Archive pour septembre 2010
Adam, Eve et le serpent ont-ils vraiment existé ? Par Paul Marston
Le site http://www.scibel.com/scibel/index.html est une initiative britannique. Ce site a été créé par des scientifiques et des théologiens de confession évangélique, et il est soutenu par plusieurs organisations évangéliques telles que l’armée du salut, l’église méthodiste, les baptistes, l’american scientific affiliation (ASA), l’alliance évangélique…
Ce site s’adresse en priorité aux étudiants cherchant des réponses à propos des rapports entre l’enseignement de la Bible et les découvertes de la science. On y trouve des articles de grande qualité qui combattent bon nombre d’idées reçues comme:
« Le créationnisme, l’intelligent design (ou conception intelligente) et l’éducation des sciences »(7)
Merci à Michael Poole d’avoir autorisé la traduction et la publication de son article Creation, intelligent design and science education pour le blog création et évolution. Il s’agit au départ d’un long article qui sera « coupé en morceaux ». Il a été écrit dans un contexte britannique et sera laissé dans son intégralité, mais il est directement applicable au contexte français.
Mike Poole est membre de Christians in Science. Il est auteur de plusieurs livres et de 70 articles à propos des rapports entre la foi et la science. Il est actuellement un « Visiting Research Fellow » en science et religion au département d’éducation et d’études professionnelles de la prestigieuse Université King’s College de Londres.
Conclusion :Les problèmes que nous avons soulevés ont été accentués par le fait que certains essayent de faire croire au plus grand nombre que la science justifie l’athéisme- ce qui donne une très mauvaise image de la science qu’elle ne mérite pas. La ‘religion’ n’est pas une ‘théorie scientifique’, et il est tout aussi vain d’essayer de se tourner vers la science, l’étude du monde naturel, dans l’espoir d’obtenir une réponse à des questions telle que celle de savoir s’il existe autre chose que le monde naturel (i.e. Dieu), et auquel ce monde naturel doit son existence. L’entreprise scientifique, qui étudie la matière et l’énergie, l’espace et le temps, n’est pas concernée pas les ‘causes premières ‘, telles que Dieu. Cette étude est hors de son champ d’action. C’est ce qui permet à ceux de toutes confessions, ou d’aucune d’entre elles, de coopérer dans un effort commun qui mérite d’être accompli.
Aux E.U., les tentatives pour que le créationnisme ou l’ID soient enseignés dans les cours de science ont échoué dans les tribunaux. Ils ont été jugés comme des idées religieuses, à l’encontre du premier amendement de la constitution. Toutefois, si la question du créationnisme ou de l’ID était soulevée par un étudiant en cours de science en Angleterre, les professeurs de science pourraient peut-être choisir de prendre le temps de clarifier la signification des termes ambigus dont nous avons parlé, en enseignant la différence qu’il y a entre la science et ce qui n’est pas de son ressort. En faire davantage serait de mon point de vue inapproprié. Le problème de savoir si l’univers a été conçu ou bien s’il est un accident, bien qu’il puisse être soulevé par la science, relève de concepts d’ordre religieux. Ce sont des questions qui, dans le langage de la version la plus récente de Science in the National Curriculum for England, tombent dans la catégorie des problèmes que ‘la science ne peut résoudre’.
La résolution PACE (2007b) dit en conclusion :
Nous demandons aux états membres…19.4 de s’opposer fermement au créationnisme en tant que discipline scientifique sur le même niveau que la théorie de l’évolution et en général, de résister à toute présentation d’idées créationnistes dans d’autres disciplines que celle des cours de religion ;
Cette dernière clause est peut-être trop restrictive, parce que le créationnisme pourrait bien être le genre de sujet que l’on pourrait traiter dans des études interdisciplinaires telles que l’éducation civique, l’anglais, l’histoire, la philosophie, l’éducation religieuse et les sciences. Dans des écrits plus anciens, j’ai plaidé fréquemment pour que différents départements interagissent dans les écoles en matière de science et de religion.
Remerciements:
Michael Poole remercie la delegation du Royaume Uni au Conseil de l’Europe pour les informations à propos des procédures à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, ainsi que les professeurs Paul Black et John Brooke pour leurs commentaires à propos sur une première version de cet article.
References
Behe, M. J. (1996) Darwin’s black box. New York: Free
Press/Simon and Schuster.
Brooke, J. H. (1985) The relations between Darwin’s
science and his religion. In Darwinism and divinity, ed.
Durant, J. p. 56. Oxford, Blackwell.
Coulson, C. A. (1955) Science and religion: a changing
relationship. Cambridge: Cambridge University Press.
Darwin, C. (1906) The origin of species. 6th (last) edn.
London: John Murray (the citation first appeared in the
second edition of 1860).
Darwin, F. ed. (1958) The autobiography of Charles and
selected letters (letter to a Mr J. Fordyee). New York:
Dover.
DCSF (Department for Children, Schools and Families)
(2007) Guidance on the place of creationism and
intelligent design in science lessons.
http://www.teachernet.gov.uk/docbank/index.
cfm?id=11890 (accessed October 2007).
Kingsley, F. (1877) Charles Kingsley, his letters and
memories of his life. Vol. 2. London. (Cited in Meadows,
A. J. (1975) Kingsley’s attitude to science. Theology,
LXXVIII(655), 20.)
Livingstone, D. N. (1987) Darwin’s forgotten defenders.
Edinburgh: Scottish Academic Press/Eerdmans.
Morris, H. M. and Whitcomb, J. C. Jr (1961) The Genesis
flood. Philadelphia: Presbyterian and Reformed
Publishing Co.
PACE (Parliamentary Assembly of the Council of Europe)
(2007a) The dangers of creationism in education.
Working document, paras 32 & 33.
http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc07/
EDOC11375.pdf (accessed October 2007)
PACE (Parliamentary Assembly of the Council of Europe)
(2007b) The dangers of creationism in education.
Text adopted by the Assembly on 4 October 2007
(35th Sitting).
http://www.assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/
AdoptedText/ta07/ERES1580.htm (accessed October
2007)
Further reading
Ayala, F. J. (2006) Darwin and intelligent design.
Minneapolis: Fortress Press.
Jones, L. and Reiss, M. J. ed. (2007) Teaching about
scientific origins: taking account of creationism. New
York: Peter Lang.
Midgley, M. (2007) Intelligent design theory and other
ideological problems. Impact pamphlet 15 (ed. Michael
Smith). Philosophy of Education Society of Great Britain.
Poole, M. W. (2007) User’s guide to science and belief.
Oxford: Lion Hudson (from which some of the above
material is drawn).
« Le créationnisme, l’intelligent design (ou conception intelligente) et l’éducation des sciences »(6)
Merci à Michael Poole d’avoir autorisé la traduction et la publication de son article Creation, intelligent design and science education pour le blog création et évolution. Il s’agit au départ d’un long article qui sera « coupé en morceaux ». Il a été écrit dans un contexte britannique et sera laissé dans son intégralité, mais il est directement applicable au contexte français.
Mike Poole est membre de Christians in Science. Il est auteur de plusieurs livres et de 70 articles à propos des rapports entre la foi et la science. Il est actuellement un « Visiting Research Fellow » en science et religion au département d’éducation et d’études professionnelles de la prestigieuse Université King’s College de Londres.
Les arguments défectueux du mouvement de l’Intelligent Design (2/2)En résumé, les arguments traditionnels en faveur de la conception du monde sont indépendants et ne sont pas renforcés par la notion de complexité spécifiée promue par les partisans du mouvement de l’Intelligent Design (ID). En effet, leur argument principal est défectueux dans les trois tableaux dressés dans notre précédent article. Cependant, en répétant un paragraphe antérieur, en changeant des mots appropriés :
Il est toutefois important, dans l’intérêt d’une éducation des sciences de qualité, que le rejet de ‘l’argument en faveur d’une conception intelligente préconisé par le mouvement de l’ID’ comme un mauvais argument ne soit pas présenté comme une négation de la croyance traditionnelle dans la conception elle-même.
La science, et en particulier la biologie de l’évolution, avec ses concepts de hasard et de sélection ne contredit pas la notion de conception, tout particulièrement au regard du développement des algorithmes génétiques. Dans ces algorithmes, les hommes, agents intelligents, utilisent le hasard et la sélection dans la conception de leurs programmes informatiques, en utilisant des ordinateurs pour simuler les processus moléculaires impliqués dans la reproduction sexuée pour mettre à jour les conditions optimales afin de résoudre un éventail très large de problèmes.
Il n’est pas suffisant de pointer du doigt certains produits étonnants des processus évolutifs pour affirmer qu’il n’y a pas de conception de l’univers. Si l’univers a été consciemment conçu pour permettre l’émergence aux éléments nécessaires à la vie telle que nous la connaissons, via le big bang, alors d’autres choses allaient sûrement suivre. De vastes quantités de radiation résiduelle issue de la fusion nucléaire dans les étoiles allaient plus tard produire des mutations dans le matériel organique. Ceci a donné à la fois une riche variété d’êtres vivants, mais aussi des bizarreries et des cancers.
Il est surprenant de constater que l’émergence de concepts évolutifs soit vus par certains comme une menace à la religion, alors que des gens comme le révérend et professeur Charles Kingsley les interprétait comme soulignant tout à nouveau l’immanence de Dieu dans la création. Après tout, les déistes du XVIIIème siècle avaient dépeint Dieu comme un horloger cosmique qui, une fois le travail fait, n’ « intervenait » qu’occasionnellement pour balayer ou bien pour « tordre » ce travail. Ainsi, Charles Kingsley commentait :
Ils pensent qu’ils se sont débarrassés d’un Dieu interventionniste- j’appelle cela un maître de magie- ils ont choisi entre l’empire absolu de l’accident, et un Dieu vivant immanent et toujours à l’œuvre. (Kingsley, F., 1877 :171)
On peut voir l’évolution par sélection naturelle comme un moyen efficace de s’assurer que toutes les niches écologiques soient remplies. Si le climat et que les moyens de se nourrir changent, mais pas trop rapidement, les populations s’adapteront très probablement à ces changements plutôt qu’elles ne mourront. Dans L’origine de espèces, Darwin (1860, dans Darwin 1906 :658) citait une lettre que Charles Kingsley lui avait écrite, disant :
Un auteur célèbre et croyant m’a écrit qu’il a progressivement appris à voir que la conception d’un Dieu qui a créé un petit nombre de formes originales capables de se développer par elles-mêmes en d’autres formes utiles est tout aussi noble que de croire que ce même Dieu a eu besoin d’actes de création nouveaux pour remplir les vides occasionnés par l’action de ses propres lois.
De nombreux auteurs ont cité Aubrey Moore, le théologien et historien d’Oxford, écrivant 30 ans après la publication de L’origine de espèces, en disant :
La science a repoussé le Dieu des déistes de plus en plus loin, et au moment où on avait l’impression qu’il allait être définitivement éloigné, le darwinisme est apparu, et, sous l’apparence d’un adversaire, il a fait le travail d’un ami. Il a conféré à la philosophie et à la religion un bénéfice inestimable en montrant qu’il nous faut choisir entre deux possibilités. Ou bien Dieu est présent partout dans la nature, ou il n’est nulle part.
Entre autre, l’apparition de bizarreries a donc trouvé un sens parmi les produits des changements évolutifs dans un monde conçu par le créateur.
Dans un dernier article, Mike Poole conclura cette série d’articles et nous fournirons les références associées.
Que faire du langage biblique à propos de la mort ?
L’article de ce jour a été écrit par Bethany Sollereder. Il a d’abord été publié sur le site de la fondation biologos sous le titre
COMMENT DIEU POURRAIT-IL CREER AU MOYEN DE L’EVOLUTION ? UN REGARD SUR LA THEODICEE – PARTIE 3
Il a été traduit en français pour le blog création et évolution par Christophe Crussière.
Bethany Sollereder est titulaire d’un Master de l’Université Regent College de Vancouver (Canada), spécialisé en science et religion. Son mémoire avait pour titre « Théodicée de l’évolution : vers une perspective évangélique. » Elle a été acceptée en études de doctorat à l’université d’Exeter et espère commencer en 2011. L’autre amour de Bethany est l’histoire britannique du 19ème siècle. Lorsqu’elle ne lit pas à propos de la science et de la foi, elle lit en général de la littérature victorienne.
Dans mon article précédent, j’ai tenté de démontrer que le monde que nous habitons est en fait un monde très bon. Il est entaché par le péché de l’homme, mais les opérations du monde naturel expriment les valeurs de liberté et de croissance, juste comme Dieu les voulait. Aujourd’hui, nous en arrivons au point qui va probablement être la plus controversée de mes notes. Que faire du langage biblique à propos de la mort ? Nous avons commencé cette série d’articles avec des citations de Jean Calvin et T.F. Torrance dans lesquelles ils affirmaient que les réalités désagréables de ce monde (la prédation, les catastrophes naturelles, ainsi de suite) ne faisaient pas partie de la création originelle de Dieu mais étaient les résultats du péché de l’homme. Cette théologie est généralement tirée du langage de malédiction de la Genèse et de l’explication de la mort apportée par Paul dans Romains 5, Romains 8 et 1 Corinthiens 15. Il y a cependant plusieurs autres choses qui se passent ici et que l’œil ne peut pas voir. Les deux questions essentielles que nous devons traiter sont les perspectives bibliques sur la mort qui varient et l’influence de l’adaptation culturelle dans le texte.
En débutant par la première d’entre elles, nous devons admettre que la Bible traite la question de la mort de différentes manières et qu’elle reconnaît différents types de mort. Tout d’abord, il nous faut faire une distinction entre la mort physique et la mort spirituelle. Cela est particulièrement évident dans ce que Paul écrit aux Romains. Au chapitre 7, en parlant des effets du péché, Paul écrit « car le péché, profitant de l’occasion, me séduisit par le commandement, et par lui me fit mourir». (Romains 7 :11). Or, bien évidemment, un homme mis à mort physiquement n’aurait pas pu écrire ces mots plus tard ! Un passage encore plus parlant est 1 Corinthiens 15:31 où l’apôtre écrit « Je meurs chaque jour – je vous le dis, frères ».* Il est intéressant de noter que dans les deux cas où Paul déclare explicitement que la mort est venue au travers d’Adam, il parle de sa propre mort comme d’une réalité passée. Cela ne nous permet pas de conclure sur l’usage par Paul du mot « mort » mais suggère que nous devrions prendre soin de ne pas supposer qu’il a un seul niveau de sens. Nous voyons assurément d’autres endroits où Paul indique clairement la mort physique, comme dans 1 Corinthiens 15:35-42, alors qu’il parle de la résurrection physique du corps après (ce qui est clairement) la mort physique.
Cela nous laisse la question : à quelle sorte de mort Paul fait-il allusion quand il déclare que la mort est venue au travers d’Adam ? Malheureusement, ce n’est pas toujours clair. Dans Romains 5, Paul semble parler de la mort spirituelle, puisqu’il parle des effets de la mort en contraste avec la vie éternelle et, plus loin (au v. 18) il utilise le mot « condamnation » comme substitut à la mort.1 Toutefois, si on considère que Paul s’appuie sur Genèse 3 où le langage de malédiction indique clairement la mort physique dans la phrase « tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3:19), il est probablement mieux d’adopter ce que Douglas Moo appelle la mort « physico-spirituelle » qui garde à l’esprit à la fois les aspects physique et spirituel.2 Les deux sont intimement liés dans l’esprit de Paul, et le lien entre les deux deviendra important plus loin. Le même concept à plusieurs niveaux de la mort est vrai pour 1 Corinthiens 15:20-22, où Paul parle de la mort, puis de la future résurrection physique.
Comment cette vue de la mort va-t-elle avec la science moderne ? Il est clair que la mort a été présente dans le monde bien avant que l’homme pèche, en effet, la mort est présente depuis que la vie existe. Il est également clair que la mort est nécessaire afin de renouveler les ressources et permettre le développement de l’évolution. Bien-sûr, Paul ne pouvait pas savoir ces choses. Il ne pouvait pas reconnaître l’importance de la mort dans les écosystèmes, ni comprendre l’horreur des types limités d’« immortalité » que nous voyons dans le monde naturel, comme le cancer. Paul était un penseur antique. Tout comme Pete Enns a écrit à propos des vues de Paul sur Adam qu’elles ne doivent pas nécessairement déterminer notre compréhension scientifique et historique, je proposerais que les vues de Paul sur la mort ne nous empêchent pas d’accepter les éclairages de la science moderne.
C’est là que les questions de l’interprétation biblique deviennent intéressantes. La plupart d’entre nous tenons pour évident que si nous lisons la Bible, il nous faut quelqu’un pour traduire à partir des langues originales, le grec, l’hébreu et l’araméen, avant d’espérer comprendre ce qu’elle dit. Ce qui est moins reconnu est que les conceptions du monde et les suppositions culturelles doivent aussi être traduites. Les perspectives antiques, que ce soit en science ou en histoire, doivent être transformées de telle manière à prendre sens chez un public contemporain et par rapport aux questions qu’un esprit moderne se pose.
Vous souvenez-vous que j’ai écrit précédemment que Paul liait ensemble mort spirituelle et mort physique ? Les deux sont vues dans le monde antique comme un mal, comme opposées à la volonté de Dieu et contre la multiplication de ses créatures. Une partie de la traduction de Paul dans notre culture implique de faire la distinction entre ces deux types de mort, et de reconnaître la nécessité de la mort physique, tout en maintenant le lien péché-mort en relation avec la mort spirituelle. La mort est bien venue par le péché, mais la mort spirituelle, et non la mort physique.
Cela n’entame en rien le raisonnement principal de Paul dans les Romains. Paul explique que nous avons besoin que Christ nous rachète de notre péché, et que nous avons besoin d’une vie qui engloutit la mort. Cela reste vrai de deux manières. En premier lieu, Christ nous rachète de notre mort spirituelle, de la séparation d’avec Dieu qu’instille le péché. En second lieu, Christ nous assure de la vie future de résurrection physique. Tandis que Christ traite notre problème de péché complètement, les croyants meurent encore. Si le péché était la cause de la mort physique, nous nous attendrions à ce que les Chrétiens vivent éternellement**. Mais ce n’est pas le cas. Notre espérance, comme cela a toujours été, repose sur la résurrection, qui est une conséquence directe de l’œuvre de Jésus. La mort physique sera un jour vaincue, mais cela viendra de ce qu’on aura traversé la vallée de l’ombre de la mort, et pas de ce qu’on l’aura contournée. Là où Paul attribue une immortalité conditionnelle au personnage d’Adam, et voit la vie éternelle comme une réalité historique passée, nous devons au contraire situer la cessation de la mort dans l’avenir eschatologique.
Tandis que ce bref développement en trois parties n’est en aucune manière complet, j’espère qu’il ouvrira le débat et permettra de nouvelles façons de voir la vérité, la bonté et la beauté dans la création que nous habitons.
Notes* note du traducteur : traduction du texte anglais. La traduction du verset 1 Cor. 15:31 dans la version Segond de la Bible dit : « Chaque jour je suis exposé à la mort, je l’atteste, frères, … ». Notez que le texte grec dit « chaque jour, je meurs … »
1. Ou, comme “Le style est complètement mythologique. Par conséquent, Paul ne parle définitivement pas de culpabilité personnelle ou de mort naturellement nécessaire mais des forces du péché et de la mort qui ont envahi le monde. » Ernst Käsemann, Commentaire sur [l’épître aux]Romains, traduit par Geoffrey W. Bromiley (Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1980), 147
2. Douglas Moo, L’Epître aux Romains (Grand Rapids, MIL Eerdmans), 320.
** note du traducteur : c’est-à-dire sans passer par la mort physique.
« Le créationnisme, l’intelligent design (ou conception intelligente) et l’éducation des sciences »(5)
Merci à Michael Poole d’avoir autorisé la traduction et la publication de son article Creation, intelligent design and science education pour le blog création et évolution. Il s’agit au départ d’un long article qui sera « coupé en morceaux ». Il a été écrit dans un contexte britannique et sera laissé dans son intégralité, mais il est directement applicable au contexte français.
Mike Poole est membre de Christians in Science. Il est auteur de plusieurs livres et de 70 articles à propos des rapports entre la foi et la science. Il est actuellement un « Visiting Research Fellow » en science et religion au département d’éducation et d’études professionnelles de la prestigieuse Université King’s College de Londres.
Les arguments défectueux du mouvement de l’Intelligent Design (1/2)Les discussions à propos de la conception intelligente ou non de l’univers plongent leurs racines loin dans le passé. Le mouvement de l’ « Intelligent Design » n’a débuté qu’en 1990. Ce mouvement affirme qu’il existe dans la nature des systèmes irréductiblement complexes, c’est-à-dire qui ne fonctionneront pas si un seul de leurs composants est absent, de telle façon qu’ils ne peuvent pas avoir évolué à partir de systèmes moins complexes. La formation de tels systèmes ne pourrait donc pas s’expliquer de manière naturelle, ce qui prouverait la conception intelligente. L’exemple le plus cité d’un système irréductiblement complexe est celui du flagelle d’une bactérie, un moteur miniature qui propulse certaines bactéries. Le mathématicien William Dembski s’est intéressé à la base théorique permettant d’expliquer l’apparition naturelle d’objets possédant ce qu’il qualifie de complexité spécifiée (specified complexity), qui est trop complexe pour être apparue grâce à des phénomènes naturels uniquement. Dieu n’est pas reconnu ouvertement comme l’intelligence, mais il paraît bien impliqué.

Les arguments du mouvement de L’Intelligent Design (ID) semblent avoir les faiblesses suivantes :
- Ces arguments semblent sous estimer le fait que des composants intermédiaires remplissent différentes fonctions à différentes étapes des processus évolutifs. Ceci rend les arguments probabilistes inappropriés- et faux.
- Personne ne sait si on trouvera une explication naturelle demain. Si c’est le cas et en raisonnant comme les partisans de l’ID, ceci signifierait que l’on n’aurait plus besoin d’invoquer une « intelligence » et une intention explicite, puisqu’on disposerait d’une explication naturelle. On sait maintenant que les affirmations de Behe (1996) à propos du développement des systèmes immunitaires et des processus de cicatrisation sanguine qui n’auraient pas pu être expliqués par des changements graduels sont fausses.
- Si les systèmes présentant une complexité spécifiée sont les seuls à pointer vers une intelligence, alors qu’en est-il du reste de la création, que toutes les religions abrahamiques et d’autres ont traditionnellement vu comme le fruit de l’activité divine ? Si les lacunes (gaps) dans la connaissance scientifique actuelle sont les seuls endroits où l’on place l’activité divine, il semble bien que la vieille idée du « Dieu bouche-trou » (God of the gaps) ait été ressuscitée. Il y a longtemps, certains théologiens avaient à tort l’impression que leurs croyances à propos de l’activité divine étaient menacées par les explications scientifiques de certains phénomènes naturels. Ils ont alors adoptée la stratégie inutile et vouée à l’échec consistant à pointer du doigt les lacunes dans les explications scientifiques de leur époque, en disant «là, c’est Dieu ».
Il est difficile de voir autre chose dans le mouvement de l’ID qu’une version contemporaine de cette confusion- argumentant en faveur de l’explication de l’action d’un agent (Dieu) là où il existe encore des lacunes scientifiques dans les explications en terme de mécanismes. C.A. Coulson, premier professeur de physique théorique à la prestigieuse Université King’s College de Londres, écrivait d’un point de vue chrétien :
Si Dieu est quelque part dans la nature, alors il doit l’être depuis le tout début, et tout le long du chemin…Lorsque nous sommes confrontés à quelques chose d’inconnu en terme scientifique, notre attitude correcte n’est pas de nous réjouir d’avoir trouvé Dieu : c’est de devenir de meilleurs scientifiques. (Coulson, 1955 :9,7)
L’argumentation du mouvement de l’Intelligent Design à cet égard apparaît donc comme défectueuse et même contre productive. Tout comme avec le créationnisme, les eaux sont encore davantage troublées par le fait que deux mots d’usage courant sont liés – en l’occurrence conception (design) et intelligente- en donnant à l’expression « conception intelligente » (intelligent design) une signification iodiosyncrétique. Ceci a pour conséquence que ceux qui croient dans les arguments traditionnels en faveur d’une conception du monde sont laissés sans expression unique non ambigue pour exprimer le fait qu’une intelligence (celle de Dieu) a conçu l’univers… (à suivre)
Quel est l’avantage d’un monde où la douleur et la mort sont des nécessités ?
L’article de ce jour a été écrit par Bethany Sollereder. Il a d’abord été publié sur le site de la fondation biologos sous le titre
COMMENT DIEU POURRAIT-IL CREER AU MOYEN DE L’EVOLUTION ? UN REGARD SUR LA THEODICEE – PARTIE 2
Il a été traduit en français pour le blog création et évolution par Christophe Crussière.
Bethany Sollereder est titulaire d’un Master de l’Université Regent College de Vancouver (Canada), spécialisé en science et religion. Son mémoire avait pour titre « Théodicée de l’évolution : vers une perspective évangélique. » Elle a été acceptée en études de doctorat à l’université d’Exeter et espère commencer en 2011. L’autre amour de Bethany est l’histoire britannique du 19ème siècle. Lorsqu’elle ne lit pas à propos de la science et de la foi, elle lit en général de la littérature victorienne.
La semaine dernière, nous avons vu comment notre beau monde, résultat de l’évolution, inclut nécessairement des réalités désagréables telles les séismes et la douleur. Cette semaine, nous allons nous intéresser aux raisons pour lesquelles Dieu pourrait avoir créé un monde par des processus d’évolution. Quel est l’avantage d’un monde où la douleur et la mort sont des nécessités ? Que gagne-t-on par un processus d’évolution qui n’existerait pas dans un monde sans changement, statique, « parfait » ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé le Ciel dès le début ? Voilà des questions d’une énorme importance théologique et auxquelles on ne répondra pas ici de manière satisfaisante. J’espère néanmoins apporter quelques pistes de discussion.
J’ai commencé à m’interresser à ces questions en recherchant la théologie de la création d’Irénée. Irénée de Lyon était un Père de l’Eglise du IIème siècle et l’un des plus grands théologiens de l’Eglise. L’un des aspects les plus fascinants au sujet de sa théologie est qu’il a compris que la création avait été faite dans l’immaturité. La plupart d’entre nous imaginons le monde de Genèse 1 à 2, ou la création originelle, comme un monde parfait, où tout est déjà achevé, et où Adam et Eve devaient vivre leurs vies dans une existence parfaite. Hormis multiplier et remplir la terre, il n’y a pas beaucoup de place pour la croissance, physique ou spirituelle, pour les hommes ou pour la création parce que tout est déjà « là ». Irénée décrit dans une refonte radicale de cette histoire, Adam et Eve dans le jardin comme des enfants – imparfaits mais en route vers la maturité et la perfection. C’est parce que la perfection n’est pas quelque chose que l’on peut donner à un enfant ; Elle doit grandir à l’intérieur. Irénée soutient, «car comme il est assurément dans le pouvoir d’une mère de donner une nourriture solide à son enfant, [mais elle ne le fait pas], puisque l’enfant n’est pas capable de recevoir une nourriture plus substantielle ; De même aussi, il était possible à Dieu Lui-même de créer l’homme parfait dès le départ, mais l’homme ne pouvait pas recevoir [cette perfection] car il était encore un enfant ». 1 Ainsi, Dieu n’impose pas une charge à l’humanité pour laquelle elle n’est pas prête. La perfection n’était pas quelque chose qui pouvait être implanté ; Il fallait qu’on puisse cheminer vers elle. Et donc Irénée nous fournit notre première valeur d’un monde en évolution : la place pour la croissance et le développement des hommes.
Maintenant, étendons ce raisonnement au plus large cosmos. De même que l’humanité n’est pas créée dans une perfection statique, le monde qui nous entoure n’est pas complètement accompli non plus. Colin Gunton écrit, dans ses réflexions sur Irénée, « la Création est un projet … Elle mène quelque part. »2 Il y a de la valeur à dire que la création a la liberté de croître, qu’elle est un projet continu. Un monde qui a de la liberté doit avoir le choix, et cela est présent dans un monde qui a une longue histoire en termes d’évolution. Le cosmos, comme l’humanité, est créé très bon, mais n’est pas créé dans son état final. Ce don de liberté à la création (et peut-être même d’autonomie limitée) est, je le soutiendrais, plus cohérent avec la nature de l’amour divin qu’une création où tout est déterminé. Dieu donne la vraie liberté à l’humanité, conduisant au choix moral, et la vraie liberté à la création, conduisant au développement par l’évolution. C’est l’acte d’amour de Dieu, et c’est pourquoi Dieu n’a pas simplement fait le Ciel dès le début.3 La liberté et la croissance ont du prix, et Dieu se délecte en elles.
Une troisième valeur donnée à travers l’évolution est la capacité de se diriger vers un but. Et cela amène la question : « Où va l’évolution ? » Je dirais que l’évolution se dirigeait vers le développement d’une communauté d’êtres [vivants] qui portent l’image de Dieu et au sein de laquelle Dieu serait incarné. L’Incarnation n’a pas été un plan contingent introduit quand l’humanité a péché, mais plutôt l’un des buts originels de la création. Ce concept est l’une des grandes contributions d’Irénée – la création a toujours été dirigée vers l’Incarnation ! Egalement, cette création a toujours fait partie du cheminement vers la vie nouvelle. La promesse de Dieu d’une création nouvelle n’est pas non plus un plan de contingence !4 La nouvelle création (ou plutôt création renouvelée), comme elle est décrite à la fin de l’Apocalypse, a toujours fait partie du plan. Je ne pense pas qu’aucune théodicée puisse dire « ce monde est bon » sans pointer aussi vers le temps où il n’y aura plus ni douleurs, ni mort, ni larmes, dans une reconstruction nouvelle et inimaginable de l’univers. Gardez à l’esprit que nous avons bien tendance à imaginer le nouvel avenir comme statique d’une certaine façon. On ne peut pas imaginer que bien des valeurs qui sont « accomplies » ici-bas (comme le fait d’avoir des enfants ou la liberté de choix moral) existent là-bas de la même manière. En aucune manière le fait de dire « ceci est un monde bon » n’entame-t-il l’espérance Chrétienne dans le monde à venir. En vérité, le fait de reconnaître que cette vie a toujours été destinée à être renouvelée peut aider notre marche Chrétienne. On peut voir très aisément la croissance spirituelle qui vient de ce monde, peut-être avec l’exemple de la mort.
Dans le monde présent, la mort physique est ce qui nous rappelle de façon la plus poignante notre mortalité. Alors que nous nous accrochons à l’immortalité de diverses manières, nous découvrons qu’elle est hors d’atteinte. L’horreur suffocante et la peur qui accompagnent beaucoup de nos rencontres avec la mort nous rappellent finalement que nous ne sommes pas Dieu. Toutefois, c’est dans ces moments d’angoisse la plus profonde que notre besoin de l’espérance de la résurrection est le plus fort.
Que faisons-nous de la mort ? A la lumière de la nouvelle création, la mort est une transition de cette vie à la vie nouvelle. C’est un pas de foi que Dieu a toujours voulu, et que Dieu lui-même n’a pas évité. Dans les vies des saints et des martyrs, nous avons une idée de ce que la mort physique était censée être (je parle ici de la mort physique sans péché ; notre expérience présente de la mort est affreusement entachée par le péché et la réalité de la mort spirituelle). Nous voyons combien de martyrs ont approché la mort avec paix, acceptation et même avec joie – pour déposer leurs vies et être appelés à entrer dans la présence de Dieu. Je crois que c’était l’intention originelle de la mort. La mort devait être une transition, un abandon final de soi dans les bras enveloppants de Dieu. Nos corps entrent en décomposition et soutiennent une vie nouvelle, tandis que notre confiance est placée dans la promesse de la vie de résurrection.
Je veux être prudente ici. Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas être attristés de la mort. Même Jésus, lorsqu’il était devant la tombe de Lazare, a pleuré ouvertement, bien qu’il ait su qu’il allait ressusciter Lazare des morts. Nous pouvons être parfois étrangement déconnectés, nous autres Chrétiens, si nous disons que quelque chose est bon ou naturel et à la fois avons le sentiment que nous devrions alors être capables d’éviter une vraie réponse émotionnelle à la situation, ou que la foi signifie ne pas être brisé par certaines situations. Cela n’est pas ce que je recommande. Rencontrer la mort devrait nous faire pleurer, parce que la perte dont nous faisons l’expérience est réelle. L’espérance Chrétienne nous rend plus humains, pas moins – nous devrions ressentir les choses plus en profondeur, pas moins. Mais nous devrions aussi ressentir les choses différemment. Nous sommes attristés, en sachant qu’il y a l’espérance et la vie et le renouveau devant nous. Nous savons que la mort physique n’a pas le dernier mot, à cause de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus. Nous entendons le cri triomphal de Paul « Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? … L’aiguillon de la mort, c’est le péché, et le pouvoir du péché, c’est la loi. Mais grâce soit rendue à Dieu. Il nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. »5 Notre chemin n’est pas d’éviter la douleur et la mort, mais de les traverser, en suivant notre Seigneur et Sauveur dans la vie, dans la mort, et dans la vie de résurrection.
S’agissant de Paul, j’ai le sentiment que je devrais bien signaler le bon gros nanar dans la pièce. Quelqu’un demandera « Paul ne dit-il pas que la mort est venue par la Chute ? Que faites-vous des textes bibliques où la mort est appelée l’ennemi de Dieu ? » Tel sera le sujet de l’article de la semaine prochaine.
Notes
1. Irénée, Contre les Hérésies, dans Les Pères d’avant Nicée, ed. Alexander Roberts & James Donaldson (Grand Rapids, MI: 1975), IV. xxxviii. 1.
2. Colin Gunton, le Créateur trinitaire : une Etude Historique et Systématique (Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1998), 56.
3. Ici, je veux dire « Ciel » au sens des nouveaux Cieux et de la nouvelle Terre du futur eschatologique, et pas le lieu où réside Dieu actuellement.
4. Lire par exemple, le livre de N.T. Wright Surpris par l’Espérance : Repenser le Ciel, la Résurrection, et la Mission de l’Eglise (New York: HarperOne, 2008).
5. 1 Corinthiens 15:55-56.
Comment un Dieu bon pourrait-il créer par un processus qui implique tant de douleur et de mort ?
L’article de ce jour a été écrit par Bethany Sollereder. Il a d’abord été publié en anglais sur le site de la fondation biologos sous le titre
COMMENT DIEU POURRAIT-IL CREER AU MOYEN DE L’EVOLUTION ? UN REGARD SUR LA THEODICEE – PARTIE 1

Il a été traduit en français pour le blog création et évolution par Christophe Crussière.
Bethany Sollereder est titulaire d’un Master de l’Université Regent College de Vancouver (Canada), spécialisé en science et religion. Son mémoire avait pour titre « Théodicée de l’évolution : vers une perspective évangélique. » Elle a été acceptée en études de doctorat à l’université d’Exeter et espère commencer en 2011. L’autre amour de Bethany est l’histoire britannique du 19ème siècle. Lorsqu’elle ne lit pas à propos de la science et de la foi, elle lit en général de la littérature victorienne.
“Comment un Dieu bon pourrait-il créer par un processus qui implique tant de douleur et de mort ?” Pour beaucoup de gens, accepter l’évolution est moins une question scientifique qu’une question théologique. Après tout, regarder l’évolution comme la méthode de création de Dieu nécessite d’affirmer que la mort, la douleur et les catastrophes naturelles font partie de la boîte à outils de Dieu pour créer, au lieu d’affirmer qu’elles résultent de la chute de l’homme. Dans cette série en trois parties, je m’appliquerai premièrement à expliquer comment les théologiens et les scientifiques ont considéré le monde de manière contradictoire, et m’interrogerai ensuite au plan théologique sur la question de savoir comment un monde créé par des moyens d’évolution peut être bon.
Regardons tout d’abord comment les théologiens ont vu notre monde. Les théologiens – académiques et populaires, contemporains et anciens, ont presque toujours affirmé le lien entre le péché et la mort physique. A partir de passages comme Genèse 3 et Romains 5 & 8, ils ont soutenu que la mort est venue à travers le péché. Eu égard au monde naturel, cela revient à invoquer le scénario de chute cosmique après laquelle survinrent non seulement la mort humaine, mais aussi les séismes, les tornades, la douleur, la prédation et les épidémies.
Considérez cette citation de Jean Calvin : “car il apparaît que tous les maux de la vie présente, dont l’expérience prouve qu’ils sont innombrables, procèdent de la même fontaine. La rigueur de l’air, le givre, les éclairs, les pluies anormales pour la saison, la sécheresse, la grêle, et tout ce qui est en désordre dans le monde, sont les fruits du péché. Il n’y a pas non plus d’autre cause primaire aux maladies »1. C’est plutôt clair, n’est-ce pas ? Dieu n’a pas voulu que ces « maux » fassent partie du monde, et la seule raison pour laquelle ils existent est le péché de l’homme.
Qui plus est, les théologiens voient la rédemption par Christ sur la croix comme la dénonciation de ces maux naturels. Par exemple, T. F. Torrance écrit « La croix du Christ nous dit sans erreur possible que tout mal physique, non seulement la douleur, la souffrance, la maladie, la corruption, la mort et bien-sûr la cruauté et le venin chez les animaux tout comme dans le comportement humain, mais aussi les calamités « naturelles », les dévastations et les monstruosités sont un outrage contre l’amour de Dieu et une contradiction du bon ordre de sa création. »2
De leur côté, les scientifiques ont regardé ces mêmes phénomènes naturels et en sont venus à la conclusion que les réalités telles la douleur, les séismes et la mort étaient en fait nécessaires pour avoir des vies belles et florissantes. Comment en sont-ils arrivés là ? Regardons deux exemples : les séismes et la douleur.
Lorsqu’ils parlent de la tectonique des plaques3, les médias ont tendance à se focaliser sur les aspects négatifs des plaques mobiles de notre planète. On entend parler de l’activité volcanique qui ferme le ciel européen, des tsunamis qui dévastent des populations entières, et bien-sûr des séismes, qui ont causé des dégâts majeurs et coûté leurs vies à beaucoup de gens à Haïti, en Chine et au Chili. Comment les séismes peuvent-ils être bons ? Que fait le cycle des plaques d’autre ?
Tout d’abord, au moyen de la rotation du manteau qui est dessous, la tectonique des plaques contribue au champ magnétique qui entoure notre planète, lequel retient l’atmosphère et repousse les rayons cosmiques mortels en provenance du soleil, qui détruiraient la vie s’ils atteignaient la planète. En second lieu, le mouvement tectonique des plaques force les plaques solides à s’enfoncer dans le manteau liquide et à fondre à certains endroits, tandis qu’à d’autres endroits, les plaques se séparent et permettent au magma chaud de remonter et de se solidifier. Ce recyclage consomme la chaleur produite par la radiation intérieure de la Terre. Ce processus est si efficace qu’il consomme presque 90% de la chaleur produite par la Terre. En comparaison, sur Vénus, l’absence de tectonique des plaques signifie que la même chaleur produite par le cœur n’est pas recyclée, et la pression et la chaleur augmentent tellement qu’on perd la distinction entre le manteau et l’écorce – La planète entière est en fusion. Le reste du temps, les températures à la surface avoisinent les 500 degrés Celsius. Il y a bien d’autres avantages à la tectonique des plaques, y compris la stabilisation du dioxyde de carbone atmosphérique, le maintien des températures des eaux de surface liquide, le renouvellement des nutriments dans le sol, et le maintien des limites entre océans et continents. La vie, et à coup sûr la vie humaine dans ce monde, n’ont tout simplement aucune chance sans la tectonique des plaques. Je ne veux pas minimiser le grand coût humain et animal associé aux séismes, aux volcans, et aux tsunamis, mais, sans la tectonique des plaques, il n’y aurait pas de vie du tout. Je dirais que la tectonique des plaques de ce monde fait partie de la très bonne création de Dieu.
Que dire de la douleur ? Si on donnait à quiconque d’entre nous le choix de vivre sans douleur, la plupart d’entre nous dirions avec enthousiasme « moi s’il vous plaît »… jusqu’à ce que nous ayons vu à quoi ressemble vraiment une vie sans douleur. A nos yeux, nous nous imaginerions traversant les épreuves et les périls sans être touchés, comme un Superman de la vraie vie, capables de conquérir tous les maux et toutes les douleurs qui nous empêchent d’atteindre notre plein potentiel. En réalité, une vie sans douleur est un spectacle d’horreur. En réalité, l’absence de douleur ressemble à la lèpre.
La lèpre, connue aussi comme la maladie d’Hansen, est une infection bactérienne qui envahit les nerfs du corps qui véhiculent la douleur, et qui finit par les détruire, laissant la personne incapable de ressentir la douleur. Voilà en fait à peu près tout ce que fait la lèpre. Les dommages qui en résultent et que nous associons à la lèpre – la perte des doigts, les blessures ouvertes, les membres manquants – ne viennent pas en vérité des bactéries elles-mêmes, mais de l’absence de douleur qui s’ensuit. Les patients se brûlent et ne reculent pas ; Ils continuent à marcher alors que leurs membres sont cassés, et ne le remarquent pas. Dans son livre Le don de la douleur, Paul Brand décrit comment dans une clinique africaine, les rats venaient la nuit et grignotaient les doigts des patients, qui continuaient à dormir parce qu’ils ne ressentaient pas la douleur4. La douleur est une bonne chose, notre protecteur toujours présent, elle s’est développée dans un processus d’évolution pour nous aider à vivre bien. Néanmoins, cela ne veut pas dire que la douleur ne s’emballe jamais. Il arrive qu’elle s’emballe, et avec des réalités telles la douleur chronique ou la torture, la douleur peut devenir un ennemi. Mais, cela n’enlève pas le fait que notre capacité à ressentir de la douleur est un grand don ; Cela veut juste dire que ce don est parfois déformé dans son expression. La solution n’est pas de souhaiter un monde sans douleur, mais un monde où on fait l’expérience de la douleur de manière appropriée.
Maintenant, permettez-moi d’introduire une mise en garde : en aucune façon je ne veux dire que parce que la douleur est « naturelle », nous n’avons pas la responsabilité de la soulager. Cela n’est pas mon propos. Je dirais que la douleur sert des objectifs importants, dont on a besoin pour bien vivre. En même temps, nous devrions regarder à l’exemple de Jésus, qui a marché au milieu de situations douloureuses et qui apportait la guérison quelle que soit la cause de la souffrance. C’est notre reconnaissance de la souffrance dans l’autre5 et notre responsabilité de prendre soin les uns les autres qui doivent guider notre éthique médicale.
Il y a beaucoup plus dont nous pourrions parler ici. Nous pourrions parler de la prédation, qui encourage la biodiversité et entraîne l’innovation de l’évolution. Nous pourrions explorer comment la mort physique est une chose bonne et nécessaire dans un monde qui a des ressources limitées, empêchant les organismes de devenir cancéreux (les cellules du cancer ne meurent jamais d’elles-mêmes et sont donc « immortelles »). Ces points sont importants, mais ils suivent à peu près le même type de raisonnement que ci-dessus. Dans la parution de mon prochain article, je m’intéresserai aux valeurs d’un monde qui s’est développé par un processus d’évolution, ou à la question parfois posée, « pourquoi Dieu n’a-t-il pas simplement créé le paradis en premier ? ».
Notes1. Jean Calvin, Commentaires sur le Premier Livre de Moïse appelé la Genèse (1554) dans les Commentaires Bibliques de Calvin: Genèse, Partie I, traduction anglaise J. King (Forgotten Books, 1847, 2007), 113.
2. T. F. Torrance, L’Ordre Divin et Contingent (Edimbourg: T&T Clark, 1981), 117.
3. Pour en savoir plus sur la tectonique des plaques, voir Peter Ward et Donald Brownlee, Rare Earth: Why Complex Life is Uncommon in the Universe [La Terre, une planète rare : pourquoi la vie complexe est peu commune dans l’univers] (New York: Copernicus, 2004).
4. Paul Brand & Philip Yancey, The Gift of Pain: Why we hurt & what we can do about it [Le don de la douleur : pourquoi nous avons mal et ce que nous pouvons y faire] (Grand Rapids, MI: Zondervan, 1993), 127.
5. La souffrance et pas nécessairement la douleur. La douleur est la réception par le cerveau de la stimulation des nerfs de la douleur. La souffrance est un état psychologique, elle peut être causée par bien des choses. La douleur peut être absente chez ceux qui souffrent, comme c’est le cas avec la lèpre. Il nous faudrait faire attention à ne pas confondre ces deux concepts distincts en une seule et même idée.
Communiqué de presse : Brûler le Coran ? Le CNEF prend position
Alors que les responsables du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) sont réunis à Paris pour une retraite spirituelle, ils publient ce communiqué de presse en réaction à ce pasteur américain qui veut brûler le coran le jour de la date anniversaire du 11 septembre :
Le Conseil National de Evangéliques de France (CNEF) condamne avec la plus grande fermeté le projet de Terry Jones de brûler publiquement le Coran.
Il comprend la légitime émotion que ce geste peut susciter et souligne que Terry Jones et son groupuscule extrémiste sont à différencier des évangéliques, tant aux USA qu’en France.
Le CNEF juge cette initiative totalement irresponsable et contraire aux valeurs de l’Evangile. Il rappelle son attachement à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Il est possible d’avoir des convictions et de les exprimer sans pour autant être intolérant et irrespectueux : c’est une condition essentielle pour un vivre ensemble harmonieux.
Bagneux, le 9 septembre 2010
« Le créationnisme, l’intelligent design (ou conception intelligente) et l’éducation des sciences »(4)
Merci à Michael Poole d’avoir autorisé la traduction et la publication de son article Creation, intelligent design and science education pour le blog création et évolution. Il s’agit au départ d’un long article qui sera « coupé en morceaux ». Il a été écrit dans un contexte britannique et sera laissé dans son intégralité, mais il est directement applicable au contexte français.
Mike Poole est membre de Christians in Science. Il est auteur de plusieurs livres et de 70 articles à propos des rapports entre la foi et la science. Il est actuellement un « Visiting Research Fellow » en science et religion au département d’éducation et d’études professionnelles du King’s College de Londres.
Finalité, conception de l’univers et le mouvement de l’Intelligent designBeaucoup de religions partagent une croyance dans un monde fait pour un but, mais certaines font référence à un monde qui a mal tourné, ce qui signifie que la création nous envoie des messages mélangés. La proposition de Charles Darwin de la sélection naturelle en tant que mécanisme d’adaptation des êtres vivants à leur environnement contredisait les arguments de William Paley en faveur de l’existence de Dieu. Ces arguments étaient tirés de la conception apparente de chaque créature. Mais il était possible d’envisager la conception de telles créatures d’autres façons. L’une d’entre elles, soutenue par Malthus et privilégiée par Darwin était que les « lois de la nature » étaient conçues par un concepteur et indiquaient donc son existence. La comparaison faite par Darwin lui-même de ce qu’il nommait la sélection naturelle avec la sélection artificielle par les hommes était aussi interprétée par les commentateurs chrétiens comme impliquant les travaux de cette intelligence au travers de la nature, de la même façon que l’intelligence travaille au travers des croisements de pigeons.
Darwin a beaucoup fluctué dans son opinion de la religion, bien qu’il ait dit :
Dans mes fluctuations les plus extrêmes, je n’ai jamais été un athée dans le sens de nier l’existence d’un Dieu. (Darwin, F., 1958 :56)
Il concédait dans l’un de ses lettres à Asa Gray, bien que restant agnostique :
Je ne vois aucune raison pour laquelle un homme, ou un autre animal, n’aurait pas pu être conçu expressément par un Créateur omniscient, qui prévoyait chaque évènement futur et ses conséquences. (Brooke, 1985 :56).
Les croyances traditionnelles en la création et sa conception par le Créateur partagées par les chrétiens, les juifs et les musulmans, ont fait appel au fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien. D’autres arguments ont aussi inclus le type de monde qui existe, l’existence d’un ordre moral, l’expérience religieuse, et l’intelligibilité de la nature. Einstein commentait ainsi ce dernier argument : « La chose la plus incompréhensible à propos de l’univers est qu’il est incompréhensible. » Un argument moderne en faveur de la conception (design) de l’univers est celui du « réglage minutieux » de celui-ci conçu pour la vie basée sur la chimie du carbone. C’est aussi ce qu’on appelle le principe cosmologique anthropique. Dans des termes plus familiers, on peut parler d’effet « boucles d’or », parce que l’univers, tout comme la soupe, le lit et la chaise de bébé ours paraissent parfaitement adaptés à la petite fille nommée boucle d’or. Ainsi, si les constantes de la nature, comme la constante de gravitation universelle, étaient un tant soient peu différentes, nous ne serions pas là.
Il ne s’agit bien entendu pas de « preuves » dans le sens scientifique du terme, mais ces arguments pourraient plutôt être considérés comme des « indicateurs ». Certains ont argumenté que la croyance en Dieu est d’ordre cumulative, comme dans une enquête policière. On dispose de plusieurs petits indices fiables, mais aucun d’entre eux ne suffit à lui tout seul pour convaincre de la culpabilité. La totalité des indices convergeants peuvent néanmoins paraître suffisant pour émettre un jugement.
Les discussions à propos de la conception intelligente ou non de l’univers plongent leurs racines loin dans le passé. Le mouvement de l’ « Intelligent Design » n’a commencé qu’en 1990… (à suivre)
Le génome humain et l’image de Dieu par Graeme Finlay
Merci à Olivier Peele de m’avoir signalé la traduction en français d’un article de Graeme Finlay par le Faraday Institute for Science and Religion, Graeme Finlay est chercheur dans la lutte contre le cancer à Oackland en Nouvelle Zélande. Graeme Finlay a écrit plusieurs articles de très grande qualité à propos des preuves génétiques de la macroévolution et des conséquences théologiques de l’origine biologique de l’homme.
Le génome humain et l’image de Dieu
Extraits de l’introduction
Le Dieu de la Bible est aussi le Dieu du génome. Dieu peut tout aussi bien être adoré dans une cathédrale que dans un laboratoire. Sa création est majestueuse, impressionnante, complexe et magnifique – et elle ne peut être en guerre contre elle-même.
Francis Collins, Directeur du Projet de lecture du Génome Humain
Résumé :
L’ADN dont nous avons hérité représente l’édition actuelle d’un texte qui nous a été transmis à travers d’innombrables générations d’ancêtres. Des marqueurs uniques dans notre ADN montrent que nos ancêtres partageaient un héritage commun non seulement avec d’autres personnes, mais également (de plus en plus loin dans le temps) avec d’autres grands singes, primates et mammifères. Notre ADN relate un récit décrivant nos origines biologiques au cours de l’évolution des mammifères, mais cela ne suffit pas à expliquer nos origines en tant que personnes. Nous nous construisons en tant que personnes uniquement par ce que nous entendons et assimilons des histoires transmises au sein de nos familles et de nos communautés. Les chrétiens pensent que le récit indispensable au développement d’une humanité accomplie est celui qui raconte l’action rédemptrice de Dieu en Jésus-Christ.
Bonne lecture!