déluge
Le déluge de Noé et le Nouveau Testament
Introduction (Benoît Hébert)
J’avais promis à Marc d’écrire un article particulier concernant le déluge de Noé et le Nouveau Testament. Comprendre que le déluge de Noé tel qu’il est décrit dans la Genèse (universel) n’a pas existé est déjà un pas énorme à franchir pour la grande majorité des évangéliques. Les allusions à ce déluge par Jésus lui-même ou par Pierre ne viennent qu’ajouter à la confusion. Le raisonnement typique est celui-là: « Si Jésus lui-même en a parlé comme d’un événement universel, c’est que ce déluge l’a été, car notre Seigneur dit toujours la vérité! Sinon comment faire la différence entre ce qui est « vrai » de ce qui ne l’est pas? »
Il faut attaquer cette difficulté sans chercher à l’esquiver. Il s’agit certainement ici d’une façon non intuitive de lire le texte biblique, qui fait appel au principe d’accommodation du Saint Esprit dans le processus d’inspiration. L’analyse de Denis Lamoureux dans Evolutionary Creation nous sera d’un grand secours.
« Jésus lui-même a fait écho dans les Ecritures à l’interprétation littérale traditionnelle du déluge. Le Seigneur avertit :
“ Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. 37 Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 38 Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; 39 et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.” (Matthieu 24:36-39)
Premièrement, il faut noter que le contexte et l’intention de ce passage n’est pas ici de traiter de l’historicité du déluge de Noé. Jésus enseigne à propos de la fin des temps et de son retour. Deuxièmement, le Seigneur utilise des catégories anciennes dans sa révélation. Il affirme plus tôt dans ce passage que dans les derniers jours, les étoiles tomberont du ciel et les corps célestes seront ébranlés.” (Matthieu 24:29) et que les anges : « rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. » (Matthieu 24:31). Bien entendu, cet événement futur n’aura pas lieu littéralement de cette façon, parce que l’univers n’a pas trois parties. De la même façon, Jésus utilise la notion historique ancienne d’un déluge universel, qui n’a jamais littéralement eu lieu, pour délivrer son message de foi. Le déluge de Noé est ici typologique. En faisant référence au prologue du déluge (Gen 6 :1-6), il révèle que le péché sera rampant dans le monde avant sa deuxième venue, et que l’humanité sera sur le point d’être jugée par Dieu. Les chrétiens peuvent se sentir réconfortés, parce que Noé est l’archétype de la grâce de Dieu qui sauve ce qui sont justes et obéissants. Les croyants seront épargnés de la colère à venir au jugement denier.
L’apôtre Pierre nous donne aussi une preuve biblique persuasive de la vision traditionnelle d’un déluge universel. Dans sa première lettre, il place le récit du déluge à côté de la réalité historique du sacrifice du Christ et de sa résurrection. Il écrit :
« En effet, Christ aussi est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été rendu vivant selon l’Esprit. 19 Par cet Esprit, il est aussi allé prêcher aux esprits en prison, 20 qui avaient été rebelles autrefois, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours où Noé construisait l’arche dans laquelle un petit nombre de personnes, c’est–à–dire huit, furent sauvées à travers l’eau. 21 ¶ C’était une figure (grec : antitupos) du baptême qui vous sauve, à présent, et par lequel on ne se débarrasse pas de la souillure de la chair, mais qui est la demande (adressée) à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus–Christ 22 qui, monté au ciel, est à la droite de Dieu et à qui les anges, les pouvoirs et les puissances ont été soumis.” (1 Pierre 3:18-22)
Là encore, le contexte de ce passage et l’intention de l’auteur nous montre qu’il ne s’agit pas d’un débat à propos de l’historicité de Noé. Le point concerne la mort de Jésus sur la croix pour vaincre le péché et la mort. De façon subtile, Pierre utilise la notion d’un univers en trois partie pour conceptualiser les événements avant et après la résurrection de Jésus. A partir de cette catégorie ancienne, il envisage que le Seigneur soit descendu dans le monde souterrain pour prêcher avant de monter au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu. Finalement, Pierre utilise le récit du déluge de façon typologique. Il affirme que l’eau du baptême est l’ »antitype » (c’est-à-dire l’accomplissement figuratif) des eaux du déluge. Cela représente symboliquement le jugement duquel les chrétiens sont sauvés.
Les références à Noé et au déluge par Pierre et Jésus ne prouvent pas l’historicité de cet homme ou de l’événement destructeur. Pas plus que leur mention dans le NT ne fait de Gen 6-9 des chapitres historiques. L’existence de Noé et la réalité d’un déluge universel étaient des faits de l’histoire pour les juifs et les premiers chrétiens. Mais ces notions faisaient partie d’une compréhension ancienne de l’histoire. L’apparition de Noé et du déluge dans le NT ne confirme pas plus leur réalité ni ne leur confère l’historicité plus que les références à un univers en trois parties par Jésus et Pierre n’établissent ce modèle comme la structure du cosmos. »
Le déluge de Noé, petit guide de lecture
Vous étiez nombreux à notre rencontre dimanche après midi traitant du déluge de Noé, son lien avec la science et l’histoire. Pour vous aidez à approfondir ce qui n’a pu être qu’un survol de la question, voici quelques liens qui remettent les choses dans l’ordre dans lequel nous les avons abordées.
La structure poétique en chiasme du récit
Les récits babyloniens du déluge (1), (2),
L’épopée de Gilgamesh (1), l’épopée de Gilgamesh (2)
L’énigme de déluge au regard de la science et de l’histoire
Les arguments des chrétiens qui affirment que le déluge a forcément été universel
Pourquoi le déluge n’a pas pu être universel: les arguments scientifiques
Les indices des deux auteurs du récit
Les preuves bibliques des deux auteurs de ce récit
Expressions et vocabulaire communs à Genèse 1 et au récit sacerdotal (P) du déluge
Expressions et vocabulaire communs à Genèse 2-4 et au récit Yavhiste (J) du déluge
Les particularités de l’auteur Yahviste dans le récit du déluge
Les particularités de l’auteur sacerdotal dans le récit du déluge
Les racines archéologiques d’un déluge local
Conclusion, Les récits babyloniens du déluge (3)
Les récits traditionnels de déluge chez de nombreux peuples prouvent-ils qu’un déluge universel a bel et bien eu lieu ? (2/2)

« Il faut souligner que les récits de déluge mésopotamiens ont été écrits bien avant que les Hébreux n’apparaissent au proche orient ancien. En d’autres mots, les Israélites ont hérité de ce motif majeur, associé avec des motifs mineurs (comme la reconnaissance par des oiseaux), soit par tradition orale, soit par tradition écrite. Ainsi, le déluge biblique contient pour le mieux un écho lointain d’événements passés en Mésopotamie, mais il ne faut pas confondre ceci avec le concordisme historique détaillé de Genèse 6-9 que défendent de nombreux chrétiens. » (Denis Lamoureux)
» A partir de Sumer et d’Akkad, la légende en question a migré vers l’ouest (le déluge grec est raconté en détail dans les Métamorphoses d’Ovide) et vers l’est (le déluge indien, dans les Brahmana, a pour héros Manou, le premier homme). Après l’Inde, le thème a pu passer aisément en Indonésie, et jusque dans les îles du Pacifique. Dans le cadre de ces civilisations polythéistes, la légende (récit s’appuyant sur des souvenirs passés enjolivés et transformés) s’est fortement colorée de mythologie (traduisant une expérience universelle), en rapportant la catastrophe à des rivalités entre les dieux ou à une jalousie des dieux envers les hommes…
En reconnaissant cette dimension mythique du récit, on ne retire rien à la valeur de son utilisation dans la Bible. Bien au contraire, car c’est un trait universel de l’expérience humaine qui trouve alors une traduction concrète dans le cadre de Genèse 1-11 : l’affrontement entre l’homme et les puissances cosmiques déchaînées. La Bible réinterprète à sa manière ce thème mythique, détaché de la mythologie polythéiste. Dans l’histoire de l’humanité pécheresse, c’est le type du jugement de Dieu. Mais le salut accordé à Noé montre qu’en dépit du péché, Dieu veut que l’histoire continue : ce salut préfigure celui dont le Christ sera l’artisan.
“Par cet Esprit, il avait déjà prêché aux hommes maintenant prisonniers du séjour des morts qui autrefois s’étaient montrés rebelles, alors que Dieu faisait preuve de patience pendant que Noé construisait le bateau. Un petit nombre de personnes, huit en tout, y furent sauvées à travers l’eau. C’est ainsi que vous êtes sauvés maintenant, vous aussi : ces événements préfiguraient le baptême. Celui–ci ne consiste pas à laver les impuretés du corps, mais à s’engager envers Dieu avec une conscience pure. Tout cela est possible grâce à la résurrection de Jésus–Christ qui, depuis son ascension, siège à la droite de Dieu, et à qui les anges, les autorités et les puissances célestes sont soumis.” (1 Pierre 3:19-22)
Comme l’ont plus d’une fois souligné les Pères de l’Eglise, l’Eglise est l’arche de salut dans laquelle les hommes trouvent place pour échapper au sort de la race pécheresse. Plus la dimension mythique est soulignée dans le récit primitif, en se détachant des contingences légendaires propres à la Mésopotamie, et plus son caractère exemplaire le rend apte à traduire le contenu « figuratif » dont la théologie chrétienne l’a chargé depuis le Nouveau testament. »
(Pierre Grelot, Homme qui es tu ?, éditions du Cerf)
Les récits traditionnels de déluge chez de nombreux peuples prouvent-ils qu’un déluge universel a bel et bien eu lieu ? (1/2)

L’un des arguments favoris des « créationnistes » (au sens le plus fréquent de ce terme, c’est à partisans d’une terre jeune de 6000 environ) en ce qui concerne l’universalité du déluge de Noé est l’existence de récits de déluge dans la mythologie de nombreux peuples. C’est un fait, on retrouve les traces de tels récits sur la planète entière, avec parfois des points communs troublants, mais aussi de grandes différences d’un récit à l’autre. Est-ce un argument suffisant pour prouver qu’un déluge planétaire a bien eu lieu ? Ce n’est pas l’avis de nombreux spécialistes, des chrétiens convaincus eux aussi !
Voici par exemple ce qu’en dit Denis Lamoureux, dans Evolutionary Creation
« La découverte de plus de 300 histoires de déluge réparties sur toute la planète nous permet d’éclaircir l’origine ultime du récit biblique du déluge. Il est important de remarquer que beaucoup apparaissent sur les berges de fleuves ou de rivières importantes qui sortent régulièrement de leur lit (Tigre, Euphrate, Mississippi), dans des régions soumises à des inondations très rapides (les côtes ouest montagneuses de l’Amérique du Sud et du Nord), et dans des endroits souvent dévastés par des tsunamis (Asie du sud est et les îles du Pacifique). Dans la compréhension d’une perspective ancienne, il n’est donc pas étonnant que de tels épisodes traumatisant aient produit des récits de déluges destructeurs dans ces endroits. De la même façon que beaucoup de cultures anciennes croyaient que les dieux/Dieu leur envoyaient des boules de feu pendant les orages, les inondations catastrophiques étaient aussi associées à la colère divine… »
« On sait aujourd’hui que vers 14 000 avant J.C., par suite de glaciation de larges zones de la terre, le niveau de la mer était plus bas qu’aujourd’hui d’environ 110 mdans la région du Golfe Persique et que ce dernier était en grande partie à sec jusqu’au nord-est de Doubaï. Mais le niveau remonta avec la fonte des glaciers et peu après 4000 avant J.C., le niveau actuel était atteint. Là-dessus, le 4ème millénaire fut très pluvieux et le niveau de la mer dépassa temporairement de quelques mètres le niveau actuel. La montée de l’eau et d’abondantes pluies durent alors entraîner de sévères inondations qui restèrent dans la mémoire des hommes et dont le souvenir se cristallisa en une seule et terrible catastrophe. Et puisqu’on était là pour s’en souvenir, c’est que certains y avaient échappé. De là à décrire en grand ce qui s’était passé en s’inspirant de la façon dont on avait peut-être échappé soit même à quelque inondation locale, il n’y avait qu’un pas. » ( Source : La création et le déluge, éditions du Cerf)
« Vu de cette façon, l’impact psychologique des débordements de l’Euphrate et du Tigre, détruisant les villes et les villages avoisinant est très certainement la source derrière les récits mésopotamiens de déluge. Les archéologues ont mis à jour plusieurs dépôts importants de limon, entrecoupant des couches montrant l’occupation humaine, indiquant la disparition complète de communautés à différents moments de l’histoire. Pour n’en mentionner que quelques unes, des couches sédimentaires ont été retrouvées à Ur (12 piedsd’épaisseur), à Ninive (6), à Uruk (5), à Shurrupak ( 2), Kish (1) et Lagash (1). La date de ces dépôts s’étale entre 3500 et 2600 avant J.C. Ce n’est donc pas une coïncidence si les histoires mésopotamiennes de déluge se situent à l’extrémité sud du Tigre et de l’Euphrate, parce que ces régions sont très exposées aux inondations. Le héros de l’épopée sumérienne d’Atrahasis, et les récits de Gilgamesh viennent de Shurrupak, une ville entre les deux rivières. Il y a probablement eu un ou plusieurs individu(s) qui a/ont sauvé leur famille et des animaux sur un bateau ou une barge, et au travers du temps, son/leur histoire ont été inclut dans la vision mésopotamienne de l’histoire…à suivre » (Denis Lamoureux)
L’ historicité du déluge biblique (2)

Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock
L’ historicité du déluge (Genèse 6-9)Les problèmes concernant la chronologie dans le récit biblique du déluge et les conflits entre les événements sont résolus si on considère que ce texte est constitué de deux versions complémentaires de celui-ci en Genèse 6-9. Comme dans les récits de la création, nous avons les preuves des deux sources Yahviste et Elohiste. Mais contrairement à Genèse 1 et 2, les deux récits s’interpénètrent en un seul récit, ce qui rend leur identification plus difficile. Dans deux articles précédents, le récit Yahviste (J) et le récit Elohiste (P) ont été présentés, dans leur version standard. Les caractéristiques linguistiques et stylistiques de chaque récit nous montrent aussi la présence de ces deux sources. Trois séries de preuves différentes indique donc la compilation de deux récits.
- Premièrement, chaque récit séparé forme un ensemble cohérent. Chacun possède une introduction décrivant l’état de péché de l’humanité avant le déluge et la raison divine de la détruire. Dans chaque version, Noé est averti du déluge à venir et il reçoit l’ordre de préserver la vie dans l’arche. Les deux versions soulignent son obéissance. Dans le récit sacerdotal : « Noé agit ainsi ; tout ce que Dieu lui avait commandé, il le fit. » (6:22), puis le récit Yahviste : « Noé fit tout ce que Yahvé lui avait commandé.»(Genèse 7:5). Chaque récit raconte le lancement des eaux du déluge et leur retrait. Et les deux récits concluent à propos des événements après le déluge et la promesse divine de ne jamais détruire à nouveau le monde avec un déluge.
- Le vocabulaire et les expressions des récits J et P du déluge sont aussi caractéristiques de Gen 2-4 (J) et Genèse 1 (P) respectivement. Ceci sera développé dans un article unique à venir. En voici déjà deux exemples, la version yahviste (J) du déluge et celle de la création contiennent le nom « Yahweh » « Seigneur », les mots « ish » (homme), « isha » (femme), « mal », « malédiction », « maudit », « pluie »…Les récits élohistes (P) de la création (genèse 1) et du déluge se distinguent par l’utilisation du mot « Elohim » (Dieu), le commandement d’être « fécond et de remplir le terre », l’affirmation que l’homme est fait à « l’image de Dieu » et la catégorisation de la vie « selon son espèce ». A suivre avec de nombreux autres exemples…
- Troisièmement, et ce sera développé dans un autre article à part, les récits P et J du déluge possèdent leur propres caractéristiques stylistiques et linguistiques, indiquant deux auteurs différents. Par exemple, seule la version yahviste utilise le mot « face » (9x), « cœur » (4x), « balayé » (4x), et l’expression « plus jamais je ne recommencerai à… »(2x). Alors que les expressions « toute chaire » (13x), « alliance » (9x), « les eaux montèrent de plus en plus sur la terre » (4x), et « un couple de tout ce qui est chair » (3x) n’apparaissent que dans le récit sacerdotal. De plus, le récit J utilise le chiffre 7 dans sa chronologie (4x) et pour compter les animaux impurs (2x), et le nombre 40 (4x) pour compter le nombre de jours et de nuits de pluie sur la terre. Par contraste, le récit (P) est caractérisé par l’utilisation du nombre symbolique 60 dans l’âge de Noé au début du déluge (600 ans), la longueur de l’arche (300 coudées) et la durée du déluge (300 jours). A suivre avec de nombreux autres exemples…
L’historicité du déluge de Noé (Genèse 6-9)
Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
Denis Lamoureux
Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock
Les chrétiens de toutes les générations ont interprété le déluge de Noé comme un événement historique. Un déluge universel était d’ailleurs le principe central en géologie au début du 18ème siècle… Pourtant, les preuves scientifiques et bibliques nous indiquent qu’un tel déluge tel que celui décrit dans la Bible n’a jamais eu lieu.
Il y a des problèmes sérieux concernant l’interprétation traditionnelle littérale de Genèse 6-9 dans sa chronologie- les dates et les jours ne se correspondent pas. On voit clairement cette difficulté en ce qui concerne la période comprise entre le début du déluge et l’échouage de l’arche sur le Mont Ararat. Voici l’ordre et les dates des événements :
- “L’an 600 de la vie de Noé, le deuxième mois, le 17e jour du mois, en ce jour–là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses du ciel s’ouvrirent.” (Genèse 7:11)
- “Il y eut de la pluie sur la terre quarante jours et quarante nuits.” (Genèse 7:12)
- “La crue des eaux devint de plus en plus forte sur la terre et, sous toute l’étendue des cieux, toutes les montagnes les plus élevées furent recouvertes” (Genèse 7:19)
- “expira toute chair qui remuait sur la terre, oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, toutes les bestioles qui grouillaient sur la terre, et tout homme.” (Genèse 7:21)
- “La crue des eaux dura cent cinquante jours sur la terre.” (Genèse 7:24)
- “Dieu se souvint de Noé.” (Genèse 8:1a)
- “Dieu fit alors passer un souffle sur la terre et les eaux se calmèrent.” (Genèse 8:1b)
- “Les réservoirs de l’Abîme se fermèrent ainsi que les ouvertures du ciel. La pluie fut retenue au ciel” (Genèse 8:2a)
- «La pluie fut retenue au ciel” (Genèse 8:2b)
- “et les eaux se retirèrent petit à petit de la terre ” (Genèse 8:3a)
- “ les eaux baissèrent pendant cent cinquante jours” (Genèse 8:3b)
- “Les eaux continuèrent à diminuer jusqu’au dixième mois ; le dixième mois, au premier jour, les cimes des montagnes apparurent.” (Genèse 8:5)
Si on additionne le nombre des jours (40+150+150) qui sont mentionnés entre les deux dates, on obtient un total de 340. Si on inclut les 40 jours dans la période de 150 jours durant laquelle les eaux ont monté, la somme est de 300 jours. Pourtant, selon les dates concernant l’âge de Noé, il y a exactement 5 mois entre le début du déluge et l’échouage de l’arche. Dans le but de concilier ces différences flagrantes, certains concordistes historiques confondent Genèse 7 :11 et Genèse 8 :4 en une seule période de 150 jours. Mais cette approche trahit l’ordre séquentiel des événements tels qu’ils sont décrits dans l’Ecriture.
Des conflits entre les événements en Genèse 6-9 soulèvent aussi des doutes concernant l’historicité du récit du déluge. Pour ne mentionner que trois évidents :
- Deux ordres divins différents sont donnés pour charger les animaux dans l’arche.
Dieu (Elohim) donne l’ordre suivant : “Tu feras aussi entrer dans l’arche deux animaux de chaque espèce vivante, pour qu’ils survivent avec toi : tu prendras un mâle et une femelle.” (Genèse 6:19)
Mais en Genèse 7 :2-3, le Seigneur (Yahweh) donne un autre ordre : “Prends auprès de toi sept couples de toutes les bêtes pures, le mâle et sa femelle ; un couple des bêtes qui ne sont pas pures, le mâle et sa femelle, sept couples aussi des oiseaux du ciel, mâle et femelle, afin de garder en vie leur descendance sur toute la surface de la terre.” (Genèse 7:2-3)
- Il existe aussi deux récits conflictuels concernant l’entrée dans l’arche.
“Noé entra dans l’arche, avec ses fils, sa femme et ses belles–filles, pour échapper à l’eau du déluge. D’entre les bêtes pures et les bêtes qui ne sont pas pures, les oiseaux et tout ce qui rampe sur le sol,” (Genèse 7:7-8) et “Sept jours après, les eaux du déluge vinrent sur la terre.” (Genèse 7:10)
Pourtant, en Genèse 7 : 13-15, nous lisons que “Ce jour même Noé, Sem, Cham et Japhet, fils de Noé, la femme de Noé et ses trois belles-filles entrèrent dans l’arche avec tous les animaux selon leur espèce, tout le bétail selon chaque espèce, tous les reptiles qui rampent sur la terre selon leur espèce, tous les oiseaux selon leur espèce, tout ce qui vole et qui a des ailes. Il entra dans l’arche, auprès de Noé, des couples de toute chair ayant souffle de vie.” (Genèse 7:13-15 SER). Et il s’agit du jour décrit au verset 11 : “L’an 600 de la vie de Noé, le deuxième mois, le 17e jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses du ciel s’ouvrirent.” (Genèse 7:11)
- Deux versions différentes sur le moment où la pluie a cessé.
“Il y eut de la pluie sur la terre quarante jours et quarante nuits.” (Genèse 7:12)
Mais Genèse 8 :2 affirme que la pluie a cessé après la période de 150 jours (7 :24)
“Les réservoirs de l’Abîme se fermèrent ainsi que les ouvertures du ciel. La pluie fut retenue au ciel” (Genèse 8:2)
Les problèmes avec la chronologie dans le récit biblique du déluge et les conflits entre les deux récits sont résolus si on considère que Genèse 6-9 est la compilation de deux sources différentes et complémentaires. Comme les récits de la création, il y a les preuves pour la juxtaposition des sources yahviste et sacerdotale…à suivre
La structure poétique du récit biblique du déluge
Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
Denis Lamoureux
Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock
Le Saint-Esprit n’a pas seulement inspiré le rédacteur du récit biblique de la Genèse d’intégrer les récits yavhiste (J) et sacerdotal (P), mais il a aussi utilisé un schéma poétique : un chiasme en Genèse 6-9. Cette technique littéraire ancienne apparaît souvent dans l’Ancien Testament. Elle est faite de deux parties : la première moitié est une image dans un miroir de la seconde, produisant ainsi une séquence inversée des idées et des mots.
A Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (6 :9-10)
B Promesse du déluge et d’établir une alliance (12-18)
C Réserve de nourriture et des espèces vivantes (19-22)
D Ordre d’entrer dans l’arche (7 :1-3)
E 7 jours : attente du déluge (4-10)
F 40 jours : l’eau monte et l’arche flotte (11-17)
G 150 jours : les eaux montent (18-24)
CENTRE Dieu se souvient de Noé (8 :1)
G’ 150 jours : les eaux cessent de tomber (2-5)
F’ 40 jours : l’eau se retire et l’arche s’échoue (4-6)
E’ 7 jours : attente que la terre sèche (7-14)
D’ Ordre de quitter l’arche (15-22)
C’ Multiplication de la nourriture et de la vie (9 :1-7)
B’ Promesse de ne pas envoyer un nouveau déluge (8-17)
A’ Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (18-19)
Ce qui frappe tout particulièrement dans ce chiasme, c’est l’utilisation symbolique des nombres de jours 7, 40 et 150. Le but du chiasme est de faire porter l’attention en son centre et sur le point central. Ici, Genèse 8 :1souligne le message de foi suivant : « Dieu se souvient de Noé », dans sa colère, alors qu’Il juge l’humanité.
L’étude attentive du récit du déluge, la présence de deux sources et le cadre poétique de Genèse 6-9 vont à l’encontre de l’interprétation traditionnelle de ce déluge comme de l’histoire littérale. Les récits d’activité humaine ne contiennent pas de problèmes chronologiques et ne sont pas en conflits l’un avec l’autre. L’histoire réelle ne contient pas non plus de structure en chiasme. Le récit biblique du déluge lui-même nous montre l’échec du concordisme historique.
Les deux récits bibliques du déluge (2/4)

Voici l’un des arguments qui m’ont convaincu du fait que Genèse 1-11 est la compilation inspirée de deux sources différentes appelées yavhiste (J) et sacerdotale (P) par les spécialistes. En gros, le récit du déluge biblique contient deux récits pratiquement complets et répétitifs que l’on obtient en mettant à part les versets dans lesquels Dieu est appelé « Yavhé » d’une part et « Elohim » d’autre part.
Ce fait à lui seul est déjà assez troublant.
Mais ce qui est encore plus troublant, c’est que les versets contenant le nom « Yavhé » présentent une similitude frappante de vocabulaire et d’expression ainsi que d’utilisation symbolique des nombres que le deuxième récit de la création (Genèse 2-4b) qui utilise le même nom de Dieu, alors que ceux contenant « Elohim » ont les mêmes similitudes que le premier récit de la création de Genèse 1-2 :4a, qui utilise ce même autre nom.
Dans une série de 4 articles, je vais donc présenter le découpage de Genèse 6-9 des deux sources, puis les similitudes de chaque récit avec les deux récits de la création.
Le récit Yahviste (J)
Introduction : L’état de péché du monde avant le déluge et la cause de la destruction
“Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. Yahvé se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur. Et Yahvé dit : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits. » Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Yahvé.” (Genèse 6:5-8)
Avertissement divin concernant le déluge et la préparation de l’accueil des espèces vivantes dans l’arche
Lacune du compilateur concernant la construction de l’arche : il y a deux omissions chez le Yahviste : la description de l’arche à construire et l’ordre d’amasser des provisions. Il est possible qu’en cet endroit les récits yahviste et sacerdotal ait été très semblables : une répétition serait donc trop sensible. Mais le nombre de couples d’animaux à introduire dans l’arche diffère dans les deux récits (Pierre Grelot).
“Yahvé dit à Noé : « Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car je t’ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération. De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle ; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple, le mâle et sa femelle (et aussi des oiseaux du ciel, sept paires, le mâle et sa femelle), pour perpétuer la race sur toute la terre. Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. » Noé fit tout ce que Yahvé lui avait commandé.” (Genèse 7:1-5)
Entrée dans l’arche
“Noé, avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, entra dans l’arche pour échapper aux eaux du déluge. (Des animaux purs et des animaux qui ne sont pas purs, des oiseaux et de tout ce qui rampe sur le sol (7:7-8).
Le déluge
“Au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre (7:10). La pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits (7:12). Et Yahvé ferma la porte sur Noé. Il y eut le déluge pendant quarante jours sur la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au–dessus de la terre ; les eaux grossirent et soulevèrent l’arche, qui fut élevée au–dessus de la terre (7:16-17) Tout ce qui avait une haleine de vie dans les narines, c’est–à–dire tout ce qui était sur la terre ferme, mourut. Ainsi disparurent tous les êtres qui étaient à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, aux bestioles et aux oiseaux du ciel : ils furent effacés de la terre et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche (7:22-23)
Le récit sacerdotal introduit une chronologie savante qui fera durer le déluge un an et dix jours. Au contraire, chez le Yahviste, le déluge commence au bout de sept jours (comme dans les récits akkadiens), et il dure 40 jours, chiffre consacré par l’usage religieux en Israël. (Pierre Grelot)
La fin du déluge
« La pluie fut retenue de tomber du ciel et les eaux se retirèrent petit à petit de la terre (8:2b-3a). Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche et il lâcha le corbeau, qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre. Alors il lâcha d’auprès de lui la colombe pour voir si les eaux avaient diminué à la surface du sol. La colombe, ne trouvant pas un endroit où poser ses pattes, revint vers lui dans l’arche, car il y avait de l’eau sur toute la surface de la terre ; il étendit la main, la prit et la fit rentrer auprès de lui dans l’arche. Il attendit encore sept autres jours et lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. La colombe revint vers lui sur le soir et voici qu’elle avait dans le bec un rameau tout frais d’olivier ! Ainsi Noé connut que les eaux avaient diminué à la surface de la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, qui ne revint plus vers lui (8:6-12). »
La scène pittoresque du lâcher des oiseaux a son parallèle exact dans le récit assyrien : l’arche met sept jours à se poser sur le mont Nizir ; alors Outa-Naphistim lâche successivement une colombe, une hirondelle, un corbeau. Mais le détail du rameau d’olivier est propre à la Bible. (Pierre Grelot)
La sortie de l’arche et Yahvé établit une alliance avec Noé
« Noé enleva la couverture de l’arche ; il regarda, et voici que la surface du sol était sèche ! (8:13) Noé construisit un autel à Yahvé, il prit de tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l’autel. Yahvé respira l’agréable odeur et il se dit en lui–même : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme, parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance ; plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait. Tant que durera la terre, semailles et moisson, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront plus. (8:20-22) »
Sources
La Bible de Jérusalem
Homme, qui es tu ? Pierre Grelot (éditions du Cerf)
Evolutionary Creation, Denis lamoureux, Wipf and Stock
Les deux récits bibliques du déluge (1/4)

Voici l’un des arguments qui m’ont convaincu du fait que Genèse 1-11 est la compilation inspirée de deux sources différentes appelées yavhiste (J) et sacerdotale (P) par les spécialistes. En gros, le récit du déluge biblique contient deux récits pratiquement complets et répétitifs que l’on obtient en mettant à part les versets dans lesquels Dieu est appelé « Yavhé » d’une part et « Elohim » d’autre part.
Ce fait à lui seul est déjà assez troublant.
Mais ce qui est encore plus troublant, c’est que les versets contenant le nom « Yavhé » présentent une similitude frappante de vocabulaire et d’expression ainsi que d’utilisation symbolique des nombres que le deuxième récit de la création (Genèse 2-4b) qui utilise le même nom de Dieu, alors que ceux contenant « Elohim » ont les mêmes similitudes que le premier récit de la création de Genèse 1-2 :4a, qui utilise ce même autre nom.
Dans une série de 4 articles, je vais donc présenter le découpage de Genèse 6-9 des deux sources, puis les similitudes de chaque récit avec les deux récits de la création.
Le récit sacerdotal (P= Priesterkodex) Introduction : L’état de péché du monde avant le déluge et la cause de la destruction.
« Voici l’histoire de Noé : Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu (Elohim). Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre. » (6:9-12)
Avertissement divin concernant le déluge et la préparation de l’accueil des espèces vivantes dans l’arche
“Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l’arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l’arche un toit et tu l’achèveras une coudée plus haut, tu placeras l’entrée de l’arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étage. Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. De tout ce qui vit, de tout ce qui est chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce pour les garder en vie avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle. De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de toutes les bestioles du sol, un couple viendra avec toi pour que tu les gardes en vie. De ton côté, procure-toi de tout ce qui se mange et fais-en provision : cela servira de nourriture pour toi et pour eux. » Noé agit ainsi ; tout ce que Dieu lui avait commandé, il le fit.” (6:13-22)
Dans le récit sacerdotal, l’arche est construite sur le modèle d’un sanctuaire à trois étages, comme le temple de Salomon. Dans l’épopée d’Atrahasis, c’était aussi un sanctuaire de forme carrée. Dans la version assyrienne classique, c’est une ziggourat à sept étages. On a donc ici bien plus que le bateau-prototype de la navigation antique : l’homme ne trouve son salut que dans une « arche » qui est en fait le modèle sacré sur lequel seront construits les temples ! (Pierre Grelot)
Entrée dans l’arche :
“Noé avait six cents ans quand arriva le déluge, les eaux sur la terre. (7:6) En l’an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix–septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. (7:11) Ce jour même, Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec la femme de Noé et les trois femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, et avec eux les bêtes sauvages de toute espèce, les bestiaux de toute espèce, les bestioles de toute espèce qui rampent sur la terre, les volatiles de toute espèce, tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes. Auprès de Noé, entra dans l’arche un couple de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé (7:13-16a).
Le récit sacerdotal introduit une chronologie savante qui fera durer le déluge un an et dix jours. Au contraire, chez le Yahviste, le déluge commence au bout de sept jours (comme dans les récits akkadiens), et il dure 40 jours, chiffre consacré par l’usage religieux en Israël. (Pierre Grelot)
Le déluge
“Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre et l’arche s’en alla à la surface des eaux. Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. Alors périt toute chair qui se meut sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre, et tous les hommes. (7:18-21)
La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours. (7:24)
Dans les récits sumérien et akkadien, la catastrophe durait 7 jours et 7 nuits. Le Yahviste a amplifié cette durée jusqu’à 40 jours ; l’historien sacerdotal la porte à 150 jours, soit 5 mois de 30 jours (bien connus dans son calendrier solaire)…On ne voit plus les dieux, effrayés par la montée des eaux, se réfugier dans le ciel suprême, comme dans la mythologie mésopotamienne (P Grelot).
La fin du déluge
“Alors Dieu se souvint de Noé et de toutes les bêtes sauvages et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l’arche ; Dieu fit passer un vent sur la terre et les eaux désenflèrent. Les sources de l’abîme et les écluses du ciel furent fermées. (Genèse 8:1-2-a) Les eaux baissèrent au bout de cent cinquante jours et, au septième mois, au dix–septième jour du mois, l’arche s’arrêta sur les monts d’Ararat. Les eaux continuèrent de baisser jusqu’au dixième mois et, au premier du dixième mois, apparurent les sommets des montagnes. (Genèse 8:3b-5) C’est en l’an six cent un, au premier mois, le premier du mois, que les eaux séchèrent sur la terre.” (Genèse 8:13a)
La chronologie savante du récit sacerdotale se poursuit. Entre le début du déluge et l’arrêt de l’arche sur les monts d’Ararat, il y a exactement 5 mois. Mais le sommet des montagnes n’apparaît que 70 jours plus tard. L’arche s’arrête donc la veille de la semaine qui suit la fête des tentes, à l’automne (Lv 23,24) et la terre est sèche pour le début de la nouvelle année. (Pierre Grelot)
La sortie de l’arche et Elohim (Dieu) établit une alliance avec Noé
« Dieu parla ainsi à Noé et à ses fils : « Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre. J’établis mon alliance avec vous : tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Et Dieu dit : « Voici le signe de l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir : je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants, en somme toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. Quand l’arc sera dans la nuée, je le verrai et me souviendrai de l’alliance éternelle qu’il y a entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre. » Dieu dit à Noé : « Tel est le signe de l’alliance que j’établis entre moi et toute chair qui est sur la terre. » (Genèse 9:8-17)
Par rapport à l’histoire yahviste du récit, l’engagement de Dieu prend une nouvelle allure. Il ne s’agit pas seulement d’assurer aux hommes la perpétuité de l’ORDRE COSMIQUE dont leur vie dépend. Dans un monde foncièrement bon en tant que création de Dieu mais perturbé par le péché humain, Dieu inaugure une histoire où sa bienveillance envers les hommes se marquera par le DON DE SON ALLIANCE…Cette finale, qui développe la donnée primitive de l’histoire yahviste, n’a évidemment aucun parallèle dans les textes mésopotamiens ; elle est en rapport direct avec la conception biblique de l’histoire sainte. » (Pierre Grelot)
Sources :
La Bible de Jérusalem
Homme, qui es tu ? Pierre Grelot (éditions du Cerf)
Evolutionary Creation, Denis Lamoureux, Wipf and Stock
Le déluge biblique et le poème d’Atrahasis
Le récit le plus ancien de déluge qui nous est parvenu est contenu dans le poème d’Atrahasis. Rédigé en akkadien, et écrit avant le récit biblique, il présente la création des hommes comme la conséquence du fait que les dieux inférieurs ont délégué leur travail imposé par les dieux supérieurs. Pourtant, la situation s’est dégradée peu à peu entre les dieux et leurs esclaves : les hommes. Le récit biblique présente bien sur une réalité toute différente, bien qu’utilisant un certain nombre de motifs communs avec ces mythes antiques. Les hommes ont été créés à l’image de Dieu et même si l’humanité s’est éloignée de son créateur, Il reste le créateur qui veut établir une alliance.

Les dieux sont dérangés par le bruit des hommes/ Dieu est scandalisé par le mal qui se répand sur la terre.
Tablette 1
« Les gens s’étaient multipliés.
Le pays mugissait comme des taureaux.
Le dieu fut contrarié par leur brouhaha ;
Enlil entendit leurs cris
et dit aux grands dieux :
« Les cris de l’humanité m’ont importuné ;
Je suis privé de sommeil par leur brouhaha. »
“L’Eternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal.” (Genèse 6:5 LSG)
Les dieux ont décidé de produire un déluge, mais le dieu Enki prévient son serviteur Atrahasis/ Dieu prévient son serviteur Noé de l’imminence de la catastrophe
Tablette 3
« Enki ouvrit la bouche
Et s’adressa à son serviteur :
…fuis ta maison, construit un bateau ;
Méprise tes biens
Et conserve la vie !
Que le bateau que tu construiras …soient égales
Plafonne-le comme est plafonné l’Apsou…
Que le bitume soit ferme rend le bateau solide.
Quant à moi, après cela, je ferai pleuvoir pour toi
Des quantités d’oiseaux, des paniers et des poissons. »
“Alors Dieu dit à Noé : La fin de toute chair est arrêtée par devers moi ; car ils ont rempli la terre de violence ; voici, je vais les détruire avec la terre. Fais–toi une arche de bois de gopher ; tu disposeras cette arche en cellules, et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : l’arche aura trois cents coudées de longueur, cinquante coudées de largeur et trente coudées de hauteur.” (Genèse 6:13-15 LSG)
Atrahasis/Noé obéit à l’ordre
« Atrahasis accepta l’ordre »
“Noé exécuta tout ce que l’Eternel lui avait ordonné.” (Genèse 7:5 LSG)
La porte de l’arche est fermée et les intempéries commencent
« Du bitume fut apporté pour qu’Atrahasis fermât sa porte.
Après qu’il eût vérouillé sa porte, Adad surgit des nuages ;
Les vents faisaient rage à son lever…
Sept jours et sept nuits
alla l’averse, la tempête, le déluge »
“ Puis l’Eternel ferma la porte sur lui. Le déluge fut quarante jours sur la terre. Les eaux crûrent et soulevèrent l’arche, et elle s’éleva au–dessus de la terre.” (Genèse 7:16-17 LSG)
Plusieurs dizaines de lignes perdues
Les dieux/Dieu sentent l’odeur du sacrifice après le déluge
« Rassemblés comme des mouches au-dessus de l’offrande,
Les dieux sentirent l’odeur. »
“L’Eternel sentit une odeur agréable, et l’Eternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus la terre, à cause de l’homme, parce que les pensées du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait.” (Genèse 8:21 LSG)
Texte traduit du poème d’Atrahasis : la création et le déluge d’après les textes du Proche Orient Ancien (traduction M. Joseph SEUX) aux éditions du Cerf