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Lettre à un ami athée (5)

Cher Ami,

 

Voici la cinquième lettre que je t’écris… et si, une fois encore, tu as l’indulgence de me lire, c’est que tu souhaites vraiment comprendre pourquoi on peut être et rester chrétien. Je t’avais promis d’aborder la question de la morale « chrétienne » et surtout, celle de l’arrogance manifestée par certains croyants à ce propos. Cela explique sans doute la perception négative que bien des athées en ont gardée. Le débat est d’autant plus complexe que tous les croyants ne partagent pas les mêmes opinions en matière d’étique. Aussi, je vais m’y risquer sur la pointe des pieds, en me limitant à l’optique des Evangiles.

 

De ce point de vue – et contrairement à ce que pensent beaucoup de croyants, et donc d’athées – la morale chrétienne ne se définit pas comme l’énoncé de lois arbitraires prononcées par un Dieu étranger au vécu de l’être humain. Au contraire, Jésus lui-même affirme que tous les principes moraux sont contenus en un seul : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! » Cette démarche, qui encourage l’homme à se référer à lui-même pour connaître ses devoirs envers autrui, présente une dimension humaniste incontestable. A une époque où plus personne – ou presque – n’accepte la moindre entrave à ses libertés individuelles, ce principe vient même couper l’herbe sous les pieds de tous ceux – croyants ou non – qui ne supportent pas l’idée qu’un Dieu quelconque vienne leur dicter leur conduite.

 

Au contraire, à travers la bouche du Christ, le Dieu de l’Évangile leur dit simplement : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » On ne peut laisser l’homme plus libre de ses actes… ni plus responsable, d’ailleurs !… Précisons tout de même que les croyants et les athées dont je parle ici sont des gens vraiment responsables. Car aujourd’hui, chez les uns comme chez les autres, beaucoup refusent d’admettre que « leur liberté s’arrête où commence celle des autres »… Si bien que leur « morale » n’est faite que d’opportunisme, d’égoïsme et d’égocentrisme. C’est donc de personnes soucieuses d’une vraie vie morale que je parle ici.

 

Mais alors : en quoi la morale chrétienne se distingue-t-elle de la morale athée ?… En peu de chose, en fait, si l’on se limite à en considérer la nature et les enjeux éthiques. Par contre, si l’on envisage les moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs que chacun s’est fixés, le chrétien n’est certainement pas le plus démuni. Mais avant d’en parler, reconnaissons que, quelles que soient ses opinions philosophiques, tout être humain lucide et honnête ne peut que partager la déclaration de l’apôtre Paul, désespérant de lui-même : « Misérable que je suis : le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas ; et le mal que je voudrais ne pas faire, c’est ce que je fais ! »

 

 On ne peut exprimer de façon plus sincère le drame moral vécu par l’humanité tout entière… Et l’on demeure à cent lieues du Christianisme triomphant que certains se croient autorisés à revendiquer. Mais on est tout aussi loin de cette confiance aveugle et quelque peu naïve que certains humanistes croient pouvoir placer dans les vertus de la nature humaine. Dans ces conditions : à quoi bon être chrétien ?… J’ai bien une idée sur la question, mais ce sera pour la prochaine fois.

 

A bientôt !

R.L.

Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins, par Marc Fiquet – Partie 3b

Suite de la Partie 3a

Voilà un petit moment que nous avions refermé le livre de Francis Collins, cet éminent scientifique chrétien, Directeur du programme pour le décodage du génome humain et qui nous instruit sur les moyens de vivre la foi et la science en harmonie. Il est temps d’en reprendre la lecture…

 

 Résumé – 3b/4 PARTIE III : La foi en la science, la foi en Dieu

Après l’introduction résumée dans l’article précédent qui montre comment la lecture littérale des premiers chapitres de la Genèse nous écarte d’une vue compatible entre bible et science comme Galilée en fit jadis les désormais célèbres frais, l’auteur désire explorer les différentes voies qui s’offrent à nous dans le cadre de cette réflexion.

Qu’il s’agisse de foi ou de science, il appartient à chacun de trouver la position qu’il juge(ra) la meilleure concernant la question cruciale portant sur le sens de la vie.

Quatre options sont proposées au lecteur, dont voici les 3 premières :

 Option 1 : Athéisme et agnosticisme

(Lorsque la science fait mieux que la foi)

L’Atheisme s’avère parfois violent dans ses revendications comme le démontre par exemple l’anecdote du procès intenté à la NASA en 1968 par une athée militante, au prétexte que les astronautes en orbite autour de la terre exprimèrent leur subjugation en citant un verset de la Bible.

La lutte entre d’un côté, les extrémistes religieux et de l’autre des scientifiques athées engagés, ne fait qu’accroitre les tensions entre ces 2 mondes.

Pour ajouter au trouble, certaines conclusions fallacieuses sont proclamées avec vigueur par des chefs de file tels que Dawkins ou Dennett qui affirment à qui veut l’entendre « que l’acceptation de l’évolution en biologie exige l’acceptation de l’athéisme en théologie« .

Tout portant à montrer que la quête universelle de Dieu est impérieuse, comment expliquer que certains manifestent une telle confiance aux thèses athées ? L’auteur propose alors un parcours historique pour tenter de répondre à la question qui démarre au XVIIIe siècle avec l’avènement des lumières et la montée du matérialisme.

Il souligne combien la théorie de l’évolution joua un rôle important pour prétexter un combat vindicatif contre la foi.

Alister Mc Graph, biologiste moléculaire et théologien consacrera d’ailleurs un ouvrage (Le DIeu de Dawkins, les gènes, les mèmes et le sens de la vie) pour montrer l’illogisme patent des démonstrations de Dawkins. L’auteur nous en partage alors la teneur (que je ne détaillerai pas dans ce résumé).

Nous constatons par ailleurs que la vision de Dawkins ne fait pas l’unanimité dans le milieu. Le célèbre Jay Gould, un des plus grands vulgarisateurs de la théorie de l’évolution invite ses collègues au sens de la mesure : « La science ne peut procéder qu’à partir d’explications naturalistes; elle ne peut ni confirmer, ni infirmer d’autres genres d’acteurs (tels que Dieu) se trouvant dans d’autre domaines (le domaine de la morale par exemple). »

 Et Collins de conclure : « Ainsi toute personne se réclamant de l’école athée doit-elle pour défendre cette position, trouver une autre assise. L’évolution elle ne le permet pas. »

 L’agnosticisme, pour sa part affirme que l’existence de Dieu ne saurait être accessible. On peut distinguer l’agnosticisme fort qui proclame une impossibilité absolue pour l’homme d’accéder à la connaissance de l’existence de Dieu, du faible qui pense cette méconnaissance temporaire ou comme un état de réflexion personnelle qui ne trouve pas de conviction ou de réponse satisfaisante au « problème » de Dieu.

Cette position peut parfois s’apparenter à une échappatoire, car « pour pouvoir se réclamer de l’agnosticisme, on devrait préalablement procéder à un examen complet de tous les éléments de preuve, aussi bien favorables que défavorables, relatifs à l’existence de Dieu.[…] Admirerions-nous une personne affirmant que l’âge de l’univers n’est pas connaissable alors qu’elle n’aurait pas pris le temps  de considérer tous les éléments de preuves lui étant relatifs ? »

 Option 2 : Le créationnisme

(Lorsque la foi fait mieux que la science)

Le généticien croyant, regrette tout d’abord que ce mot renferme désormais une idéologie étriquée alors que tout théiste devrait s’y reconnaitre.

Il poursuit en évoquant le mouvement le plus strict du créationnisme dit « Créationnisme de la jeune terre » qui interprète les 6 jours de la création de la Genèse comme 6 jours de 24 heures et spécule que la terre aurait moins de 10 000 ans.

Si un principe de microévolution au sein des espèces reste acceptable, les partisans de ces thèses – dont une des grandes figures reste Henry Morris fondateur de l’institut de recherche sur la Création aux Etats-Unis – cristallisent leurs explications du monde fossile en particulier autour d’un seul évènement catastrophique : le déluge universel.

Cette manière de penser la création est très rependue dans le milieux évangéliques même si elle se heurte à de nombreuses aberrations scientifiques. L’auteur souligne alors certains subterfuges utilisés pour défendre ces thèses : (fausses informations sur les chaînons manquants,  erreur de compréhension de la deuxième loi  de la thermodynamique, remise en cause des principes de datation, cohabitation de l’homme avec les dinosaures, ignorance des preuves de l »évolution dans les traces de l’ADN non codant).

Ainsi le créationnisme rentre en conflit ouvert avec les découvertes de la science moderne et tend à vouloir imposer son point de vue théologique sur des questions scientifiques.

L’incompatibilité est telle que l’acceptation de ces déclarations « conduirait à un effondrement complet et irréversible de la physique, de la chimie, de la cosmologie, de la géologie et de la biologie ».

L’auteur reconnait « le sérieux de la foi » des croyants désireux de protéger la Bible,  pourtant « les interprétations ultralittérales de la Genèse ne sont pas nécessaires« . Car de nombreuses lectures allégoriques de la Genèse ont été faites par l’église au cours des siècles précédents bien avant l’avènement de la théorie darwinienne.

Pour Saint Augustin par exemple « Les premiers chapitres de la Genèse ressemblaient davantage à un texte empli de moralité qu’à un récit de témoin oculaire portant sur les nouvelles du soir« .

Une question de responsabilité se pose avec l’approche créationniste conflictuelle : « Dieu est-il honoré ou déshonoré par ceux qui souhaiteraient que son peuple ignore les conclusions scientifiques rigoureuses relatives à Sa création ? La foi en un Dieu d’amour peut-elle être échafaudée sur un tissu de mensonges énoncés à propos de la nature ? »

Car il se pose un cas de conscience important pour qui ayant connaissance des faits scientifiques modernes s’entêterait à vouloir démontrer la réalité d’un univers récent.

Ainsi pour expliquer les étoiles situés à des années lumière et dont la lumière nous parvient déjà, il faut user d’explication telle qu’un Dieu ayant propulsé les photons jusqu’à la terre en un instant. dans le même état d’esprit, la désintégration radioactive aurait été truquée par Dieu pour mettre l’homme à l’épreuve de sa foi (choisir entre les apparences du visible et la vérité scientifique de la bible !) l’apparence d’un génome ayant évolué sur des millions d’années serait également créé ainsi par Dieu pour mettre à l’épreuve les humains !…

Cette description d’un Dieu falsificateur est-il à l’image du Dieu de la Bible ?

Ainsi le Créationnisme de la terre jeune, ne pose pas seulement des problèmes de compatibilité avec la science moderne mais également de sérieux problèmes théologiques.

Quels dégâts va causer un tel enseignement auprès des enfants enseignés de la sorte n’ayant pas d’autre de choix que de rejeter la science au profit de la foi ou la foi au profit de la science ?

Francis Collins en appelle alors à la raison :

Se réclamant des mêmes mouvements religieux (évangéliques) il plaide pour une remise en cause du fondement erroné sur lesquelles s’appuient néanmoins de vraies questions : comment défendre l’amour de Dieu pour le monde qu’il a créé lui-même ?

 Option 3 : l’Intelligent Design

(Lorsque la science requiert une assistance divine)

L’auteur commence par rappeler l’effervescence médiatique suscitée par le procès de Dover en 2005 aux Etats-Unis où les protagonistes de cette théorie tentèrent de l’imposer comme un enseignement scientifique scolaire au même rang que la théorie de l’évolution.

 Qu’est-ce que L’intelligent Design (ID) ?

Le dessein intelligent (en français) fut fondé par Phillip E Johnson, un chrétien Professeur de Droit à l’université de Californie.

Il s’agit d’expliquer la façon dont la vie serait apparue sur terre et le rôle que Dieu pourrait jouer à cet effet. Ses arguments furent complétés par certains scientifiques chrétiens pour s’articuler selon 3 propositions :

Proposition N°1 : « l’évolution promeut une vision du monde athée et doit être combattue par tout croyant » Ceci implique un fondement non scientifique pour une théorie qui veut pourtant se montrer sous ces traits.

Proposition n°2 : « l’évolution est fondamentalement approximative et discutable car elle ne peut rendre compte de la complexité de la nature. » La complexité de certains organismes tels que l’œil humain ne semblent guère être compatible avec une évolution progressive découlant de la sélection naturelle.

Proposition n°3 : « si l’évolution ne peut expliquer la complexité irréductible, c’est alors qu’un concepteur intelligent doit avoir été impliqué dans le processus d’une manière ou d’une autre, intervenant durant l’évolution pour produire les composants qui lui étaient nécessaires. »

La théorie qui se veut scientifique, n’évoquera cependant pas le nom de Dieu pour ledit concepteur.

Les objections à l’Intelligent Design.

En introduisant l’action de Dieu au sein du processus évolutif, bon nombre de chrétiens pourraient être tentés par les arguments de cette approche.

Il faut toutefois reconnaitre qu’il est impossible de qualifier l’ID de théorie scientifique :

« Une théorie scientifique viable se doit de faire des prédictions et de suggérer différentes approches permettant d’opérer de nouvelles vérifications expérimentales. »

L’idée que l’existence d’entités biologiques complexes requiert forcément l’intervention de forces surnaturelles mène à une impasse scientifique, comment en effet pourrions-nous vérifier cette théorie ?

De plus, les avancées de la recherche ces dernières années nous permettent d’expliquer de mieux en mieux l’évolution de composants qualifiés « d’irréductiblement complexes »  par l’ID, comme la coagulation sanguine de l’homme, le flagelle bactérien ou encore l’œil humain. Nous trouvons de plus en plus d’explications purement scientifiques là où l’Intelligent Design avait attribué un rôle à ces forces surnaturelles.

Théologiquement, l’approche de l’intelligent design s’inscrit dans la tradition des religions du « Dieu bouche-trou ». Diverses cultures ont en effet tenté d’attribuer à Dieu une variété de phénomènes naturels que la science de l’époque n’était pas en mesure de résoudre, comme les éclipses de soleil par exemple.

En outre on comprend mal la toute-puissance d’un Dieu créateur devant intervenir à intervalles réguliers afin de réparer les déficiences de son propre plan initial.

Comprenant la sincérité des croyants trouvant là un argument pour se dissocier de l’athéisme qui colle souvent à la théorie de Darwin, l’auteur averti de la fragilité de l’ID dont la croyance peut s’avérer dangereuse pour la foi car se reposant essentiellement sur les lacunes passagères de la connaissance scientifique.

Quelle issue alors sur le chemin de l’harmonie science et foi ?

C’est ce qui nous attend au prochain épisode….

Cela a-t-il un sens de croire aux miracles?

Jésus calme la tempête

Introduction

Dans notre vie quotidienne, nous reconnaissons l’existence d’un lien de cause à effet. Il est probable qu’une acte particulier de notre volonté consciente, ou bien qu’une série de circonstances précises conduisent à un aboutissement prévisible. Sans cette possibilité de prédiction, la vie et la communication seraient impossibles. La « science » s’intéresse dans les détails et  d’une manière systématique à de tels liens de cause à effet, en explorant comment les circonstances du passé ont produit tel ou tel évènement, et en prédisant comment des évènements futurs arriveront.

Mais quel est le lien exact entre un effet et sa cause ? On peut argumenter sur le fait que 2+2 = 4 est une affirmation nécessairement vraie, le nier serait bien sur absurde. Mais en est-il de même pour les relations de cause à effet ? Serait-il absurde de penser qu’en certaines occasions, un lien de cause à effet ne s’est pas produit ? Non ! Supposez, par exemple que nous sachions qu’en général, un élément de numéro atomique de 63,546 (que nous appelons habituellement le cuivre) conduit l’électricité. Il n’y aurait pas de contradiction logique au fait que la prochaine fois que nous chercherons à observer ce phénomène, il ne se produise pas. Une loi scientifique est tout au plus une généralisation de ce que nous observons habituellement, et la description de ce qui se passe habituellement ne pourra jamais nous dicter le fait qu’il puisse y avoir des évènements anormaux. En utilisant une analogie un peu grossière : dire que l’homme est un bipède n’est pas refuser le titre d’humain à quelqu’un qui a une jambe de bois.

Maintenant, si la bible nous avait dit que les naissances virginales étaient des évènements quotidiens, alors on aurait peut-être pu le vérifier par l’observation.

Si elle dit qu’une naissance de ce type ne s’est produite qu’une seule fois dans l’histoire, alors aucune généralisation scientifique n’est pertinente. On ne peut pas nier le fait qu’un événement unique et inhabituel se soit produit il y a 2000 ans dans l’histoire en montrant qu’ils n’arrivent pas quotidiennement aujourd’hui.

Maintenant, il est vrai que (1) en général nous expérimentons effectivement  la régularité dans les événements naturels, et que (2) il est de notre devoir de chercher et de mettre en évidence cette régularité pour pouvoir vivre et communiquer. Chacun sait, en effet, qu’habituellement, l’eau ne se change pas en vin. Tout ce que fait la science, c’est d’ajouter certains détails à cette généralisation de l’observation. L’alcool se forme lorsque des levures transforment le sucre en l’absence d’oxygène pour produire CH3CH2OH. Il faut que des atomes de carbone soient ajoutés à l’hydrogène et à l’oxygène de l’eau, pour former des molécules d’alcool bien précises. Ceci ne peut pas habituellement se réaliser en versant simplement de l’eau (H2O). Mais tout ce que la science a fait ici est d’ajouter des détails à l’observation courante : verser de l’eau ne produit jamais d’alcool. On ne peut pas prouver qu’il existe une impossibilité logique à un tel événement. Le fait que les atomes de carbone ne surgissent habituellement pas de nulle part est en soi une conclusion tirée de l’observation.

Alors, des événements miraculeux tels que celui là se produisent-ils vraiment? Pour répondre à cette question, il nous faut reconnaître qu’il existe une relation complexe entre l’observation, la croyance, et la vision du monde. « Voir c’est croire » n’est pas nécessairement vrai- ce que nous voyons est interprété afin d’ »avoir un sens » dans notre conception habituelle du monde . Il semble qu’il n’y ait aucune possibilité pour que cela se produise dans une séquence habituelle de cause à effet. Donc, ou bien (1) cela c’est vraiment passé, et les lois de la nature n’ont pas été « respectées », ou bien (2) il y a eu un truc ou une hallucination.

Si la personne est un prestidigitateur, alors, quelque soit notre vision du monde, il est clair pour tous qu’il s’agissait d’un truc ou d’une hallucination.

Mais supposez que cette personne soit  Jésus de Nazareth.

Pour un athée matérialiste comme Daniel Dennett, parce qu’il n’existe aucune réalité en dehors du monde matériel, toute rupture dans les relations physiques de cause à effet serait purement arbitraire et sans aucun sens. Cette personne n’aurait dons aucune autre option que de conclure qu’il s’agissait d’une erreur, d’un truc ou d’une hallucination.

Il en serait tout autrement pour un chrétien observant ce même événement, parce que les chrétiens croient que Dieu n’est pas simplement une cause parmi toutes les autres, mais à un autre niveau de causalité, Dieu est la cause grâce à laquelle tout continue d’exister. Dieu « soutient toutes choses par sa parole puissante » (Hébreux 1 :3). C’est-à-dire que tout ce qui existe continue de le faire parce qu’il le veut bien. Pour que la vie puisse exister, un tel Dieu doit maintenir en place les séquences régulières de cause à effet, mais il n’existe aucune nécessité absolue à cela. Dans un tel monde, il n’y a donc rien d’irrationnel à supposer que parfois, Dieu peut changer de schéma dans un but précis. Habituellement, l’eau ne se transforme pas en vin, mais en ce qui concerne Jésus, rien n’empêche Dieu de le faire. Ce serait un « miracle », pas simplement un événement que l’on peut expliquer, mais un instant dans lequel il faut sortir des considérations habituelles de cause à effet. Et il n’y aurait absolument rien de différent si l’observateur chrétien était lui-même scientifique.

Des considérations du même genre s’appliquent lorsque nous observons des miracles apparents aujourd’hui. En fait, la science a renforcé les preuves de tels événements plutôt qu’elle ne les a affaiblies, parce que le diagnostique est aujourd’hui plus sur. La disparition soudaine d’une tumeur cancéreuse, scientifiquement inexplicable, est un événement inexplicable pour un athée, mais un « miracle » pour un chrétien. Toutefois, aucun miracle ne sera jamais une preuve indiscutable que Dieu existe et que Jésus est son Fils. On pourra toujours invoquer un truc, une hallucination, etc…si l’on est un athée suffisamment déterminé.

Quelques remarques supplémentaires :

Tout d’abord, Dieu travaille effectivement au travers de miracles, mais aussi au travers de séquences naturels et causales. Jésus dit que Dieu lui-même nourrit les oiseaux (Matthieu 6 :26), mais Dieu le fait au travers de séquences naturelles de cause à effet. Les lois de la nature ne sont pas indépendantes de Dieu, elles ne font que décrire sa manière habituelle d’agir. D’un point de vue moderne, il serait peut-être utile de distinguer deux types différents de « miracles » :

Type 1  de miracles: lorsque l’enchaînement des événements est miraculeux, mais qu’il est possible d’un point de vue des relations de cause à effet (comme la plaie des mouches en Egypte)

Type 2 de miracles: lorsqu’il n’y a apparemment aucune relation possible de séquence de cause à effet (comme l’eau changée en vin)

Cette distinction remonte au moins au 5ème siècle, mais elle n’est pas dans la bible elle-même. Le Nouveau Testament utilise généralement deux mots pour miracle : les « signes « et les « prodiges » et les auteurs inspirés ne s’occupent pas de savoir si Dieu a utilisé des processus naturels ou bien si ceux-ci ont été suspendus. La seule préoccupation biblique est (1) qu’il s’agit d’un événement remarquable, et que (2), cet événement était investi d’une intention particulière de Dieu.

Ainsi, si Dieu a calmé la tempète en utilisant les relations normales de cause à effet (Marc 4:49), ça n’en est pas moins un signe dans le langage du Nouveau Testament.

Deuxiémement, cela a toujours été le travail de la science de chercher des explications naturelles, c’est à dire des explications mettant en jeu des relations habituelles de cause à effet. Si un cancer a disparu, c’est le travail du scientifique (quelles que soient ses opinions religieuses) de chercher une explication naturelle. Il n’y a rien d’anti-chrétien la dessous, et , en effet, si on trouve une explication « naturelle », le chrétien n’en louera pas moins le Seigneur pour la guérison et le rétablissement du malade. Simplement, un chrétien qui est aussi scientifique de métier doit être préparé à reconnaître que parfois, lorsque la science ne peut pas trouver d’explication naturelle de cause à effet, soit on en trouvera plus tard (et c’est aussi son rôle de scientifique de persévérer dans cette recherche), soit un miracle super naturel est la conclusion la plus logique.

Pour conclure, l’idée forte de relation de cause à effet a été essentielle dans le développement des sciences. Parmi ses premiers défenseurs, il y avait des savant comme Robert Boyle (1627-1691)- l’un des fondateurs de la chimie moderne. Boyle était un chrétien convaincu, parlant les langues anciennes dans lesquelles la bible a été écrite. Et cet homme croyait fermement aux miracles bibliques. En tant que croyant dans un Dieu qui soutient l’univers entier par sa parole, Boyle n’avait aucun problème avec cette question. Nous ne devrions pas non plus en avoir.

L’original en anglais de cet article peut être consulter en cliquant ici

Le traitement paradoxal du rapport science et foi par le site « hominidés.com » (2)

Le site hominidés.com est particulièrement attrayant et scientifiquement bien informé. Les plus grands spécialistes de la préhistoire sont cités. Vous y trouverez une quantité incroyable d’informations concernant les origines  de l’homme, d’un point de vue biologique, culturel…et l’actualité scientifique débordante dans ce domaine.

 

Je me suis particulièrement intéressé au traitement réservé à la foi et à la science par ce site assez « officiel », et se voulant « neutre » et même ouvert d’un point de vue « religieux ».

Dans un précédent article, nous avons mis en évidence l’hypocrisie de la rubrique concernant les fausses affirmations à propos de l’évolution, dans son traitement de la foi en Dieu.

 

Vous trouverez aussi une rubrique consacrée au mouvement de l’Intelligent Design et ses théories défectueuses.

Nous allons maintenant montrer que tout en dénonçant le mouvement de l’Intelligent Design (I.D.), ou Dessein Intelligent, l’auteur de cette rubrique tombe exactement dans le travers qu’il dénonce : mettre une croyance métaphysique sur le même plan qu’une théorie scientifique.

 

Nous avons suffisamment écrit que nous n’étions pas partisans du mouvement de l’I.D. pour pouvoir parler librement de cette question.

 

Voici la présentation qui en est faite sur le site Hominidés.com :

 

« Origines :  En 1987, aux Etats-Unis, le créationnisme a essuyé un revers dans sa lutte  contre le darwinisme : un procès retentissant opposant les deux parties s’est soldé par l’interdiction d’enseigner le créationnisme dans les écoles. Publication en 1989 du livre  »Of pandas and people » de Percival Davis et Dean H. Kenyon . »

 

La « théorie«  Par décision de la Cour Suprême, il a été jugé que seules les théories scientifiques devaient être enseignées dans les établissements publics et que le créationnisme, étant une religion, ne pouvait figurer au programme scolaire.  Le premier amendement de la Constitution américaine stipule en effet qu’aucune loi ne peut promouvoir une religion.  Les créationnistes, voyant qu’ils ne pourraient plus avancer dans cette direction, ont changé de cap. »

 

 

L’auteur de cette rubrique a tout à fait raison, l’ID est une forme détournée de « créationnisme scientifique » et ne devrait pas être enseigné dans les cours de science et les établissements publics.

 

Mais analysons de prêt la façon dont l’auteur dénonce l’ID.

 

Plutôt que de dénoncer clairement le caractère non scientifique de l’ID et son concept de complexité irréductible, il attaque les partisans de l’ID sur leurs croyances religieuses, en déplaçant ainsi les enjeux du débat et en laissant croire que la science serait incompatible avec toute forme de croyance en un Dieu créateur.

 

« La « nouvelle théorie » créationniste, le Dessein Intelligent, ou Intelligent Design, a donc tenté de présenter ses arguments de manière plus « scientifique »…  Repartant en guerre contre la théorie de l’évolution, ces « nouveaux créationnistes » ont enlevé toute notion de Dieu de leur vocabulaire… sans changer le fond de leurs pensées ! 

  Cela nous donne des notions assez surréalistes : – l’évolution est guidée par un être supérieur, il y a un dessein intelligent dans l’univers »

Il est certainement inapproprié d’invoquer Dieu scientifiquement comme guide de l’évolution, mais c’est loin d’être surréaliste de croire que le créateur a conçu les lois naturelles et qu’elles constituent une description de la façon dont il a choisit d’agir ! Nous ne sommes plus sur le champ de la science !

L’auteur dénonce maintenant les arguments de l’ID. « - la vie humaine est trop complexe pour être le fruit du hasard »

 

Le hasard est-il ici conçu comme un mode de description aléatoire d’un phénomène naturel qui n’exclut en rien l’action du Créateur, ou bien comme un agent métaphysique qui remplacerait Dieu ? « - la théorie de l’évolution est trop frustre pour expliquer la complexité de la vie. La meilleure hypothèse alternative, c’est qu’une intelligence supérieure, extraterrestre ou divine, l’a organisée. – il y a tellement de choses belles dans la nature que c’est forcément une force intelligente qui dirige tout cela… Il suffit de remplacer les notions de force ou Dessein Intelligent par le mot Dieu pour retrouver tous les arguments des créationnistes 30 ans en arrière… »

 

Au fond, ce que reproche l’auteur de cet article, c’est la croyance en Dieu des partisans de ce mouvement religieux ! Il se place donc sur le même terrain qu’eux et est coupable des mêmes travers !

Sa véritable intention n’est donc pas de défendre la science, mais ses propres présupposés métaphysiques athées. C’est le droit de chacun de croire ou de ne pas croire, mais c’est malhonnête de se cacher derrière un discours pseudo scientifique pour défendre ses convictions philosophiques !

Pourquoi ne pas avoir évoqué les notions de complexité irréductible et s’être placé sur un terrain scientifique?

Le traitement paradoxal du rapport science et foi par le site « hominidés.com » (1)

Le site hominidés.com est particulièrement attrayant et scientifiquement bien informé. Les plus grands spécialistes de la préhistoire sont cités. Vous y trouverez une quantité incroyable d’informations concernant les origines  de l’homme, d’un point de vue biologique, culturel…et l’actualité scientifique débordante dans ce domaine.

 

Je me suis particulièrement intéressé au traitement réservé à la foi et à la science par ce site assez « officiel », et se voulant « neutre » et même ouvert d’un point de vue « religieux ».

La volonté de dialogue est affichée puisque vous y trouverez les réflexions du prêtre Robert Divoux, dans une rubrique intitulée « évolution des espèces et foi en Dieu »

 

 » Hominides.com ouvre ses colonnes au père Robert Divoux pour faire la passerelle entre Science et Religion »

Extrait choisi :

 

« Jésus, « passerelle » entre l’humanité et le divin

L’homme apparu sur terre avait refusé d’entrer en communion avec la pensée de Dieu, ce que raconte – de façon symbolique et imagée, car nous sommes dans le domaine du mythe – le récit biblique de la chute d’Adam et Eve au Paradis (la fameuse histoire de ‘‘la pomme’’ !). L’homme s’était écarté de la bonne route pour suivre ses propres idées, ses propres désirs, tourné vers lui-même, dans l’oubli des autres hommes et même souvent contre eux. Le Mal était entré dans le monde.

Pour recréer cette œuvre de Dieu abîmée et ouvrir un nouveau chemin, Jésus a pris la tête de l’humanité nouvelle, et ce afin que nous puissions rejoindre librement le Père et partager sa vie dès ici-bas et pour toujours. Mais Jésus se trouve être ‘‘premier de cordée’’, avec tous les risques et toutes les conséquences que cela comporte. Pour lui, cela se traduira par bien des oppositions, des épreuves, des rejets et même des trahisons au cours de sa vie publique. Puis, cela finira par une condamnation à mort et son exécution sur une croix. »

Il existe aussi une rubrique intitulée « les idées fausses sur la théorie de l’évolution », qui dénonce tous les contresens scientifiques fréquents chez de nombreux créationnistes anti-évolutionnistes, par exemple :

 

La théorie de l’évolution est à l’origine du racisme

La théorie de l’évolution n’est qu’une hypothèse

 

« Remettons les choses à leur place !!!  Vous trouverez ici un florilège des idées fausses sur l’évolution des espèces, sur Darwin en particulier, et sur les évolutionnistes en général :  – une sélection des phrases toutes faites que l’on répète ou qu’on entend fréquemment autour de soi – les amalgames présentés par des sites de pseudosciences qui pullulent sur le net… – les mensonges proclamés par des organisations ultrareligieuses (catholiques, islamiques ou autres…) – les créationnistes dénonçant un complot scientifique contre la religion (vous savez, comme les OVNI cachés par le gouvernement américain…)

 Avant de commencer…  Des préalables pour calmer le débat… 

Les croyants ne sont pas tous créationnistes… Croire en un Dieu est tout à fait compatible avec l’étude des sciences. On peut avoir des croyances et aussi comprendre le monde qui nous entoure. Le créationniste a une lecture littérale des textes religieux, alors que le croyant sait qu’il faut interpréter les textes.

Les évolutionnistes ne sont pas tous athées… Cela n’a rien à voir. L’étude de la nature, de la faune, de l’astronomie et des mécanismes qui les régissent n’empêche pas de croire en un Dieu pour, par exemple, donner un sens à sa vie. 

Croire et comprendre, ou Croire ou comprendre… telle est la question ! »

Ainsi soit-il  !!

La plupart des réponses proposées sont neutres du point de vue des prises de positions métaphysiques ou philosophiques extra-scientifiques.

 

Mais certaines réponses laissent clairement entrevoir les préjugés anti-foi de leur auteur :

 

Les évolutionnistes disent que « l’homme descend du singe ». »C’est absolument faux, l’homme ne descend pas du singe. C’est un singe lui-même !  On attribue, à tort, cette phrase à Charles Darwin et aux scientifiques.  Ce que l’on sait c’est que les hommes et le chimpanzé ont un ancêtre commun, un singe hominoïde. Depuis ce DAC (Dernier Ancêtre Commun) les espèces se sont séparées il y a 8 à 9 millions d’années. Les lignées divergentes ont ensuite évolué chacune de leur côté. Les gorilles ou les chimpanzés sont donc des cousins éloignés de l’homme mais en aucun cas des frères ou des pères ! « 

 

Affirmer que l’homme a un ancêtre biologique commun avec le reste du monde vivant ne résonne pas tout à fait comme l’affirmation « c’est un singe lui-même », qui ressemble à la réduction « et rien qu’un singe et certainement pas une créature faite à l’image de Dieu ». C’est ce que conforte d’ailleurs la suite de la réponse

 

 » On peut également se poser la question de savoir pourquoi la parenté avec le singe est une insulte… Sans doute parce qu’elle rappelle que l’homme est un animal parmi d’autres… ni supérieur, ni inférieur. Cette mise au point gêne les extrémistes qui positionnent l’homme au-dessus des autres espèces comme un aboutissement.  » (Ma mise en gras)

 

 

Que d’amalgames réducteurs dans ces lignes ! En quoi l’origine biologique de l’homme aurait un quelconque rapport avec la question de la valeur de l’homme ! L’auteur de cet article fait exactement ce qu’il reproche aux créationnistes qu’il dénonce, il confond discours scientifique et discours à propos des valeurs. Et tant qu’il y est, qu’il aille jusqu’au bout de son raisonnement, au nom de quoi un homme aurait-il plus de valeur qu’un vers de terre, animal lui aussi, fruit  d’un processus évolutif ? Ou qu’une souris ? L’homme est un mammifère comme un autre après tout !

Celui pour qui l’homme est l’aboutissement d’un processus évolutif planifié par le créateur est automatiquement taxé d’ »extrémiste », cela fait des millions d’extrémistes en France !!  L’extrémisme est-il vraiment là où il est dénoncé ?

Cela me rappelle d’ailleurs la dénonciation faite du créationnisme par Guillaume Lecointre, du Museum d’Histoire naturelle

« La confusion entre les questions de faits et les questions morales : une stratégie de choix pour les créationnismes

…Il fut une époque où la science était le serviteur de la théologie, et donc de la philosophie. A ce titre, la science mélangeait les discours sur les faits et les discours de valeur. Depuis la révolution scientifique des XVII et XVIIIème siècles, la science n’a pourtant plus vocation de servir ou de justifier à dessein un discours de valeurs. Son nouveau contrat passé avec la connaissance se cantonne à mettre en lumière des faits expérimentalement reproductibles. Cela n’empêche en rien les valeurs d’être régies dans les domaines moral, civique, éthique, politique, voire théologique ou religieux. « 

Quelques lignes plus loin vous avez un démenti à cette affirmation dans la réponse à la fausse affirmation :

 La théorie de l’évolution est contre la religion (les religions) 

 

Après la réponse précedente, ça va être dur de convaincre les lecteurs, mais est-ce vraiment le but recherché ?

 

Encore une réponse gratinée…

 

« Pour les évolutionnistes l’homme est apparu sur Terre uniquement par hasard. Oui c’est vrai et ce n’est pas très grave puisque nous sommes là… Peut-être que si l’on avait donné le choix aux autres animaux nous n’aurions pas été sélectionnés. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’homme n’est pas une bonne chose pour la Terre : explosions atomiques, guerre, destruction de la faune, de la flore, modification du climat… Par ailleurs cette notion de hasard, qui gêne tant les ultrareligieux, est pourtant à la base de nos croyances.  Personne n’est responsable de son lieu de naissance, et pourtant c’est lui qui détermine votre religion, le hasard ! Si vous naissez à Clermond-Ferrand vous avez toutes les chances d’être catholique, par contre à Bagdad vous serez musulman et à Haïfa juif… ça c’est vraiment du hasard… »

 

Là où nous sommes d’accord, c’est que les hommes ont certainement failli dans leur mission !!

Mais l’utilisation du caractère « aléatoire » de l’évolution qui s’accommode très bien de la notion chrétienne de Providence est ici « mutée » en moteur créateur et métaphysique de l’évolution !!

L’adoption de telle religion par l’un ou l’autre suivant son contexte de naissance est certainement une question passionnante…mais n’a rien à faire ici car elle relève clairement de la philosophie ou de la foi !!

 

Vous avez dit « calmer le débat, remettre les choses à leur place ? »

 

A suivre !

 

Dawkins ou Darwin?

Certains font une utilisation philosophique malhonnête de la science pour justifier leur rejet de la Bible et du Christianisme. « Je ne pourrais pas imaginer être athée avant 1859, lorsque Darwin a fait publier L’Origine des espèces…Darwin a rendu possible le fait d’être un athée intellectuellement comblé. » Richard Dawkins l’Horloger Aveugle  (1986) Cependant: •Darwin n’embrassait pas la vision populaire de l’évolution (sans but et athée) d’un processus guidé par le «hasard métaphysique et la nécessité». • Voilà par exemple ce qu’il écrit dans sa correspondance avec Asa Gray,célèbre botaniste de l’Université d’Harvard, promoteur outre Atlantique de l’évolution et chrétien de confession. « Je suis d’accord avec vous que mon point de vue n’est pas nécessairement athée. Je n’ai eu aucune intention d’écrire de manière athée… En ce qui concerne la vision théologique de la question, c’est toujours quelque chose de douloureux pour moi. Je suis perplexe.» à Gray, le 22 mai 1860

Documentaire scientifique ou propagande idéologique?

Introduction (Benoît Hébert)

 

J’ai récemment recommandé la série de documentaires de la BBC diffusée sur Arte en ce moment : « La fabuleuse histoire de la science ». Cette série est très agréable à suivre et très bien réalisée. Pourtant, à plusieurs moments, une certaine idéologie positiviste anachronique, voire athée s’en dégage. C’était particulièrement flagrant dans l’épisode traitant des origines de la vie et de l’homme (voir le documentaire en replay). Il est vrai que l’émergence de la théorie de l’évolution a suscité bien des remouds dans les milieux chrétiens, pourtant aucun mot sur le fait qu’elle a été accueillie favorablement par bien des hommes de foi du temps de Darwin. De même, l’utilisation de la notion de contingence « à la Stephen Gould » avait des relans idéologiques évidents. Alister Mc Grath apporte des éléments de réponses très pertinents dans cet article à propos de la convergence de l’évolution.

 

Il est donc indispensable d’apprendre à décrypter les préjugés métaphysiques qui peuvent s’immiscer dans le discours « scientifique ». C’est ce que nous apprennent à faire Loren (docteur en physique diplômé de Harvard) et Deborah Haarsma (docteur en astrophysique du MIT) dans l’article qui suit.

 

Darwin et les semences flottantes de plantes

 

Quand quelqu’un utilise la théorie de l’évolution pour argumenter en faveur de croyances athées, il fait tout simplement la promotion de sa vision métaphysique du monde, que l’on peut qualifier d’évolutionnisme philosophique. On peut en trouver bien des exemples dans des ouvrages populaires ou dans les médias relatant des histoires concernant l’évolution. Ce qui suit est une illustration tirée d’un reportage radio dans les nouvelles du matin.

 

Le journaliste explique qu’une expérience particulière de Darwin a montré comment les semences de plantes pouvaient traverser les océans et atteindre des iles lointaines ou des continents. Dans l’expérience, Darwin a pris des semences de chou, les a placées dans des tubes d’eau, et a mesuré le temps qu’elles sont restées à la surface de l’eau. Certaines sont restées pendant des semaines. Ensuite, Darwin a testé ces semences qui étaient restées dans l’eau et les a plantées pour voir si elles pouvaient encore germer. Il l’a fait et certaines ont poussées. Darwin a répété l’expérience avec beaucoup d’autres plantes. Son expérience a prouvé que des semences de plantes pouvaient traverser les océans sur des milliers de kilomètres et germer dans de nouveaux endroits.

 

Si c’est tout ce que le journaliste avait dit, le reportage radio aurait été un morceau choisi d’éducation scientifique. Mais le journaliste a aussi diffusé l’interview de l’auteur d’un livre récent à propos des expériences de Darwin. Il interrogeait l’auteur : « On trouve des semences de chou sur des iles près de l’Antarctique. Comment un chou est-il arrivé là ? » L’auteur a répondu : « Eh bien, ou bien Dieu l’a mis là, ou bien il est arrivé tout seul. » Cette réponse ne laissait que deux possibilités aux auditeurs. Ou bien croire que Dieu avait mis une semence de chou sur chaque ile, ou bien croire que les semences étaient arrivées là emportées par les courants océaniques sans l’aide de Dieu. L’auteur n’offrait pas d’autres possibilités : Dieu aurait pu concevoir les courants océaniques autour de la terre et les semences pour qu’elles survivent à leur voyage et se développent. L’auteur par cette affirmation, et le journaliste par son silence était en train de sous entendre que l’expérience scientifique de Darwin impliquait que Dieu n’était pas impliqué du tout.

 

D’autres exemples d’évolutionnisme idéologique athée dans les média suivent souvent le même schéma. On nous dit qu’ou bien Dieu a agit ou bien qu’on peut expliquer scientifiquement ce qui s’est passé. Quand l’évolution fournit une explication scientifique, alors l’évolutionnisme philosophique affirme que Dieu n’est pas nécessaire. En tant que chrétiens, nous refusons ce faux choix. Nous pouvons voir l’évolution en tant que processus que Dieu utilise pour gouverner le monde et développer les différentes formes de vie.

 

 

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La foi est-elle une chose néfaste ?

Le contenu de cet article a été donné sous forme de conférence le 9 Novembre 2004 à Cambridge par le professeur Alister Mc Grath.

http://www.st-edmunds.cam.ac.uk/cis/mcgrath/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

La science a-t-elle éliminé Dieu ? Richard Dawkins et le sens de la vie.  (6) La foi est-elle une chose néfaste ?

Finalement, j’en viens à l’une des croyances centrale qui sature les écrits de Dawkins- la religion est une chose néfaste. C’est clairement un jugement intellectuel et moral. Dawkins regarde en partie la religion comme mauvaise parce qu’elle est basée sur la foi, ce qui dispense l’homme de l’obligation de penser. Nous avons déjà vu que c’est là un point très discutable, qui ne peut être soutenu par des preuves.

L’aspect moral est bien sur bien plus sérieux. Chacun s’accorde pour dire que certaines personnes religieuses ont fait des choses très dérangeantes. Mais l’intrusion de ce petit mot : « certaines » dilue immédiatement l’impact de l’argument de Dawkins. Cela entraîne pourtant toute une série de questions critiques. Combien ? Dans quelles circonstances ? A quelle fréquence ? Cela nous conduit aussi à une question comparative : combien de personnes non religieuses ont également accompli des actions dérangeantes ? Une fois que nous avons posé cette question, nous quittons le terrain des petites taquineries avec nos opposants intellectuels, et faisons face à des aspects sombres et troublants de la nature humaine. Allons plus loin dans cette réflexion.

J’étais moi-même anti religieux. Dans ma jeunesse, j’étais convaincu que la religion était l’ennemi de l’humanité, pour des raisons tout à fait similaires à celles que l’on trouve dans l’œuvre de Dawkins. Mais plus maintenant. L’une de ces raisons est ma découverte effrayante de la face sombre de l’athéisme. Laissez moi vous expliquer. Dans mon innocence, je pensais que l’athéisme se répandrait au travers du pur génie de ces idées, la nature convaincante de ses arguments, son pouvoir libérateur de l’oppression religieuse, et la beauté scintillante du monde qui en découlerait. Qui aurait eu besoin d’être forcé  à adhérer à l’athéisme, alors que c’était l’évidence même ?

Aujourd’hui, les choses sont très différentes. L’athéisme n’est pas « prouvé » en aucune manière par aucune science, y compris la biologie de l’évolution. Dawkins pense que c’est le cas, mais il présente des arguments qui sont loin d’être convaincants. Et oui, l’athéisme a libéré de l’oppression religieuse, en particulier en France dans les années 1780. Mais lorsque l’athéisme a cessé de devenir une affaire privée pour devenir une idéologie d’état, les choses ont soudainement pris une autre tournure. Le libérateur s’est transformé en oppresseur. Sans surprise, ceci ne fait pas partie de la lecture de Dawkins plutôt sélective de l’histoire. Il faut pourtant prendre cela très au sérieux pour rendre compte de toute l’histoire.  L’ouverture des archives soviétiques dans les années 1990 a conduit à des révélations qui ont tué toute vision gracieuse de l’athéisme, une vision du monde douce et généreuse comme le croyaient certains de ses supporters idéalistes. Le Livre Noir du Communisme, montrait que le communisme français- encore une force potentielle de la vie nationale- était entaché des crimes et des excès de Lénine et de Staline. Les lecteurs outrés se demandaient, « Où sont les procès de Nuremberg du communisme ? » Le communisme était une « tragédie aux dimensions planétaires » avec un total de victimes estimé par les différents auteurs entre 85 et 100 millions- bien plus que ceux du nazisme.

Il faut être prudent avec de telles statistiques, et précautionneux avant d’établir de quelconques conclusions hâtives sur leur base. Pourtant, le point principal ne peut pas être surestimé. L’une des plus grande ironie de l’histoire du 20ème siècle est que les plus grands actes meurtriers déplorables, d’intolérance et de répression ont été commis par ceux qui pensaient que la religion était meurtrière, intolérante et répressive – et qui pensaient donc rendre un service humanitaire en l’éradiquant de la planète.

Même les lecteurs les plus inconditionnels devraient se demander pourquoi Dawkins a fait l’impasse sur les colonnes éclaboussées de sang de l’athéisme au 20ème siècle – l’une des raisons pour lesquelles j’ai conclu que je ne pouvais plus être un athée.

Je pourrais en conclure en m’appuyant sur quelques histoires sélectionnées et une lecture très sélective de l’histoire que les athées sont tous totalement corrompus, violents et dépravés. Pourtant, je ne le peux pas et je ne le ferai pas, tout simplement parce que les faits ne le permettent pas. La vérité, évidente pour quiconque travaille sur ce sujet, est que certains athées sont en effet des personnes très étranges –mais que la plupart sont des gens ordinaires, qui veulent simplement s’occuper de leur propre vie, sans volonté d’opprimer, de contraindre ou de tuer quiconque. Les personnes religieuses et aussi non religieuses sont capables d’actes de bontés et d’actes de violence.

Le vrai problème- comme Friedrich Nietzsche l’a souligné il y a environ un siècle- est qu’il y a quelque chose dans la nature humaine qui rend notre système de croyance capable d’inspirer à la fois de grands actes de bontés et de grands actes de dépravation. Dawkins, bien sur, insiste pour faire passer le pathologique pour le normal. Il le faut. Sinon l’argument ne tient pas.  Prétendre que la religion est le seul problème dans le monde, sur la base de toute la souffrance qu’elle a engendrée n’est tout simplement plus une option acceptable pour des personnes qui réfléchissent. C’est juste de la rhétorique, masquant un problème difficile qu’il nous faut tous affronter- comment les êtres humains peuvent-ils cohabiter et contrôler leur passion. Il y a ici un problème très sérieux que chrétiens et athées doivent aborder ensemble ouvertement et franchement- comment ceux qui sont inspirés et élevés par une grande vision de la réalité peuvent-ils finir par accomplir des choses effrayantes ? C’est une vérité propre à la nature humaine. Ceci est tout à fait en accord avec une compréhension spécifiquement chrétienne de la nature humaine, qui affirme que nous portons « l’image de Dieu », mais nous avons chuté et commis le péché.

Dit de manière simpliste, les vestiges de notre ressemblance avec Dieu nous poussent à la bonté ; mais la présence puissante du péché nous entraîne dans un bourbier moral, duquel  on ne peut pas vraiment échapper complètement.

Nous devons encore noter une chose. Dawkins est bien clair quant au fait que la science ne peut pas déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux. D’où vient donc la preuve que la religion est mauvaise pour vous ? Sur quels critères peut-on déterminer ce qui est « mal » ? Dawkins est très clair : «  la science n’a pas de méthode pour décider ce qui est éthique. »

La discussion de Dawkins à propos de ce que la religion fait aux gens est parsemée d’anecdotes biaisées de manière flagrante et par des généralisations absolument non fondées. La rhétorique a remplacé l’analyse et l’observation attentive. Pourtant, la littérature traitant de l’impact de la foi sur les individus ou les communautés – soit de toute forme de foi, soit d’une foi spécifique- sur la base de preuves est très étendue et augmente sans cesse.

Bien qu’il ait été à la mode de suggérer que la foi était une forme de pathologie,de nombreuses preuves empiriques font reculer cette opinion en suggérant ( mais pas de manière définitive) que la foi pourrait bien vous être bénéfique. Il est certain que certaines formes de foi peuvent être pathologiques ou destructrices. D’autres semblent être bénéfiques. Bien sur, cela ne prouve pas l’existence de Dieu, mais cela mine l’un des piliers centraux de l’athéisme de Dawkins – la croyance que la foi est mauvaise pour l’homme.

En 2001, une synthèse de 100 études basées sur des preuves à propos de la relation entre le bien-être humain et la foi a montré que :

1. 79% faisait mention d’au moins une corrélation positive entre la foi et le bien-être.

2. 13% ne mettaient en évidence aucun lien significatif entre la foi et le bien-être.

3. 7% trouvaient complexes ou mitigées ce lien.

4. 1% montrait un aspect négatif à la relation foi, bien-être.

La vision du monde de Dawkins dépend entièrement de cette association négative entre bien-être religion, et expérimentalement, seulement 1% des enquêtes va dans ce sens, 79% rejette clairement une telle association. Ces résultats montrent au moins une chose : nous devons aborder ce sujet sur la base de preuves scientifiques, pas sur la base d’un préjugé personnel. Je n’oserais pas affirmer que ceci prouve que la foi est bonne pour vous. Mais cela pose clairement un problème pour Dawkins…

Pour Dawkins le problème est simple : la question est « ou bien vous valorisez la santé, ou bien la vérité. »Puisque la foi est une erreur, il serait immoral de croire, quel que soit le bienfait que vous en tirez. Pourtant, les arguments de Dawkins sur le fait que la croyance en Dieu est erronée ne riment à rien. C’est probablement pourquoi il y ajoute l’argument supplémentaire est néfaste. Les preuves nombreuses des bienfaits de la foi sur le bien-être sont bien la embarrassantes. Non seulement ces preuves remettent en cause l’un des argument critique de l’athéisme ; mais cela soulève aussi des questions troublantes sur sa véracité.

Les réflexions théologiques de Darwin (7): conclusion

De manière regrettable, les athées mais aussi de nombreux chrétiens évangéliques ont dressé un portrait sombre et sinistre des implications religieuses de la théorie darwinienne de l’évolution. Cela a conduit à un mythe culturel qui fait de Darwin l’un des apôtres modernes de l’athéisme. Pourtant, les écrits historiques originaux révèlent que Darwin a eu des réflexions théologiques complexes tout au long de sa carrière. Il a ainsi réfléchi aux thèmes religieux de la conception intelligente de la nature, du problème de la douleur et de la souveraineté de Dieu sur le monde. Les réflexions théologiques de Charles Darwin sont précieuses pour comprendre les défis que l’évolution biologique présente à la foi chrétienne.

Les dernières années (1876-1882)

L’agnosticisme de Darwin et ses croyances théologiques fluctuantes apparaissent également durant les dernières années de sa vie. Dans une lettre de 1879 adressée à James Fordice, il écrit concernant ses croyances :

« La question de ce que pourraient être mes propres croyances religieuses n’engage que moi-même. Mais, comme vous le demandez, je dirais peut-être que mon jugement fluctue souvent. Dans mes fluctuations les plus extrêmes, je n’ai jamais été un athée dans le sens de nier l’existence d’un Dieu. Alors que je vieillis je crois qu’ « agnostique » correspond le mieux à mon état d’esprit, mais pas toujours. »62

Il est important de noter que dans cette lettre écrite seulement quelques années avant sa mort, en 1882, Darwin déclare très explicitement qu’il n’a « jamais été un athée dans le sens où il n’a jamais nié l’existence d’un Dieu. » Darwin n’a donc jamais embrassé à travers sa carrière professionnelle une vision athée ou non téléologique de l’évolution biologique. Qui plus est, il découle de ce passage que s’il n’a « jamais été un athée » ni « généralement, mais pas toujours » un agnostique, alors il devait y avoir des fois où il était « théiste », comme il l’a reconnu dans son Autobiographie.

Finalement, dans la dernière année de la vie de Darwin, le duc d’Argyll soulève avec lui la question du dessein intelligent dans la nature. En écrivant au sujet de cette conversation, le duc se souvient :

« J’ai dit à M. Darwin, en référence à certains de ses travaux remarquables sur la « Fertilisation des orchidées », sur « Les vers de terre » et de nombreuses autres observations qu’il fit sur des inventions merveilleuses en faveur d’un dessein intelligent dans la nature – j’ai dit qu’il était impossible de regarder ces choses sans considérer qu’elles étaient l’effet et l’expression de l’esprit. Je n’oublierai jamais la réponse de Darwin. Il me regarda très durement et dit « Eh bien, cette impression m’a souvent traversé l’esprit avec une force irrésistible » et, en secouant la tête confusément, il ajouta : « elle semble s’en être allée. »63

Ce passage est particulièrement fascinant. Seulement six ans avant, Darwin prétendait dans son Autobiographie, avoir perdu la « vision des couleurs » au sujet du message révélé dans la nature et que « les plus grandes scènes ne [lui] procuraient plus de telles convictions et de tels sentiments dans [son] esprit. » Sans aucun doute, l’impact de « l’expression de l’esprit » au sujet de la nature a été une pierre d’achoppement poussant Darwin à ne « pas toujours » croire en un Dieu.

Conclusions et Application

Les écrits historiques révèlent clairement que Charles Darwin n’a jamais été athée. A travers sa carrière, le père de la théorie moderne de l’évolution a pris sérieusement en considération les implications religieuses de sa science. Pour cette raison, il a souvent intégré ses croyances dans sa théorie de l’évolution comme on peut le voir dans ses carnets de notes scientifiques, sa correspondance privée et ses publications professionnelles. Darwin apporte en particulier un aperçu théologique précieux et méritant toute considération au sujet du dessein intelligent révélé dans la nature, du problème de la douleur et de la souveraineté divine sur le monde. De plus, ce bref aperçu historique des croyances religieuses intimes de Darwin soulève des questions intéressantes pour nous aujourd’hui.

Premièrement, que faisons-nous des diverses références de Darwin à l’expérience de la conception intelligente de la nature ? Devrions-nous simplement les considérer comme étant la conséquence du conditionnement social de Darwin par la religion anglaise du XIXème siècle ? Cette expérience très commune correspondrait-elle à la stimulation d’un groupe de neurones qui, par chance, donnerait à l’humanité un plaisir esthétique à observer la survie des espèces ? Ou bien Darwin n’était-il pas plutôt en train d’affirmer la réalité d’une révélation non verbale qu’un Esprit Intelligent a profondément inscrite dans la nature (Psaumes 19:1-4 ; Romains 1:18-23) ?

Deuxièmement, si la conception intelligente de la nature est bien réelle, cela s’oppose-t-il nécessairement à la théorie de l’évolution ? Comme je l’ai noté, la notion de dessein était toujours présente dans la pensée de Darwin tout au long de sa carrière et, pour autant, cela ne l’a pas empêché de donner à la science une excellente explication des origines biologiques. De manière regrettable, le principal porte-parole de la conception intelligente vient aujourd’hui du Mouvement de l’Intelligent Design (ID) qui soutient une vision des origines clairement anti-évolutive.64 Se pourrait-il que la « Théorie de l’Intelligent Design » ainsi nommée soit simplement une version moderne des prémisses de William Paley depuis longtemps discréditées ? Il est clair que la compréhension de la conception intelligente par Darwin était embarrassée et frustrée par l’interprétation paleyenne du dessein. Est-ce également le cas aujourd’hui avec le modèle prétendu « scientifique » de l’Intelligent Design qui s’infiltre rapidement à travers la société et le milieu évangélique ? De manière plus incisive, la Théorie de l’Intelligent Design n’est-elle pas une pierre d’achoppement, dans le plein sens que l’apôtre Paul en donne en 2 Corinthiens 6:2-3, entre les biologistes évolutionnistes compétents et Dieu qui créa la vie à travers un processus évolutif reflétant un dessein intelligent ?

Enfin, que devrions-nous enseigner au sujet de Charles Darwin dans nos écoles publiques ? De manière tragique, un mythe culturel moderne a fait du célèbre naturaliste britannique un démon avec sa théorie scientifique. Henry M. Morris, fondamentaliste chrétien et l’un des principaux anti-évolutionnistes, donne ce jugement sévère : « Satan lui-même est l’initiateur du concept d’évolution. »65 Mais les prosélytes athées comme Richard Dawkins sont tout aussi coupables avec leur polémique souvent envenimée et usée. Le temps est venu de laisser parler la mémoire historique pour aller au-delà des mythes mal renseignés au sujet des croyances religieuses de Darwin, et au-delà des implications théologiques mal interprétées de la théorie de l’évolution biologique. Avec l’éducation de nos enfants en jeu, qui peut aller contre un tel objectif ?

Notes

62Darwin à Fordyce (1879) LLD, I:304. Mes italiques.

63LLD, I:316.

64Pour les travaux théoriques de référence concernant l’Intelligent Design, voyez Phillip E. Johnson, Darwin on Trial (Downer’s Grove : IVP, 1991) et son Defeating Darwinism by Opening Minds (Downer’s Grove : IVP, 1997) ; Michael J. Behe, Darwin’s Black Box: The Biochemical Challenge to Evolution (New York : Free Press, 1996) ; et William A. Dembski, Intelligent Design: The Bridge between Science and Theology (Downer’s Grove : IVP, 1999). Pour mon débat avec Johnson, voyez Phillip E. Johnson and Denis O. Lamoureux, Darwinism Defeated? The Johnson-Lamoureux Debate on Biological Origins (Vancouver : Regent College Press, 1999) ; un résumé de mon argumentation dans ce livre est disponible sur ma page web personnelle à l’adresse suivante : www.ualberta.ca/dlamoure/3Johnson.htm.

65Henry M. Morris, The Troubled Waters of Evolution (Les eaux troubles de l’Evolution) (San Diego : Creation Life Publishers, 1982), 75.

66Richard Dawkins admet ouvertement : « Je veux inspirer le lecteur avec une vision de notre propre existence. [...] Je veux persuader le lecteur, non seulement que la vision darwinienne du monde s’avère être vraie, mais que c’est la seule théorie connue qui pourrait, en principe, résoudre le mystère de notre existence. » (Blind Watchmaker [L’horloger aveugle], xiv. Italiques originales). Clairement, Dawkins est en train de promouvoir l’athéisme.

La foi appauvrit-elle notre vision de l’univers ?

Le contenu de cet article a été donné sous forme de conférence le 9 Novembre 2004 à Cambridge par le professeur Alister Mc Grath.

http://www.st-edmunds.cam.ac.uk/cis/mcgrath/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

La science a-t-elle éliminé Dieu ? Richard Dawkins et le sens de la vie.  (5) La foi appauvrit-elle notre vision de l’univers ?

L’une des plaintes récurrentes de Dawkins est que la religion est esthétiquement déficiente. Sa vision de l’univers est limitée et pauvre, indigne de la réalité magnifique connue par les sciences. L’univers est naturellement mystérieux, grand, magnifique et nous inspire l’admiration. Les types de visions de l’univers que les personnes religieuses ont embrassés traditionnellement sont chétifs, pathétiques et minables en comparaison avec ce que l’univers nous montre. L’univers présenté par la religion organisée est un sombre univers médiéval exigu, et extrêmement limité.

La logique de cette affirmation audacieuse est plutôt difficile à suivre, et son fondement factuel est étonnamment mince. La vision « médiévale » de l’univers a certainement été plus limitée et plus restreinte que les conceptions modernes. Mais cela n’a rien à voir avec la religion, que ce soit en terme de cause ou d’effet. Ceci reflétait la science de cette époque, largement basée sur le traité d’Aristote de Caleo (« à propos des cieux »). Si l’univers des personnes religieuses au Moyen-âge était exigu, c’était parce qu’elles étaient assez naïves pour croire que leurs livres de science avaient raison. Cette confiance dans la science et les scientifiques que Dawkins encourage si aveuglément les a conduit à associer leur théologie avec la  vision de l’univers d’un homme. Ils ne connaissaient pas les notions de  « changement radical de théorie » en matière de science, qui a rendu les gens prudents dans l’adoption sans réserve des dernières théories scientifiques, et bien plus critiques envers ceux qui basaient leur vision du monde dessus.

La conséquence de la critique légère de Dawkins est qu’une vision religieuse de la réalité est déficiente et pauvre en comparaison de la sienne. Il ne fait aucun doute que c’est un facteur important dans l’origine et le maintien de son athéisme. Pourtant, son analyse sur cette question est étonnamment mince et non persuasive.

Une approche chrétienne de la nature peut être caractérisée par trois façons  de susciter l’émerveillement en réponse à ce que nous observons.

1. Un sens immédiat d’émerveillement devant la beauté de la nature. Ce « tressaillement du cœur » que William Wordsworth décrivait à la vue d’un arc en ciel avant toute réflexion théorique de ce que cela pourrait impliquer. Pour utiliser des catégories psychologiques, il s’agit de perception, plutôt que de raisonnement cognitif. Je ne vois aucune raison de penser que croire en Dieu diminuerait ce sens de l’émerveillement. L’argument de Dawkins est tellement faible sur ce point que je dois mal l’avoir compris.

2. Un sens de l’émerveillement indirect devant la représentation mathématique et théorique de la réalité qui découle de l’observation immédiate. Dawkins connaît aussi et approuve ce second sens de l’émerveillement, mais il semble croire que les personnes religieuses « s’amusent du mystère mais se sentent trompées quand on le leur explique. » Ce n’est pas le cas ; un nouveau sens de l’émerveillement prend place, je m’expliquerai dans un instant.

3. Un sens supplémentaire d’émerveillement pour celui vers qui la nature pointe. L’un des thèmes centraux de la théologie chrétienne est que la nature rend témoignage à son créateur, « Les cieux proclament la gloire du Seigneur ! » (Psaumes 19 :1). Pour les chrétiens, expérimenter la beauté de la création est un signe ou un pointeur vers la gloire la Dieu, et ils chérissent tout particulièrement cette expérience pour cette raison. Dawkins exclut une telle référence transcendante à partir de la contemplation du monde naturel. Dawkins suggère qu’une approche religieuse du monde nous fait manquer quelque chose.

Après avoir lu Unweaving the Rainbow, je n’ai toujours pas compris de quoi il s’agissait. Une lecture chrétienne du monde ne nie rien de ce que les sciences naturelles nous révèlent, sauf le dogme naturaliste que la réalité est limitée à ce que les science naturelles peuvent nous faire connaître. Pour tout dire, une vision chrétienne du monde naturel apporte une richesse que je trouve plutôt absente des écrits de Dawkins, et cela nous fournit une motivation  supplémentaire d’étudier la nature. Après tout, Jean Calvin (1509-64) commentait sa grande envie vis-à-vis de ceux qui étudiaient la physiologie et l’astronomie, et  étaient ainsi en contact direct avec les merveilles de la création divine. Le Dieu invisible et intangible était ainsi approché en étudiant les merveilles de la nature. Les réflexions de Dawkins sur le « mystère » se trouvent surtout dans Unweaving the Rainbow, livre dans lequel il explore la place de l’émerveillement dans la compréhension des sciences. Toujours dans un esprit d’hostilité vis-à-vis de la religion, cet ouvrage reconnaît l’importance du sens de l’admiration et de l’émerveillement qui motive ceux qui cherchent à comprendre la réalité. Dawkins évoque le poète William Blakes comme un mystique obscurantiste. Blakes illustre la raison pour laquelle les approches religieuses du mystère sont sans intérêt et stériles. Dawkins localise beaucoup d’erreurs dans l’amour compréhensible –mais mal à propos- de Blake pour le mystère :

« L’attirance vers l’admirable, le merveilleux et le grandiose qui conduit Blake au mysticisme… est exactement ce qui conduit plusieurs d’entre nous à la science. Notre interprétation est différente, mais ce qui nous passionne est identique. Le mystique se contente de se prélasser dans l’émerveillement  et  de s’amuser du mystère que nous ne sommes pas « sensés »  comprendre. Les scientifiques ressentent le même émerveillement, mais sans repos, pas dans le contentement, ils reconnaissent la profondeur du mystère, puis  ajoutent : « mais nous y travaillons ». »

Ainsi, il n’y a aucun problème avec la catégorie des « mystères ». La question est celle de notre choix, ou bien nous décidons de nous y atteler, ou bien nous sombrons dans la paresse et affirmons que c’est hors de notre portée.  La théologie chrétienne a traditionnellement été consciente de ses propres limites, et a cherché à éviter les affirmations excessivement sûres d’elles mêmes face au mystère. Pourtant, en même temps, la théologie chrétienne ne s’est jamais tenue au silence complet devant les mystères divins. S’intéresser à ces mystères n’a jamais été considéré comme prohibé intellectuellement, ni nuisible ou destructif pour la foi.

Comme le théologien anglican du 19ème siècle Charles Gore le disait :

« Le langage humain ne peut jamais rendre compte des réalités divines de manière adéquate. Chez tous les théologiens qui savent de quoi ils parlent en concevant ou exprimant le divin, il y a une tendance constante à s’excuser du discours humain, un grand sens de l’agnosticisme, une horrible conscience des profondeurs ignorées par rapport au peu porté à notre connaissance. « Nous voyons bien imparfaitement, comme au travers d’un miroir », dit Paul, « nous connaissons en partie. » « Nous sommes contraints d’essayer d’atteindre, de grimper l’inatteignable, de parler de l’imprononçable, …, nous sommes obligés de livrer au péril de l’expression humaine les choses profondes de la religion. » »

Une définition parfaite de la théologie chrétienne est : « prendre rationnellement de la peine à propos d’un mystère. »-en reconnaissant qu’il peut exister des barrière à ce que nous pouvons atteindre, mais en croyant que ce travail intellectuel est nécessaire et qu’il en vaut la peine. Cela signifie simplement être confronté avec quelque chose de tellement grand que nous ne pouvons pas pleinement le saisir, nous devons donc faire le mieux que nous pouvons avec les outils analytiques et descriptifs à notre disposition. En y réfléchissant bien, c’est également le but des sciences naturelles. Il n’est peut être pas étonnant qu’il y ait un intérêt grandissant pour le dialogue entre la science et la foi.