la théorie de l’évolution n’est pas athée.

Notes

13ACD, 85.

14ACD, 101.

15Cité dans l’article de Sandra Herbert, « The Place of Man », Journal of the History of Biology (1997): 233, note 50. Darwin manuscripts, vol. 42, University of Cambridge Library (Février 1835).

16Charles Darwin, Diary of the Voyage of H.M.S. Beagle (Journal du voyage de l’HMS Beagle), ed. Nora Barlow, volume 1 in The Works of Charles Darwin, ed. Paul H. Barrett et R. B. Freeman, 29 volumes (Londres : William Pickering, 1986), I:348 (18 janvier 1836).

17Diary of the Voyage of H.M.S. Beagle (Journal du voyage de l’HMS Beagle), I:388 (24 septembre 1836).

18ACD, 85.

19ACD, 85.

20ACD, 86.

21ACD, 86.

22Le théisme est la croyance en un Dieu d’amour personnel et tout-puissant. Cet Être divin est personnellement impliqué dans la vie des gens et répond à leurs prières de manière miraculeuse. A l’opposé, le déisme fait état d’un Dieu impersonnel qui n’intervient jamais dans l’univers et qui n’a aucun rapport avec l’humanité. Il est significatif de noter que 40% des scientistes américains de premier ordre sont théistes. Voyez l’article d’Edward J. Larson and Larry Witham, « Scientists Are Still Keeping the Faith » (« Les scientistes ont encore la foi »), Nature 386 (3 Avril 1997) : 435–6.

23Sur le plan théologique, il faut faire la différence entre les différents modes d’action divine. L’interventionnisme correspond à l’activité surnaturelle et spectaculaire de Dieu. Par exemple, avant l’avènement de l’astronomie copernicienne, de nombreuses personnes pensaient que Dieu ou les anges perturbaient la trajectoire normale des planètes d’ouest en est, en provoquant de courtes boucles d’est en ouest connues sous le nom de « mouvements rétrogrades ». Darwin fait référence à ce type d’action divine dans le passage suivant. Le providentialisme est l’activité subtile de Dieu. On pourrait ainsi considérer la manière dont le Créateur utilise les lois naturelles pour créer la vie, aussi bien à l’échelle individuelle, dans l’utérus, qu’à l’échelle des populations à travers l’évolution. Darwin envisageait ce type d’activité durant les années où il était en train de formuler sa théorie de l’évolution, et cette activité était clairement incluse dans son célèbre ouvrage L’origine des espèces. Connaissant cette distinction, on comprend mieux un commentaire bien connu de Darwin. L’une des premières personnes à qui il révèle ses idées évolutionnistes est J. D. Hooker. Dans une lettre qu’il lui adresse en 1844, Darwin écrit : « Je suis presque convaincu (contrairement à l’opinion que j’avais au départ [c’est-à-dire la thèse de la création progressive]) que les espèces ne sont pas (c’est comme si je confessais un meurtre) immuables. » (Darwin à Hooker [11 janvier 1844] chez Francis Darwin, ed., More Life and Letters of Charles Darwin, 2 volumes [Londres : John Murray, 1888], I:40–1. Référence citée ci-après MLL). Egalement trouvable chez Frederick Burkhardt & Sidney Smith, eds., The Correspondence of Charles Darwin, 11 volumes (Cambridge : University Press, 1987 [1985–1999]), III:2. Référence citée ci-après CCD. Des sceptiques voient dans cette correspondance une preuve de l’athéisme de Darwin, Dieu étant la victime assassinée. Cependant, la compréhension des différentes manières d’action de Dieu remet en cause cette interprétation. L’intention de Darwin dans cette lettre est de confesser son meurtre du Dieu interventionniste de la création progressive, qui, à cette époque, est reconnu par la communauté scientifique. Comme le révèle cet article, Darwin n’a jamais été athée. Au contraire, durant la plus grande partie de sa carrière, il a cru en un Dieu impersonnel (il était déiste) qui créa la vie de manière providentielle, à travers un processus évolutif.

24Charles Darwin, « B Notebook (Février 1837 – Janvier 1838) » chez Gavin de Beer, ed., « Darwin’s Notebooks on Transmutation of Species » Bulletin of the British Museum (Natural History) II (1960) : 101, 106. Notez que les extraits des carnets de notes correspondent aux notes brutes dont la grammaire est parfois incorrecte et le style impropre. Dans cet article, les extraits sont présentés dans l’ordre où ils apparaissent dans le texte original avec occasionnellement des mots ajoutés entre crochets [ ] pour éclairer un passage.

25Charles Darwin, « M Notebook (Juillet 1838 – Octobre 1838) », chez Howard E. Gruber, Darwin on Man: A Psychological Study of Scientific Creativity Together with Darwin’s Early and Unpublished Notebooks, trans. & ed. Paul H. Barrett (New York : Dutton & Co., 1974), 292, #136.

Les réflexions théologiques de Darwin : Darwin est-il le père de l’athéisme ? (1)

Denis O. Lamoureux est professeur  à l’Université d’Alberta. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

De manière regrettable, les athées mais aussi de nombreux chrétiens évangéliques ont dressé un portrait sombre et sinistre des implications religieuses de la théorie darwinienne de l’évolution. Cela a conduit à un mythe culturel qui fait de Darwin l’un des apôtres modernes de l’athéisme. Pourtant, les écrits historiques originaux révèlent que Darwin a eu des réflexions théologiques complexes tout au long de sa carrière. Il a ainsi réfléchi aux thèmes religieux de la conception intelligente de la nature, du problème de la douleur et de la souveraineté de Dieu sur le monde. Les réflexions théologiques de Charles Darwin sont précieuses pour comprendre les défis que l’évolution biologique présente à la foi chrétienne.

Dans son célèbre best-seller L’horloger aveugle (1986), l’inimitable Richard Dawkins écrit : « Je ne pourrais pas imaginer être un athée avant 1859, lorsque Darwin a fait publier L’origine des espèces. […] Darwin a rendu possible le fait d’être un athée intellectuellement comblé. »1 Aujourd’hui, les sceptiques et beaucoup de chrétiens évangéliques rejoignent le point de vue de Dawkins en affirmant que le père de la théorie de l’évolution biologique est aussi le père de l’athéisme moderne.2 Toutefois, est-ce vraiment le cas ? Le fait d’associer Darwin et athéisme ne serait-il pas plutôt un mythe culturel populaire, aujourd’hui largement répandu dans notre société ?

Cette série de 7 articles résume les principales croyances religieuses de Charles Darwin et met en lumière, à travers les écrits historiques originaux, ses réflexions théologiques sur sa théorie de l’évolution. Non seulement Darwin apporta à la science une compréhension théorique brillante des origines de la vie mais, à la surprise de beaucoup, ses pensées concernant les implications religieuses de sa théorie sont profondes et apportent un éclairage précieux à la théologie.

Les premières années (1809-1831)

Charles Darwin naît le 12 février 1809 et grandit en Angleterre dans un environnement confortable, au milieu de diverses croyances religieuses et philosophiques.3 Son père Robert, médecin, est un « libre penseur en matière d’affaires religieuses » et n’est, au mieux, anglican « que de nom ».4 La mère de Darwin, Susannah, est issue d’une famille unitarienne fervente et amène ses enfants à l’église. Malheureusement, elle meurt alors que Darwin n’a que huit ans. Ses grandes sœurs contribuent ensuite largement à son éducation et l’amènent à l’église anglicane.5 Darwin effectue sa scolarité dans une école anglicane et, dans son autobiographie, il fera référence à ses croyances religieuses d’alors, qui sont typiques de celles d’un enfant :

« Je me rappelle que, durant mes premières années d’école [1818-1825], je devais souvent courir très vite pour arriver à l’heure et que je pouvais en général compter sur mes capacités à courir lestement. Mais quand, dans le doute, je priais sincèrement Dieu pour qu’Il m’aide, je me rappelle très bien que j’attribuais mon succès à mes prières plutôt qu’à ma course rapide, et j’étais impressionné de la manière dont Dieu m’avait aidé. »6

Au cours de son adolescence, Darwin lit le livre de son grand-père Erasmus, Zoonomia ou Laws of Organic Life (1794-1796), qui présente un Dieu impersonnel créant la vie à travers un processus évolutif.7 Darwin écrit plus tard que, sur le moment, la lecture de ce livre n’a eu que peu d’effet sur lui, mais il reconnaît qu’elle a ouvert la voie à une sérieuse réflexion sur les origines de la vie.

Après avoir renoncé à ses études de médecine à Edimbourg, Darwin entre en 1828 au Christ College de Cambridge pour étudier la théologie. Son père soulignera que Darwin a fait ce choix pour des raisons plus pratiques que religieuses. Le père de Darwin reconnaît que son fils manque d’orientation et que, par ce choix, il pourra au moins recevoir une éducation qui sied à un jeune gentleman britannique. Apparemment, Charles n’a pas une foi passionnée à ce moment-là, même s’il écrira : « A cette époque, je ne doutais pas le moins du monde de la vérité littérale stricte de chaque mot de la Bible. »8 Darwin achève ses études de théologie en 1831, mais décide de ne pas entrer dans les ordres. Cependant, son éducation à Cambridge lui donne un but. Il tombe amoureux de la science. Sa vision des origines de la vie est typiquement celle du début du XIXème siècle. Il reconnait que la Terre est vieille même si, à cette époque, on explique encore en géologie de nombreux aspects de la surface terrestre (par exemple les lits de gravier, les blocs erratiques, etc.) par des inondations catastrophiques. Darwin est également un partisan du créationnisme progressif9 : il croit que les espèces sont immuables et il maintient que Dieu est intervenu directement pour créer la vie, à différents moments des temps géologiques.

La vision de la nature de Darwin est plus précisément imprégnée de l’œuvre du théologien naturaliste britannique William Paley. Les livres de Paley Evidences of Christianity (Les preuves du Christianisme, 1794) et Natural Theology (Théologie naturelle, 1802) sont des lectures obligatoires à Cambridge au début du XIXème siècle, et Darwin confessera que l’étude attentive de ces travaux a été la seule partie de son cursus académique qui s’est révélée de quelque utilité pour l’éducation de son esprit. Bien connu pour son argument de l’horloger10, Paley soutient que l’univers présente les caractéristiques suivantes : (1) L’expression d’une conception intelligente11 – la beauté, la complexité et le fonctionnalité de la nature ont pour signification ultime de refléter l’esprit du Créateur ; (2) L’adaptation parfaite – chaque détail et tout détail de la création est parfaitement adapté à sa fonction ; (3) La bienveillance – la création est très bonne. Avec un regard rétrospectif sur sa carrière, Darwin reconnaîtra en 1871 :

« Je ne me préoccupais pas à cette époque des prémisses de Paley ; m’y fiant d’emblée, j’étais charmé et convaincu par la longue chaîne de son argumentation […] Je n’étais pas capable d’aller contre la croyance que chaque espèce avait été créée pour un but ; et cela me fit tacitement supposer que chaque détail de structure, à l’exception des détails rudimentaires, avait un rôle particulier, même s’il n’est pas toujours connu. »12

Il est important d’insister sur le fait que la vision de la conception intelligente par Paley est statique et que les prémisses de Paley sont confondues en une seule notion, celle de la parfaite adaptabilité. Cela veut dire que chaque détail et tout détail de la création a été conçu dans un but précis, à l’exception des structures rudimentaires comme les glandes mammaires des mâles de mammifères. Par conséquent, cette vision des choses ne laisse aucune place à des structures ou à des créatures mal adaptées, en particulier celles qui évoluent, dans une création de Dieu bonne et parfaitement ordonnée.

Notes

1Richard Dawkins, The Blind Wathmaker (L’horloger aveugle) (Londres : Penguin Books, 1991), 5-6.

2Il est important de noter les deux types d’approche de Darwin dans les cercles évangéliques : l’une populaire, l’autre académique. La première associe sa théorie de l’évolution à l’athéisme. La seconde reconnaît qu’un modus vivendi existe entre la doctrine évangélique et la science darwinienne. Voyez à ce sujet David N. Livingstone, Darwin’s Forgotten Defenders: The Encounter Betwen Evangelical Theology and Evolutionary Thought (Grant Rapids : Eerdmans, 1987) et James R. Moore, The Post-Darwinian Controversies. A Study of the Protestant Struggle to Come to Terms with Darwin in Great Britain and America, 1870-1900. (Cambridge : University Press, 1979).

3Pour des revues historiques complètes sur Darwin, voyez Adrian Desmond et James R. Moore, Darwin (New York : Warner Books, 1991) ; Peter Bowler, Charles Darwin: The Man and His Influence (Cambridge : University Press, 1990) ; et Michael Ruse, The Darwinian Revolution: Science Red in Tooth and Claw, 2d ed. (Chicago : University Press, 1999).

4Charles Darwin, The Life and Letters of Charles Darwin (La vie et les lettres de Charles Darwin), ed. Francis Darwin, 3 volumes (Londres : John Murray, 1888), II:178. Référence citée ci-après LLD.

5Charles Darwin, The Autobiography of Charles Darwin (L’Autobiographie de Charles Darwin), 1809–1882, ed. Nora Barlow (Londres : Collins, 1958), 22. Cette référence est citée ci-après ACD.

6ACD, 25.

7ACD, 49.

8ACD, 57.

9Le mot « créationnisme » comporte diverses nuances qu’il convient de définir. Le Créationnisme de la Jeune Terre est un mouvement populaire du mouvement créationniste. Il rejette les sciences modernes traitant des origines et suggère que le monde a été créé en six jours de 24 heures, il y a moins de 10 000 ans, et que toutes les strates géologiques sont le résultat du déluge de Noé. Le Créationnisme progressif (ou Créationnisme de la Vieille Terre) accepte l’âge reculé de la Terre (4,6 milliards d’années), mais rejette l’évolution biologique tout en maintenant que Dieu créa la vie en plusieurs étapes au cours des temps géologiques. La Création évolutive (ou Évolution théiste) soutient que le Dieu personnel de la Bible créa l’univers et la vie à travers un processus évolutif ordonné et soutenu. L’Évolution déiste met en avant un Dieu impersonnel qui lança le processus évolutif, mais qui depuis n’intervient plus dans l’univers. L’Évolutionnisme non téléologique (ou Évolutionnisme athée) correspond à la position la plus populaire. Il rejette l’existence de Dieu, croît que l’évolution de l’univers s’est faite par hasard, et que ce dernier est le fruit d’une nécessité irrationnelle. Pour une introduction du débat concernant les origines et de ces différentes positions, voyez mon cours audio « Beyond the ‘Evolution’ vs ‘Creation’ Debate » (« Au-delà du débat ‘Création’ vs ‘Évolution’ ») à l’adresse suivante : www.ualberta.ca/~dlamoure/beyond.html. Voyez également mon article sur la création évolutive à l’adresse suivante : www.ualberta.ca/~dlamoure/3EvoCr.htm.

10En résumé, Paley avançait que si une montre est trouvée dans un pré, il est alors logique de proposer l’existence d’un horloger. Il en va de même pour la nature. La complexité, l’ingéniosité et le dessein visibles dans le monde témoignent d’un Créateur qui créa dans un but précis. Voyez William Paley, Natural Theology (Théologie naturelle) in Robert Lynam, ed., The Works of William Paley (Les travaux de William Paley), 6 volumes (Edimbourg : Baynes and Son, 1825), IV:1–12.

11La notion de « dessein intelligent » ou de « conception intelligente » a été l’objet de beaucoup d’attention ces dernières années à cause du Mouvement de l’Intelligent Design. Cependant, il est important de distinguer l’interprétation moderne fournie par le Mouvement de l’Intelligent Design à la compréhension traditionnelle du dessein. Pour les théoriciens de l’Intelligent Design comme Philip Johnson, Michael Behe et William Demski, le dessein est associé à des structures biologiques (appelées « complexes irréductibles » ou « informations complexes et spécifiées ») qui, ayant été créées pour un but, ne peuvent évoluer par des processus naturels. Cependant, la conception traditionnelle du dessein insiste sur la beauté, la complexité et la fonctionnalité de la nature, et ne considère pas les mécanismes par lesquels ces caractéristiques de la nature sont apparues. Le point de vue historique du dessein reconnaît simplement que le monde agit de manière puissante sur nos esprits et qu’il fait naître en chacun de nous la croyance qu’il reflète l’esprit d’un Être Intelligent.

12ACD, 59 ; et Charles Darwin, The Descent of Man and Selection in Relation to Sex (La filiation de l’Homme et la sélection liée au sexe), nouvelle édition, revue & augmentée (New York : D. Appleton, 1886), 61. Mes italiques.

L’évolution et l’image de Dieu

Cet article a été écrit par Francis Collins. Francis Collins est un médecin et un généticien connu pour avoir dirigé le « Human Genome Project » et pour ses découvertes de gènes de maladies. Collins a fondé la foundation BioLogos en novembre 2007 et a été son président jusqu’en août 2009, date à laquelle il a démissionné pour devenir le directeur des National Institutes of Health aux E.U. (Note: cet article a été écrit avant que Collins ne prenne la tête des NIH).

Dans Genèse 1:26-27, nous lisons: “Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.” (Genèse 1:26-27)

Juste après la publication par Darwin de L’origine des espèces en 1859, les conséquences en ce qui concerne les origines de l’homme, l’interprétation biblique et les relations des gens avec Dieu étaient apparentes aux yeux de tous. La disparité potentielle entre le récit biblique de la création et la théorie de Darwin conduit beaucoup de gens à supposer que l’église de cette époque s’est sentie menacée et s’est opposée à l’évolution. Cependant, à la fin du dix neuvième siècle, beaucoup de leaders d’église avaient en réalité adopté la théorie de Darwin en tant qu’explication à propos de la façon dont Dieu avait créé le monde. Pour ne donner qu’un seul exemple, le théologien chrétien conservateur B. B. Warfield écrivit: « En ce qui me concerne, je suis libre de dire que je ne pense pas qu’il y ait aucune affirmation d’ordre général dans la Bible ou aucune partie dans le récit de la création, que ce soit dans Gen. I & II ou ailleurs où il y serait fait allusion, qu’il faille opposer à l’évolution. »

Pourtant, l’idée que les humains puissent être liés aux grands singes n’a pas été bien reçue par tous. En entendant cette nouvelle, la femme de l’évêque de Worcester en Angleterre aurait répondu ainsi avec angoisse : « L’homme descend du singe ? Mon cher, espérant que ce ne soit pas vrai. Mais si c’est vrai, prions pour que cette nouvelle ne se répande pas. »

Aujourd’hui 150 ans plus tard, il semble que nous soyons encore dans ce combat. Un sondage récent a révélé que 44% des américains croient que Dieu a créé les hommes dans leur forme actuelle il y a moins de 10 000 ans. Kathleen Parker, écrivain au Washington Post a souligné l’une des conséquences graves de cette situation: « Le problème dans le fait de ne pas croire dans l’évolution comme de ne pas croire aux cochons volants a des répercussions bien évidentes—Les Etats-Unis continueront de pointer derrière les autres nations en terme d’éducation scientifique. »

L’étude de l’ADN, le matériel héréditaire, a permis l’étude des origines de l’homme à un niveau de détails que Darwin n’aurait jamais pu imaginer. Le décodage de la totalité du génome humain (le “ Human Genome Project”), que j’ai eu le privilège de diriger—en parallèle avec celui de dizaines d’autres vertébrés a été un test rigoureux nous permettant de savoir si les données génétiques confirment que nous descendons biologiquement d’un ancêtre commun, comme le dit la théorie de l’évolution. Les preuves sont surabondantes. Bien que certaines personnes affirment encore que les similarités de l’ADN de prouvent pas que nous ayons un ancêtre commun—après tout, Dieu aurait très bien pu utiliser les mêmes séquences d’ADN pour programmer des organes identiques—l’analyse détaillée rend cette conclusion désormais indéfendable.

Par exemple, la plupart des mammifères n’ont pas besoin d’ingérer de la vitamine C par les aliments parce qu’ils peuvent utiliser un enzyme codé par l’ADN dans leur génome. Mais les primates, l’homme y compris, ont besoin de vitamine C dans leur alimentation, sinon ils auront une maladie appelée le scorbut. Que c’est-t-il passé ? Et bien, si vous rechercher dans leur génome, vous trouverez bien une copie dégénérée du gène qui code l’enzyme permettant de synthétiser la vitamine C. Mais ce gène a muté en perdant plus de la moitié de ses séquences codantes. L’affirmation que Dieu a créé le génome humain indépendamment plutôt que l’homme a une origine biologique commune avec le reste des primates revient à dire que Dieu a intentionnellement inséré un morceau d’ADN disfonctionnel pour tester notre foi. A moins que vous ne soyez prêt à accepter l’idée que Dieu soit un Dieu trompeur, ce n’est pas une explication très satisfaisante.

J’ai assisté cette semaine à une réunion à propos du génome humain à New York. Il y était question de comparaisons stupéfiantes entre notre propre génome et celui d’autres espèces, toutes cohérentes dans chaque détail avec une explication évolutive. Un article très intéressant décrit les dernières découvertes à propos des néanderthaliens, dont on a reconstitué plusieurs séquences d’ADN à partir d’os de plusieurs individus différents datant de 30 000 ans. La ressemblance avec l’ADN d’Homo sapiens est frappante, mais les données sont cohérentes avec une séparation entre les humains et des néanderthaliens il y a presque 500 000 ans.

Une découverte particulière à propos des variations génétiques a immédiatement attiré l’attention du public. Pour expliquer cette découverte, il est d’abord important de savoir que nous les humains ne sommes pas complètement identiques au niveau de notre ADN. Si vous comparez votre ADN au mien, à peu près une lettre sur 1000 serait différente. La plupart de ces variations sont communes dans la population humaine et se situent à des endroits du génome qui tolèrent la variation. C’est pourquoi ces différences n’ont pas beaucoup d’effet. Ces différences sont pourtant le reflet intéressant de notre histoire évolutive. Voilà où est l’information nouvelle : à peu près un tiers exactement des mêmes variations se retrouvent aussi chez les néanderthaliens. Cela signifie que ces certains humains, à l’endroit précis où certains ont la lettre A, d’autres ont la lettre G ; et on retrouve exactement la même variation à partir des os de néanderthaliens. Cette découverte nous montre que les néanderthaliens et les humains avaient une population commune d’ancêtres avec exactement les mêmes variations génétiques il y a plus de 500 000 ans.

Pourquoi tant de personnes trouvent si difficile d’accepter ces conclusions? Premièrement, il faut bien reconnaître que l’évolution est quelque chose d’anti-intuitif. Notre expérience humaine a beaucoup de mal à envisager les immenses périodes de temps nécessaires pour que la sélection naturelle puisse produire la diversité extraordinaire d’êtres vivants que nous voyons autour de nous. Pour les croyants, il y a en plus le problème de concilier le concept de l’image de Dieu dans l’homme et du créateur, avec la parole de Dieu et un processus qui nous semble si aléatoire. Mais cette apparente contradiction est-elle réelle? Supposez que Dieu ait choisi le mécanisme de l’évolution pour créer des animaux qui nous ressemblent, sachant que ce processus conduirait à des créatures dotées d’un cerveau important possédant la capacité de penser, de se poser des questions à propos de ses propres origines, découvrir la vérité à propos de l’univers et des « indicateurs » vers Celui qui donne un sens à l’existence. Qui sommes-nous pour dire que ce n’est pas comme cela que nous aurions fait ? Si vous croyez que Dieu est le Créateur, comment les vérités que nous découvrons au travers de la science pourraient-elles constituer des menaces pour Dieu ? Pour beaucoup de scientifiques qui croient en Dieu—moi inclus—c’est tout l’inverse. Tout ce que nous apprenons à propos du monde naturel ne fait qu’accroître notre admiration pour Dieu le créateur.

Pourtant, beaucoup de chrétiens évangéliques continuent de craindre que la foi tout entière ne soit déformée si les mots de Genèse 1 et 2 ne sont pas interprétés de manière littérale. Cela surprend même beaucoup d’entre eux d’apprendre que cette interprétation ultra littérale n’était pas considérée comme nécessaire par beaucoup de croyants très profonds bien avant que Darwin n’apparaisse sur le devant de la scène. En l’an 400, Augustin a écrit rien de moins que quatre livres à propos de l’interprétation de la Genèse, pour arriver finalement à la conclusion qu’il n’était pas possible d’arriver à une conclusion fiable à propos de la façon dont la création avait eu lieu. Dans des mots qui nous prévenaient à l’avance du conflit actuel, il écrivait : « Dans des sujets qui sont si obscurs et bien au-delà de notre vue, nous trouvons dans les Ecritures des passages qui peuvent être interprétés de différentes façons sans dommage pour la foi que nous avons reçue. Dans de tels cas, nous ne devrions pas foncer tête baissée et figer notre position d’un côté, parce que si de nouvelles découvertes dans la recherche de la vérité viennent ruiner notre position, nous tomberons aussi avec. »

Je demande à chacun de se retirer de ce conflit et de regarder sobrement à la vérité des deux livres de Dieu: celui de sa parole et celui de ses oeuvres. En tant que personnes dédiées à la recherche de la vérité, passons d’une théologie sur la défensive à une théologie qui célèbre la bonté de Dieu et sa puissance créatrice.

Francis Collins est l’ancien directeur du Human genome Project, ancien fondateur et président de la fondation BioLogos.

La science et la question de Dieu (1)

L’article d’aujourd’hui a été écrit par Randy Isaac. Randy Isaac est un chercheur en physique des solides, il est aussi le directeur exécutif de  l’American Scientific Affiliation (ASA), dont il est membre depuis 1976. L’ASA est une association de plusieurs centaines de scientifiques américains de confession évangélique. En 1977, Randy Isaac a rejoint IBM pour travailler au centre de recherche Thomas J. Watson, et très récemment, il est devenu vice président de la technologie des systèmes et des sciences dans cette entreprise.

Cet article est le premier d’une série adaptée d’un article plus pointu que vous pouvez lire ici en anglais avec les références. Vous pouvez lire l’original en anglais sur le site de la fondation biologos en cliquant ici.

Introduction

La science peut-elle nous offrir un éclairage substantiel concernant la question de l’existence de Dieu ? Au cours de cette série d’articles, nous passerons en revue trois écoles de pensée en ce qui concerne la possibilité de détecter l’existence de Dieu au travers de la science : l’évolutionnisme (philosophique), le créationnisme et l’Intelligent Design (ou « conception intelligente »). Sans apporter de « preuve » au sens formel du terme, ma conclusion sera que la science ne peut vraisemblablement pas nous fournir une conclusion claire concernant l’existence de Dieu. Pourtant, en harmonie avec la révélation de la parole de Dieu, la science nous conduit à une compréhension meilleure et plus profonde de Dieu et de ses œuvres.

L’évolutionnisme (philosophique)

L’essor de la science moderne dans le monde occidental a conduit à une relation mitigée entre la science et la foi chrétienne. D’un côté, le concept judéo-chrétien d’un Dieu unique, créateur de toute chose a été une contribution significative dans l’adoption d’idées scientifiques et dans la méthodologie. D’un autre côté, les nouvelles découvertes scientifiques ont parfois soulevé des questions troublantes. Bien que les différences d’opinions entre Galilée et le pape étaient plus complexes qu’un simple conflit d’ordre scientifique, cette affaire a posé des questions fondamentales en ce qui concerne l’interprétation de la Bible à la lumière de la compréhension scientifique du monde. Moins d’un siècle plus tard, Isaac Newton, René Descartes, Gottfried Leibniz et d’autres développèrent un cadre mathématique très performant permettant la description du mouvement classique des corps dans l’espace et sur la terre. L’invention du calcul et les lois de Newton sur le mouvement ont constitué une percée significative dans la compréhension scientifique mais ont aussi provoqué des questions d’ordre théologique. Comment la providence de Dieu et le libre arbitre de l’homme pouvaient-ils se comprendre à la lumière d’un univers régi par des lois déterministes ?

Au dix neuvième siècle, le débat à propos de la providence divine dans un monde déterministe a continué, mais une discipline majeure en a été exemptée. Les organismes vivants ne semblaient pas soumis aux simples lois de la mécanique classique. Dans son environnement, l’Origine des espèces de Darwin a eu un impact fort. L’idée d’évolution n’était pas nouvelle, mais elle était encore assez marginale en science. Les idées de Darwin n’étaient pas toutes exactes. Sa conception de l’hérédité au travers de la pangenèse est un exemple d’idée fausse. Certaines de ses idées qui se sont révélées correctes, comme le rôle de la sélection naturelle, n’ont pas été acceptées immédiatement. L’onde de choc envoyée par Darwin dans la communauté scientifique était que les organismes vivants pouvaient être étudiés systématiquement et étaient soumis à des lois naturelles analogues au reste du monde, comme par exemple les lois de Newton. Jusqu’à Darwin, les organismes vivants représentaient une échappatoire philosophique possible pour s’affranchir d’une vision mécaniste du monde. Depuis Darwin, on s’attend à ce que la vie elle-même soit ordonnée et sujette à l’étude. Pourtant, la vie n’était pas déterministe. Le caractère aléatoire inhérent aux processus évolutifs l’en prévenait et même au contrôle divin, selon l’opinion de Darwin.

Opposer Darwin à Dieu

Certains « laïcs » de l’époque n’ont pas attendu d’éclaircissements philosophiques. Ils ont saisi leur chance et ont proclamé que la théorie de Darwin de l’évolution constituait le triomphe de la science sur la théologie classique. Pour eux, la frontière ultime de la science pouvait, au moins en principe, préempter les explications théologiques. Pour ces « laïcs » qui aspiraient au statut et à l’autorité du clergé, mais sans le manteau de la religion, il ne fallait pas manquer cette occasion. John Tyndall, John Draper, Herbert Spencer, et Andrew Dixon White, parmi d’autres, ont été de ceux qui ont déclaré acquise la victoire de la science sur la théologie traditionnelle, un sort sellé par la théorie de l’évolution de Darwin. Pour la plupart d’entre eux, comme Thomas Huxley, l’emphase était davantage mis sur l’agnosticisme plutôt que l’athéisme, qui est devenu plus important au vingtième siècle.

John William Draper et Andrew Dixon White ont écrit deux livres qui ont eu une influence considérable dans les décennies qui ont suivi. En 1874, le livre de Draper: History of the Conflict Between Religion and Science (histoire d’un conflit entre la religion et la science), était un ouvrage dont le but était de démontrer que la science et la religion avaient toujours été en conflit. L’ouvrage de White’s A History of the Warfare of Science with Theology in Christendom (1896) (Une histoire du conflit entre la science et la théologie chrétienne) reprenait beaucoup des idées discutées par Draper et approfondit le thème du triomphe de la science sur la théologie dans toutes leurs confrontations. Ces travaux ont eu une influence considérable jusqu’au milieu du vingtième siècle. C’est alors que les historiens ont réalisé que les recherches supposées dans ces livres n’étaient pas tenables. Beaucoup de leurs versions des conflits historiques n’étaient pas soutenues par des recherches indépendantes et leurs récits étaient biaisés dans le but de défendre la théorie du conflit. Récemment, Ron Numbers a édité Galileo Goes to Jail, and Other Myths about Science and Religion (2009) (Galilée va en prison, et autres mythes à propos de la science et de la religion) qui est une série de chapitres rédigés par des historiens qui réfutent systématiquement les mythes dans les travaux de Draper, White, et d’autres. Néanmoins, le mal était fait. Un groupe de « laïcs » très influents et très bruyants a réussi a faire croire que l’évolution constituait l’ultime victoire de la science sur la religion, en étendant sa vision matérialiste du monde à toute forme de vie.

L’une des raisons de leur succès a été le concept de “métaphysique à une seule voix”, que l’historien Mark Noll décrit dans son article Evangelicals, Creation, and Scripture: An Overview. Découlant d’une perspective historique dans laquelle on n’écoute qu’une seule voix, où il n’y a qu’une essence à l’être, et la simplicité d’une unique explication comme dans le rasoir d’Ockham, la perspective de la métaphysique univoque a conduit à la notion qu’il ne pouvait y avoir qu’une explication aux phénomènes naturels. On considérait que les explications théologiques et scientifiques s’excluaient mutuellement. Ainsi, la science pouvait répondre à la question de Dieu par la négative en trouvant une explication naturaliste qui remplaçait l’explication théologique. La théorie de Darwin de l’évolution, bien que loin d’être complète dans les détails, remplissait les attentes d’explications scientifiques de la vie, sans faire appel à Dieu.

Charles Darwin était un naturaliste  fin et observateur. Sa théorie de l’évolution était l’aboutissement d’années d’observation attentive et d’analyse réfléchie. Il était peut-être inévitable que l’idée scientifique d’évolution conduise certains aux concepts philosophiques de l’évolutionnisme. Les observations scientifiques concernant la façon dont les espèces sont en compétition pour la survie et sont adaptées à leurs conditions environnementales se sont rapidement transformées en notions prescriptives à partir du descriptif. L’idéal du progrès comme inhérent à la destinée de l’homme était acceptée avec empressement dans la société, l’évolution scientifique constituant une « preuve ». Hélas, ces idéaux se sont brisés avec les deux guerres mondiales du vingtième siècle. D’autres aspects philosophiques de l’évolutionnisme ont décliné et ont fondu au soleil mais l’un de ceux qui a le mieux perduré était que l’évolution a d’une certaine manière remplacé Dieu dans le grand film de l’origine et du développement de la vie. Jusqu’à ce jour, l’exclusion mutuelle de l’évolution et de la création divine domine la perception populaire du conflit entre la science et la foi.

Conclusion

Cet aspect de l’évolutionnisme est-il garanti ? La question de Dieu a-t-elle été réglée par la négative ? La logique de ceux qui proposent cette réponse ne résiste pas à une analyse attentive. L’action créatrice de Dieu et son soutien de toute chose incluent non seulement les caractéristiques mécanistes des lois de Newton, probabilistes de la mécanique quantique, mais aussi les mécanismes évolutifs. Dieu peut choisir sa façon de créer comme il le désire, et il se peut qu’il le fasse avec des méthodes que nous ne comprenons pas, ou bien qui sont systématiques et accessibles à notre compréhension. Comme nous le constatons avec l’essor de la science moderne, la vision de Dieu qui engendre une cohérence et un ordre du monde naturel est une perspective qui a connu une grande réussite. Les explications scientifiques ne sont pas une alternative au contrôle créateur et constant de Dieu. Le caractère aléatoire inhérent que nous constatons dans la nature ne dément pas la notion de providence. En dépit des affirmations stridentes de certains évolutionnistes de la fin du dix neuvième siècle et de leurs descendants, la science n’a pas répondu par la négative à la question de l’existence de Dieu.

Note: les opinions exprimée dans cet article sont celles de leur auteur et pas de l’American Scientific Affiliation.