La science et la Bible : l’évolution théiste, 1ère partie, par Ted Davis
Cet article, d’abord paru sur le blog de la Fondation BioLogos, a été écrit par Ted Davis, et magnifiquement traduit par Jonathan Kitt, que je suis ravi d’accueillir pour l’occasion dans l’équipe des traducteurs de l’association Science et Foi chrétienne.
Benoit Hébert.
Ted Davis est chargé de recherche en Histoire des sciences pour la fondation BioLogos et Professeur d’Histoire des Sciences à l’Université Messiah. Il y enseigne sur les aspects historiques et contemporains du christianisme et des sciences. Il est également le Directeur du Forum de la Religion et des Sciences de Pensylvanie Centrale.
Aucun des dictionnaires que j’ai consulté ne contenant une définition de l’« évolution théiste », je propose ici la mienne : l’évolution théiste est la croyance que Dieu s’est servi du processus de l’évolution pour créer les être vivants, y compris les êtres humains. D’aucuns qualifieront cette définition de vague car, pour donner un exemple, elle n’incorpore pas l’adjectif « darwinienne » après « évolution ». Cependant, cette précision excluerait de la définition la plupart des personnes vivant avant la Seconde Guerre Mondiale, même si certaines d’entre elles auraient adhéré au contenu de la définition. D’un autre côté, l’absence de référence à l’évolution humaine élargirait encore davantage la définition, puisque de nombreux auteurs chrétiens renommés ont accepté l’évolution chez les « animaux inférieurs », tout en rejettant expressément toute évolution des êtres humains. Nous pourrions discuter de telles choses en long, en large et en travers, et ce non sans intérêt. Mon objectif ici est simplement de clarifier la terminologie employée.
L’ « évolution théiste » est débattue, en ces termes, depuis 1877 au plus tard, dans l’ouvrage du célèbre géologue canadien John W. Dawson, The Origin of the World, according to Revelation and Science (l’Origine du Monde selon la révélation et la science). Alors que l’auteur discute longuement des animaux créés le cinquième jour, voici ce qu’il dit :
Le temps pris pour présenter les animaux inférieurs, l’utilisation des verbes « faire » et « former » plutôt que « créer », ainsi que l’expression « que les eaux produisent », peuvent se comprendre comme évoquant une forme de création médiate, ou de création selon la loi, ou d’ « évolution théiste » – expression utilisée par certains. Mais ces tournures ne soutiennent pas l’idée soit d’une évolution spontanée des êtres vivants sous la seule influence de causes physiques, sans aucune intervention créatrice, soit d’une transmutation (évolution) d’un genre d’animal en un autre.
Comme la fin de cette citation le montre, Dawson était (ironiquement) un farouche opposant à l’évolution humaine ainsi qu’à l’ascendance commune des autres animaux. Pour faire court, aucune définition raisonnable n’aurait pu faire de lui un évolutionniste théiste, même s’il pensait que beaucoup de modifications se sont déroulées naturellement, « dans certaines limites » qu’il associait aux « espèces » créées mentionnées dans la Genèse. En effet, la référence à l’ « évolution théiste » est probablement aussi répandue chez les opposants à cette position (par exemple William Jennings dans les années 1920) que chez ses défenseurs. Mais arrêtons là les exemples.
Quoi qu’il en soit, ces dernières années, certains défenseurs de l’Évolution Théiste (ET) ont adopté d’autres étiquettes décrivant leur(s) position(s). L’exemple le plus marquant est celui de Francis Collins, le généticien fondateur de BioLogos. Collins utilise le terme « BioLogos » comme étiquette décrivant de façon globale sa position, qui rentre dans ma catégorie d’ET. Le théologien évangélique Denis Lamoureux, l’un des auteurs les plus qualifiés sur ce sujet (il a obtenu des doctorats à la fois en théologie et en biologie), préfère de loin le terme de « Création évolutive » (CE). Selon lui, l’accent devrait en effet être mis sur le nom « création » plutôt que sur l’adjectif « évolutif », chose que l’expression « Évolution théiste » ne permet pas. Je recommande son ouvrage, Création évolutive, à quiconque souhaite lire une analyse experte des aspects bibliques et scientifiques concernant la controverse sur les origines. On peut trouver ses idées principales exposées dans ses conférences, disponibles sur internet. Un autre défenseur hautement qualifié de l’ET, George Murphy, émet lui aussi des réserves sur l’étiquette. Il concède cependant son utilisation répandue et il est d’accord avec l’idée selon laquelle « L’Évolution est la façon dont Dieu crée ». J’en dirai davantage sur George Murphy, personnage influent, dans un futur article.
Malgré ces objections tout à fait fondées, je continuerai à employer l’expression « ET », en partie à cause de son utilisation historique, ce que j’apprécie en tant qu’historien, et en partie parce qu’elle est connue. J’admettrai volontiers que l’on ne soit pas d’accord avec moi, sauf si les raisons avancées ne sont pas valables. Ma seule exigence est que l’on définisse les termes employés aussi clairement que je l’ai fait.
L’expression « ET » ayant un sens large et quelque peu flou, il est nécessaire de développer. Quand nous parlerons dans un prochain article du « Dessein Intelligent » (Intelligent Design, ID), nous verrons qu’il s’agit d’un mouvement regroupant des positions très variées (ce que les défenseurs de l’ID reconnaissent volontiers). Il passe en effet sous silence des questions bibliques et théologiques de nature à séparer les chrétiens en différents « camps » (telles que les différentes positions que nous étudions ici) en fonction de leurs convictions sur les origines. L’ET englobe également une large diversité de positions, au sens où les opinions théologiques et bibliques de ses défenseurs diffèrent largement. Toutefois, à la différence de l’ID, la théologie y est ouvertement débatue – et des positions théologiques différentes sur Dieu, la nature et l’humanité sont ouvertement défendues, non pas sous-entendues. Nous développerons ces aspects ultérieurement. Cet article ne présente qu’un seul type d’ET, privilégié chez de nombreux scientifiques et intellectuels évangéliques. Par exemple, les personnes que je mentionne ici acceptent toutes (pour autant que je sache) l’Incarnation et la Résurrection – c’est-à-dire qu’il s’agit de chrétiens trinitaires croyant que Jésus était pleinement divin (et pleinement humain) et que les disciples se sont rendus au bon tombeau, qu’ils l’ont trouvé vide, avant de rencontrer le Christ ressuscité en divers endroits. Ils croient également en la creatio ex nihilo, la position classique selon laquelle Dieu a créé l’univers à partir de rien. Il existe d’autres types d’ET, dont certains ne sont (selon moi) pas suffisamment bibliques, voire même pas suffisamment chrétiens, pour être inclus dans la présente série. Gardons bien à l’esprit que tous les types d’ET ne sont pas à mettre dans le même panier – facilité souvent peu évidence à éviter . Laissons-nous guider par la connaissance, pas par l’ignorance.
Les principes ou hypothèses centraux de l’évolution théiste
1°) La Bible n’est pas une source fiable de savoir scientifique à propos de l’origine de la terre et de l’univers, y compris les êtres vivants – son intention n’a jamais été de nous enseigner la science.
Cela ne reflète pas que les connaissances scientifiques modernes, mais aussi – et surtout – les connaissances bibliques modernes. Peter Enns et d’autres intellectuels évangéliques ont récemment insisté sur ce point, entraînant de vives réactions dans la communauté académique évangélique. Ces réactions confirment jusqu’à présent mon idée selon laquelle les évangéliques, de façon générale, ne sont tout simplement pas prêts à aborder cette question, même si l’approche présentée ici s’accorde avec le principe d’accomodation. Mon analyse de l’étendue de ce problème, écrite avant que les objections ne fusent, se trouve ici (http://evanevodialogue.blogspot.fr/2008/06/evangelicals-evolution-and-academics.html).
2°) La Bible est une source fiable de savoir sur Dieu et sur les choses spirituelles.
Rappelez-vous du trait d’esprit attribué par Galiléé au Cardinal Cesara Baronio : « l’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au Ciel, et non comment va le ciel ». (lire http://biologos.org/blog/galileo-and-other-good-books-about-science-and-the-bible). L’Évolution ne posait pas problème à l’époque de Galilée, mais cette platitude est fréquemment citée, souvent sans l’attribuer à son véritable auteur, par les défenseurs de l’ET. Les similitudes se trouvent clairement dans l’approche, pas dans le sujet. De nombreux critiques de l’ET sont prêts à accepter l’approche de Galilée quand il s’agit du système solaire, mais pas quand il est question de l’évolution, désireux qu’ils sont de laisser Galilée en dehors du jardin d’Eden.
3°) La Bible ne contient pas de preuves scientifiques – il ne s’agit tout simplement pas d’un manuel scientifique.
Nous l’avons déjà évoqué ci-dessus. Il me semble cependant nécessaire d’y consacrer un paragraphe séparé. Certains croyants cherchent en effet des « preuves » confirmant la Bible dans la science, tout comme certains non-croyants cherchent dans la science des « réfutations » de la Bible. Les partisans de l’ET insistent sur le fait que la différence entre la science et la Bible s’assimile davantage à la différence entre une pomme et un rocher qu’à la différence entre une pomme et une orange : on peut tenir chaque objet dans une main sans qu’ils n’entrent en conflit, mais ces objets ont très peu de points communs. Nous ne chercherions pas Dieu dans l’annuaire téléphonique, ou dans un manuel de réparation automobile. Ne cherchons pas la science dans la Bible. En principe, les théories scientifiques ne peuvent ni soutenir la Bible, ni la menacer.
4°) Le récit de la création dans Genèse 1 est une confession de foi en un vrai créateur, dont l’intention est de réfuter le panthéisme et le polythéisme, pas de nous dire précisément comment Dieu créa le monde.
Cela fait écho à ce que nous avons dit à propos de la conception du cadre (http://biologos.org/blog/science-and-the-bible-the-framework-view). Si tous les défenseurs de l’ET n’adhèrent pas à cette conception ou à une autre conception proche, nombreux sont ceux qui y adhèrent. La plupart diront probablement qu’aucune théorie scientifique de la diversité biologique ne contredit la Bible – à moins que cette théorie ne sorte de ses limites philosophiques et ne devienne une sorte de religion, la « religion du dinosaure », pour reprendre l’expression de Conrad Hyers (http://www.asa3.org/ASA/PSCF/1984/JASA9-84Hyers.html).
5°) La Bible nous dit que Dieu a créé, pas comment Dieu a créé.
À nouveau, cela se rapproche de la conception du cadre – ou, tout du moins, devrait s’en rapprocher. La croyance en un Dieu créateur s’accorde avec la science, qui peut d’une certaine façon soutenir cette croyance. Mais cette croyance ne peut remplacer la recherche d’explications scientifiques.

Les cinq derniers points énoncés par Ted Davis résument magnifiquement l’état d’esprit de ce blog.
Cela permettra à nos nouveaux lecteurs de connaître clairement notre position.