Archive pour juillet 2011
Les deux récits bibliques du déluge (1/4)

Voici l’un des arguments qui m’ont convaincu du fait que Genèse 1-11 est la compilation inspirée de deux sources différentes appelées yavhiste (J) et sacerdotale (P) par les spécialistes. En gros, le récit du déluge biblique contient deux récits pratiquement complets et répétitifs que l’on obtient en mettant à part les versets dans lesquels Dieu est appelé « Yavhé » d’une part et « Elohim » d’autre part.
Ce fait à lui seul est déjà assez troublant.
Mais ce qui est encore plus troublant, c’est que les versets contenant le nom « Yavhé » présentent une similitude frappante de vocabulaire et d’expression ainsi que d’utilisation symbolique des nombres que le deuxième récit de la création (Genèse 2-4b) qui utilise le même nom de Dieu, alors que ceux contenant « Elohim » ont les mêmes similitudes que le premier récit de la création de Genèse 1-2 :4a, qui utilise ce même autre nom.
Dans une série de 4 articles, je vais donc présenter le découpage de Genèse 6-9 des deux sources, puis les similitudes de chaque récit avec les deux récits de la création.
Le récit sacerdotal (P= Priesterkodex) Introduction : L’état de péché du monde avant le déluge et la cause de la destruction.
« Voici l’histoire de Noé : Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu (Elohim). Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre. » (6:9-12)
Avertissement divin concernant le déluge et la préparation de l’accueil des espèces vivantes dans l’arche
“Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l’enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l’arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l’arche un toit et tu l’achèveras une coudée plus haut, tu placeras l’entrée de l’arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étage. Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. De tout ce qui vit, de tout ce qui est chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce pour les garder en vie avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle. De chaque espèce d’oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de toutes les bestioles du sol, un couple viendra avec toi pour que tu les gardes en vie. De ton côté, procure-toi de tout ce qui se mange et fais-en provision : cela servira de nourriture pour toi et pour eux. » Noé agit ainsi ; tout ce que Dieu lui avait commandé, il le fit.” (6:13-22)
Dans le récit sacerdotal, l’arche est construite sur le modèle d’un sanctuaire à trois étages, comme le temple de Salomon. Dans l’épopée d’Atrahasis, c’était aussi un sanctuaire de forme carrée. Dans la version assyrienne classique, c’est une ziggourat à sept étages. On a donc ici bien plus que le bateau-prototype de la navigation antique : l’homme ne trouve son salut que dans une « arche » qui est en fait le modèle sacré sur lequel seront construits les temples ! (Pierre Grelot)
Entrée dans l’arche :
“Noé avait six cents ans quand arriva le déluge, les eaux sur la terre. (7:6) En l’an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix–septième jour du mois, ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. (7:11) Ce jour même, Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec la femme de Noé et les trois femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, et avec eux les bêtes sauvages de toute espèce, les bestiaux de toute espèce, les bestioles de toute espèce qui rampent sur la terre, les volatiles de toute espèce, tous les oiseaux, tout ce qui a des ailes. Auprès de Noé, entra dans l’arche un couple de tout ce qui est chair, ayant souffle de vie, et ceux qui entrèrent étaient un mâle et une femelle de tout ce qui est chair, comme Dieu le lui avait commandé (7:13-16a).
Le récit sacerdotal introduit une chronologie savante qui fera durer le déluge un an et dix jours. Au contraire, chez le Yahviste, le déluge commence au bout de sept jours (comme dans les récits akkadiens), et il dure 40 jours, chiffre consacré par l’usage religieux en Israël. (Pierre Grelot)
Le déluge
“Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre et l’arche s’en alla à la surface des eaux. Les eaux montèrent de plus en plus sur la terre et toutes les plus hautes montagnes qui sont sous tout le ciel furent couvertes. Les eaux montèrent quinze coudées plus haut, recouvrant les montagnes. Alors périt toute chair qui se meut sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui grouille sur la terre, et tous les hommes. (7:18-21)
La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours. (7:24)
Dans les récits sumérien et akkadien, la catastrophe durait 7 jours et 7 nuits. Le Yahviste a amplifié cette durée jusqu’à 40 jours ; l’historien sacerdotal la porte à 150 jours, soit 5 mois de 30 jours (bien connus dans son calendrier solaire)…On ne voit plus les dieux, effrayés par la montée des eaux, se réfugier dans le ciel suprême, comme dans la mythologie mésopotamienne (P Grelot).
La fin du déluge
“Alors Dieu se souvint de Noé et de toutes les bêtes sauvages et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l’arche ; Dieu fit passer un vent sur la terre et les eaux désenflèrent. Les sources de l’abîme et les écluses du ciel furent fermées. (Genèse 8:1-2-a) Les eaux baissèrent au bout de cent cinquante jours et, au septième mois, au dix–septième jour du mois, l’arche s’arrêta sur les monts d’Ararat. Les eaux continuèrent de baisser jusqu’au dixième mois et, au premier du dixième mois, apparurent les sommets des montagnes. (Genèse 8:3b-5) C’est en l’an six cent un, au premier mois, le premier du mois, que les eaux séchèrent sur la terre.” (Genèse 8:13a)
La chronologie savante du récit sacerdotale se poursuit. Entre le début du déluge et l’arrêt de l’arche sur les monts d’Ararat, il y a exactement 5 mois. Mais le sommet des montagnes n’apparaît que 70 jours plus tard. L’arche s’arrête donc la veille de la semaine qui suit la fête des tentes, à l’automne (Lv 23,24) et la terre est sèche pour le début de la nouvelle année. (Pierre Grelot)
La sortie de l’arche et Elohim (Dieu) établit une alliance avec Noé
« Dieu parla ainsi à Noé et à ses fils : « Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre. J’établis mon alliance avec vous : tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Et Dieu dit : « Voici le signe de l’alliance que j’institue entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à venir : je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants, en somme toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. Quand l’arc sera dans la nuée, je le verrai et me souviendrai de l’alliance éternelle qu’il y a entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme toute chair qui est sur la terre. » Dieu dit à Noé : « Tel est le signe de l’alliance que j’établis entre moi et toute chair qui est sur la terre. » (Genèse 9:8-17)
Par rapport à l’histoire yahviste du récit, l’engagement de Dieu prend une nouvelle allure. Il ne s’agit pas seulement d’assurer aux hommes la perpétuité de l’ORDRE COSMIQUE dont leur vie dépend. Dans un monde foncièrement bon en tant que création de Dieu mais perturbé par le péché humain, Dieu inaugure une histoire où sa bienveillance envers les hommes se marquera par le DON DE SON ALLIANCE…Cette finale, qui développe la donnée primitive de l’histoire yahviste, n’a évidemment aucun parallèle dans les textes mésopotamiens ; elle est en rapport direct avec la conception biblique de l’histoire sainte. » (Pierre Grelot)
Sources :
La Bible de Jérusalem
Homme, qui es tu ? Pierre Grelot (éditions du Cerf)
Evolutionary Creation, Denis Lamoureux, Wipf and Stock
Les deux récits bibliques de la création
Dans la revue Perspective à propos de la science et de la foi chrétienne (PSCF), Daniel Harlow, professeur en théologie au Calvin College (université réformée) a écrit un article intitulé : Après Adam : lire la Genèse dans un âge de science de l’évolution.
Daniel Harlow est titulaire d’ un master en théologie du Princeton Theological Seminary et est docteur en théologie de l’université Notre Dame.
« Dans une approche non concordiste (c’est-à-dire ne cherchant pas de correspondance entre la science moderne et le texte biblique : note du traducteur), cet article examine le scénario qui fait d’Adam et Eve des figures littéraires symboliques dans la perspective la plus courante chez les spécialistes de la Bible, en s’intéressant en particulier au texte de la Genèse et à ses parallèles dans le Proche Orient Ancien… »
Le but ici n’est pas vraiment de discuter l’historicité d’Adam et Eve, je rappelle que nous ne prenons pas de position définitive sur cette question mais présentons plusieurs options.
Je souhaiterais traduire ici quelques extraits de cet article en rapport avec le fait que le texte de la Genèse contient deux récits distincts de la création. Je l’ai complété sur quelques points avec quelques éléments extraits de Evolutionary Creation de Denis Lamoureux (Wipf and Stock)
La présence de deux récits de la créationEn dehors des parallèles avec les textes du Proche Orient ancien, une autre raison convaincante de ne pas interpréter Genèse 2-3 comme de l’histoire factuelle (et donc Adam et Eve comme des personnes réelles) est que ce livre contient non pas un, mais deux récits de la création. Le premier va de Genèse 1 :1 à 2 :3 ; le second de Genèse 2 :4b à 2 :25. Le fait de reconnaître qu’il s’agit là de deux récits différents n’est pas une innovation de l’étude biblique moderne, mais trouve ses racines jusqu’à l’exégète du premier siècle Philo d’Alexandrie. De façon intéressante, le Père de l’église Syrien du 4ème siècle Ephrem a spéculé sur le fait que le deuxième récit avait originellement pu être placé au tout début de la Genèse, dans une édition plus précoce du livre, avant que Genèse 1 ne soit ajouté. Cela vaut la peine de remarquer ces anticipations anciennes de l’étude moderne de la Bible, parce qu’elles nous montrent que les perspectives critiques de la Bible ne sont pas apparues soudainement dans une vague de scepticisme post-lumières, comme certains auteurs évangéliques le prétendent.
Dans son contexte, le second récit est complémentaire du premier en offrant une perspective différente sur la création et un focus différent : anthropogonie (origine de l’homme) au lieu de cosmogonie (origine du cosmos). Pourtant, même dans sa complémentarité, ce second récit offre des contrastes évidents avec Genèse 1 :1- 2 :3. Comme l’illustre les points ci-dessous, les deux récits diffèrent dans leur description de la durée de la création, le scénario précédent celle-ci, la séquence des événements, la méthode employée par le Créateur, et le portrait de Dieu et de l’humanité.
Deux récits distincts de la création dans la Genèse
Style littéraire
- Genèse 1 :1-2 :3 : poétique, structuré et répétitif
- Genèse 2 :4b-25 : narratif et fluide
Situation de la scène
- Genèse 1 :1-2 :3 : cosmique
- Genèse 2 :4b-25 : pastorale
Noms hébreux de Dieu
- Genèse 1 :1-2 :3 : Dieu : Elohim
- Genèse 2 :4b-25 : Seigneur Dieu : Yahweh Elohim
Durée de la création
- Genèse 1 :1-2 :3 : 6 jours
- Genèse 2 :4b-25 : 1 jour (beyom, 2 :4b)
“ Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs…” (Genèse 2:4b TOB)
Scénario primordial
- Genèse 1 :1-2 :3 : ténèbres, obscurité, chaos « aquatique »
- Genèse 2 :4b-25 : désert transformé en une oasis
Séquence des événements
- Genèse 1 :1-2 :3 :
- végétation (fruit) : jour 3
- oiseaux : jour 5
- animaux terrestres : jour 6
- hommes et femmes : jour 6
- Genèse 2 :4b-25 :
- homme (v 7)
- végétation (v 8, 9)
- animaux terrestres et oiseaux (v 19)
- femme (v 22)
Méthode employée
- Genèse 1 :1-2 :3 : Dieu parle, sépare, nomme, et bénit.
- Genèse 2 :4b-25 : Seigneur (Yahweh) Dieu souffle, plante, fait dormir, construit
Portrait de Dieu
- Genèse 1 :1-2 :3 : transcendant et céleste, souverain sur la création, un peu d’anthropomorphismes.
- Genèse 2 :4b-25 : immanent et terrestre, impliqué activement dans la création, beaucoup d’anthropomorphismes.
Relation à l’humanité
- Genèse 1 :1-2 :3 : régalienne
- Genèse 2 :4b-25 : personnelle
Ordres concernant la nourriture
- Genèse 1 :1-2 :3 : sans interdiction
- Genèse 2 :4b-25 : avec une interdiction
Portrait de l’humanité
- Genèse 1 :1-2 :3 : nombre non spécifié d’hommes et de femmes créés simultanément, royaux créés à l’image de Dieu, domination conférée aux humains sur toute la terre.
- Genèse 2 :4b-25 : un adam créé de l’adamah (sol), puis une femme (issah) tirée de l’homme (is) en deux actes séparés, serviteurs qui doivent prendre soin du jardin.
Pour notre propos, le point clé que nous voulons mettre en avant est que Genèse 1 fait le portrait de Dieu créant un nombre non spécifié d’humains males et femelles- après les animaux terrestre le jour 6 de son schéma en 7 jours. Par contraste, dans Genèse 2, le Seigneur (Yahweh) Dieu créé un être humain, puis les animaux, puis une femme- tout cela le même jour de la création envisagé.
L’approche traditionnelle de traiter ces différences est de lire Genèse 2 comme si il s’agissait d’un retour en arrière sur le récit du sixième jour de la création. Mais ceci requiert une certaine gymnastique interprétative.
La difficulté la plus évidente avec la vision du fait que Gen 2 traite en détail des événements du 6ème jour de la création concerne l’origine des oiseaux. Gen 1 affirme que Dieu a créé « tous les oiseaux chacun selon leur espèce » (v. 21) le 5ème jour, mais Genèse 2 affirme que le Seigneur Dieu a formé « tous les oiseaux dans les airs » (v. 19) après avoir fait l’homme (v.7). De façon toute à fait significative, les deux versets utilisent le même mot hébreux « tous » : « col »
Autre exemple, la Bible du semeur utilise le plus que parfait en Genèse 2 :19“L’Eternel Dieu, qui avait façonné du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, les fit venir vers l’homme pour voir comment il les nommerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait.” (Genèse 2:19)
Implication : plus tôt, le sixième jour, avant la création des humains.
L’utilisation du plus que parfait n’a pas de sens au verset 19, lorsqu’on lit les versets 18 et 19 à la suite.
“L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide qui sera son vis–à–vis. L’Éternel Dieu forma (et pas ‘avait formé’) du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. Il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui aurait donné.” (Genèse 2:18-19 SER)
Et même s’il nous fallait accepter cette traduction de Genèse 2 :19, toutes les différences citées ne disparaîtraient pas. Et ici réside le cœur de l’affaire : parce que Genèse contient deux histoires de la création avec tant de différences, aucune d’entre elles ne peut être considérée comme de l’histoire factuelle. Le faire serait les rendre contradictoires au lieu de complémentaires. Mais si nous reconnaissons que les premiers chapitres de la Genèse ne sont pas historiques au sens moderne du terme, alors nous n’aurons pas besoin de préférer un récit par rapport à l’autre, ou de concocter des translations contraintes et des harmonisations, mais nous pourrons apprécier le message théologique distinct de chaque récit.
Le récit biblique de la création dans le contexte du Proche Orient Ancien (2) par Joseph Lam

Joseph Lam travaille sur sa thèse en langage sémitique à l’Institut Oriental de l’Université de Chicago, où il s’intéresse plus particulièrement à l’étude du langage et de la littérature hébreux. Il a enseigné à l’Université de Chicago et au Regent College, où il a obtenu son master en théologie.
Cette série d’articles a été publié sous la forme d’un seul essai sur le site de la fondation biologos, disponible ici.
Dieu est le créateur suprêmeLe premier point que nous pouvons observer dans la conception du monde à partir de Genèse 1 est que Dieu est le créateur suprême, la seule force derrière la création. Par contraste avec certains récits de création du Proche Orient ancien, babyloniens en particulier, dans lesquels le monde est perçu comme venant à l’existence au travers un choc de forces cosmiques, la notion de conflit est pratiquement entièrement absente de la description biblique. Le texte biblique ne parle pas non plus d’un monde auto-régénérant, comme celui décrit dans les textes des pyramides égyptiennes, qui parlent de la création par l’image d’une colline surgissant spontanément du vide.
Dans la vision biblique, le créateur est derrière la création : personnel, suprême et en contrôle du début à la fin. En particulier, Genèse 1 fait le portrait de la création comme venant à l’existence uniquement par la parole de Dieu : « et Dieu dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut » (Genèse 1 :3)
La création a été accomplie par son initiative, par sa seule décision. Il n’y avait pas d’autre autorité qu’il ait du consulter, pas d’autres forces qu’il ait eut à combattre. Quelques aient été les allusions à des forces potentiellement contraires, celles-ci sont atténuées, et même de telles allusions peuvent être vues comme des tentatives délibérées de relativiser ces autres forces mythologiques.
Par exemple, Genèse 1:2 dit : « l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus de la face des eaux. » Dans la pensée du proche Orient ancien, les eaux représentent une force hostile ; elles étaient le symbole prééminent du chaos, une force qui devait être restreinte pour protéger la vie. Ici dans la Genèse, les eaux étaient présentes, mais domptées. L’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus d’elles, avec une autorité implicite, prêt à mettre la création en mouvement.
De même, dans Genèse 1 :21, nous lisons : « Dieu créa les grandes créatures des mers (en hébreux tannînīm). » Ceci était principalement une référence au monstre marin ou dragon que l’on trouve dans d’autres traditions mythologique comme la littérature Ougaritique, et le point est que, dans le récit biblique, ce n’est qu’une créature parmi les autres, pas un concurrent à vaincre. Tout ceci renforce la suprématie de Dieu dans la conception des hébreux. Le Dieu biblique de la création n’est pas en lutte pour la suprématie ; il est simplement souverain et dirige la création par sa parole pleine d’autorité.
A suivre…
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« La plupart des énormes trous noirs au centre des galaxies n’ont pas été déclenchés par des fusions de galaxies, comme cela était généralement admis jusqu’ici…lire la suite«
Le récit biblique de la création dans le contexte du Proche Orient Ancien (1) introduction par Joseph Lam

Joseph Lam travaille sur sa thèse en langage sémitique à l’Institut Oriental de l’Université de Chicago, où il s’intéresse plus particulièrement à l’étude du langage et de la littérature hébreux. Il a enseigné à l’Université de Chicago et au Regent College, où il a obtenu son master en théologie.
Cette série d’articles a été publié sous la forme d’un seul essai sur le site de la fondation biologos, disponible ici.
Introduction
Probablement à cause de l’influence de la Bible dans la culture occidentale, on croit souvent qu’Israël a été une nation importante au cours de son histoire ancienne. Même quand l’influence culturelle de la Bible et du christianisme ont diminué, la perception de la Bible en tant que texte central de référence s’est maintenue, ce qui a eu pour effet de faire facilement sous estimer le fait qu’historiquement, la Bible n’a pas été produite dans un contexte de supériorité culturelle.
Pourtant, ce qui manquait à Israël en tant qu’influence politique a joué un rôle important dans l’élaboration conceptuelle de son identité communautaire devant Dieu, une vision incarnée dans les livres que nous appelons maintenant la Bible hébreux ou l’Ancien Testament. Comme les spécialistes l’ont remarqué « Le génie d’Israël en matière de religion, d’éthique, de littérature et d’historiographie lui a finalement conféré une importance hors de proportion par rapport à sa population et à sa terre. »
C’est là que réside le génie des auteurs bibliques, en dépit de leur statut relativement marginal dans le monde ancien, les auteurs des Ecritures hébreux ont néanmoins été capables d’articuler une conception religieuse – une vision de la réalité et de l’histoire- qui avait une vraie puissance, transcendant ses origines au sein d’une tradition littéraire à un peuple spécifique du proche orient ancien, et prenant ultérieurement sa place dans les facteurs principaux qui ont façonné la civilisation occidentale.
L’histoire de la création de Genèse 1 :1- 2 :3 est un bon exemple de cette dynamique au travail. Depuis le 19ème siècle, nous savons que le récit des premiers chapitres de la Genèse ne représente pas le seul récit des origines cosmiques du Proche Orient ancien. En effet, grâce à des recherches archéologiques intenses dans cette région, les spécialistes ont découvert d’autres « récits de création » provenant de la Mésopotamie et de l’Egypte, des histoires qui non seulement présentaient des similarités frappantes avec le texte biblique, mais qui étaient aussi plus anciennes que la Bible (au moins dans certains cas si pas tous les cas).
Depuis lors, ceci a été perçu comme problématique pour beaucoup de chrétiens, parce qu’ils ont la conviction que l’autorité de la Bible dérive de son statut unique de révélation divine, nous donnant des informations qui ne nous seraient accessibles par aucun autre moyen. Si le récit de la création de Genèse 1 n’est qu’un récit parmi beaucoup d’autres similaires, comment pouvons –nous affirmer sa vérité par rapport aux autres ?
Pourtant, quand nous reconnaissons que Genèse 1 (tout comme avec le reste de la Bible) est sorti d’une matrice culturelle caractérisée par des idéologies et des visions du monde en compétition, la présence d’autres histoires de la création ne doit pas être envisagée comme un obstacle intellectuel, mais peut en réalité nous fournir de nouvelles perspectives pour l’interprétation. A la lumière ce ces autres textes, il apparaît que le texte de la Genèse n’est pas un autre récit de la création indépendant des autres, mais une façon délibérée de raconter l’histoire de la création une nouvelle fois, dans un mode caractéristique du Proche Orient ancien de récit des origines en général, mais d’une perspective distinctement israélite.
Alors que Genèse 1 partage avec ces autres histoires un ensemble de symboles pour parler des origines, le récit biblique présente une réalité toute différente par le moyen de ces mêmes symboles, montrant une conscience de récits alternatifs, mais affirmant des vérités au dessus et en opposition à eux. Pour résumer, Genèse 1 était une réponse israélite aux visions du monde concurrentes de son époque.
Ce que je faire dans cette série d’articles est de regarder brièvement à Genèse 1 avec ce cadre interprétatif à l’esprit, soulignant trois points de « vision du monde » qui émergent de cette histoire à la lumière de cet arrière plan du Proche Orient Ancien. En lisant la Genèse de cette manière, nous nous rapprochons des affirmations réelles du texte, des affirmations enracinées dans une conception particulière théologique du monde, plutôt que scientifique. Dans le contexte de cette brève présentation, je ne pourrais qu’esquisser de grands traits, mais en offrant néanmoins ces observations dans l’espoir qu’elles susciteront des réflexions théologiques à propos de ce texte puissant et captivant.
A suivre…
L’origine de Genèse 1-11
Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
Denis Lamoureux
Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock
L’origine de Genèse 1-11
Les récits mésopotamiens et égyptiens des origines précèdent Genèse 1-11 de plusieurs siècles. Il n’est pas possible de déterminer exactement quand les motifs dans ces récits païens ont été conçus.
On peut distinguer les motifs majeurs
- La création De Novo des organismes vivants, créés complètement et instantanément par les divinités.
- L’âge idyllique perdu dans lequel les hommes vivaient sans la dure réalité de la nature.
- Le grand déluge qui a dévasté l’humanité et laissé un très petit nombre de survivants.
Des motifs mineurs
- Un état chaotique avant la création dominé par les eaux
- La grande longévité des hommes avant le déluge
- La mission de reconnaissance des oiseaux après le déluge
- Les chérubins…
Certains de ces motifs sont incontestablement nés dans les traditions orales très tôt et ont été mis par écrit après l’invention de l’écriture en Mésopotamie et en Egypte vers 3000 avant J.C. Les écrits de ces deux civilisations nous révèlent que ces motifs étaient bien établis dans tout le Proche Orient vers 1500 avant J.C. En d’autres termes, les concepts tels que la création De Novo, l’âge idyllique perdu, le grand déluge, etc., constituaient les paradigmes historiques de l’époque. Les similarités frappantes entre les motifs des origines mésopotamiens et égyptiens nous indiquent qu’Israël en a hérité de ses voisins. Il existe une série d’explications probables à propos de la façon dont ces motifs sont entrés dans la communauté des Hébreux, mais la détermination du processus exact est impossible. Israël a débuté en tant que peuple pré lettré et l’environnement oral a facilité la modification et le façonnement des motifs par ce peuple.
Abraham est venu d’Ur en Chaldée et a très certainement utilisé des motifs mésopotamiens des origines dans une tradition hébreux orale qui contenait une alliance avec un Créateur Saint. Moïse a été élevé au milieu de la royauté égyptienne et a été exposé à beaucoup de récits anciens des origines du Proche Orient. Etant lettré, il a peut-être mis par écrit l’une des sources de Genèse 1-11. Et comme Israël se situait géographiquement entre la Mésopotamie et L’Egypte, Il a très certainement été exposé aux motifs de ces deux grandes civilisations, parce qu’à cette époque, les voyages et les échanges étaient courants. Ainsi, les motifs dans les récits des origines étaient des catégories intellectuelles répandues dans tout le Proche orient ancien quand, sous la direction de l’Esprit Saint, la tradition orale derrière Genèse 1-11 a été conçue, plus tard mise par écrit, et enfin ces sources finalement compilées ensemble.
Les sources écrites de Genèse 1-11 et sa rédaction (2)
Denis O. Lamoureux est professeur de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).
Denis Lamoureux
Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock
Reconnaître que les caractéristiques anciennes derrière Genèse 1-11 a une implication significative- les chrétiens doivent apprendre à respecter ceci quand ils lisent la Bible. C’est certain, c’est contre-intuitif. Pourtant, nous faisons déjà cela avec la révélation naturelle. Par exemple, y a-t-il des chrétiens qui n’ont pas expérimenté la puissance de révélation d’un coucher de soleil ? Bien sur, c’est naturel pour eux de voir le soleil « disparaître » derrière « l’horizon ». Mais quand ils s’arrêtent et y pensent, ils savent qu’il y a là derrière une réalité physique plus profonde qui n’est qu’incidente à cette révélation non verbale de Dieu dans la nature. Le « mouvement » du soleil n’est en réalité que le résultat de la rotation de la terre, et l’aspect « plat » de l’horizon n’est due qu’à la vision étroite, parce qu’ils ne peuvent pas voir que la terre est ronde. Pourtant, alors que les croyants regardent un coucher de soleil et expérimentent ce moment divin, beaucoup pensent-ils à la réalité astronomique sous-jacente ? La connaissance des faits scientifiques derrière le phénomène nuit-elle au fait que la révélation d’un coucher de soleil déclare la gloire de Dieu ? Non.
De même, il est naturel de lire Genèse 1-11 comme de l’histoire littérale. La plupart des chrétiens en ont fait autant au travers des âges, et ceci a révélé leur caractère et leur relation avec Dieu. Mais il y a des réalités conceptuelles plus profondes (traditions orales, épistémologie ancienne, motifs anciens, sources écrites) dans ces premiers chapitres de la Bible qui nous montrent que ces événements ne sont pas historiques au sens moderne du terme. Tout comme la connaissance astronomique moderne, les anciennes catégories de Genèse 1-11 ne changent en aucun cas le message de foi. Au lieu de cela, une plus grande appréciation du processus de révélation divine émerge, et ceci est analogue à la compréhension des mécanismes réglés précisément d’un coucher de soleil. Faire comprendre aux chrétiens modernes ces réalités conceptuelles anciennes sera comparable au moment où les croyants ont pris conscience de l’astronomie de Galilée. A cette époque, il était contre intuitif d’accepter que la terre tourne, et il en est de même aujourd’hui pour croire que Genèse 1-11 ne constitue pas un « DVD » des origines de l’homme. Pourtant, l’église du 17ème siècle a fini par digérer la science de Galilée, et les chrétiens du 21ème siècle finiront par saisir le fait que cette conception ancienne de l’histoire dans les premiers chapitres de l’Ecriture n’est que secondaire.
Les couleurs des fossiles révélées aux rayons X
Source: Science et avenir
« Comment connaître la couleur des plumes d’oiseaux fossilisés depuis 100 millions d’années? En les passant aux rayons X… pour révéler les anciens pigments
Frustrés de ne pas connaître les couleurs de la peau, des plumes ou des écailles des fossiles qu’ils ont entre leurs mains, les scientifiques tentent par tous les moyens de faire parler ces pièces à convictions. Une équipe vient de publier dans la revue Science (1er juillet 2011) de nouveaux résultats obtenus sur des oiseaux vieux de plus de 100 millions d’années. Des rayons X émis par un synchrotron ont permis de mettre en évidence des traces de métaux dans les fossiles, révélant par ricochet la coloration foncée des plumes »…Lire la suite
Le quasar le plus lointain éclaire les débuts de l’Univers
« Le plus lointain quasar – une galaxie contenant des trous noirs supermassifs en activité – a été découvert, 770 millions d’années seulement après le Big Bang. Il nous renseigne sur l’époque dite de réionisation…lire la suite »
Un article de Philippe Ribeau-Gésippe du magazine pour la science