Adam et Eve
Adam ou la fraternité humaine
INTRODUCTION
Dernièrement nous avons réalisé qu’en parlant « d’Adam » l’auteur hébreu ne parlait pas seulement « d’un seul » individu historique. Nous avons compris qu’en parlant du premier homme et du père de l’humanité, l’auteur révélait la condition existentielle de « l’homme terrestre » (1 Co 15.45ss), lequel est « la figure de celui qui devait venir » (Rom 5.14). J’aimerais continuer dans cet article à expliquer ce changement de paradigme (d’un individu à un collectif) mais surtout prendre la mesure de certaines des implications que cette prise de conscience fascinante comporte.
Il y a peu de temps encore je croyais vaguement que le prologue à l’histoire du salut s’adressaient surtout au peuple Juif et aux chrétiens; qu’il servait à montrer la déchéance de l’humanité après Adam (Ge 6.5) et les jugements divins (Ge 6.13; 11.7). Et finalement, qu’il servait à comprendre pourquoi Dieu avait appelé Abram et choisit sa descendance comme « peuple élu »: parce que Dieu avait laissé tomber l’humanité « corrompue ». Mais est-ce vrai que dès la chute d’Adam, Dieu laisse tomber l’humanité ? Est-ce toute la vérité sur le plan de Dieu envers l’humanité ?
Dans un petit livre très simple, l’exégète catholique Paul Beauchamp m’a apporté quelques éléments de réflexion intéressants que j’aimerais partager. Il dit en gros que les 11 premiers chapitres de la Bible ne sont pas uniquement les récits fondateurs d’une communauté historique – le peuple juif – mais aussi ceux de l’histoire universelle, ainsi que du projet de Dieu pour chaque génération [1]. « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? Ne l’est-il pas aussi des païens ? Oui, il l’est aussi des païens, puisqu’il y a un seul Dieu » (Rm 3.29s).
Cette perspective, appelons-là « universaliste » de l’histoire primordiale, permet de saisir des éléments nouveaux sur le projet de Dieu. L’histoire du salut ne se limiterait pas seulement à sauver les « élus » « hors » d’un monde abandonné par Dieu après la chute d’Adam. Mais le projet de Dieu chercherait à rejoindre « toute » l’humanité, pour sauver une communauté de fidèle qui elle continue d’aller « vers » l’humanité égarée [2].
» Génomique et taille des populations d’hominidés ancestrales: la question d’Adam et Eve »
Introduction (P. Touzet, Professeur en génétique à l’Université de Lille)
Nous arrivons à la dernière partie de l’article de Denis R Venema, intitulé « La Genèse et le génome : éléments de preuve génomiques d’un ancêtre commun à l’être humain et au singe et taille des populations ancestrales d’hominidés », publié originellement dans Perspectives on Science and Christian Faith en septembre 2010, et accessible sur le site de Biologos (http://biologos.org/uploads/projects/venema_genesis_genome.pdf).
Dans cette dernière partie, Denis R Venema rapporte les données les plus récentes issues du séquençage des génomes humain, de chimpanzé et de gorille pour inférer la taille dite efficace de la population humaine ancestrale, un paramètre de génétique des populations qui représente le nombre d’individus qui se sont reproduits pour donner la génération suivante. La taille efficace d’une population est donc inférieure à sa taille réelle. Ces résultats montrent clairement que les données génétiques ne pointent pas vers un couple unique (un Adam et une Eve) mais bien vers une population ancestrale d’au moins un millier d’individus. Pour les personnes intéressées par ces questions, je vous renvoie aussi au chapitre de Nicolas Ray, spécialiste de ces questions, paru dans le dernier livre du Réseau des Scientifiques évangéliques « Adam, qui es-tu ? Perspectives bibliques et scientifiques sur l’origine de l’humanité » (https://www.xl6.com/articles/9782755001785-adam-qui-es-tu-perspectives-bibliques-et-scientifiques-sur-l-origine-de-l-humanite).
Bonne lecture !
L’homme est-il mortel à cause du péché ou par nature ?
Dans cet article nous voulons montrer que les deux affirmations suivantes – à savoir que l’homme est mortel à cause du péché et par cause naturelle – sont fondées dans les Écritures et dans la tradition théologique occidentale. Nous examinerons les passages-clés en particulier chez Paul (Rom 5.12-19 et 1 Co 15.45-50) avec une attention portée au récit de la création de l’homme dans la Genèse (Ge 2.4 et 3.22). Nous prendrons appui sur le premier théologien de l’église d’Occident, Irénée de Lyon (130-202), disciple de Papias et de Polycarpe, qui fut lui-même disciple de l’apôtre Jean. Irénée fut envoyé en mission à Lyon et devint évêque en 177. Il soutenait que la mort est à la fois une conséquence naturelle[1] et le résultat du péché du premier homme.
Cette position marginale fut toutefois éclipsée, du moins en Occident, par Augustin qui enseigna qu’Adam fut créé « immortel », et que la condition mortelle vint seulement après le péché originel [2], et non de sa nature propre. Nous essaierons de démontrer que la position d’Irénée est plus solide théologiquement, et qu’elle permet un meilleur dialogue avec les sciences naturelles.
Essai sur le péché dénaturalisé
Comment penser le péché comme puissance qui « domine » « rend captive » l’humanité entière ? La Bible parle d’une étroite solidarité entre son premier représentant, Adam, et le reste de l’humanité. Et des conséquences que le péché du premier Adam eut sur l’ensemble des êtres vivants. Nous proposerons dans cet article de revoir sous un autre angle les deux grandes réponses classiques : d’abord celle d’une conception « naturaliste » du péché, qui voit dans le péché un penchant « naturel », « inné » ou « biologique » vers le mal. Ensuite celle d’une conception « volontariste » du péché qui limiterait le péché à une « œuvre de liberté » individuelle. En prenant appui sur les acquis de la conception « volontariste », nous proposerons une conception du péché comme « grandeur supra-individuelle ». Je présenterai ce concept comme une structure asservissante qui, devenant partie prenante de la culture, rend l’homme captif jusqu’aux limites du serf-arbitre.
CLIQUEZ ICI pour lire la suite de l’article >Diagnostic d’un malaise évangélique
Continuons notre série Réflexions Pédagogiques sur Genèse avec l’introduction de 3 nouvelles orientations théologiques, que nous placerons à la suite de celles que nous avons exposées dans l’article précédent. Elles m’apparaissent être comme trois clés d’interprétation supplémentaires pour aller de l’avant dans notre compréhension de la Bible.
Mais avant, réglons deux ou trois petites choses. Le lecteur s’étonnera certainement de l’emphase mise dans mes artilces sur les 3 premiers chapitres de la Bible. C’est parce que je crois que l’interprétation des « récits primordiaux » qui fondent l’histoire du salut est comme « le chaînon manquant » qui empêche en ce moment les églises évangéliques de rejoindre la société et la culture francophones. Je vous avoue que je me sens un peu dans la continuité de l’œuvre du théologien Frère Mennonite québécois Éric Wingender, dont je n’ai pas toujours su apprécier les interpellations de son vivant, mais qui cherchait constamment à contextualiser la théologie dans le contexte du Québec. À sa suite, je cherche dans ces colonnes à réfléchir sur de nouvelles orientations théologiques et herméneutiques concernant les premiers récits de la Bible, dans le but d’aplanir le fossé qui sépare les Québécois de l’évangile de Jésus-Christ.
Malaise…En ce moment même, la grande majorité des églises continuent à enseigner une interprétation littérale de la création du monde en 7 jours de 24 heures. Ma crainte par rapport à ça est qu’en agissant ainsi, elle force ses jeunes à faire un choix impossible entre la foi et la réflexion, la Bible et la science, ou encore entre l’église et la société. Or chacun de ces couples me semblent inséparables. Rompre leur subtil équilibre conduirait inévitablement à des extrêmes malheureux. Et en ce moment, je vois clairement que l’équilibre est rompu dans les églises évangéliques québécoises, et qu’à cause de cela, elles se sont placées en marge de la société. Elles se sont déconnectées.
Autre faits troublants : on continue largement à considérer comme « historique » et « littérale » la création instantanée d’Adam et Ève. Est rejetée en bloc la théorie de l’évolution. Est affirmé plutôt que Dieu a créé deux êtres parfaits dans un jardin paradisiaque, à la suite de quoi s’est introduit le serpent diabolique pour faire chuter nos premiers parents, et que c’est depuis ce jour que s’est transmis à toute l’humanité une tare de culpabilité et une nature corrompue. Cette interprétation « augustinienne » de la dépravation humaine est celle qui est véhiculée dans plusieurs églises, consciemment ou pas.
Sans comprendre malheureusement toujours le contexte réactionnaire qui a donné naissance à cette doctrine extrêmement pessimiste[1]. Et sans dire que l’église catholique, à laquelle Augustin appartenait, a contrebalancé cette doctrine par le « baptême des enfants » qui effaçait la tâche originelle et rétablissait l’homme dans ses facultés réflectives. Les évangéliques, eux, rejetant le baptême d’enfant comme non biblique, ont toutefois gardé la doctrine du péché originel qui, conçue à partir d’une interprétation littérale de Genèse III, spécule sur la pseudo transmission biologique d’une tare héréditaire, « imprégnant »[2] de culpabilité et de volonté mauvaise[3] chaque petit bébé qui naît.
Comment alors s’étonner que l’église évangélique développe une sorte d’esprit de suspicion vis-à-vis des milieux académiques ? Comment ne pas s’étonner qu’on sent parfois dans nos milieux une sorte d’atmosphère de fin du monde imminente, doublée d’un sentiment de paranoïa face à tout ce qui vient de l’extérieur de l’église évangélique ?
Quelle belle perspective pour un jeune… En caricaturant un peu, l’évangélisation ressemble à des commandos hors de nos « bunkers », en s’avançant courageusement en territoire ennemi, dans le vestibule de l’enfer, Bible et bouclier en main, avec l’espoir d’y repêcher quelques âmes égarées que le Seigneur aura bien voulu sauver par sa grâce, pour les ramener vertement dans le paradis dont nos églises évangéliques sont un avant-goût. N’est-ce pas là une autre conséquence de cette vision pessimiste de l’homme, dont nous a chargé cette théologie augustinienne non censurée?
Est-ce là vraiment le programme que Jésus a donné à ses apôtres et le plan que Dieu a voulu confier à son peuple ? D’avoir une seule préoccupation : sauver des « âmes » pour aller au ciel, et avoir un seul message : « acceptez le sacrifice de Jésus à la croix et recevez Jésus dans notre cœur ? » Est-ce tout ? Les puritains eux avaient au moins un programme politique et économique !
Est-ce sur ce programme minceur que nous voulons bâtir l’Église de demain ? C’est peut-être pour cela que la majorité de nos jeunes ont quitté l’église avant 20 ans, en se disant : « si c’est ça l’avant-goût du ciel, je prends mon ticket et je cède ma place au suivant… ». Honnêtement, je pense avec beaucoup de tristesse que c’est un programme un peu famélique. Comme je le disais dans le dernier post de mon blog personnel, on a oublié la théologie de la création. C’est bien beau que des gens acceptent Jésus, mais l’accepter pour quoi ? Qu’est-ce qu’on fait les 6 autres jours de la semaine? Que fait-on de l’art, de la philosophie, des lettres ?
Et pour arriver à la solution, il faut retrouver l’usage de la raison. Il faut marcher sur deux jambes. Deux jambes et une tête renchérissait John Stott. Il faut « aimez Dieu avec toute notre intelligence » (Luc 11.37). Il faut revenir au plan de Dieu tel qu’il l’énonce dans le premier chapitre de la Genèse. Il faut revoir notre interprétation littérale et concordiste des premiers chapitres de la Bible qui nous amène à faire une croix sur la science et sur tout le reste. Il faut cesser de commencer à partager le message de Dieu par un pseudo concept gnostique de « chute » et d’une transmission d’une « chair mauvaise de nature ». Il faut cesser de garder la tête dans le sable et nier l’évidence de nos lacunes herméneutiques, en pensant qu’il suffit de « prêcher Jésus ». Il faut prêcher Jésus, certes, mais un Jésus qui nous permet d’être de vrais humains qui, je le rappelle, vivent dans un corps humain sur une planète appelée Terre !
Personnellement, je veux prêcher la Bible, pas un dogme du Moyen-âge pris dans des cadres conceptuels grecs anciens duquel la majorité des facultés évangéliques dans la francophonie refuse de nous déprendre.
J’invite mes lecteurs qui n’auraient pas lu la première partie de cette série « Réflexion pédagogique sur la Genèse » à le faire. J’y énonce 4 réflexions nécessaires, me semble-t-il, pour repenser le préambule biblique. J’aimerais bien pouvoir en débattre avec mes lecteurs et inviter mes amis du monde entier à les approfondir. Ces 4 orientations sont comme 4 marches d’un escalier :
1- Un principe de non-contradiction entre la Bible et la science : Les vérités des récits de création sont éternelles et ne visent pas une explication scientifique du monde mais une compréhension du sens que Dieu donne à cette création.
2- Ce principe s’appuie notamment sur une juste compréhension du « genre littéraire » du texte, et de la théorie du cadre littéraire qui permet de saisir les vérités théologiques et existentielles du texte.
3- Deux vérités fondamentales fondent une bonne théologie de la création : la création de l’humain « à l’image de Dieu », son créateur, et le désir du créateur de voir l’humain s’épanouir dans un monde « très bon », dans une relation sanctifiée avec la nature, les autres et Dieu (par le Sabbat).
4- Cette théologie de la création apporte finalement un équilibre nécessaire à la théologie de la rédemption si importante chez les évangéliques.
Le chemin qui reste à parcourir est encore long. Je vais ajouter 3 autres paliers à cet escalier à partir de Genèse 2. Je répète que ces marches sont discutables. Je les propose comme base de réflexion, fruits d’une herméneutique différente de ce que l’on a l’habitude de rencontrer parmi les évangéliques. Et le but de tout ça est de mieux combler le fossé entre l’église et la société, afin de limiter les obstacles à la présentation du message central : Christ est ressuscité ! Je me propose ici d’esquisser très brièvement les trois prochains points qui seront défendus lors de futurs articles :
1- Penser à Adam moins en terme d’« individu historique » qu’en terme de « représentant de l’humanité ». Dans la Genèse, « le peuple entier y est identifié d’une façon ultra-réaliste avec son premier ancêtre »[4] (voir par exemple les ancêtres de Genèse 10). La pensée sémitique n’isole jamais l’individu de la communauté. Les premiers théologiens avant Augustin « étaient capables de se représenter un singulier collectif, un individu qui vaut un peuple »[5]. Aussi Jésus ne fait jamais référence à Adam comme à un nom propre, individuel. Mais il y fait référence dans son sens collectif : « ish » ou « anthropos » (Marc 10. 6-8 et Mat 19.5)
2- Penser la figure d’Adam dans une perspective dynamique, comme un être en croissance, qui n’arrive pas au monde parfait et statique, mais qui est appelé à croître en sainteté dans une marche pavée d’épreuves. C’est ainsi que les Pères de l’église tels qu’Irénée de Lyon et Tertullien ont compris l’Adam. Écoutez Irénée de Lyon (120-177 ap J-C) pour qui le thème de l’homme créé « en état d’enfance » pour progresser à travers le temps était cher: « Il fallait que l’homme fut, puis, existant, qu’il crut, ayant été créé, qu’il devint homme adulte; étant devenu qu’il se multipliât; s’étant multiplié qu’il prit des forces; ayant pris des forces, qu’il fut glorifié; ayant été glorifié, qu’il vit le Seigneur »[6] Nous avons le droit, je pense, de concevoir une conception dynamique de l’homme, et remplacer notre vision statique et stoïcienne d’Augustin dans la théologie évangélique.
3- Finalement, penser le péché comme un problème « d’existence » avant d’être un problème d’essence. L’homme ne naît pas « bon » ou « mauvais ». Il naît « image de Dieu » et appelé à réaliser cette image en Dieu. L’image n’est pas réalisée à la naissance. Elle pourra l’être, malgré le péché inévitable, dans une relation à Dieu et à son Fils Jésus-Christ. Le péché sera pensé davantage comme « position d’autonomie devant Dieu » que comme un « état de concupiscence » causé par la perte d’une nature spirituelle; davantage comme une façon d’être au monde que comme une corruption de la nature humaine. Le péché se trouverait davantage dans « les pensées mauvaises » de l’homme que dans la dépravation de son « cerveau »; dans une attitude d’indépendance ou d’indifférence face à Dieu plutôt que dans une déchéance de ses facultés mentales.
Dans le prochain post, nous développerons plus en détails ces 3 autres points. Merci de votre attention.
Bruno Synnott,
[1] La discussion avec Pélage et Mani[2] Expression d’Henri Blocher dans son article sur le Péché dans le Dictionnaire de théologie biblique, Excelsis, 2006
[3] La doctrine protestante du serf-arbitre
[4] Roger Leys (1969), Teilhard de Chardin et le péché original, dans Le Christ cosmique de Teilhard de Chardin, ed du Seuil, Paris, p. 191
[5] Ricoeur (1955), Histoire et vérité, ed. du Seuil, p. 115
[6] Ricoeur, idem cit. p.113.
Quand l’homme devint-il homme ?
Cet article se place dans la perspective chrétienne de l’évolution comme la décrit Denis Lamoureux dans son livre déjà présenté par Benoit Hébert « I Love Jesus & I Accept Evolution »
Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
L’EVOLUTION HUMAINEDans son chapitre 6 « L’évolution humaine » Denis Lamoureux aborde la question sensible des caractéristiques qui séparent l’homme de l’animal et du fameux « instant précis » où un individu évoluant passerait du statut d’animal à celui d’humain.
Pour beaucoup, explique l’auteur, l’évolution de l’homme nous réduit à rien d’autre que des animaux dirigés par des pulsions physiques.
Il convient donc tout d’abord de rappeler les 4 fondements théologiques qui unissent tous les chrétiens :
- Dieu est le créateur de l’humanité
- Les humains sont créés à l’image de Dieu
- Chaque homme et chaque femme est pécheur, rebelle à son créateur, pécheur envers les autres. Tous les hommes sont responsables de leurs actions et Dieu en demandera compte.
- Jésus s’est offert pour la rédemption des péchés, il est le seul nom donné par lequel nous puissions être sauvés.
Les pages suivantes traitent des preuves scientifiques inéluctables de l’évolution humaine. Plusieurs articles existants sur la question, je n’en ferai pas ici la description. Il est tout de même bon de relever que la vision purement scientifique (archéologie, génétique) des origines de l’homme dit moderne évoque que l’humanité trouve ses racines dans environ 1 000 à 10 000 individus vivant il y a environ 50 000 ans.
Je me focaliserai donc plutôt sur le sujet qui nous intéresse de plus près : A partir de quand pouvons-nous penser que l’homme porta l’image de Dieu et fut déclaré responsable de ses actes et donc pécheur ?
Denis Lamoureux poursuit en indiquant que la bible ne répond pas à ces questions modernes parce que l’origine de l’humanité y est décrite avec une vue de la science ancienne.
Dans le cas du développement de la vie embryonnaire, il semble d’ailleurs y avoir les mêmes difficultés à répondre à ces questions : A partir de quel stade le fœtus est-il porteur de l’image de Dieu, du péché ? Cela reste un réel mystère pour nous.
Relevant à quel point ce sujet peut être sensible dans les différentes confessions chrétiennes aujourd’hui, le théologien présente 3 modèles compatibles avec l’évolution humaine et respectueux des 4 fondements cités plus haut, il encourage son lecteur à pouvoir faire son choix librement :
Le monogénisme évolutif(Grec : monos : un ; genèse : commencement)
Cette position suggère que Dieu à un instant précis a sélectionné un couple d’individus parmi la population des pré-humains en cours d’évolution. Il leur implanta son Image ce qui les rendit en un instant moralement responsables.
Ils péchèrent par un acte de désobéissance. Les autres pré-humains s’éteignirent, toute l’humanité aujourd’hui descend de ce couple originel identifié comme Adam et Eve.
Billy Graham par exemple est à l’aise avec cette vue des choses.
Le polygénisme ponctuel(Grec : polus : plusieurs)
Selon cette perspective, le Créateur à un stade précis de l’évolution, est intervenu pour implanter son Image dans tous les pré-humains existants (faisant d’eux des hommes) ou au sein d’un groupe de ces individus, les autres auraient disparu.
A ce moment précis, ces êtres seraient devenus moralement responsables et ils auraient tous péché très tôt.
Cette compréhension des origines suggèrerait qu’il y ait eu une génération de plusieurs « Adams » et « Eves »
Le polygénisme graduelCette approche affirme que l’image de Dieu et l’immoralité de l’homme se sont manifestées graduellement et mystérieusement au travers de plusieurs générations d’ancêtres évoluant.
L’origine de ces caractéristiques spirituelles qui définissent et distinguent l’humanité ne se limitent pas à un événement ponctuel dans le passé. Elles se seraient plutôt développées graduellement d’une manière similaire à ce qui se passe au niveau du processus embryonnaire. Ceci reste en fin de compte très mystérieux.
De ce fait, il n’y aurait jamais eu d’Adam ni d’Eve historiques.
La création évolutive (ou l’évolutionnisme théiste) adopte le modèle du polygénisme graduel.
Cette approche des origines de l’homme spirituel ne dépend pas de l’hypothèse que les premiers chapitres de la bible imposent une approche de concordisme scientifique.
A contrario, Les 2 autres modèles (le polygénisme ponctuel ainsi que le monogénisme évolutif) sont des modèles concordistes à différents degrés. Les deux se réfèrent à l’homme créé à l’image de Dieu et à une chute subite comme à des évènements ponctuels de l’histoire de l’homme.
Cependant, du fait que la bible présente un contexte de science ancienne (incluant une création de novo de l’homme) ces modèles tentent de faire cohabiter une vision moderne de la science (théorie de l’évolution) avec une vision ancienne.
Cette méthode d’interprétation est du même ordre que de demander à la NASA de s’appuyer sur une description de l’univers en 3-tiers comme décrite dans la bible, pour envoyer ses fusées dans l’espace. Il s’agit là d’un usage inapproprié de la bible.
En respectant les limites et les objectifs à la fois du livre de la Parole de Dieu (la Bible) et du livre des œuvres de Dieu (la nature expliquée par la science) la création évolutive offre une approche complémentaire pour comprendre les origines spirituelles de l’homme qui en font un être unique.
Malgré nos propres limites pour comprendre entièrement comment les réalités spirituelles de l’image de Dieu et de la responsabilité morale de l’homme ont émergées au cours du processus évolutif menant à l’homme, nous savons avec certitude que nous sommes les seules créatures à porter l’image de Dieu et a avoir péché, ce qui nous donne à tous le besoin d’un sauveur.
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Pour en savoir plussur les explications de Denis Lamoureux concernant la création évolutive, vous pouvez cliquer sur le tag de son nom : http://cvablog.com/creationetevolution/tag/denis-lamoureux/
Pour des informations concernant la vision 3-tiers de l’univers, voir cet article de Benoit Hébert : http://cvablog.com/creationetevolution/2011/02/ces-theologiens-de-la-t-qui-reconnaissent-que-genese-1-est-ecrit-avec-une-conception-ancienne-du-cosmos33/
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Mon commentaire personnelsur l’approche de Denis LAMOUREUIX :
Ce livre, dans un anglais tout à fait accessible à un niveau scolaire, mérite réellement le détour.
Bien entendu la démarche consistant à voir des versets de la bible emprunts de la vision scientifique du monde à l’époque de ses rédacteurs peut s’avérer choquant pour notre culture chrétienne traditionnelle. Sans jamais s’imposer, l’auteur fait preuve d’une grande pédagogie et confie au lecteur les expériences qui l’ont conduit à reconsidérer ses positions de croyant fondamentaliste convaincu pour adopter celles de la création évolutive.
Concernant ce chapitre 6, les questions posées sont pertinentes, mais j’avoue regretter le fait que Denis Lamoureux semble assimiler la question du péché en particulier, à la nature quasi biologique de l’homme.
Peut-on réellement concevoir que l’embryon soit déjà pécheur, contaminé par les gènes de ses parents? Si cela était, cela implique que le péché soit comme une substance codée dans les gènes mais ça ne répond pas vraiment à la définition philosophique et morale du mal.
De plus cet héritage des parents contaminant la nature des générations suivantes pose un problème d’inerrance théologique important, car selon les Ecritures mêmes : « On ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l’on ne fera point mourir les enfants pour les pères ; on fera mourir chacun pour son péché. » (Deutéronome 24:16)
Quant à porter l’image de Dieu, de quoi s’agit-il exactement ?
L’émergence de la conscience n’est pas abordée, ce qui me parait être une limitation importante pour soutenir les réflexions engagées ici.
En fait et très succinctement, je pense qu’il faut accompagner cette approche faite par un scientifique et théologien d’envergure par une lecture complémentaire philosophique et existentialiste comme a pu le présenter notre très cher ami Bruno Synnott en décryptant pour nous le travail entrepris par Paul Ricoeur entre autres.
Dans ce cadre philosophique, on perçoit très bien comment l’aspect de liberté dont jouit l’homme vis-à-vis de son créateur implique de soi-même la notion de péché (l’impossibilité pour l’homme de répondre par lui-même à toutes les exigences de Dieu) comment l’impact de la culture et le développement de la conscience chez l’enfant vont jouer un rôle dans l’influence du mal et la responsabilité morale de l’homme qui existe devant Dieu (contrairement à l’animal qui ne répond en rien à ces exigences spirituelles).
Ainsi le récit d’Adam et Eve peut prendre une dimension non pas historique – je subirais aujourd’hui les conséquences de la désobéissance de lointains parents par un mystérieux processus de transmission génétique ou autre – mais une dimension existentielle, notre propre expérience d’homme conscient et responsable devant Dieu, influencé par notre environnement, libre devant lui et incapable de faire toute sa volonté sans jamais chuter.
Tous avons donc besoin de l’œuvre de la Croix de Jésus pour communier avec notre Dieu créateur.
Dès que les hommes ont eu cette faculté de conscience, qui a bien entendu pu se forger graduellement au cours de l’histoire de l’évolution, ils ont donc été concernés par la réalité spirituelle du récit de la tentation et de la connaissance du bien et du mal comme nous le sommes encore aujourd’hui.
Voici 2 articles de Bruno Synnott qui aideront les lecteurs curieux ou intéressés à approfondir ces notions à peine effleurées ici.
Homme ou bonobo? (1)
L’actualité récente nous a démontré que l’homme peut avoir un comportement sexuel assez proche sous certains aspects de celui d’un de ses cousins biologiques : le fameux bonobo réputé pour sa sexualité « débridée ».
Hommes et bonobos sont tous deux issus d’un processus évolutif. Pour quelle raison Dieu le Créateur ne considérerait-il pas de la même façon le comportement de l’homme et celui de ces grands singes ?
La Bible nous apprend que l’homme est la seule créature faite à l’ « image de Dieu » et que Dieu a inscrit dans son cœur et sa conscience une loi morale. Ainsi, toutes les sociétés reconnaissent que le bien et le mal existent (même si elles ne sont pas toujours d’accord entre elles à propos de ce qu’il faut mettre dans chaque catégorie), et elles ont construit des systèmes juridiques indispensables à leur bon fonctionnement sur cette conviction. Au fond, si Dieu n’existe pas, on ne voit pas bien sur quel fondement moral on pourrait poursuivre un homme parce qu’il exploite le genre féminin pour assouvir ses fantasmes, surtout si les dames en question sont plus ou moins « consentantes » !
Certains théologiens chrétiens (évangéliques en particulier) rejettent l’évolution en bloc. Penser que l’homme est issu d’un processus évolutif est inenvisageable pour eux. Ils s’attachent à une lecture littérale du texte de la création d’Adam et Eve et y voient les géniteurs de l’humanité. La plupart ont adopté la vision d’Augustin du péché originel. L’homme a été créé directement par Dieu dans un état d’innocence paradisiaque, et Adam a désobéi. A cause de lui, nous naissons avec une nature pécheresse…Pour ces croyants, les bonobos et les hommes ne sont pas des cousins, la question que je pose est donc un faux problème, voire une insulte au genre humain !
Cette lecture a satisfait un grand nombre de générations de chrétiens dans les siècles passés, mais elle est intellectuellement intenable aujourd’hui. La génétique a confirmé que le chimpanzé est notre cousin biologique le plus proche, les bonobos des cousins plus éloignés et que l’humanité, comme toutes les autres espèces vivantes, est le fruit de l’évolution et n’est pas issue d’un couple unique.
Comment alors comprendre que seule l’espèce humaine soit moralement redevable envers le Créateur ?
D’autres théologiens chrétiens (y compris évangéliques) ont pleinement accepté l’évolution. L’un des précurseurs dans ce domaine a été le prêtre catholique Theilhard de Chardin. Très visionnaire, voici ce qu’il écrivait :
« Il me paraît essentiel que les perspectives chrétiennes puissent être présentées enfin sous forme (d’une vision du monde) organisée, cohérente avec le monde moderne. Comment, sans cela, équilibrer la puissance des solutions communistes et fascistes de la Terre […] Trop de gens dans l’Eglise conservent le secret espoir que le XIXème siècle sera effacé et que nous nous retrouverons bientôt à la bonne époque d’avant la Science et la Révolution. Que cet esprit prévale et se serait le désastre final, le schisme consommé avec l’humanité. »
« Il est vain […] il est injuste d’opposer la science et le Christ ou de les séparer comme deux domaines étrangers l’un à l’autre. La science, seule, ne peut découvrir le Christ, mais le Christ comble les vœux qui naissent dans notre cœur à l’école de la science […] Oui je voudrais réconcilier avec Dieu ce qu’il y a de bon dans le monde moderne : ses intuitions scientifiques, ses appétits sociaux, sa critique légitime. »
Réalisant que la conception d’Augustin était devenue intenable à cause des découvertes de la science, il a jugé utile de réfléchir sur la signification du péché originel. Il a considéré que ce péché faisait en quelque sorte partie de l’ordre créé, un péché « coextensif à l’Histoire et l’Univers :
« Il y a partout dans le Monde un Péché Originel, il ne peut y être que partout et depuis toujours, depuis la première formée jusqu’à la plus lointaine des nébuleuses. Voilà ce dont nous avertit la science. Et voilà ce que, par une pure coïncidence bien rassurante, viennent tout juste de confirmer, si nous les poussons jusqu’au bout, les exigences les plus orthodoxes de la Christologie. » (Comment je crois, Seuil, p. 222) »
Je souscris pleinement à la position des auteurs de Pour lire la création, l’évolution aux éditions du Cerf.
« Depuis bien des études théologiques de gens compétents plus ou moins influencés par les idées Theilhard de Chardin vont tenter de revisiter ce dogme du péché originel pour en comprendre le véritable sens et le rendre compréhensible à une mentalité moderne façonnée par la paléontologie. Tout en les écoutant avec respect nous préférons prendre nos distances avec cette ligne theilhardienne et les disciples qu’elle a engendrés.
Nous avons notre méthodologie propre […] et tenons à marquer l’importance de l’acte créateur de Dieu qui ne peut créer des êtres pécheurs et par conséquent nous ne pensons pas que l’intelligence moderne est incapable de remonter à un événement de rupture entre Dieu et les hommes du fait des hommes et non de Dieu, situé dans l’histoire réelle des débuts de l’humanité. Le nier ou l’escamoter conduit à des difficultés intellectuelles et théologiques qui nous paraissent insolubles. »
Et à moi aussi !
Cette position théologique étant prise, reste alors le plus difficile, concevoir un modèle scientifiquement plausible qui explique pourquoi l’homme peut être considéré comme responsable de son comportement moral, et pas le reste du monde animal. Ce modèle fait appel à des notions comme le comportement inné, le comportement acquis chez l’animal et chez l’homme, la psychologie évolutive, la sociobiologie, le rôle tout particulier de la culture chez l’homme et sa liberté comportementale. Là encore, les auteurs de Pour lire la création, l’évolution aux éditions du Cerf m’ont été d’une aide précieuse. J’essaierai de synthétiser leur conception des choses dans un prochain article.
Et le péché originel dans tout ça? (2)
Nous reprenons notre exposition de la pensée de Denis Lamoureux à propos de quelques questions que beaucoup de chrétiens se posent concernant les conséquences du polygénisme :
« Il est certain que le polygénisme graduel est une notion dérangeante pour la plupart des chrétiens. Ceci suscite très souvent trois objections en ce qui concerne la compréhension de l’origine de l’homme. Toutes ces questions sont légitimes, mais ont toutes trois une réponse :
- Si Adam n’a jamais existé, alors il n’a pas péché et il n’était pas nécessaire que Jésus meure sur la croix.
Pour les partisans de la « création évolutive », le but central de Genèse 3 est de nous révéler que tous les hommes sont des pécheurs. C’est pourquoi tous ont besoin d’être rachetés par le sang de l’Agneau. Le péché est bien une réalité, même pour ceux qui sont convaincus du polygénisme graduel, et le péché est bien entré dans le monde au cours de l’évolution. Pourtant, cette entrée n’est pas due à un seul événement ponctuel de rébellion commis par un seul homme.
- Si nous ignorons exactement quand l’image de Dieu et le péché sont « entrés dans le monde », alors ces caractéristiques spirituelles n’existent pas.
Cette objection trouve une réponse dans l’analogie avec le développement embryologique de l’homme. Si nous ignorons quand exactement chacun d’entre nous commence à porter l’image de Dieu et quand nous devenons pécheurs, alors ces caractéristiques n’existent pas. Bien sûr, aucun chrétien ne peut être d’accord avec une telle affirmation. Le fait que la Bible ne nous révèle pas quand chacun d’entre nous commence à manifester ces caractéristiques spirituelles ne remet pas leur réalité en cause. Pour les chrétiens qui acceptent le polygénisme graduel, l’image de Dieu dans l’homme et son péché sont des principes non négociables de la foi chrétienne.
- Si les caractéristiques spirituelles humaines se sont développées pendant de nombreuses générations, alors la destinée éternelle des créatures « de transition » est problématique.
Déterminer la destinée éternelle de n’importe qui est la prérogative de Dieu, pas la notre. Le développement dans le sein maternel nous fournit là encore un éclairage intéressant. A peu près 50% des œufs fertilisés n’aboutiront pas à un enfant. Quel est donc leur statut éternel ? Voilà une autre bonne question, clairement dans le domaine du mystère. De même, la destinée éternelle de créatures disparues, dont certaines ont manifesté des comportements religieux modestes est au-delà de la compréhension humaine mais n’est pas un problème insurmontable pour ceux qui sont convaincus par le polygénisme graduel.
En respectant tout à la fois les limites de la science et celles de la Bible, nous pouvons avoir une approche cohérente des origines de la spécificité humaine. Libre de tout concordisme scientifique et historique dans notre lecture des récits inspirés de la création, nous n’avons pas besoin de considérer que l’image de Dieu et que le péché de l’homme sont apparus dans des événements historiques ponctuels. Ces caractéristiques sont au contraire apparues de manière mystérieuse et graduelle au cours de l’évolution de l’homme. Malgré nos limites intellectuelles pour comprendre pleinement leur entrée dans le monde, deux croyances fondamentales demeurent : nous sommes les seules créatures à l’image de Dieu, et nous sommes les seules à avoir besoin d’un Sauveur. »
Vous vous en doutez, tous les penseurs évangéliques ne sont pas d’accord avec cette façon de voir. C’est en particulier le cas de Tim Keller, célèbre pasteur à Manhattan qui accepte l’évolution, et a écrit à ce sujet un article paru sur le blog de la fondation BioLogos.
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Voici quelques extraits significatifs.
« Certains diront : « Même si nous ne pensons pas qu’il y ait eu un Adam litéral, nous pouvons accepter les enseignements de Genèse 2 et de Romains 5, c’est-à-dire que tous les hommes ont péché et peuvent être sauvés au travers de Christ. Les enseignements de base sont intacts, même si nous n’acceptons pas l’historicité d’Adam et Eve. » Je pense que c’est trop simpliste.
[…]
Si vous ne croyez pas que la « chute » de l’humanité est un événement historique unique, quelle est l’alternative ? Vous pourrez suggérer que certains hommes ont commencé à s’éloigner de Dieu, en exerçant leur libre arbitre. Mais alors, comment le péché s’est-il répandu ? Simplement par un mauvais exemple ? Cela n’a jamais été l’enseignement Chrétien traditionnel de l’église de la doctrine du péché originel. Nous n’apprenons pas le péché des autres, nous héritons d’une nature pécheresse. Alan Jacobs, auteur du grand livre Le péché originel : une histoire culturelle, affirme que quiconque tient à la vue classique d’Augustin du péché originel doit croire que nous sommes « programmé » pour le péché ; nous n’avons pas simplement appris le péché au travers de mauvais exemples. Cette doctrine nous apprend aussi que cette situation ne faisait pas partie de notre nature initiale, mais que nous sommes tombés d’un état d’innoncence. Un autre problème surgit si vous rejetez l’historicité de la chute. Si certains hommes se sont éloignés de Dieu, pourquoi d’autres n’auraient-ils pas résisté et qu’ainsi certains groupes auraient été moins pécheurs que les autres ? Alan Jacobs insiste dans son livre pour affirmer que la condition égale de pécheurs de toute la race humaine est fondamentale dans la vision traditionnelle. »
J’ai apprécié le livre de Tim Keller, « La raison est pour Dieu », mais je dois reconnaître que les arguments qu’il avance ici, bien que très répandus ne me convainquent pas. La solution qu’il propose pose plus de problèmes qu’elle n’en résout véritablement. Nous auront l’occasion d’en reparler ! Stay tuned !
Et le « péché originel » dans tout ça? (1)
Bruno Synnott, pasteur évangélique québécois, développe en ce moment sur son blog ( le « Big Bad Bruno ») une série d’articles tous plus passionnants les uns que les autres à propos du péché originel, de la remise en question de la conception augustinienne traditionnelle.
Je suis toujours en pleine réflexion sur cette question et j’aimerais simplement vous faire partager les différentes sources dont certaines sont disponibles sur internet qui me donnent matière à réfléchir.
Dans un dernier article, Marc et Bruno Synnott discutent de la signification de l’arbre de vie de la Genèse. Lorenet Déborah Haarsma ont écrit un petit article résumant trois interprétations « traditionnelles » de l’arbre de vie. Pour être très franc, aucune de ces interprétations ne me convient tout à fait.
En lien sur ce blog, vous trouverez le blog de Steve Martin « un dialogue évangélique à propos de l’évolution. » Ce blog a été pour moi une mine de ressources. Steve Martin a publié une série de « e-books » accessibles à tous dans lesquels il a demandé à plusieurs théologiens et/ou scientifiques de débattre à propos de sujets délicats. L’un de ces e-book concerne le péché originel. Denis Lamoureux (biologiste et théologien évangélique), George Murphy (physicien et théologien luthérien), Terry Gray (scientifique investi dans l’American scientific affiliation) et David Congdon (théologien formé au Princeton theological Seminary) échangent leurs points de vue.
Voici ce que Denis Lamoureux écrit dans Evolutionary Creation concernant le péché originel
« Une approche du péché originel dans le contexte de la « création évolutive » soulève un certains nombre de questions. En particulier, le polygénisme graduel (l’humanité est issue d’une population et pas d’un couple unique) nous pousse à considérer à nouveau la doctrine traditionnelle du péché originel. Il faut ici souligner que la formulation des doctrines comporte un élément humain, et que celle-ci doit toujours être ouverte à une reformulation en fonction des progrès de la connaissance de l’Ecriture et de la science. De façon très significative, la catégorie « péché originel » ne se trouve pas dans la Bible.Cette doctrine a été formulée par Augustin (354-430) à une période où la création de novo (création miraculeuse directe d’Adam et Eve dans un état adulte) était la science de l’époque. Pendant la plus grande partie de son histoire, l’église a soutenu fermement sa compréhension du péché originel, mais aussi cette compréhension scientifique ancienne des origines. Il nous faut donc reconsidérer la doctrine d’Augustin maintenant que nous avons accès à une meilleure compréhension scientifique des débuts de l’humanité. Cette situation est comparable à la réinterprétation des passages faisant référence à une terre immobile. Cette réinterprétation a été consécutive au rejet du géocentrisme par les astronomes du dix septième siècle.
A la lumière de la découverte des origines évolutives de l’homme, nous proposons une nouvelle formulation de la notion de péché originel. Le premier point consiste à séparer le message spirituel de Genèse 3 –tous les hommes sont pécheurs- des motifs anciens sous jacents que sont la création de novo et la perte d’un âge passé idyllique. Il est évident que la conception d’Augustin du péché originel était intimement liée, sinon confondue, avec ces paradigmes historiques et scientifiques anciens. Deuxièmement, la création évolutive place la vérité du péché universel de l’homme dans un contexte scientifique moderne- l’évolution graduelle de l’humanité. Vue de cette façon, l’entrée du péché dans le monde n’a pas été un événement ponctuel commis par deux individus. Le péché originel s’est au contraire manifesté graduellement et mystérieusement au long des nombreuses générations qui ont conduit aux êtres humains par un processus évolutif graduel.
Il est certain que le polygénisme graduel est une notion dérangeante pour la plupart des chrétiens. Ceci suscite très souvent trois objections en ce qui concerne la compréhension de l’origine de l’homme. Toutes ces questions sont légitimes, mais ont toutes trois une réponse :
- Si Adam n’a jamais existé, alors il n’a pas péché et il n’était pas nécessaire que Jésus meure sur la croix.
- Si nous ignorons exactement quand l’image de Dieu et le péché sont « entrés dans le monde », alors ces caractéristiques spirituelles n’existent pas.
- Si les caractéristiques spirituelles humaines se sont développées pendant de nombreuses générations, alors la destinée éternelle des créatures « de transition » est problématique. »
Dans un prochain article, nous verrons les réponses données par Denis Lamoureux. Stay tuned !
La mort physique est-elle la conséquence de la « chute »?
Comme l’a souligné Denis Lamoureux dans Evolutionary Creation, l’un des obstacles théologiques majeurs à l’acceptation de l’évolution comme mécanisme divin de création est le rapport théologique de beaucoup de chrétiens à la mort physique, et notamment ce que Paul en dit.
L’évolution est un mécanisme dans lequel la mort physique joue un rôle nécessaire et déterminant. Denis Lamoureux consacre à cette question très délicate un grand nombre de pages de son ouvrage. Il montre comment on peut lire le texte biblique de manière parfois anti intuitive mais tout à fait cohérente. Il serait très difficile de résumer une pensée aussi complexe dans le format d’un blog. Ses conclusions rejoignent assez celle des auteurs de l’ouvrage ci-dessous!
Luc Plateaux, ancien professeur de biologie animale et d’évolution à la faculté de Nancy a eu la gentillesse de me faire parvenir gracieusement un exemplaire de « Pour lire la création, l’évolution » aux éditions du Cerf. Il a coécrit cet ouvrage avec Christian Montenat, directeur de recherche au CNRS (géologie), et Pascal Roux, prêtre et Polytechnicien. Cet ouvrage est de très grande qualité, et j’en recommande l’étude.

« La mort de l’homme est-elle un châtiment ? »
- La mort physique, conséquence de la « chute » ?
« Arrêtons-nous à la cause principale de l’angoisse humaine. « Oui tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gen 3,19).
Il est certain que pendant des siècles la conscience chrétienne a compris la mort telle qu’elle était vécue, dans l’angoisse et la solitude, la tentation du doute et même de la dissolution dans le néant, comme une conséquence du péché originel. Adam et Eve étaient les grands responsables. Sans leur désobéissance l’homme aurait été immortel, établi pour toujours dans la justice originelle. Voilà de façon simplifiée le schéma de ce qui était couramment enseigné. »
- La mort physique, conséquence inévitable de la création ?
« Depuis une soixantaine d’années, et plus officiellement depuis vingt ans en milieu catholique, une distinction s’est établie entre la mort physique, phénomène biologique, et l’expérience existentielle et spirituelle de la mort. De plus en plus nombreux sont les penseurs chrétiens qui considèrent la mort physique, c’est-à-dire l’arrêt des fonctions vitales puis la disparition du cadavre comme un phénomène naturel, intrinsèque à la vie, et même indispensable à l’évolution de l’espèce. L’universalité du phénomène permet de l’intégrer au processus même de la création et interdit d’en faire un accident malheureux, simple conséquence d’une brouille non programmée entre Dieu et sa créature ! […]
L’idée est familière aux scientifiques, elle l’est peut-être beaucoup moins aux chrétiens de culture traditionnelle. »
- La mort dans le langage biblique
« D’où vient le blocage ? De ce que la Bible parle toujours de la mort non comme d’un phénomène naturel à toute espèce vivante mais comme du drame que vit l’homme pécheur.[…]
C’est de cette mort là dont l’Ecriture nous parle en la liant à une rupture fondamentale qui remonte aux origines lorsqu’Adam, l’homme se coupa de l’intimité de Dieu… »
- Le vrai lien entre la mort physique et le péché
« Il y a bien un lien profond entre la mort dramatique de l’homme et la culpabilité qui s’enracine dans la rupture originaire. C’est cela que les chrétiens savent depuis toujours, car « au commencement il n’en était pas ainsi » (Mat 19,8).
C’est à dessein que nous appliquons très librement cette Parole du Christ sur le mariage à propos de la mort de l’homme, pour mieux souligner la discrétion totale de notre Seigneur sur l’origine coupable de la mort de l’homme !
Ainsi s’éclaire ce chapitre 3 de la Genèse sur l’ultime conséquence de la chute : la mort devenue une tragédie. […] »
- L’échec du « concordisme »
« Toute tentative d’établir une correspondance étroite entre le temps et l’espace construits par la paléontologie moderne d’une part et l’épisode de la chute d’autre part, serait dénuée de signification intellectuelle et c’est à juste titre que les exégètes refusent ce qu’ils appellent du concordisme. »

