Archive pour janvier 2012
« Les trois quarts des pasteurs américains seraient créationnistes »
« Pas moins de 72% des pasteurs aux Etats-Unis rejettent la théorie de l’évolution. Et 46% pensent que la Terre a environ 6000 ans. Ces chiffres, avancés par une organisation protestante, confirmeraient des différences culturelles avec l’Europe.
Dieu a-t-il utilisé l’évolution pour créer l’humanité ? A cette question, une très nette majorité des pasteurs protestants américains, 72%, répondent non. De même, pour 82% d’entre eux, il ne fait aucun doute qu’Adam et Eve « étaient des personnes réellement existantes ». Quant à l’idée que la Terre aurait approximativement 6000 ans, pas moins de 30% « approuvent fortement » et « 16% approuvent plutôt », alors que 34% « désapprouvent fortement »"
Sondage: « les pasteurs Français interprètent le récit de la création »
Voici la rediffusion d’un article à mettre en miroir avec celui de La Vie. Ceci mettra en contraste les situations américaine et française.
Un récent sondage à propos du monde protestant a apporté un éclairage très intéressant à propos des « mutations sociologiques » chez ces chrétiens (dont je fais partie). En parcourant l’étude à propos des pasteurs, j’ai constaté que l’interprétation du récit de la création constituait pour les sociologues qui ont préparé ce sondage un test en ce qui concerne leurs inclinaisons théologiques. Voici les résultats de ce sondage dont vous trouverez l’intégralité à l’adresse suivante :
Je ferai quelques commentaires après.
« Les pasteurs de France au miroir d’une enquête effectuée par l’IFOP en 2010 sur la base de 750 réponses
Les pasteurs de France au miroir d’une enquête effectuée par l’IFOP en 2010 sur la base de 750 réponses. Le questionnaire à la base de cette enquête sur les pasteurs de la Fédération Protestante de France a été élaboré par Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime. Ces derniers l’ont élaboré en concertation avec l’IFOP et en consultant la Fédération Protestante de France qui s’est chargée de l’envoi du questionnaire aux 1605 pasteurs relevant de l’une de ses Eglises membres. …750 réponses, arrivées dans les délais, ont été traitées…
Les différentes sensibilités se traduisent aussi au plan herméneutique dans la façon de considérer le texte biblique.
Le sens donné au récit biblique de la création- Un texte exprimant le sens de la création du monde
Pasteurs : 56 % / / Protestants : 46 %
- Un mythe signifiant la condition de l’homme dans la création du monde
Pasteurs : 33 % / / Protestants : 31 %
- Un récit historique
Pasteurs : 10 % / / Protestants : 22 %
Les pasteurs sont nettement moins nombreux que leurs fidèles à percevoir le récit biblique de la création comme un récit historique. Mais, comme le montre le tableau ci-après, les pasteurs exerçant dans une Eglise évangélique ou dans une Eglise pentecôtiste sont nettement plus nombreux que leurs confrères réformés et luthériens – même s’il s’agit d’une minorité à considérer le récit biblique de la création comme un récit historique : respectivement 23 % et 21 % alors qu’une infime minorité (1 ou 2 %) de pasteurs réformés et luthériens vont dans ce sens. L’autre clivage très net concerne la perception du récit biblique de la création comme un mythe : si 52 et 54 % des pasteurs réformés et luthériens partagent cette vision du texte biblique, c’est seulement le cas de 4 % des pasteurs évangéliques et pentecôtistes.
Un texte exprimant le sens de la création du monde
Pasteurs exerçant leur ministère dans une Eglise
réformée : 45 % ; luthérienne : 48 % ; évangélique : 72 % ; pentecôtiste : 79 %
Un mythe signifiant la condition de l’homme dans la création du monde
Pasteurs exerçant leur ministère dans une Eglise
réformée : 52 % ; luthérienne : 54 % ; évangélique : 4 % ; pentecôtiste : 4 %
Un récit historique
Pasteurs exerçant leur ministère dans une Eglise
réformée : 2 % ; luthérienne : 1 % ; évangélique : 23 % ; pentecôtiste : 21 %. »
Quelques commentaires personnels :A propos des questions posées aux pasteurs, je suppose qu’il fallait donc choisir une de ces trois affirmations. J’y vois une réelle difficulté, parce que ces affirmations ne s’excluent pas mutuellement. Par exemple, je suppose que tous les pasteurs seraient d’accord avec l’affirmation du fait que le récit de la création est un texte indiquant son sens, ceci n’a rien de contradictoire avec le fait d’y voir un récit historique. Je suppose donc que les pasteurs ont répondu par l’affirmation qui leur paraissait la plus importante, je doute que seulement 20% des pasteurs évangéliques et pentecôtistes croient que le récit de la création est historique. Un croyant (et un pasteur !) pourrait pourtant être d’accord avec les trois affirmations en même temps. Il est clair que la plus grande proportion de « créationnistes » se trouvent chez les évangéliques et les pentecôtistes.
D’ailleurs, que signifie croire que le récit est « historique » ? C’est très vague. Ce qualificatif pourrait s’appliquer à un pasteur qui croit que Dieu a créé la terre en six jours de 24 heures il y a quelques milliers d’années, ou bien à quelqu’un qui croît que ces 6 jours de la création correspondent à des époques géologiques de plusieurs millions d’années…Une interprétation « historique » pour l’un sera considérée comme « libérale » par un autre. Fallait-il croire dans l’existence d’un serpent « réel » qui perd ses pattes ? D’Eve tirée littéralement de la côté d’Adam, et d’Adam littéralement façonné à partir de la glaise ?
La notion de mythe est-elle d’ailleurs contradictoire avec celle d’historicité ? Dans le sens populaire, la notion de mythe est pratiquement synonyme de récit « mensonger », et on comprend bien pourquoi certains chrétiens refusent par conséquent de qualifier un passage biblique de « mythe ». Pourtant, d’autres chrétiens pensent qu’Adam et Eve sont des personnages mythiques au sens technique du terme, que le récit de leur histoire et de leur « chute » relate des évènements qui ont bel et bien un caractère historique, même s’ils ne se sont pas passés littéralement comme cela est raconté par l’auteur de la Genèse.
Pour être franc, je suis surpris de voir aussi « peu » de pasteurs évangéliques et pentecôtistes affirmer que pour eux, le récit de la création est un récit « historique ». Ils ont préféré mettre en avant le « sens » du récit plutôt que son historicité. Le sondage reflète-t-il la réalité? Si oui, il semble bien que le créationnisme anti-évolutionniste ne constitue pas une caractéristique du monde évangélique français, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis. J’ai des doutes sur la capacité du sondage à répondre à cette question (ce n’était pas son but), mais si tel est le cas, je ne pourrai que m’en réjouir !
« La Bible affirme, les sciences confirment » (2/2), par Daras
Introduction (Benoît Hébert)
J’aime ceux qui me font réfléchir à ce que je crois, même si sur le moment je suis parfois dérangé. Si vous êtes chrétien « évangélique », vous éprouverez certainement ce sentiment à la lecture des articles de Daras.
Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »
Son blog » exégèse et théologie » »a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »
A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », il se qualifie lui même d’ »évangélique critique ».
Je livre donc à votre réflexion cet article que Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoins des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant.
« La Bible affirme, les sciences confirment » (2/2), par Daras « •—Le Pentateuque
On peut le comprendre, les auteurs évangéliques n’ont pas de réel intérêt pour la recherche académique et son évolution sur les origines du Pentateuque. C’est pratiquement en vain qu’une telle recherche existe, puisque le rédacteur principal du Pentateuque a toujours été, est définitivement et sera à jamais, Moïse. Quand ces auteurs — exégètes, historiens ou dogmaticiens — abordent le sujet, c’est dans le seul et unique but de rappeler à leurs lecteurs que la théorie documentaire est erronée et contraire à la foi. Bien que la profondeur du traitement diffère en fonction de l’ouvrage et du public visé, les conclusions sont toujours les mêmes.
Recherche en crise, fin de la recherche?
Un fait significatif mérite d’être relevé. Depuis les années 90, les publications évangéliques — livres ou articles — critiquant la recherche sur le Pentateuque ne manquent pas de relever la phase de remise en question qui traverse effectivement le monde universitaire (7). C’est le cas de Brian Tidiman qui, dans son Précis d’histoire biblique d’Israël (p. 28-29), signale que “le crédit accordé à ces théories, longtemps admises dans le monde universitaire, se perd depuis quelques années, parfois chez leurs propres partisans”. Ce que Tidiman ne dit pas, ou plutôt dissimule, c’est que ce qui “se perd” en réalité, c’est la théorie “classique” des sources, non le fait — admis par tous les spécialistes — qu’il y ait plusieurs sources, plusieurs fragments et divers auteurs à l’origine du Pentateuque. Même chose chez le dogmaticien luthérien Wilbert Kreiss, dans un article paru dans La Revue réformée (8), qu’il serait plus exact de qualifier de prêche. Fort de citations habilement sélectionnées d’universitaires engagés dans cette crise, il déclare:
- “Le glas semble avoir définitivement sonné pour l’hypothèse documentaire et ses variantes.” (p. 67)
Comme Tidiman, il donne l’impression que le tout de la recherche est à jeter à la poubelle — si je puis m’exprimer ainsi —, que les spécialistes enterrent leurs théories et font leur mea culpa, pour n’avoir plus qu’à revenir à la traditionnelle attribution mosaïque du Pentateuque(9). Rien n’est plus faux. Ce qui est remis en question, c’est un modèle explicatif particulier — certes dominant —, pas la recherche en soi. La recherche sur le Pentateuque évolue, se poursuit, et de nouvelles pistes sont proposées (10). En fait, ce que voudrait Kreiss, c’est purement et simplement l’abolition des méthodes historico-critiques, pour revenir à la “‘critique’ légitime de l’Écriture” telle que la pratiquait Luther (p. 52)! Ce qui, évidemment, ne risque pas d’arriver.
Sois orthodoxe et tais-toi!
Le second élément que je retiens, c’est bien entendu la prétendue incompatibilité des théories développées par la recherche biblique avec l’inspiration de la Bible, telle qu’elle est conçue et définie par les évangéliques. Tidiman écrit:
- “Ce traitement du Pentateuque va souvent de pair avec le refus de reconnaître son inspiration divine”.
Kreiss va dans le même sens:
- [...] la conviction de tous ceux qui ont participé à la genèse des différentes techniques de la méthode historico-critique est qu’il n’existe pas de dogme de l’inspiration qui la classe dans une catégorie à part et la soustraire à une telle critique. — (p. 53)
Kreiss sait se montrer extrêmement ferme envers quiconque aurait des doutes:
- “C’est une théorie à laquelle nous n’avons pas le droit de souscrire. Notre foi en l’origine divine et l’inspiration de la Bible nous l’interdit.” (p. 66; il souligne)
Kreiss appelle aussi à la repentance et au retour à l’orthodoxie(11):
- La traditionnelle hypothèse documentaire [...] a perdu aujourd’hui toute crédibilité dans les lieux spécialisés qui avouent leur perplexité et ne savent pas dans quelle direction orienter leurs recherches. Peut-être pourraient-ils tout simplement souscrire à la foi traditionnelle en l’authenticité mosaïque du Pentateuque, si les a priori philosophiques de leur théologie ne leur interdisait [sic] pas… — (p. 60)
Comme l’a dit — si je ne me trompe — un hérétique des temps modernes, Alfred Loisy: une homélie ne peut être réfutée!
Conclusion
Il est communément admis par les auteurs évangéliques que le caractère inspiré de la Bible lui confère un statut particulier, à part de tout autre ouvrage, tant du point de vue de la foi que du point de vue de la recherche scientifique. Si je peux comprendre et parfaitement admettre que la Bible soit un livre à part du point de vue de la foi, je ne vois pas pourquoi il faudrait la soustraire à la critique historique ou lui réserver un traitement spécial. Je ne vois pas davantage en quoi consisterait cette différence dans la pratique et le concret de la recherche. Sauf si cette différence ne se joue pas dans le cours de la recherche mais dans ses présupposés dogmatiques, ce qui est manifestement le cas de la théologie évangélique. C’est entendu: La Bible est historique; Moïse a écrit le Pentateuque. Deux faits élevés au rang de doctrines.
La mosaïcité du Pentateuque soulève aussi la question de la pseudépigraphie qui, par principe, ne peut être admise par un évangélique, car celle-ci est de facto assimilée à une tromperie mettant en cause l’intégrité morale de Dieu. Si Jésus attribue le Pentateuque à Moïse, alors c’est indiscutablement Moïse qui doit l’avoir écrit, sans se demander si cette attribution ne doit pas plutôt être comprise comme étant de l’ordre du traditionnel, non comme l’indication d’une vérité factuelle.
Suite à ce qui a été exposé dans cet article, il n’y a rien d’étonnant à ce que les exégètes et historiens qui ne partagent pas les convictions évangéliques fassent très peu si ce n’est pas du tout référence à leurs travaux. Comment le leur reprocher? Pourtant, grâce aux exigences scientifiques de la recherche universitaire, notamment biblique, cette dernière rassemble en son sein des spécialistes issus du catholicisme, du protestantisme et du judaïsme indistinctement. Bien sûr, je vois l’argument venir: ce sont tous des libéraux!
Les évangéliques ne cesseront jamais de me fasciner.
Notes
7. Sur le sujet, voir l’ouvrage collectif sous la direction de Albert de Pury et Thomas Römer, Le Pentateuque en question, Genève, Labor et Fides, 2002 (3e éd. revue et augmentée), premièrement paru en 1989, reprenant une série de conférences de 3e cycle données en 1986/87. Tidiman et Kreiss y font référence.
8. “Que penser de la critique du Pentateuque?”, La Revue réformée n° 186, 1995, p. 51-67.
9. C’est le même genre de raisonnement qui est appliqué par les créationnistes à la théorie de l’évolution. Ses inconnues et ses faiblesses l’invalideraient totalement, en faveur bien évidemment du modèle “scientifique” créationniste. Kreiss fait lui-même le parallèle:
- “Se pourrait-il que la critique du Pentateuque connaisse le sort de la théorie de l’évolution articulée par Darwin? Qu’elle survive dans l’esprit de beaucoup de gens, bien qu’elle soit scientifiquement indémontrable et même discréditée, parce que, faute de vouloir souscrire au créationnisme, on ne lui a pas trouvé de substitut satisfaisant?” (p. 62)
Quel hasard que les évangéliques qui rejettent la recherche du Pentateuque, et les méthodes historico-critiques en général, soient à peu près les mêmes qui rejettent la théorie de l’évolution… Cela dit, je ne conteste pas que l’on puisse porter un regard critique, au contraire, ni même rejeter telle pratique ou telle théorie. Ce que je conteste, ce sont les raisons invoquées et la logique dogmatique sous-jacente.
10. Voir p. ex. en ligne l’histoire de la recherche tracée par Thomas Römer: “La formation du Pentateuque selon l’exégèse historico-critique” (sans date; vers 1994-95 si l’on s’en tient aux dates des publications citées dans les notes). À partir du bas de la page 10 (“La contestation de la théorie documentaire”), il expose les raisons de cette contestation et les nouvelles voies d’exploration. Pour une histoire plus récente de la recherche, je renvoie à la 4e édition de l’Introduction à l’Ancien Testament publiée en 2009.
11. Sur l’argument de l’orthodoxie, j’espère écrire un article à part entière. »
« Le supervolcanisme, responsable de la plus grande extinction de masse ? »
Un article de François Savatier de Pour la science
« Il y a 250 millions d’années, des supervolcans en Sibérie ont rempli l’atmosphère de cendres et de pluies acides, faisant disparaître la couche d’ozone et empoisonnant l’océan avec du mercure. De quoi expliquer la crise de la fin du Permien…
Le supervolcanisme sibérien de la fin du Permien a déclenché un réchauffement climatique brutal, s’est accompagné de pluies fortement acides et a fait disparaître la couche d’ozone. Tout cela peut expliquer la disparition de 70 pour cent des formes de vie terrestres… mais pas celle de 95 pour cent des formes de vie marines. Certes, en mer, l’acidification des eaux due aux pluies acides et à la dissolution des gaz atmosphériques a pu jouer un rôle important, mais elle ne semble pas pouvoir expliquer à elle seule une extinction quasi totale. Un facteur supplémentaire a été nécessaire : l’empoisonnement massif des océans par le mercure ? »
« Antarctique: en quête d’une glace à un million.. d’années »
Un article de Cécile Dumas de Sciences et avenir
« Le raid inédit entre les stations Concordia et Vostok est terminé. Les scientifiques espèrent obtenir une glace âgée d’au moins un million d’années, dépositaire d’une période clef de l’histoire climatique terrestre…
Un changement il y a 1 million d’annéesLe record est détenu par la carotte du programme EPICA, forée au Dôme C à 3.000 mètres de profondeur, qui permet de retracer 800.000 ans d’histoire climatique. Cependant les scientifiques souhaitent aller plus loin. «La reconstitution du climat terrestre à partir des sédiments marins révèle qu’il y a plus d’un million d’années les cycles glaciaires-interglaciaires se succédaient tous les 40.000 ans, explique Jérôme Chappellaz. Or depuis un million d’années, cette périodicité est de 100.000 ans. L’orbite de la Terre par rapport au Soleil n’a pas changé il y a un million d’années, il s’est donc passé quelque chose dans le système climatique terrestre que nous voulons comprendre»… »
Mise à jour du blog
Une importante mise à jour du blog a causé quelques désagréments….merci de votre compréhension!
L’accès aux commentaires devrait être bientôt rétabli.
« La Bible affirme, les sciences confirment » (1/2), par Daras
J’aime ceux qui me font réfléchir à ce que je crois, même si sur le moment je suis parfois dérangé. Si vous êtes chrétien « évangélique », vous éprouverez certainement ce sentiment à la lecture des articles de Daras.
Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »
Son blog » exégèse et théologie » »a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »
A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », il se qualifie lui même d’ »évangélique critique ».
Je livre donc à votre réflexion cet article que Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoins des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant.
Je signale que j’ai donné mon avis concernant la notion d’ »inerrance biblique » , expression qui recouvre en réalité des sens très divers.
« La Bible affirme, les sciences confirment » (1/2), par Daras« Les doctrines de l’inerrance et de l’inspiration verbale (infos ici) entraînent de fâcheuses conséquences théologiques, mais aussi au niveau de la recherche scientifique. Quand je regarde par exemple les recherches menées par les exégètes sur les origines du Pentateuque, celles de tel livre biblique, quand les historiens tentent de reconstruire une histoire d’Israël en élaborant des hypothèses explicatives sur ses origines, comparant les données extra-bibliques, tenant compte des apports de l’archéologie, etc., je me demande quelle contribution à ces recherches ont offert et offrent les évangéliques actuellement?
Comment est-il possible de participer à la recherche si l’on tient par principe que Moïse est le rédacteur du Pentateuque et que les récits bibliques sont historiques (1)? Non seulement la participation à la recherche est difficile, mais toute recherche authentique — c’est-à-dire indépendante, critique et la plus objective possible — est en elle-même rendue impossible. Sauf si, bien entendu, cette recherche se donne une finalité bien particulière et se mue en idéologie: défendre, voire démontrer, l’exactitude historique et la vérité de la Bible et, le corollaire obligé de cette démarche, critiquer toute recherche ne partageant pas cette même ambition et dont les résultats contrarient ou mettent en doute l’exactitude historique de la Bible. Par ailleurs, ce qui vaut en histoire, vaut également dans les sciences de la nature, avec le créationnisme.
Bien qu’existante, la séparation n’est pas absolue. L’approche évangélique des sciences n’exclut pas la recherche scientifique quand celle-ci se rapporte à un objet d’étude réduit, limité, local, ou, tout au plus, à un sujet dont les implications ne touchent pas à la sacro-sainte inerrance biblique (2). De plus, ces limites imposées à la recherche n’excluent aucunement l’érudition dont peuvent faire preuve certains exégètes et historiens évangéliques (3). Enfin, si je mets ici le doigt sur une faiblesse des évangéliques, cela n’exclut évidemment pas leurs forces dans d’autres domaines — malgré les reproches que je pourrais faire — comme la théologie pratique et la théologie biblique.
•—L’histoire
Pour les évangéliques qui croient par principe à l’historicité des récits bibliques, les avancées de l’histoire et de l’archéologie n’ont plus qu’un rôle de confirmation. La Bible affirme, les sciences confirment. Cette idée est exprimée de manière franche et directe par Émile Nicole, professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. En lisant l’un de ses articles, j’ai été agréablement surpris de l’autonomie accordée à la recherche archéologique. Je suis toutefois tombé des nues quand j’en ai lu la raison:
- « Croyant que la Bible dit vrai, nous avons tout à gagner qu’un témoignage indépendant soit porté sur les faits qu’elle rapporte. Laissons donc la recherche archéologique se poursuivre de manière indépendante, son témoignage n’en aura que plus de poids lorsque des confirmations évidentes apparaîtront [...]. —
(“La Bible dévoilée?“, Théologie évangélique, 2/2, 2003, p. 106) »
Cette autonomie concédée à l’archéologie n’est qu’apparente, puisque son but manifeste est de témoigner de la vérité de la Bible, de “repérer les empreintes laissées par Dieu dans l’histoire antique” (p. 110). Quand l’archéologie ne confirme pas, mais remet en question l’historicité de la Bible, Nicole est obligé de trouver toutes sortes d’échappatoires: manque d’objectivité des archéologues, approche biaisée, scepticisme de principe, limites et incertitudes de l’archéologie, etc. Comment pourrait-il en être autrement? Ainsi, l’histoire et l’archéologie sont des sciences respectables lorsqu’elles se réduisent à confirmer l’historicité de la Bible; elles ne démontrent, dans le cas contraire, que le scepticisme ambiant, un biais philosophique implicite chez ses praticiens, et encore toutes sortes d’autres poisons mortels mis à nu par l’apologétique. Voilà à quoi se réduit bien souvent la participation évangélique à la recherche académique: une apologétique perpétuelle.
Dans cette même logique de “confirmation”, certains auteurs versent dans le triomphalisme. Selon Henry C. Thiessen “les découvertes archéologiques ont grandement contribué à confirmer la précision historique de l’Ancien Testament.” (4) Dans le Nouveau Dictionnaire Biblique (Emmaüs, 1992), nous lisons à l’entrée “Archéologie” que “des hommes remarquables ont illustré cette science. Dieu s’en est servi pour confirmer les récits bibliques” (p. 111).
Alfred Kuen, pour sa part, esquive complètement le problème du rapport entre Bible et histoire. Dans Comment interpréter la Bible(Emmaüs, 1991), un chapitre est consacré au “contexte historique, géographique et culturel”. Ce chapitre est présenté comme une des étapes de l’interprétation biblique, qui doit être attentive aux contextes historiques et culturels de la Bible. L’histoire et l’archéologie sont ainsi instrumentalisées et d’usage ponctuel au fil des textes, réduites à un rôle d’aide, d’illustration et de clarification. Le présupposé fondamental est que “toutes les paroles et tous les événements relatés dans la Bible sont [...] intimement liés à leur temps” (p. 97). L’idée induite par l’approche de Kuen est que les récits de la Bible sont tous historiques et que le seul obstacle à leur compréhension réside dans leur distance dans le temps. Ce qui se résout en partie par la contextualisation. C’est exactement la recette mise en oeuvre dans les “histoires bibliques d’Israël”: la Bible sert de trame historique que les apports de l’archéologie viennent consolider (5), obtenant ainsi un ouvrage prétendument “d’histoire” mais dont le caractère consiste davantage dans une paraphrase (6). Si l’on pousse cette logique à son extrémité, il suffirait d’une Bible munie de notes culturelles et historiques: histoire biblique!
Notes1. Voir ce qu’écrit Émile Nicole face aux théories relatives à l’installation des israélites en Canaan:
- “Il appartient à ceux qui, comme nous, croient par principe à la fiabilité historique de ces récitsd’examiner les problèmes qui se posent [...].” À la fin de son article, il récidive et parle de “ceux qui croient à l’exactitude historique de ces récits” (“L’installation des Israélites en Canaan“, Fac-réflexion n° 17, octobre 1991, je souligne).
On le voit: vérité, inspiration et historicité sont étroitement liés, de sorte que la position évangélique se trouve complètement cadenassée.
- Jean-Pierre Berthoud est du même avis que Nicole, quand il écrit que “si la Bible est vraie, elle doit l’être dans tout ce qu’elle dit, dans ses affirmations géographiques, archéologiques, historiques et scientifiques, autant que dans ce qu’elle déclare sur le plan spirituel et théologique” (Création, Bible et science, p. 265).
- Henri Blocher confirme l’idée en confessant “la vérité intégrale, à tous les niveaux, de la Parole de Dieu. Donc aussi en histoire” (“Histoire, vérité et foi chrétienne“, Théologie évangélique vol 7, n°2, p. 134).
2. Par exemple, il est communément admis dans la recherche néotestamentaire, plus spécifiquement paulinienne, que 7 épîtres sur les 13 sont incontestablement de Paul, tandis que les autres sont sujettes à débat. Si un exégète évangélique travaille sur une épître incontestée comme celle aux Galates, il n’aura aucun mal à admettre son authenticité, voire à renforcer son point de vue en citant des exégètes de renommée internationale. Par contre, s’il s’agit d’une épître dont l’authenticité paulinienne est largement contestée, comme la première ou la seconde à Timothée, l’exégète évangélique, ne pouvant souscrire à une telle option, est obligé de se mettre sur la défensive et déployer un argumentaire dont la logique explicite ou implicite est motivée par la doctrine de l’inerrance et celle de l’inspiration verbale qu’il professe. L’accumulation de tels cas amène à des positions curieuses, suspectes d’un point de vue académique.
3. Un brillant exemple en matière d’histoire est donné par l’égyptologue anglais Kenneth A. Kitchen, qui a publié en 2003 (rééd. en 2006) une somme à l’intitulé programmatique: On the Reliability of the Old Testament. Dans le domaine de la théologie systématique, Henri Blocher fait preuve d’une pénétrante et vaste érudition, restituant avec acribie la pensée de ceux qu’il critique. En exégèse, je vois un équivalent chez Samuel Bénétreau, dont j’apprécie particulièrement les travaux.
4. Dans Esquisse de théologie biblique, Marne-la-Vallée / Lennoxville (Quebec), Farel / Bethel, 1995 (2e éd. française; 1re éd. angl. révisée 1979), p. 81.
5. Dans certains cas, les apports de l’archéologie ne suffisent pas. Par exemple, la plupart des exégètes et historiens évangéliques abordent tout à fait sérieusement une question liée au déluge (Gn 6-9), a savoir si son étendue fut locale ou universelle. Les tenants de l’une et de l’autre position recourent à des arguments de type ethnologique (histoires antiques relatives à un déluge), géologique, paléontologique, voire biologique. Pour une belle compilation des arguments en présence, voir Alfred Kuen, Encyclopédie des difficultés bibliques, vol 1. Pentateuque, Emmaüs, 2006, p. 121-132. Un autre exemple réside bien sûr dans le récit de la création, dont certaines lectures littéralistes — ou plutôt “scientifiques” — font appel à des arguments issus des sciences naturelles ou dures. Dans tous les cas, le récit biblique, préalablement conçu comme intégralement historique, fait office de réceptacle des diverses théories de tous ordres censées en expliquer le contenu. L’interprétation sombre bien souvent dans un naturalisme qui frise parfois le ridicule.
6. Dans cette veine, le livre de Werner Keller, publié pour la première fois en allemand en 1956 —La Bible arrachée aux sables —, est paradigmatique. Voir aussi les travaux de Kenneth A. Kitchen, déjà cité; Brian Tidiman, Précis d’histoire biblique d’Israël, Nogent-sur-Marnes, Institut biblique de Nogent, 2006, dont le sous-titre prête à sourire: “De la création [!] à Bar-Kochba”; sous la forme d’atlas, voir Paul Lawrence, Atlas de l’histoire biblique, Cléon d’Andran (France), Excelsis, 2009; d’un point de vue juif engagé, voir André et Renée Neher, Histoire biblique du peuple d’Israël, Paris, Adrien Maisonneuve, 19884(1re éd. 1962). Moins caricatural que le précédent, touffu (700p), mêle érudition et édification. »
A suivre…
« D’après le sociologue Sébastien Fath, le monde compterait 550 millions d’évangéliques »
« …L’Asie est le premier continent évangélique, avec 180 millions de fidèles de cette confession chrétienne. L’Afrique en compte 150 millions, l’Amérique du Sud, 100 millions, l’Amérique du Nord 95 millions. L’Europe et l’Océanie ferment la marche avec respectivement 20 et 7 millions d’évangéliques. En un siècle, le centre de gravité du mouvement évangélique s’est déplacé de l’Occident vers l’Asie et l’Afrique. En 1910, 66% des évangéliques étaient européens et 27% américains. .. »
Source: Le christianisme aujourd’hui
Quatrième après midi d’étude biblique à l’église évangélique de Valenciennes: « Genèse 1-11, la science et l’histoire »
Tous les 1er ou 3ème dimanche du mois (ce sera précisé au fur et à mesure), je donnerai une série de cours suivis concernant les onze premiers chapitres de la Genèse (d’Adam à Noé), leurs liens avec la science et l’histoire.
Le 4ème cours aura lieu dimanche 22 janvier 2012 à 16H00.
Ceci aura lieu dans le cadre des dimanches après midi mensuels de formation que nous organisons à l’église évangélique de Valenciennes, 75 rue du Chauffour.
Cette série durera plusieurs mois, voire toute l’année scolaire. Ces cours seront accessibles à tous et gratuits, systématiquement illustrés par des diaporamas.
Plusieurs attendent les vidéos de ces cours. Elles sont en cours de réalisation. Les techniciens (que je remercie!) ont rencontré quelques problèmes techniques dans la prise de son en particulier. Nous voulons diffuser des enregistrement de qualité. Il est donc possible que je fasse spécialement des séances d’enregistrement pour vous, chers lecteurs de ce blog!
Après avoir posé des bases bibliques, nous aborderons demain des thèmes plus « scientifiques ».
- Nous parlerons des différents sens du mot « évolution » et de son éventuelle connotation idéologique.
- Nous décrirons aussi la démarche scientifique, sa méthodologie. Qu’est-ce qu’une « théorie » en science?
- Nous évoquerons des différentes réactions des chrétiens, en particulier évangéliques, à la théorie de l’évolution.
- Nous nous poserons la question de savoir comment on peut prouver scientifiquement la théorie de la macro évolution.
- S’il reste du temps, nous évoquerons des preuves scientifiques simples du grand âge de la terre et de l’univers!
Le vrai problème des évangéliques avec l’évolution (et ce qu’il faut en faire)
Article original disponible ici, traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur!
[Ce qui suit est adapté de la conclusion de The Evolution of Adam: What the Bible Does and Doesn’t Say about Human Origins et est considérablement modifié pour s’adapter à un blog.]

Ils ont peurs que leur héritage évangélique soit remis en question si l’évolution est vraie. Cela signifie que leur propre histoire est menacée.
Nos histoires personnelles nous permettent de nous situer dans le monde. Ces histoires nous procurent un sens de confort sinon de certitude. De façon générale, les êtres humains détestent être remis en cause dans leurs croyances, tout spécialement s’il s’agit de remettre en question des choses telles que la nature de l’univers et notre place dans ce monde, Dieu, la vie après la mort, et ainsi de suite- des thèmes traités par la foi évangélique.
L’évolution menace la foi évangélique. Et ce n’est pas une blague. La menace est réelle. Toute la rancœur, la prise de position, et la nervosité à propos de l’évolution cache une peur plus profonde : « Si la Bible a tord dans ce domaine, alors personne ne peut nous dire jusqu’où cela ira. Bientôt je serai à la dérive, incapable de savoir si je peux faire confiance en ce que la Bible dit- incapable d’être sur de savoir comment je dois vivre ma vie et ce qui arrivera quand je serai mort. »
Ceci a réellement rapport avec la Bible: Que cela signifie-t-il de la lire correctement? Le mouvement évangélique a investi beaucoup d’énergie dans la construction de murs bien épais autour de la Bible, prêt à la défendre contre les attaques, réelles ou perçues comme telles, qui menacent sa sécurité. (Si vous voulez savoir pourquoi tout ceci fait partie de l’héritage évangélique, lisez l’article de l’historien Mark Noll. Je n’ai jamais rien lu qui l’explique aussi efficacement).
Pourtant, le problème est que l’évolution remet bel et bien en cause certaines positions évangéliques à propos de l’interprétation de la Bible.C’est la raison pour laquelle pour certains, le fait de l’envisager, sans même penser l’accepter, signifie tout simplement tourner le dos à leur héritage évangélique. Le prix est souvent trop élevé.
On perd le confort de savoir que sa façon de lire la Bible est la bonne, ce qui permet de rejeter tout doute ou sentiment de mystère et d’embrasser un (faux) sentiment de certitude absolue.
Réécrire ses certitudes théologiques est quelque chose de menaçant, mais il faut le faire, parce que notre ouverture aux changements théologiques lorsqu’ils sont valables font partie intégrante de notre périple dans la foi, plutôt qu’une menace pour notre foi.
Il faut créer une nouvelle culture académique et ecclésiale dans lesquelles on pourra au moins discuter des problèmes difficiles concernantla Bible, sans suspicion ou représailles politiques.
Aller de l’avant paraîtra peut-être comme un mépris du passé. Mais maintenir le passé à tout prix n’est pas un meilleur choix. C’est un chemin de peur. Nous devons porter notre attention vers notre responsabilité envers nos enfants et nos petits enfants. Cela exigera un vrai courage.
La question de l’évolution est devant nous, et elle ne va pas s’en aller, et elle a des implications sur la façon dont les évangéliques lisent leur Bible et font de la théologie. La vraie question est de savoir comment nous allons choisir d’y faire face.