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« La vérité pour passion. Cohérence et force de la pensée évangélique. » Un livre à lire d’Alister McGrath

En ces temps où les évangéliques sont évoqués dans les médias,  j’aimerais vous conseiller la lecture d’un livre d’Alister McGrath traduit en français aux éditions excelsis : « La vérité pour passion. Cohérence et force de la pensée évangélique. »

Alister McGrath

 

Les lecteurs du blog création et évolution et du site science et foi savent bien que je suis fier de mon appartenance à la communauté évangélique, que je l’aime et que c’est pour ça que je ne supporte pas de la voir parfois s’enliser dans des impasses intellectuelles et spirituelles comme celles de nier l’évolution des espèces ou de remettre en cause l’âge de la terre et de l’univers.

Les lecteurs de ce blog et du site science et foi ont déjà eu l’occasion de lire Alister McGrath, en particulier à propos de la notion de téléologie (ou de finalité) de l’évolution.

Alister McGrath, après avoir été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford, occupe désormais la chaire de théologie, du ministère et de l’éducation au King’s College de Londres.

Voici ce qui est inscrit au dos de la couverture de cet excellent livre :

« Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que le christianisme évangélique est, en Occident, la forme de christianisme la plus importante et la plus militante.

Souvent resté à l’écart de la scène médiatique et des débats philosophiques, ce christianisme commence à faire l’objet de travaux académiques sérieux et semble vouloir entrer dans l’arène des joutes intellectuelles. Animé par une passion pour la vérité, le mouvement évangélique ne peut en effet s’accommoder du contexte actuel d’un monde qui donne l’impression d’avoir perdu tout intérêt pour la question de la vérité et d’avoir opté, notamment dans le milieu intellectuel et académique, pour un accommodationisme facile consistant à concilier les différentes factions idéologiques, indépendamment des mérites respectifs de leurs argumentations.

Alister McGrath, en montrant la solidité des fondements de la pensée évangélique, et la cohérence et la crédibilité de celle-ci, encourage les évangéliques à s’engager plus avant dans la vie intellectuelle. D’autant plus que les systèmes de pensée rivaux ont aussi leurs défauts et leurs points faibles, et qu’ils oublient trop souvent que les questions critiques qu’ils posent aux évangéliques peuvent être adressées à leur propre approche. »

Je cite l’auteur dans son introduction où il traite de la place de la théologie dans les milieux évangéliques

« Le mot « évangélique » continue d’évoquer des images d’anti-intellectualisme, en particulier associées au fondamentalisme nord-Américain des années vingt et trente. Pourtant, il y a maintenant longtemps que le mouvement évangélique a renoncé à la posture défensive et agressive de cette période critique…

Le mouvement étant devenu, depuis la Seconde Guerre mondiale, une présence majeure au sein du christianisme mondial, une part substantielle de ses membres a jugé qu’il n’était par prioritaire de s’engager dans la réflexion théologique. Pourquoi cela ?

Quatre explications majeures peuvent être apportées, qui méritent une étude approfondie. Trois d’entre elles sont tout particulièrement liées au contexte américain plutôt qu’européen, ce qui explique, dans une certaine mesure, les différentes approches des branches européennes et américaines du mouvement.

  1. L’héritage fondamentaliste du mouvement évangélique nord américain…
  2. En Amérique du Nord tout particulièrement, le mouvement évangélique a mis en avant des critères pragmatiques de réussite…
  3. La théologie académique a l’obligation de se soumettre au programme sécularisé de recherche…elle se distancie donc de la vie et des préoccupations des Eglises chrétiennes.
  4. La théologie est potentiellement élitiste ; elle s’oppose donc au caractère « populiste » du christianisme évangélique nord-américain. »

 

Alister McGrath évoque « l’attitude défensive passée du mouvement évangélique.

Là où les théologiens évangéliques auraient du se préoccuper de la définition positive et critique de la foi chrétienne, ils ont été obligés de défendre leur approche particulières des sources de la théologie, et en particulier de l’Ecriture…

D’ailleurs, nombre de débats internes au mouvement ont porté sur ces questions, comme les controverses sur l’ »inerrance » et l’ »infaillibilité », qui, peut-on raisonnablement penser, ont été imposées par les opposants…

Le christianisme évangélique doit donc prendre le temps d’énoncer ses propres idées, sans avoir besoin de continuer à regarder avec méfiance par-dessus son épaule…Dans ce livre, je refuse volontairement d’adopter une telle position. Je me propose au contraire de présenter la cohérence de la conception évangélique de la théologie et d’entrer en débat critique avec les approches rivales. »

Et ce ne sont que quelques extraits de l’introduction. J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre qui fait un bien fou en démontrant pourquoi aujourd’hui, nous avons toutes les raisons spirituelles et même intellectuelles d’être fiers d’être chrétien et de propager la foi évangélique !

La foi est-elle une chose néfaste ?

Le contenu de cet article a été donné sous forme de conférence le 9 Novembre 2004 à Cambridge par le professeur Alister Mc Grath.

http://www.st-edmunds.cam.ac.uk/cis/mcgrath/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

La science a-t-elle éliminé Dieu ? Richard Dawkins et le sens de la vie.  (6) La foi est-elle une chose néfaste ?

Finalement, j’en viens à l’une des croyances centrale qui sature les écrits de Dawkins- la religion est une chose néfaste. C’est clairement un jugement intellectuel et moral. Dawkins regarde en partie la religion comme mauvaise parce qu’elle est basée sur la foi, ce qui dispense l’homme de l’obligation de penser. Nous avons déjà vu que c’est là un point très discutable, qui ne peut être soutenu par des preuves.

L’aspect moral est bien sur bien plus sérieux. Chacun s’accorde pour dire que certaines personnes religieuses ont fait des choses très dérangeantes. Mais l’intrusion de ce petit mot : « certaines » dilue immédiatement l’impact de l’argument de Dawkins. Cela entraîne pourtant toute une série de questions critiques. Combien ? Dans quelles circonstances ? A quelle fréquence ? Cela nous conduit aussi à une question comparative : combien de personnes non religieuses ont également accompli des actions dérangeantes ? Une fois que nous avons posé cette question, nous quittons le terrain des petites taquineries avec nos opposants intellectuels, et faisons face à des aspects sombres et troublants de la nature humaine. Allons plus loin dans cette réflexion.

J’étais moi-même anti religieux. Dans ma jeunesse, j’étais convaincu que la religion était l’ennemi de l’humanité, pour des raisons tout à fait similaires à celles que l’on trouve dans l’œuvre de Dawkins. Mais plus maintenant. L’une de ces raisons est ma découverte effrayante de la face sombre de l’athéisme. Laissez moi vous expliquer. Dans mon innocence, je pensais que l’athéisme se répandrait au travers du pur génie de ces idées, la nature convaincante de ses arguments, son pouvoir libérateur de l’oppression religieuse, et la beauté scintillante du monde qui en découlerait. Qui aurait eu besoin d’être forcé  à adhérer à l’athéisme, alors que c’était l’évidence même ?

Aujourd’hui, les choses sont très différentes. L’athéisme n’est pas « prouvé » en aucune manière par aucune science, y compris la biologie de l’évolution. Dawkins pense que c’est le cas, mais il présente des arguments qui sont loin d’être convaincants. Et oui, l’athéisme a libéré de l’oppression religieuse, en particulier en France dans les années 1780. Mais lorsque l’athéisme a cessé de devenir une affaire privée pour devenir une idéologie d’état, les choses ont soudainement pris une autre tournure. Le libérateur s’est transformé en oppresseur. Sans surprise, ceci ne fait pas partie de la lecture de Dawkins plutôt sélective de l’histoire. Il faut pourtant prendre cela très au sérieux pour rendre compte de toute l’histoire.  L’ouverture des archives soviétiques dans les années 1990 a conduit à des révélations qui ont tué toute vision gracieuse de l’athéisme, une vision du monde douce et généreuse comme le croyaient certains de ses supporters idéalistes. Le Livre Noir du Communisme, montrait que le communisme français- encore une force potentielle de la vie nationale- était entaché des crimes et des excès de Lénine et de Staline. Les lecteurs outrés se demandaient, « Où sont les procès de Nuremberg du communisme ? » Le communisme était une « tragédie aux dimensions planétaires » avec un total de victimes estimé par les différents auteurs entre 85 et 100 millions- bien plus que ceux du nazisme.

Il faut être prudent avec de telles statistiques, et précautionneux avant d’établir de quelconques conclusions hâtives sur leur base. Pourtant, le point principal ne peut pas être surestimé. L’une des plus grande ironie de l’histoire du 20ème siècle est que les plus grands actes meurtriers déplorables, d’intolérance et de répression ont été commis par ceux qui pensaient que la religion était meurtrière, intolérante et répressive – et qui pensaient donc rendre un service humanitaire en l’éradiquant de la planète.

Même les lecteurs les plus inconditionnels devraient se demander pourquoi Dawkins a fait l’impasse sur les colonnes éclaboussées de sang de l’athéisme au 20ème siècle – l’une des raisons pour lesquelles j’ai conclu que je ne pouvais plus être un athée.

Je pourrais en conclure en m’appuyant sur quelques histoires sélectionnées et une lecture très sélective de l’histoire que les athées sont tous totalement corrompus, violents et dépravés. Pourtant, je ne le peux pas et je ne le ferai pas, tout simplement parce que les faits ne le permettent pas. La vérité, évidente pour quiconque travaille sur ce sujet, est que certains athées sont en effet des personnes très étranges –mais que la plupart sont des gens ordinaires, qui veulent simplement s’occuper de leur propre vie, sans volonté d’opprimer, de contraindre ou de tuer quiconque. Les personnes religieuses et aussi non religieuses sont capables d’actes de bontés et d’actes de violence.

Le vrai problème- comme Friedrich Nietzsche l’a souligné il y a environ un siècle- est qu’il y a quelque chose dans la nature humaine qui rend notre système de croyance capable d’inspirer à la fois de grands actes de bontés et de grands actes de dépravation. Dawkins, bien sur, insiste pour faire passer le pathologique pour le normal. Il le faut. Sinon l’argument ne tient pas.  Prétendre que la religion est le seul problème dans le monde, sur la base de toute la souffrance qu’elle a engendrée n’est tout simplement plus une option acceptable pour des personnes qui réfléchissent. C’est juste de la rhétorique, masquant un problème difficile qu’il nous faut tous affronter- comment les êtres humains peuvent-ils cohabiter et contrôler leur passion. Il y a ici un problème très sérieux que chrétiens et athées doivent aborder ensemble ouvertement et franchement- comment ceux qui sont inspirés et élevés par une grande vision de la réalité peuvent-ils finir par accomplir des choses effrayantes ? C’est une vérité propre à la nature humaine. Ceci est tout à fait en accord avec une compréhension spécifiquement chrétienne de la nature humaine, qui affirme que nous portons « l’image de Dieu », mais nous avons chuté et commis le péché.

Dit de manière simpliste, les vestiges de notre ressemblance avec Dieu nous poussent à la bonté ; mais la présence puissante du péché nous entraîne dans un bourbier moral, duquel  on ne peut pas vraiment échapper complètement.

Nous devons encore noter une chose. Dawkins est bien clair quant au fait que la science ne peut pas déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux. D’où vient donc la preuve que la religion est mauvaise pour vous ? Sur quels critères peut-on déterminer ce qui est « mal » ? Dawkins est très clair : «  la science n’a pas de méthode pour décider ce qui est éthique. »

La discussion de Dawkins à propos de ce que la religion fait aux gens est parsemée d’anecdotes biaisées de manière flagrante et par des généralisations absolument non fondées. La rhétorique a remplacé l’analyse et l’observation attentive. Pourtant, la littérature traitant de l’impact de la foi sur les individus ou les communautés – soit de toute forme de foi, soit d’une foi spécifique- sur la base de preuves est très étendue et augmente sans cesse.

Bien qu’il ait été à la mode de suggérer que la foi était une forme de pathologie,de nombreuses preuves empiriques font reculer cette opinion en suggérant ( mais pas de manière définitive) que la foi pourrait bien vous être bénéfique. Il est certain que certaines formes de foi peuvent être pathologiques ou destructrices. D’autres semblent être bénéfiques. Bien sur, cela ne prouve pas l’existence de Dieu, mais cela mine l’un des piliers centraux de l’athéisme de Dawkins – la croyance que la foi est mauvaise pour l’homme.

En 2001, une synthèse de 100 études basées sur des preuves à propos de la relation entre le bien-être humain et la foi a montré que :

1. 79% faisait mention d’au moins une corrélation positive entre la foi et le bien-être.

2. 13% ne mettaient en évidence aucun lien significatif entre la foi et le bien-être.

3. 7% trouvaient complexes ou mitigées ce lien.

4. 1% montrait un aspect négatif à la relation foi, bien-être.

La vision du monde de Dawkins dépend entièrement de cette association négative entre bien-être religion, et expérimentalement, seulement 1% des enquêtes va dans ce sens, 79% rejette clairement une telle association. Ces résultats montrent au moins une chose : nous devons aborder ce sujet sur la base de preuves scientifiques, pas sur la base d’un préjugé personnel. Je n’oserais pas affirmer que ceci prouve que la foi est bonne pour vous. Mais cela pose clairement un problème pour Dawkins…

Pour Dawkins le problème est simple : la question est « ou bien vous valorisez la santé, ou bien la vérité. »Puisque la foi est une erreur, il serait immoral de croire, quel que soit le bienfait que vous en tirez. Pourtant, les arguments de Dawkins sur le fait que la croyance en Dieu est erronée ne riment à rien. C’est probablement pourquoi il y ajoute l’argument supplémentaire est néfaste. Les preuves nombreuses des bienfaits de la foi sur le bien-être sont bien la embarrassantes. Non seulement ces preuves remettent en cause l’un des argument critique de l’athéisme ; mais cela soulève aussi des questions troublantes sur sa véracité.

Richard Dawkins et le sens de la vie (3) . Le darwinisme a-t-il éliminé Dieu ?

Le contenu de cet article a été donné sous forme de conférence le 9 Novembre 2004 à Cambridge par le professeur Alister Mc Grath.

http://www.st-edmunds.cam.ac.uk/cis/mcgrath/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

La science a-t-elle éliminé Dieu ? Richard Dawkins et le sens de la vie.  (3) Le darwinisme a-t-il éliminé Dieu ?

Dawkins affirme qu’avant Darwin, il était possible de voir le monde comme conçu par Dieu ; après Darwin, nous ne pouvons parler que d’une « illusion de conception ». Un monde darwinien n’a pas de but, et nous nous illusionnons nous mêmes si nous croyons le contraire. Si l’univers ne peut pas être qualifié de « bon », il ne peut pas être qualifié de « mauvais » non plus. « L’univers que nous observons a exactement les propriétés attendues si, à sa racine, il n’y avait pas de conception, pas de but, pas de bien ni de mal, rien que de l’indifférence sans pitié. »

Pourtant, certains insistent sur le fait qu’il semble bien qu’il y ait un « but » aux choses, et citent leur conception apparente comme argument. Certainement, disent-ils, la structure complexe de l’œil humain pointe vers quelque chose qui ne peut pas être expliqué par des forces naturelles, et qui nous oblige à évoquer un créateur divin en tant qu’explication. Comment comprendre autrement les grandes structures complexes que nous observons dans la nature ? La réponse de Dawkins est avant tout exprimée dans deux livres : The Blind Watchmaker et Climbing Mount Improbable. L’argument fondamental commun au deux ouvrages est que les choses ont évolué à partir de simples commencements, sur de longues périodes de temps.

« Les êtres vivants sont trop improbables et trop magnifiquement “conçus” pour être arrivés à l’existence par hasard. Comment alors sont-ils arrivés là? La réponse, celle de Darwin, est celle d’un processus graduel, pas à pas, des transformations à partir de simples précurseurs, des entités primordiales suffisamment simples pour être arrivées à l’existence par hasard. Chaque étape dans le processus évolutif graduel a été assez simple, par rapport à son prédécesseur, pour arriver par hasard. Mais la séquence totale des étapes cumulées n’a rien d’un processus laissé au hasard. »

Ce qui semble être un développement très improbable doit être placé face à l’énormité des périodes de temps envisagées par le processus évolutif. Dawkins illustre cette idée en utilisant l’image métaphorique du « Mont Improbable ». Vues sous un certain angle, «  ses falaises abrupts et verticales » semblent impossibles à franchir. Mais d’un autre point de vue, la montagne possèdent des «  prairies verdoyantes gentiment inclinées, disposées graduellement et accessibles dans la direction du sommet lointain. »

L’ « illusion de conception », argumente Dawkins, n’arrive que parce que nous considérons intuitivement les structures comme étant trop complexes pour être arrivées par hasard. Un très bon exemple est fournit par l’œil humain, cité par certains comme l’exemple d’une nécessaire création directe de Dieu, prouvant par là son existence. Dawkins montre comment, pendant suffisamment de temps, un organe aussi complexe peut avoir évolué à partir de quelque chose de beaucoup plus simple.

Il ne s’agit que de darwinisme standard. Ce qui est nouveau dans la présentation, c’est la lucidité, les images détaillées et la défense de ces idées au travers de cas judicieusement sélectionnés et d’analogies attentivement construites. Dawkins voit pourtant le darwinisme comme une vision du monde plutôt que comme une simple théorie biologique lorsqu’il n’hésite pas à pousser ses arguments bien au delà des limites de la biologie pure. Le mot « Dieu » est absent de l’index de The Blind Watchmaker précisément parce qu’il est absent du monde darwinien que Dawkins habite et dont il fait éloge. Le processus évolutif ne laisse pas de place conceptuelle à Dieu. Ce qui était expliqué par les générations précédentes par un appel au créateur divin s’explique dans un cadre darwinien. Il n’y a plus besoin de croire en Dieu après Darwin.

Si Dawkins a raison, alors il n’y a plus besoin de croire en Dieu pour offrir une explication scientifique du monde. Certains tireraient peut-être la conclusion que le darwinisme encourage l’agnosticisme, en laissant la porte ouverte à une lecture chrétienne ou athée des choses- en d’autre termes en les permettant, mais pas en les rendant nécessaires. Mais Dawkins ne va pas laisser les choses à ce stade : pour Dawkins, Darwin nous pousse à l’athéisme. Et c’est ici que cela devient problématique. Dawkins a certainement montré qu’une description purement naturelle de l’histoire et de l’état actuel des organismes vivants peut être offerte. Mais pourquoi cela conduirait-il à l’idée que Dieu n’existe pas ? Plusieurs suppositions non explicitées et non remises en question sous-tendent cet argument. Nous allons explorer l’une d’entre elles : le point fondamentale est que la méthode scientifique est incapable de trancher à propos de l’hypothèse-Dieu, que ce soit positivement ou négativement. Ceux qui croient que la science prouve ou contredit l’existence de Dieu utilise cette méthode au-delà de ses limites légitimes, et courent le risque d’en abuser ou de la discréditer. Des biologistes reconnus (comme Francis Collins, directeur du Human Genome Project) pensent que les sciences naturelles créent une présomption positive en faveur de la foi ; d’autres (comme le biologiste évolutionniste Stephen Jay Gould) que les sciences ont des implications négatives sur les croyances théistes. Mais ils ne prouvent rien, en aucune manière. Si la question de Dieu doit être tranchée, elle doit l’être sur un autre terrain.

Cette idée n’est pas nouvelle. En effet, la reconnaissance des limites religieuses de la méthode scientifique était bien comprise à l’époque de Darwin luimême. Le « bulldog de Darwin », T.H. Huxley écrivait en 1880 :

« Il y a environ 20 ans, j’ai inventé le mot “agnostique” pour décrire les gens qui, comme moi, confessent leur profonde ignorance sur une quantité de sujets, à  propos desquels les métaphysiciens et les théologiens, à la fois orthodoxes et non orthodoxes, dogmatisent avec tant de confiance. » Huxley, excédé par à la fois les athées et les théistes qui faisaient des affirmations dogmatiques sur la base de preuves empiriques inadéquates, déclara que la question de Dieu ne pouvait pas se résoudre sur la base de la méthode scientifique. « L’agnosticisme est l’essence même de la science, qu’elle soit ancienne ou moderne. Cela signifie simplement qu’un homme ne devrait pas affirmer savoir ou croire quelque chose pour lequel il n’a pas de fondement scientifique pour connaître ou croire… En conséquence, l’agnosticisme met de côté non seulement la plus grande partie de la théologie populaire, mais aussi celle de l’anti-théologie. » Les arguments de Huxley sont tout aussi valables aujourd’hui qu’ils l’étaient à la fin du XIXème siècle, en dépit des protestations de tout bord à propos du grand débat sur Dieu.

Dans une critique d’un travail anti-évolutionniste de 1992 qui affirmait que le darwinisme était nécessairement athée, Stephen Jay Gould invoqua la mémoire de Mme McInerney, sa maîtresse de CE2 qui avait l’habitude de donner des petits coups secs sur les articulations des doigts de la main de ceux qui disaient des choses particulièrement stupides :  « Je le dis à tous mes collègues pour la mille et unième fois…: la science ne peut tout simplement pas  (par ses méthodes légitimes) trancher sur le problème du contrôle transcendant de Dieu sur la nature. Nous ne pouvons ni l’affirmer ni le nier; nous ne pouvons tout simplement pas le commenter en tant que scientifiques. Si certains parmi nous affirment péremptoirement que le darwinisme prouve que Dieu n’existe pas, alors j’irai trouver Mme McInerney pour qu’elle leur donne une correction (à partir du moment où elle traitera de la même façon ceux qui parmi nous ont dit que le darwinisme devait être la méthode d’action de Dieu). »  Gould soulignait à juste titre que la science ne peut travailler qu’avec des explications naturalistes ; elle ne peut affirmer ou nier l’existence de Dieu. Pour Gould, le darwinisme n’a aucun rapport avec l’existence ou la nature de Dieu. C’est un fait observable que parmi les biologistes évolutionnistes, certains sont athées et d’autres théistes- il cite des exemples tels que l’humaniste agnostique G. G. Simpson et le chrétien orthodoxe russe Theodosius Dobzhansky. Ceci l’amène à conclure : « Ou bien la moitié de mes collègues sont très stupides, ou bien la théorie de Darwin est pleinement compatible avec des croyances religieuses conventionnelles- et également compatible avec l’athéisme. »

Si les Darwiniens choisissent de dogmatiser en matière de religion, ils sortent des traces étroites de la méthode scientifique, et terminent leur course dans de mauvais terrains philosophiques. Ou bien une conclusion ne peut pas être atteinte sur de tels sujets, ou bien elle doit l’être sur d’autres terrains que la science.  Dawkins présente le darwinisme comme une super autoroute intellectuelle pour l’athéisme. En réalité, la trajectoire intellectuelle tracée par Dawkins semble déboucher dans l’ornière de l’agnosticisme. Et ayant calé à cet endroit, elle y reste. Il y a un saut logique substantiel entre le darwinisme et l’athéisme, que Dawkins semble vouloir combler par de la rhétorique, plutôt que par des preuves. S’il faut donner des conclusions solides, il faut le faire sur d’autres terrains. Et ceux qui nous disent le contraire avec ferveur doivent nous en fournir l’explication.

A suivre…

La science a-t-elle éliminé Dieu ? Richard Dawkins et le sens de la vie. Introduction (1)

Le contenu de cet article a été donné sous forme de conférence le 9 Novembre 2004 à Cambridge par le professeur Alister Mc Grath.

http://www.st-edmunds.cam.ac.uk/cis/mcgrath/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

Introduction

C’est un grand plaisir pour moi de parler avec vous d’un sujet passionnant : la façon dont l’athéisme de Richard Dawkins est fondée sur sa compréhension des sciences naturelles. J’ai fait connaissance avec le travail de Richard Dawkins pour la première fois en 1977, en lisant son 1er livre important, The Selfish Gene ( le gène égoïste) . Je finissais ma thèse en biochimie à l’Université d’Oxford, sous la supervision géniale du Professeur George Raada qui devint le chef exécutif du Conseil pour la Recherche Médicale. J’essayais de comprendre les raisons pour lesquelles les membranes biologiques sont si efficaces, en développant de nouvelles méthodes physiques d’étude de leur comportement.

The Selfish Gene était un livre merveilleux, une œuvre majeure de vulgarisation scientifique. Pourtant, le traitement réservé à la religion –tout particulièrement ses idées sur le « meme » (répliquant intellectuel ou « virus de la pensée ») de Dieu – était insatisfaisant. Dawkins offrait quelques tentatives pour expliquer ce qu’est la « foi », sans établir une base analytique et argumentaire appropriée pour ses réflexions. J’ai trouvé ça intriguant, et me suis dit qu’un jour j’y répondrai. Vingt cinq années plus tard, j’ai mis cette réponse par écrit, vous la trouverez dans Dawkins’ God : Genes, Memes and the Meaning of Life.1

Pendant ce temps, Dawkins a continué d’écrire une série de livres brillants et provocateurs, et j’ai dévoré chacun d’entre eux avec intérêt et admiration. Dawkins fit suivre The Selfish Gene de The Extended Phenotype (1981), The Blind Watchmaker (1986), River out of Eden (1995), Climbing Mount Improbable (1996), Unweaving the Rainbow (1998),une collection d’essais A Devil’s Chaplain (2003), et plus récemment The Ancestor’s Tale (2004). Pourtant, le ton et le centre d’intérêt de ses écrits avaient changé. Comme le philosophe Michael Ruse l’a souligné dans sa critique de The Devil’s Chaplain, « L’intérêt de Dawkins pour la vulgarisation scientifique s’est transformée en une attaque tous azimuts contre le Christianisme. »2 Le grand vulgarisateur scientifique était devenu un polémiste anti-religieux acharné, prêchant plutôt qu’argumentant (c’était du moins mon impression). Pourtant je restai intrigué. Laissez moi vous expliquer pourquoi.

Dawkins écrit avec érudition et sophistication sur les problèmes de l’évolution biologique, il maîtrise visiblement les subtilités de sa matière et la littérature étendue sur le sujet. Pourtant, quand il s’agit de Dieu, nous avons l’impression d’entrer dans un monde tout différent. Les raisonnements rigoureux basés sur des preuves semblent loin derrière, et sont remplacés par des affirmations exagérément enthousiastes et enflammées, épicées de quelques simplifications stupéfiantes et excessives et plus d’une déformation (accidentelle, je suppose) pour faire des affirmations superficielles. Plus fondamentalement, Dawkins ne parvient pas à démontrer la nécessité scientifique de l’athéisme. Paradoxalement, l’athéisme lui-même apparaît être une forme de foi, présentant une correspondance conceptuelle remarquable avec le théisme.

Mon approche sera simple. Mon but est de remettre en question le lien intellectuel entre les sciences naturelles et l’athéisme qui sature les écrits de Dawkins. Dawkins passe de la théorie darwinienne de l’évolution à une vision athée du monde sûre d’elle-même qu’il prêche avec ce qui ressemble à un zèle messianique et une conviction inattaquable. Mais ce lien est-il solide ? Je veux souligner qu’il ne s’agit pas pour moi de critiquer la science de Dawkins ; après tout, c’est la responsabilité de la communauté scientifique dans son ensemble. Mon but est plutôt d’explorer le lien problématique que Dawkins présuppose à certains moments et qu’il défend à d’autres, entre la méthode scientifique et l’athéisme.

Étant donné que j’entreprends ici la critique de Dawkins, il est important que ce soit clair que j’ai du respect et même de l’admiration pour lui dans certains domaines. D’abord, c’est un communicateur hors paire. Lorsque j’ai lu son livre The Selfish Gene pour la première fois en 1977, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un livre formidable. J’admirais son usage magnifique des mots, et son habileté à expliquer si clairement des idées scientifiques cruciales et pourtant difficiles. C’était de la vulgarisation scientifique à son plus haut niveau. Il n’est donc pas surprenant que le New York Times le commente ainsi : « C’est le genre d’écrit scientifique populaire qui donne l’impression au lecteur d’être un génie. » Depuis lors, cette même éloquence et cette clarté sont généralement restées sa marque de fabrique.

Deuxièmement, j’admire son souci de la promotion d’arguments basés sur des preuves. Tout au long de ses écrits, nous trouvons la demande constante de justification de toute affirmation. Toute affirmation doit être basée sur des preuves, pas sur des préjugés, la tradition ou l’ignorance. C’est la conviction que ceux qui croient en Dieu le font en dépit de l’absence de toute preuve qui donne autant de passion et d’énergie à son athéisme. Tout au long des écrits de Dawkins, les charlatans religieux sont démonisés comme malhonnêtes, menteurs, idiots ou fripons, incapables de répondre honnêtement au monde réel, et préférant inventer un monde faux, pernicieux et illusoire. Douglas Adams se souvient entendre Dawkins dire : «  Je ne pense pas être arrogant, mais je suis peut-être impatient avec ceux qui ne partagent pas avec moi la même humilité en face des faits. » 3 Nous grimacerons peut-être devant la pompe de cette remarque qui rappellera peut-être aux lecteurs chrétiens la propre justice légendaire des pharisiens. Pourtant, cette phrase  contient une vérité importante – le besoin d’argumenter sur la base de preuves.

à suivre…

1er anniversaire de ce blog: bilan, fréquentation, remerciements, projets, besoins !

Il y a un an paraissait le premier article de ce blog. Depuis, 157 articles ont été publiés.

Je suis très reconnaissant envers Dieu qui a béni ce travail et m’a ouvert des portes pour que ce blog commence à atteindre ses objectifs :

  • apporter aux chrétiens des informations de qualité concernant les découvertes scientifiques et théologiques à propos des origines du monde et de la vie.
  • démontrer par une présence active sur le net que la science n’appartient pas aux partisans du Nouvel athéisme ou autres septiques, mais que les chrétiens ont développé des arguments philosophiques qui leur permettent de mettre en cohérence leur foi et la science tout en respectant la démarche de cette dernière.

Il n’existait à ma connaissance aucun site francophone animé par des croyants de confession chrétienne évangélique traitant précisément de ces questions si ce n’est les sites créationnistes, au sens le plus courant de ce mot ( je devrais tout de même mentionner le site science et foi de Philippe Gold Aubert qui nous a quitté cette année…) Les évangéliques anti-évolutionnistes occupant le terrain,  la communauté évangélique a bien souvent été caractérisée par cette position dans les milieux universitaires et médiatiques, alors que de nombreux chrétiens et pasteurs français ne se reconnaissent dans ce mouvement importé des Etats-Unis, qui s’est répandu sur toute la planète.

Le succès du blog et du site www.scienceetfoi.com est au rendez vous, même si je considère que ce n’est qu’un début. Selon les statistiques les plus récentes (celles de la semaine dernière !), en une semaine pour le seul blog   : 746 visites (France 550, Belgique 47, Canada 33, Maroc 21, Algérie 20, Suisse 13, Madagascar 11….), 1421 pages vues, 535 visiteurs uniques, taux de rebond :70%.

J’attribue tout d’abord ce succès à la qualité des articles que nous avons pu publier grâce à notre collaboration avec la fondation BioLogos. Cette fondation animée par des chrétiens évangéliques de différentes sensibilités, mais tous de très haut niveau, a connu en un an et quelques mois un succès impressionnant aux Etats-Unis, elle fait parler d’elle dans le monde entier (116 000 visites le mois dernier). La création de cette fondation a été jugée comme l’un des événements marquant de l’actualité du christianisme aux E.U. en 2010 par plusieurs média.  D’autres auteurs, scientifiques et/ou théologiens d’envergure mondiale nous ont aussi fait confiance, je pense en particulier à Denis Lamoureux (de l’Université d’Alberta) et à Alister McGrath (du King’s College de Londres), mais aussi à Michael Poole et à Loren et Deborah Haarsma (du Calvin College aux E.U.). Un grand merci à Christophe Crussière de Bordeaux pour son aide précieuse dans la traduction, et à Roger Lefebvre (pasteur à Ath en Belgique) pour ses articles de qualité. Traduire et produire en français est véritablement nécessaire, parce que tous ne lisent pas l’anglais, et parce que le contexte est différent ici qu’outre Atlantique !

La création de ce blog coïncidait avec le centenaire de l’année Darwin, avec des réactions médiatiques et politiques (jusqu’au Parlement européen) de plus en plus vives au sein de la communauté scientifique française ou belge contre l’intrusion des démarches créationnistes en science, et aussi avec une ouverture de plus en plus grande d’un certain nombre d’évangéliques éduqués en science et/ou en théologie qui ne supportaient plus cette situation et la mauvaise image qu’elle renvoyait de leur communauté. La création du blog a aussi coïncidé avec la création du réseau des scientifiques évangéliques, créé par les GBU, avec lequel nous collaborons. Un réseau d’ailleurs très ouvert à l’acceptation de l’évolution, comme l’a montré la journée de rencontre en 2010. Bref, le moment était le bon, le terrain était prêt.

Les réactions suscitées par le blog et le site www.scienceetfoi.com ont la plupart du temps été positives dans la communauté évangélique francophone. Les conférences données ont rencontré un intérêt certain et ont permis de briser un tabou autour de la question de l’évolution. Evidemment, les croyants de sensibilité créationniste ou avec une approche littérale et concordiste des textes de la Genèse ont été étonné de certaines positions, et s’y sont parfois opposés. C’était tout à fait prévisible et je souhaite m’adresser à cette sensibilité du peuple de Dieu avec tout l’amour fraternel dont doivent faire preuve des frères et sœurs en Christ. Les échanges ont parfois été vifs avec certains athées s’exprimant sur ce blog. Je voudrais en particulier remercier Yogi pour la qualité du dialogue et de l’argumentation qui a permis à nos lecteurs d’évaluer les positions des uns et des autres.

En 2011, j’aimerais pouvoir alimenter le site science et foi qui a été un peu délaissé ces derniers mois au profit du blog. Ce site contient des articles de fond plus longs, des diaporamas qui ne conviennent pas au format d’un blog. De nouveaux internautes s’y connectent régulièrement, principalement grâce à Google qui a référencé le site n°1 lorsque qu’on entre les mots clés science, foi.

Les projets en 2011 :
  • Produire des vidéos et des montages type power point avec une voix off.
  • Faire des conférences dans les églises, les groupes d’étudiants.
  • Faire connaître le site science et foi et le blog création et évolution dans les média.
Pour cela j’ai besoin :
  • De vos prières. Ce combat est spirituel autant qu’intellectuel.
  • De vos témoignages. L’expérience personnelle a parfois plus d’impact que des arguments théologiques ou scientifiques, même si ceux-ci sont convaincants. N’hésitez pas à témoigner sur le blog, anonymement si vous le souhaitez.
  • De votre participation au blog, même (surtout) si vous n’êtes pas d’accord. Beaucoup lisent, mais peu réagissent ! Le but n’est pas de paraître intelligent mais de faire progresser la discussion !
  • De vos articles que je publierai volontiers sur le blog ou le site s’ils correspondent à notre vision.
  • De vos compétences en matière de traduction anglais/français, même si vous ne traduisez qu’un article, ce sera précieux. Il y a des articles à caractère scientifique, d’autre théologique, d’autres ne nécessitent aucune connaissance particulière. Contactez-moi.(rubrique contact du site science et foi)

  • De vos invitations pour des conférences. Je peux m’adapter à tous les types de public, et je suis gratuit ( !).
  • De vos encouragements !

Encore merci pour votre fidélité. Prions ensemble pour qu’en France la gloire de Jésus-Christ soit de plus en plus manifestée. Notre société a désespérément besoin d’entendre que le Créateur s’est révélé dans la personne de son Fils et qu’il veut la guérir du mal qui la ronge. A lui soit toute la gloire !

Réponse à Stephen Hawking sur France 5: « la science a rendu le Créateur non nécessaire »

France 5 a diffusé à plusieurs reprises ces derniers jours un documentaire remarquable dans sa conception et sa réalisation : « Il était une fois le cosmos ». Peut-être avez-vous eu l’occasion de profiter des images magnifiques et d’entendre ce grand physicien nous raconter la naissance et la mort des étoiles, la formation et la disparition annoncée de la terre et du soleil…Il semble pourtant que Stephen Hawking  ait voulu nous faire partager ses convictions métaphysiques à propos de l’existence d’un créateur. Pour lui, l’univers n’a pas besoin de Dieu parce qu’il s’est fait tout seul. Stephen Hawking est aussi  partisan de la théorie des multivers (non testable comme l’existence du créateur).  Ce n’est bien entendu plus de la science, et comme d’habitude, les voix sont beaucoup moins nombreuses pour « dénoncer »  cette intrusion d’un athéisme militant dans le discours scientifique sur le service public (!) qu’elles ne le sont pour « dénoncer » les déclarations de foi de scientifiques qui croient en l’existence de Dieu (cf les frères Bogdanov).  

Les idées de Stephen Hawking à propos de la non nécessité du créateur étaient déjà exprimées dans son dernier livre « Le grand dessein ». Il y déclare que la science a rendu obsolète la nécessité d’un créateur : « Parce qu’il existe une loi telle que la gravité, l’univers peut et s’est créé à partir de rien. La création spontanée est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien, pourquoi l’univers existe, pourquoi nous existons. »

Voici la brève synthèse des réponses apportées par Philip Clayton (théologien) et Alister Mc Grath (professeur au King’s College de Londres), synthèse effectuée par l’équipe éditoriale de la fondation BioLogos. 

  Philip Clayton  

Dans son essai « Stephen Hawking a-t-il raison à propos du créateur ? » publié dans le Huffington Post, Clayton envisage quatre réponses possibles à l’affirmation que la physique moderne a écarté la nécessité du créateur :

  • Les partisans du Nouvel athéisme ont raison ; Hawking a asséné le coup de grâce à la place de Dieu dans la réalité physique.

 

  • Dieu a effectivement une place dans les hypothèses en physique et est nécessaire pour expliquer l’ajustement précis » (fine tuning) des constantes physiques et la régularités des lois naturelles. Plus nous étudions la physique, plus nous avons de preuves de l’existence de Dieu.

 

  • La science ne devrait pas se limiter à envisager certaines questions, et la physique ne devrait pas être contrainte par la théologie. La science ne peut pas commenter l’intention divine de créer, elle ne peut être qu’en faveur du principe anthropique faible, mais pas le principe « anthropique fort » (l’univers a été conçu pour produire la vie).

 

  • Quatrième réponse possible : la science rend difficiles les conclusions à propos de Dieu, mais elle n’a pas rendu Dieu superflu. La démarche scientifique ne devrait pas être bloquée par la religion, mais les scientifiques n’ont pas supprimé la place pour le mystère et l’inconnu. Alors que la science progresse, comme le décrit Hawking, et plus cela nous montre tout ce que nous ne savons pas.

 

La quatrième option a notre préférence, c’est aussi celle choisie par Clayton. Voici sa conclusion :

Mais ici le grand physicien va au-delà de son domaine (en affirmant que la science a chassé toute notion de Dieu). Lorsque les croyants utilisent des affirmations à propos de Dieu pour court-circuiter la science, ils agissent d’une mauvaise façon. Mais aucun conflit ne se produit quand nous reconnaissons que les grands mystères sont au-delà des limites de la science. C’est là que la foi à son origine, au-delà de frontières de la démonstration empirique. Déclarer que cette région est vide de divin est un acte de foi du même ordre que d’y trouver Dieu.

    Alister McGrath

 

McGrath débute son essai “Stephen Hawking, Dieu, et le rôle de la Science”  avec l’affirmation que la science n’est ni athée ni théiste, bien qu’elle puisse être interprétée à la fois de manière religieuse et anti-religieuse. Il cite l’exemple de Richard Dawkins comme quelqu’un qui brandit la science comme une arme contre la foi. Mais il cite aussi en contre-exemple Francis Collins, qui argumente sur le fait que la foi en Dieu donne plus de sens à la science que l’athéisme.

En ce qui concerne les arguments d’Hawking, McGrath écrit que celui-ci a confondu les lois avec la notion d’agent de ces lois. Les lois, remarque McGrath, ne créent rien ; elles ne font que décrire ce qui se passe. Il illustre son propos avec l’exemple de la Joconde pour montrer qu’alors que les lois physiques peuvent expliquer comment le tableau est apparue, elles ne peuvent pas nous amener à partir des équations à écrire que Léonard De Vinci n’ était pas l’auteur nécessaire de ce tableau.

De plus, McGrath remarque que d’impliquer qu’il n’y a pas besoin d’un créateur parce que les lois physiques existent ne fait que repousser la question de Dieu d’un cran, et de se demander si l’origine des lois physiques existe encore.

Finalement, McGrath écrit que les affirmations d’Hawking à propos de Dieu débordent les limites de la science :

Le grand supporter de Darwin: Thomas H. Huxley (1825-1895) a fait une déclaration célèbre en affirmant que la science “commet un suicide lorsqu’elle adopte un credo. » Huxley avait raison. Si la science se laisse kidnapper par les fondamentalistes, religieux ou anti-religieux, son intégrité intellectuelle est subvertie et son autorité culturelle est compromise.

C’est l’une des raisons pour lesquelles tant de scientifiques sont troublés par l’agenda du Nouvel athéisme. Ils voient ce programme comme compromettant pour l’intégrité de la science, la prenant en otage pour servir les buts d’une croisade anti-religieuse.

« Cohérence et force de la pensée évangélique »

Après avoir évoqué deux livres qui sont dans l’ensemble assez critiques vis-à-vis de la communauté évangélique, plus précisément d’un certain fondamentalisme, j’aimerais équilibrer mon propos en vous conseillant la lecture d’un livre d’Alister McGrath traduit en français aux éditions excelsis : « La vérité pour passion. Cohérence et force de la pensée évangélique. » Les lecteurs du blog création et évolution et du site science et foi savent bien que je revendique haut et fort mon appartenance à la communauté évangélique, que je l’aime et que c’est pour ça que je ne supporte pas de la voir parfois s’enliser dans des impasses intellectuelles et spirituelles comme celles de nier l’évolution des espèces ou de remettre en cause l’âge de la terre et de l’univers.

Les lecteurs de ce blog et du site science et foi ont déjà eu l’occasion de lire Alister McGrath, en particulier à propos de la notion de téléologie (ou de finalité) de l’évolution.

Alister McGrath, après avoir été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford, occupe désormais la chaire de théologie, du ministère et de l’éducation au King’s College de Londres.

Voici ce qui est inscrit au dos de la couverture de cet excellent livre :

« Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que le christianisme évangélique est, en Occident, la forme de christianisme la plus importante et la plus militante.

Souvent resté à l’écart de la scène médiatique et des débats philosophiques, ce christianisme commence à faire l’objet de travaux académiques sérieux et semble vouloir entrer dans l’arène des joutes intellectuelles. Animé par une passion pour la vérité, le mouvement évangélique ne peut en effet s’accommoder du contexte actuel d’un monde qui donne l’impression d’avoir perdu tout intérêt pour la question de la vérité et d’avoir opté, notamment dans le milieu intellectuel et académique, pour un accommodationisme facile consistant à concilier les différentes factions idéologiques, indépendamment des mérites respectifs de leurs argumentations.

Alister McGrath, en montrant la solidité des fondements de la pensée évangélique, et la cohérence et la crédibilité de celle-ci, encourage les évangéliques à s’engager plus avant dans la vie intellectuelle. D’autant plus que les systèmes de pensée rivaux ont aussi leurs défauts et leurs points faibles, et qu’ils oublient trop souvent que les questions critiques qu’ils posent aux évangéliques peuvent être adressées à leur propre approche. »

Je cite l’auteur dans son introduction où il traite de la place de la théologie dans les milieux évangéliques

: « Le mot « évangélique » continue d’évoquer des images d’anti-intellectualisme, en particulier associées au fondamentalisme nord-Américain des années vingt et trente. Pourtant, il y a maintenant longtemps que le mouvement évangélique a renoncé à la posture défensive et agressive de cette période critique…

Le mouvement étant devenu, depuis la Seconde Guerre mondiale, une présence majeure au sein du christianisme mondial, une part substantielle de ses membres a jugé qu’il n’était par prioritaire de s’engager dans la réflexion théologique. Pourquoi cela ?

Quatre explications majeures peuvent être apportées, qui méritent une étude approfondie. Trois d’entre elles sont tout particulièrement liées au contexte américain plutôt qu’européen, ce qui explique, dans une certaine mesure, les différentes approches des branches européennes et américaines du mouvement.

  1. L’héritage fondamentaliste du mouvement évangélique nord américain…
  2. En Amérique du Nord tout particulièrement, le mouvement évangélique a mis en avant des critères pragmatiques de réussite…
  3. La théologie académique a l’obligation de se soumettre au programme sécularisé de recherche…elle se distancie donc de la vie et des préoccupations des Eglises chrétiennes.
  4. La théologie est potentiellement élitiste ; elle s’oppose donc au caractère « populiste » du christianisme évangélique nord-américain. »

 

Alister McGrath évoque « l’attitude défensive passée du mouvement évangélique.

Là où les théologiens évangéliques auraient du se préoccuper de la définition positive et critique de la foi chrétienne, ils ont été obligés de défendre leur approche particulières des sources de la théologie, et en particulier de l’Ecriture…

D’ailleurs, nombre de débats internes au mouvement ont porté sur ces questions, comme les controverses sur l’ »inerrance » et l’ »infaillibilité », qui, peut-on raisonnablement penser, ont été imposées par les opposants…

Le christianisme évangélique doit donc prendre le temps d’énoncer ses propres idées, sans avoir besoin de continuer à regarder avec méfiance par-dessus son épaule…Dans ce livre, je refuse volontairement d’adopter une telle position. Je me propose au contraire de présenter la cohérence de la conception évangélique de la théologie et d’entrer en débat critique avec les approches rivales. »

Et ce ne sont que quelques extraits de l’introduction. J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre qui fait un bien fou en démontrant pourquoi aujourd’hui, nous avons toutes les raisons spirituelles et même intellectuelles d’être fiers d’être chrétien et de propager la foi évangélique !

Les énigmes de la biologie de l’évolution (7/7)

Conclusion

  La biologie de l’évolution doit à présent expliquer la navigation apparente du processus de recherche évolutif vers des régions stables de l’espace biologique. Il est difficile de voir comment un langage téléologique, même minimaliste, pourrait être évité. Comme Conway Morris le suggère, en utilisant l’image du « compas de Darwin » : La vision d’une évolution avec une fin indéterminée, sans prédiction possible et indéterminée en terme d’aboutissement est contredite par l’omniprésence de la convergence de l’évolution. L’argument central est que, puisque les organismes parviennent de façon répétée aux même solutions biologiques, l’œil « caméra » des vertébrés et des céphalopodes en est peut-être l’exemple le plus connu, cela confère non seulement une possibilité de prédiction mais cela indique de manière intrigante qu’il existe une structure plus profonde à la vie, un paysage au travers duquel l’évolution doit obligatoirement naviguer.

Peut-être que certains craignent que nous introduisions arbitrairement des notions métaphysiques controversées comme celles de but ou de téléologie dans une discussion scientifique neutre. C’est une crainte justifiée. Même une lecture rapide des travaux contemporains en biologie de l’évolution nous montre comment des agendas théologiques ou anti- théologiques s’introduisent fréquemment dans ce qui est supposé être une discussion scientifique neutre et objective. Ce qui est présenté comme une analyse empirique de la réalité se révèle souvent être infesté de suppositions non empiriques, couvrant souvent des dogmes métaphysiques. 

Pour illustrer ce dernier point, nous pourrions considérer une affirmation faite par Richard Dawkins, zoologiste d’Oxford dans le Gène Egoïste, publié en 1976. Dawkins illustre ici un point de vue fréquent concernant la vision du « gène de l’œil » de l’évolution, qui était le point de vue dominant dans les cercles évolutionnistes à cette époque, dans lequel le gène est décrit comme un agent actif : 

« Les gènes grouillent dans de grandes colonies, en sécurité à l’intérieur de robots massifs, sans possibilité d’aller dans le monde extérieur,  communicant avec lui par des moyens indirects tortueux, le manipulant par un contrôle à distance. Ils sont en vous en moi ; ils nous ont créé, corps et esprit ; et leur conservation est la raison ultime de notre existence. » 

Dawkins fait ici une affirmation empirique- les gènes « sont en vous en moi »- et l’entoure d’un ensemble d’interprétations, que le lecteur non averti pourrait interpréter comme des observations directes, sans se rendre compte à quel point elles sont connotées d’un point de vue métaphysique. 

Pour comprendre le caractère non empirique de cette approche, nous pouvons comparer ce paragraphe avec une autre version, celle de Denis Noble, le fameux physiologiste et biologiste des systèmes d’Oxford dans sa Musique de la Vie , publiée en 2006. Ce qui est un fait prouvé- les gènes « sont en vous et moi »- est maintenu ; l’interprétation a été réécrite, offrant un rôle radicalement différent au gène . Celui-ci n’est plus « actif » au sens fort du terme. 

« Les gènes sont piégés dans de grandes colonies, enfermés dans des êtres intelligents, modelés par le monde extérieur, communicant avec lui par des mécanismes complexes, grâce auxquels la fonction émerge, comme par magie de façon aveugle. Ils sont en vous en moi ; nous sommes le système qui leur permet la lecture de leur code ; et leur conservation est totalement dépendante de la joie que nous éprouvons en nous reproduisant. Nous sommes la raison ultime de leur existence. » 

Ces deux citations sont équivalentes d’un point de vue empirique, en ce qu’elles sont toutes les deux fondées sur l’observation de preuves expérimentales. Pourtant, elles expriment des choses totalement différentes concernant le rôle du gène. Alors, qui a raison ? Laquelle pourrait être qualifiée de « plus scientifique » ? Comment décider de ceci sur des bases scientifiques ? Comme Noble le fait remarquer : « personne ne peut faire d’expérience pour départager empiriquement ces deux citations.» Cette digression nous montre combien il est facile de faire intervenir des présuppositions métaphysiques dans ce qui devrait être un compte rendu scientifique des choses. Pour ceux qui en doutent encore, il peut être intéressant de réfléchir sur les paroles de William B. Provine, professeur de biologie à l’Université de Cornell. Que nous dit la biologie de l’évolution ? Ecoutons la réponse de Provine. 

« Laissez moi résumé ce que je pense de ce que la biologie de l’évolution nous dit haut et fort…Il n’y a pas de Dieu, pas d’objectifs, pas de force d’aucune sorte cherchant à atteindre un but. Il n’y a pas de vie après la mort. Lorsque je mourrais, je suis absolument certain que je serai mort. C’est la fin pour moi. Il n’y a pas de fondement ultime pour l’éthique, pas de sens ultime à la vie, et pas de libre arbitre pour les hommes non plus. » 

Je ne pense pas que ce soit de la biologie. Cela me paraît bien davantage être une projection d’une vision métaphysique du monde sur un pauvre support biologique matériel, qui est obligé d’écouter passivement et qui ne peut pas répondre. 

Il est temps de conclure. Dans cette conférence, j’ai soutenu qu’il nous faut être très précautionneux dans le rejet prématuré de tout phénomènes téléologiques en biologie, qui sont souvent motivés par, soit des agendas métaphysiques masqués, ou bien par une mauvaise compréhension de ce qu’est vraiment la « téléologie ». Je suggère que le pendule a oscillé trop loin en excluant toute forme de téléologie en biologie. Alors que certains biologistes rejettent cette notion de façon axiomatique, par principe, j’aimerais argumenter que nous devrions mettre de tels dogmes métaphysiques de côté, et considérer les données empiriques. Ce que nous observons dans la nature, ce sont des schémas clairs. Qui ne correspondent directement à aucune notion métaphysique ou religieuse de téléologie- que ce soit aristotélicienne, kantienne, ou chrétienne. Pourtant, dans chaque cas, et tout particulièrement dans le cas de la doctrine chrétienne de la providence, ce qui est observé peut s’inscrire dans une vision plus large. Ceci ne prouve rien. Mais ceci suscite des questions intéressantes sur le regard que nous portons, sur la lecture que nous faisons du monde biologique. 

Alister Mc grath est professeur de théologie, de religion et culture, à la tête de centre de théologie, religion et culture du King’s College de Londres.

Les énigmes de la biologie de l’évolution (1/7)

Alister McGrath est un de mes auteurs préférés. Il est particulièrement connu dans le monde anglo-saxon pour les ouvrages qu’il écrit en réponse à ceux du champion du nouvel athéisme : Richard Dawkins( http://scienceetfoi.com/ressources/atheisme.html ). En français, je vous recommande La vérité pour passion, cohérence et force de la pensée évangélique, préfacé par Henri Blocher sous le titre « Une apologie pour les intellectuels d’aujourd’hui », chez Excelsis.

En 2009, Alister McGrath était l’orateur des prestigieuses « Gifford Lectures », une série de conférences  au cours desquelles Alister McGrath a abordé son concept de théologie naturelle dont nous reparlerons. Dans le cadre du blog « création et évolution », j’ai désiré traduire l’une de ces conférences traitant d’un thème particulièrement brûlant: la notion de téléologie, c’est à dire de finalité de l’évolution des espèces. L’un des arguments favoris des évolutionnistes athées est de nous faire croire que le mécanisme darwinien serait en lui même la preuve d’une absence de « destin » ou de « but ». Les chrétiens qui comme moi pensent que l’évolution est la méthode choisie par Dieu pour créer les  espèces vivantes ont différentes façons de répondre à cette question. La plupart du temps, ils se contentent d’affirmer que la notion de « téléologie » est une notion métaphysique que l’on ne peut pas tester scientifiquement et qui échappe donc au cadre de la science. Ainsi, celui qui dans l’histoire de la vie (comme dans l’histoire tout court d’ailleurs, où la notion de contingence est évidente) voit la main de Dieu met sa foi en action.  Celui qui refuse d’y voir l’action divine met lui aussi sa conviction athée en jeu, ainsi chacun « vit par la foi ».

 Alister McGrath se place aussi sur le terrain de la science:

« Ainsi, existe-t-il une direction de l’évolution, que l’on choisisse de l’interpréter de manière téléologique ou pas?  La manière de poser la question montre bien qu’il s’agit là d’une question légitime scientifiquement, et pas d’une question théologique spéculative. La vision d’une évolution indéterminée en terme d’aboutissement, sans prédiction possible a fini de dominer la biologie évolutive. »

Merci à Alister McGrath d’avoir autorisé la traduction de cette série d’articles.

http://www.abdn.ac.uk/gifford/lecture-texts/

Brève biographie d’Alister McGrath

Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur de théologie au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.

 

 

Les énigmes de la biologie de l’évolution

 

Dans ma conférence précédente, j’ai abordé la notion passionnante et controversée du «  réglage minutieux » de l’univers, en particulier la valeur de certaines constantes fondamentales de la physique. Pourtant, cette notion de « réglage minutieux » n’est pas cantonnée au domaine de la cosmologie, on en parle aussi en biologie. Son interprétation soulève des difficultés importantes qu’il nous faut confronter. L’un des axiomes de base du darwinisme est que la nature est capable de se régler elle-même au travers de mécanismes évolutifs, même si ce réglage ne produira pas la meilleure solution, mais plutôt une solution fonctionnelle et viable. Même si on arrivait à montrer qu’il existe un « réglage minutieux » dans les systèmes biologiques évolués, beaucoup argumenteraient que de telles observations s’expliquent sans problème dans le cadre de l’orthodoxie darwinienne. L’exemple de l’œil humain est un exemple excellent, c’est un système complexe pour lequel un mécanisme évolutif entièrement plausible peut être proposé, contrairement à la vision statique de William Paley.

            Pourtant, le concept de « réglage minutieux » ne perd rien de son pouvoir à stimuler notre réflexion. Comme le théologien Charles Kingsley (1819-75) l’a fait remarquer en 1871 dans sa conférence « La théologie naturelle du futur », les théologies naturelles anciennes, y compris celle de Paley, était basées sur la croyance que Dieu fabriquait toute chose- alors qu’une théologie naturelle moderne nous décrit un Dieu « bien plus sage que cela », en ce que Dieu a choisi « de faire toutes choses se faire elles-mêmes. » La vision statique de Paley a été remplacée par une conception de la providence et de la causalité dans laquelle l’action et la présence permanente de Dieu sont affirmées au sein de l’ordre naturel évoluant lentement. Ainsi, l’ordre créé est tel qu’il possède une capacité « interne » à évoluer, grâce à laquelle des structures nouvelles « émergent » véritablement.

            Cette nouvelle approche de la théologie naturelle n’est qu’un épisode dans la longue liste des reformulations du contenu conceptuel fondamental permettant de répondre au besoin religieux des différentes périodes historiques et culturelles- dans ce cas, à l’occasion de la publication de l’Origine des Espèces de Darwin en 1859 et alors que la vision statique et rigide de Paley de la création engendrait une frustration grandissante. Cette nouvelle approche due à Kingsley entrait en résonance avec la culture émergente… Même le « bulldog de Darwin », Thomas Henry Huxley, concéda qu’il n’y avait aucune raison de principe qui empêcherait le mécanisme évolutif d’être inclus dans une conception initiale de l’univers.

            À un certain moment, les mécanismes nécessaires à l’évolution ont émergé, nous ne comprenons pas encore clairement comment. Néanmoins, il est clair que la capacité à coder l’information est vitale pour l’évolution en général, et la capacité à évoluer en particulier. Et ceci est directement lié à la chimie du carbone, qui permet la formation de longues chaînes stables. Aucun autre élément ne le permet ; sans cela, pas d’ARN, ni d’ADN, ni de mécanismes de duplication associés. La capacité de l’évolution à s’autoréguler est donc dépendante ultimement des propriétés chimiques du carbone, qui sont elles mêmes un exemple solide de réglage minutieux.

            On néglige bien souvent cet aspect des choses dans la description de l’évolution, en considérant que la chimie et la physique ne sont qu’un support nécessaire mais sans grand intérêt dans une discussion à propos de l’évolution. Pourtant, ce processus biologique requiert une planète stable, irradiée par une source d’énergie capable de conversion chimique et de stockage, et l’existence de divers éléments chimiques, avec certaines propriétés fondamentales, avant même que la vie puisse éclore, sans même parler d’évoluer. On a tellement été familier en biologie à l’existence d’agrégats très organisés qu’on ne porte plus aucune attention aux conditions qui ont rendu possible leur existence. On suppose implicitement que la vie ce serait adaptée à tous les milieux, quelles qu’aient été leurs caractéristiques physiques ou chimiques. Rien pourtant ne le prouve et c’est très discutable. L’un des arguments centraux de notre propos est que l’émergence de la vie ne peut pas être étudiée isolément de l’environnement qui a créé les conditions et a fourni les ressources qui l’ont rendue possible.

            On reconnaît généralement que les systèmes vivants présentent deux caractéristiques essentielles : un système métabolique autonome, un système génétique capable de transmettre l’information biologique. Pourtant, il est surprenant qu’on accorde si peu d’attention aux propriétés chimiques nécessaires à ces deux processus. Et si la chimie terrestre avait été différente ? Ces dernières années, on a pris conscience des contraintes imposées par les contraintes chimiques à l’évolution. Tout en reconnaissant pleinement le rôle de la contingence dans les processus évolutifs, certains chercheurs ont insisté sur le fait que l’évolution était nourrie, guidée et contrainte par les changements chimiques de l’environnement, avec beaucoup de conséquences inévitables. De tels argument doivent être replacés dans le contexte plus large d’un changement conceptuel en biologie évolutive, dans lequel le caractère aléatoire traditionnel du néodarwinisme est entrain d’être supplanté par une émergence de la vie davantage régulée par des lois scientifiques. Les principes fondamentaux de la thermodynamique et de la chimie confèrent à l’évolution une direction forte. L’évolution n’est plus vue comme un processus purement aléatoire, mais elle apparaît avoir été guidée dans une progression prévisible à partir d’organismes unicellulaires vers des plantes et des animaux sous l’effet de contraintes chimiques ..(A suivre)

Les enjeux du débat science et foi

Connaître l’histoire de la formation de la terre et de l’univers, savoir comment Dieu s’y est pris pour créer les espèces vivantes peut légitimement paraître à beaucoup comme une préoccupation secondaire pour la foi et sa mise en pratique quotidienne. Pourtant, connaître l’histoire des origines a toujours été une préoccupation profonde chez l’homme. « Dieu nous a aussi donné le désir de connaître à la fois le passé et l’avenir. Pourtant nous ne parvenons pas à connaître l’oeuvre de Dieu dans sa totalité. » (Ecclésiaste 3:11) Les enjeux du débat à propos des méthodes de création divine sont importants à plusieurs titres.

• L’évangélisation de nos contemporains :

Tous les sondages montrent qu’environ la moitié des américains croient que Dieu a créé directement Adam et Eve tel que le décrit une lecture littérale du deuxième chapitre de la Genèse. L’évolution est enseignée dans notre pays depuis tant de décennies. Un élève de terminale scientifique connaît les principes de datation des roches par la radioactivité et a de bonnes connaissances en géologie. Essayer de lui faire croire que la terre a été formée par Dieu en six jours littéraux de vingt quatre heures il y a quelques milliers d’années est un véritable défi pour la raison! Cet étudiant est au courant des preuves génétiques de l’évolution…Dans un sondage CSA paru en 1994, 49% des Français pensaient que « plus les connaissances scientifiques progressent, plus il est difficile de croire en Dieu. » Quelle sera notre réponse ? Créerons nous des obstacles inutiles à l’évangélisation de nos contemporains ? Augustin (354-430) était conscient du danger de l’utilisation des Écritures pour un autre usage que leur vocation. Serons-nous pris au sérieux quand nous utiliserons la Bible pour parler du péché et du salut en Jésus-Christ si nous faisons un mauvais usage de celle-ci en matière de science? « Ils mépriseront plus facilement nos livres sacrés plutôt que de désavouer la connaissance qu’ils ont acquis par des arguments irréfutables ou prouvé par les preuves de l’expérience. » Augustin

• L’image que nous donnons de la foi évangélique dans le monde qui nous entoure.

Notre problème n’est pas de rendre l’évangile acceptable au goût du jour. « Le disciple n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont rejeté, ils vous rejetteront aussi. » disait Jésus. La question n’est pas non plus de réduire la foi à un concept intellectuel purement rationnel. Darrel Falk le dit très bien dans « Coming to piece with science ». La foi chrétienne repose sur des croyances inaccessibles à la raison pure comme l’efficacité de la prière, l’action du Saint Esprit et bien sur la résurrection de Jésus. Cela ne signifie pas que ces croyances soient illogiques car le croyant « expérimente » véritablement dans son quotidien l’action de Dieu, et son entourage devrait être capable de voir un changement très réel dans son caractère ! Accepter l’évolution ne dispensera personne de la nécessité de la foi. Est-il pour autant nécessaire de mettre nos contemporains devant un choix impossible ?  Croire en Jésus ou bien croire en ce que la science nous révèle du monde qui nous entoure et de son histoire. Ces deux modes de révélation de la personne de Dieu ne peuvent être en contradiction. Dans certains milieux universitaires ou intellectuels, cette question de l’hostilité d’un certain nombre de croyants envers les acquis de la science moderne ne rend pas service à la cause de l’évangile.

 Ne courons pas le risque de voir nos enfants se détourner de la foi ou d’être déstabilisés à cause de ces questions.

Aux Etats-Unis, il y a des exemples fréquents de jeunes ayant été élevés dans des milieux évangéliques créationnistes qui ont ensuite rejeté la foi après avoir été confronté à la réalité des preuves de l’évolution à l’Université, le plus souvent en étudiant la biologie ou la géologie J’ai trois enfants. Dés l’école primaire, on leur enseigne l’existence d’hommes préhistoriques…Je ne leur ai jamais caché que je pensais que l’évolution et la Bible était tout à fait conciliables, pourvu que l’on ne fasse pas dire à cette dernière ce que le Saint Esprit n’a pas jugé nécessaire d’y révéler, et pourvu que la science ne sorte pas du cadre qu’elle s’est fixée au départ.

• N’ayons pas et ne donnons pas une image négative de l’activité scientifique et de la communauté scientifique en général.

Il est triste de voir les préjugés qui existent parfois dans les milieux évangéliques concernant l’honnêteté intellectuelle de la communauté scientifique. Beaucoup trop de croyants ont le sentiment que les scientifiques leur cachent la vérité, où plus souvent qu’ils sont victimes d’un aveuglement collectif, conséquence de leur cécité spirituelle…Je ne nie pas que certains scientifiques utilisent malhonnêtement la science pour défendre leurs a priori philosophiques, mais généraliser un tel comportement ou croire qu’il serait intrinsèquement lié à la méthode scientifique serait une grossière erreur de jugement. En 1997 est paru un sondage dans le magazine « Nature». Le titre de l’article qui l’accompagnait était : « Les scientifiques gardent toujours la foi. » « Alors qu’il y a 80 ans, l’idée que 4 scientifiques sur 10 ne croyaient pas en Dieu ou à la vie après la mort laissait leurs contemporains abasourdis, le fait que tant de scientifiques croient en Dieu aujourd’hui est également surprenant. » On a demandé à plusieurs centaines de chercheurs américains reconnus d’exprimer un avis à propos de l’affirmation suivante : « Je crois en un Dieu qui est en contact intellectuel et affectif (émotionnel) avec les hommes, c’est-à-dire un Dieu que l’on peut prier dans l’attente d’une réponse. Par « réponse », je veux parler d’une réponse plus que subjective ou d’un effet psychologique de la prière. » 40% des participants ont répondu positivement. 45% ne croient pas en un Dieu défini par la précédente proposition. 15% n’avaient pas d’avis définitif sur cette question. 40% de ces chercheurs avaient donc suffisamment de foi pour croire en un Dieu personnel capable d’agir dans la vie quotidienne. Dans un autre sondage  du CSA effectué en 1994, 50% des chercheurs du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS, France) déclaraient avoir la foi ou quelque chose qui s’en rapproche. 70% s’accordaient à penser que la science ne peut à ce jour exclure ou réhabiliter l’idée de Dieu.

« On a longtemps pensé que la science allait chasser la fonction religieuse, c’était une erreur. » Hubert Reeves (astrophysicien).

• Vivons sans contradiction interne inutile entre notre foi et la révélation  de l’œuvre de Dieu dans la nature par la science.

En tant que croyant, je ne peux pas me résoudre à séparer mon cerveau en deux. Un hémisphère qui croirait en Dieu le créateur d’un côté, et un autre hémisphère qui étudierait ses œuvres par la science, en totale contradiction avec le premier. J’ai besoin d’une cohérence interne, même si bien sur je sais bien que ma connaissance restera partielle. J’aime beaucoup la définition de la théologie donnée par Alister Mc Grath :  « Une définition parfaite de la théologie chrétienne est : « prendre rationnellement de la peine à propos d’un mystère. »-en reconnaissant qu’il peut exister des barrière à ce que nous pouvons atteindre, mais en croyant que ce travail intellectuel est nécessaire et qu’il en vaut la peine. Cela signifie simplement être confronté avec quelque chose de tellement grand que nous ne pouvons pas pleinement le saisir, nous devons donc faire le mieux que nous pouvons avec les outils analytiques et descriptifs à notre disposition. En y réfléchissant bien, c’est également le but des sciences naturelles. Il n’est peut être pas étonnant qu’il y ait un intérêt grandissant pour le dialogue entre la science et la foi. »