Archive pour août 2010

« Cohérence et force de la pensée évangélique »

Après avoir évoqué deux livres qui sont dans l’ensemble assez critiques vis-à-vis de la communauté évangélique, plus précisément d’un certain fondamentalisme, j’aimerais équilibrer mon propos en vous conseillant la lecture d’un livre d’Alister McGrath traduit en français aux éditions excelsis : « La vérité pour passion. Cohérence et force de la pensée évangélique. » Les lecteurs du blog création et évolution et du site science et foi savent bien que je revendique haut et fort mon appartenance à la communauté évangélique, que je l’aime et que c’est pour ça que je ne supporte pas de la voir parfois s’enliser dans des impasses intellectuelles et spirituelles comme celles de nier l’évolution des espèces ou de remettre en cause l’âge de la terre et de l’univers.

Les lecteurs de ce blog et du site science et foi ont déjà eu l’occasion de lire Alister McGrath, en particulier à propos de la notion de téléologie (ou de finalité) de l’évolution.

Alister McGrath, après avoir été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford, occupe désormais la chaire de théologie, du ministère et de l’éducation au King’s College de Londres.

Voici ce qui est inscrit au dos de la couverture de cet excellent livre :

« Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que le christianisme évangélique est, en Occident, la forme de christianisme la plus importante et la plus militante.

Souvent resté à l’écart de la scène médiatique et des débats philosophiques, ce christianisme commence à faire l’objet de travaux académiques sérieux et semble vouloir entrer dans l’arène des joutes intellectuelles. Animé par une passion pour la vérité, le mouvement évangélique ne peut en effet s’accommoder du contexte actuel d’un monde qui donne l’impression d’avoir perdu tout intérêt pour la question de la vérité et d’avoir opté, notamment dans le milieu intellectuel et académique, pour un accommodationisme facile consistant à concilier les différentes factions idéologiques, indépendamment des mérites respectifs de leurs argumentations.

Alister McGrath, en montrant la solidité des fondements de la pensée évangélique, et la cohérence et la crédibilité de celle-ci, encourage les évangéliques à s’engager plus avant dans la vie intellectuelle. D’autant plus que les systèmes de pensée rivaux ont aussi leurs défauts et leurs points faibles, et qu’ils oublient trop souvent que les questions critiques qu’ils posent aux évangéliques peuvent être adressées à leur propre approche. »

Je cite l’auteur dans son introduction où il traite de la place de la théologie dans les milieux évangéliques

: « Le mot « évangélique » continue d’évoquer des images d’anti-intellectualisme, en particulier associées au fondamentalisme nord-Américain des années vingt et trente. Pourtant, il y a maintenant longtemps que le mouvement évangélique a renoncé à la posture défensive et agressive de cette période critique…

Le mouvement étant devenu, depuis la Seconde Guerre mondiale, une présence majeure au sein du christianisme mondial, une part substantielle de ses membres a jugé qu’il n’était par prioritaire de s’engager dans la réflexion théologique. Pourquoi cela ?

Quatre explications majeures peuvent être apportées, qui méritent une étude approfondie. Trois d’entre elles sont tout particulièrement liées au contexte américain plutôt qu’européen, ce qui explique, dans une certaine mesure, les différentes approches des branches européennes et américaines du mouvement.

  1. L’héritage fondamentaliste du mouvement évangélique nord américain…
  2. En Amérique du Nord tout particulièrement, le mouvement évangélique a mis en avant des critères pragmatiques de réussite…
  3. La théologie académique a l’obligation de se soumettre au programme sécularisé de recherche…elle se distancie donc de la vie et des préoccupations des Eglises chrétiennes.
  4. La théologie est potentiellement élitiste ; elle s’oppose donc au caractère « populiste » du christianisme évangélique nord-américain. »

 

Alister McGrath évoque « l’attitude défensive passée du mouvement évangélique.

Là où les théologiens évangéliques auraient du se préoccuper de la définition positive et critique de la foi chrétienne, ils ont été obligés de défendre leur approche particulières des sources de la théologie, et en particulier de l’Ecriture…

D’ailleurs, nombre de débats internes au mouvement ont porté sur ces questions, comme les controverses sur l’ »inerrance » et l’ »infaillibilité », qui, peut-on raisonnablement penser, ont été imposées par les opposants…

Le christianisme évangélique doit donc prendre le temps d’énoncer ses propres idées, sans avoir besoin de continuer à regarder avec méfiance par-dessus son épaule…Dans ce livre, je refuse volontairement d’adopter une telle position. Je me propose au contraire de présenter la cohérence de la conception évangélique de la théologie et d’entrer en débat critique avec les approches rivales. »

Et ce ne sont que quelques extraits de l’introduction. J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre qui fait un bien fou en démontrant pourquoi aujourd’hui, nous avons toutes les raisons spirituelles et même intellectuelles d’être fiers d’être chrétien et de propager la foi évangélique !

« Le scandale de l’intelligence évangélique »

En 1994, l’historien Mark Noll, de confession évangélique a publié un ouvrage qui a beaucoup fait parler de lui dans les milieux intellectuels protestants Nord Américains : « The scandal of the evangelical mind ». D’un côté, l’auteur est profondément attaché à ses racines évangéliques, mais d’un autre côté, il ne peut que reconnaître la superficialité de la réflexion qui caractérise parfois cette branche du protestantisme, en ce qui concerne les rapports science et foi en particulier et dans bien d’autres domaines. Bien entendu, la situation Américaine est très différente de la situation européenne. Aux Etats-Unis, l’immense majorité des évangéliques est créationniste de la jeune Terre (environ 90%), autrement dit le fondamentalisme y est très influent, bien plus que chez nous. Nous sommes pourtant très influencés par ce qui se passe Outre Atlantique. J’ai donc trouvé intéressant de traduire quelques extraits d’une critique du livre de Mark Noll faite par Bill Hamilton, membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

« Les évangéliques et les fondamentalistes ont été accusé d’anti-intellectualisme depuis des années. Certains ont franchement accueilli cette accusation avec fierté,  d’autres s’en sont profondément sentis indignés. Beaucoup d’entre nous se sont inquiétés que cette accusation ne soit fondée, et se sont demandés comment le monde évangélique en est arrivé là, et comment y remédier. Mark Noll ne laisse aucun doute sur son jugement personnel de l’état de l’intelligence évangélique.

La première phrase du livre est « Le scandale de l’intelligence évangélique est qu’il n’y a guère d’intelligence évangélique. » Sans ménagement, Noll poursuit : « La principale accusation que l’on peut faire au mouvement fondamentaliste, et en particulier au dispensationnalisme qui a fourni les interprétations les plus systématiques de la Bible aux fondamentalistes et aux évangéliques les plus récents, c’est sa stérilité intellectuelle. Lors de son processus d’accouchement, la communauté évangélique n’a pour ainsi dire fourni aucune explication sur le fonctionnement du monde naturel soumis à Dieu, à propos du fonctionnement des sociétés humaines, pourquoi les hommes agissent comme ils le font, ou bien ce qui constitue les bénédictions et les dangers de la culture.

Les fondamentalistes et leurs descendants ne manquaient certainement pas de convictions profondes sur ces sujets—des convictions d’ailleurs appuyées par des versets bibliques. Certaines de ces convictions étaient tout à fait justes. Pourtant ces croyances manquaient cruellement d’une connaissance profonde du monde créé dans lequel on les appliquait. Le résultat fut une théologie qui ne pouvait servir de guide pour une vie intellectuelle plus large. Il n’y a pour ainsi dire aucune philosophie fondamentaliste, aucune histoire des sciences fondamentaliste, aucune esthétique fondamentaliste, aucune critique littéraire fondamentaliste, et aucune sociologie fondamentaliste. Ou tout au moins, il n’y en pas eu qui ait accordé  suffisamment d’attention à la façon dont Dieu a créé le monde et a placé l’homme sur cette planète. Et parce que les évangéliques ont largement conservé la mentalité du fondamentalisme quand il s’agit d’observer le monde, bien qu’ils se soient souvent distanciés de certains traits caractéristiques du fondamentalisme, la moisson évangélique en terme de vie intellectuelle a aussi été très maigre…

Le chapitre 7 du livre discute des réactions des évangéliques et des fondamentalistes au développement des sciences. La plus grande partie de la discussion tourne autour de la controverse création/évolution. Les premières réactions à l’évolution parmi les chrétiens ont été très variées. B.B. Warfield, James Cosh et d’autres pensaient que l’évolution pouvait être incorporée au cadre traditionnel du Christianisme. Jusque dans les années 30, la plupart des protestants conservateurs (au sens théologique) pensaient que les 7 jours de création étaient de longues périodes de temps. Ce qui a fait basculé les évangéliques américains vers le créationnisme de la jeune terre, c’est la sécularisation rapide des universités. Celle ci a donné aux évangéliques et aux fondamentalistes l’impression qu’ils perdaient leur capacité à influencer la culture. George Mac Ready Price, un adventiste du 7ème jour (un des promoteurs du créationnisme) n’avait que peut d’influence à ce moment là, mais lorsqu’en 1961, Morris et Whitcomb publient « The Genesis Flood » (le déluge de la Genèse), ils répondent à une frustration très forte due à la sécularisation de la culture environnante. Noll attribue la popularité du créationnisme « scientifique » à l’impression intuitive qu’avaient beaucoup d’évangéliques que cela rendait compte des enseignement simples de la Bible, à l’intrusion fédérale grandissante dans les affaires locales, en particulier dans l’éducation, au ressentiment contre la connaissance des élites qui se validaient entre elles, à la dynamique issue de la théologie fondamentaliste, à la particularité de l’eschatologie fondamentaliste et sa fascination pour les dispensations. Noll reproche donc au créationnisme de rendre toute réflexion à propos des origines de l’homme difficile, ainsi qu’à l’âge de la terre, aux mécanismes du changement biologique. En effet, le créationnisme mine toute possibilité d’observer le monde et de comprendre ce que nous voyons quand nous le faisons…

En conclusion, Noll souligne les caractéristiques qui contribueront à ses yeux au renouveau de la vie intellectuelle évangélique. Alors que les évangéliques ont mis l’accent dans l’Ecriture sur le surnaturel d’une façon qui n’a pas encouragé l’activité intellectuelle, ils ont maintenu le christianisme vivant. Ils ont maintenu la transcendance divine vivante. Nous avons peut-être utilisé les Ecritures superficiellement, mais nous les connaissons. Nous savons que nous avons désespérément besoin de salut. Même notre activisme évangélique a une très grande valeur pour nous permettre de construire une vie intellectuelle chrétienne. Alors que nous avons évangélisé des personnes de différentes culture, celles-ci nous ont appris beaucoup sur la signification de la pensée chrétienne…L’incarnation de Jésus signifie que ce monde matériel est important pour Dieu. Le sacrifice de Jésus nous apprend que Dieu a racheté des personnes pour vivre dans ce monde et dans le monde à venir.

…La plus grande partie du livre paraîtra un peu déprimante et familière pour ceux qui s’inquiètent du déclin de l’intelligence évangélique. Mais Noll nous aide à comprendre pourquoi nous en sommes là, et nous montre que les ingrédients pour la convalescence sont déjà disponibles, et ils sont précisément contenus dans les valeurs conservées par les évangéliques. »

Pour ceux qui voudraient lire la revue complète du livre de Mark Noll, voici le lien.

http://www.asa3.org/ASA/topics/College%20ScienceTeaching/HamiltonReview.html

Je suis persuadé que pour comprendre les raisons complexes qui ont conduit une bonne partie du monde évangélique à être pour le mieux méfiant vis-à-vis des sciences, et de l’évolution en particulier, il faut effectuer un travail historique de réflexion à propos des racines profondes de cette hostilité. Nous poursuivrons cette réflexion dans d’autres articles.

« Les évangéliques à la conquête du monde »

Lorsqu’on m’a prêté cet ouvrage au titre  provocateur paru en 2009  chez Perrin, j’ai d’abord craint qu’il ne s’agisse d’une caricature journalistique bien française sur le sujet. Et bien pas du tout ! J’ai même dévoré cet essai du journaliste, essayiste et conférencier Patrice de Plunkett dont j’ignore par ailleurs les convictions personnelles de foi. Je l’ai trouvé particulièrement fin dans ses analyses et soucieux d’éviter les amalgames et les raccourcis habituels dans les médias à propos des évangéliques. Ceci rend certaines remarques critiques encore plus incisives. Sa conclusion est : «  Cinq cents ans après Calvin, l’univers protestant demeure un volcan de contradictions », et en ce qui concerne les rapports particuliers qu’entretiennent les évangéliques et la science, il a particulièrement raison.

Lors de ma dernière conférence à Bordeaux, j’ai été interpellé dans la partie question/réponse par un croyant qui se souciait du fait que vis-à-vis de l’extérieur, tous les chrétiens évangéliques n’apportaient pas les mêmes réponses et n’avaient pas les mêmes positions sur les questions concernant les origines de l’univers et de l’homme. Je ne pouvais que déplorer avec lui cet état de fait produisant de la confusion dans notre témoignage, et je me suis rapidement aperçu que nous avions des opinions radicalement différentes, et qu’il me reprochait donc implicitement de ne pas penser comme lui…

Si j’ai souhaité vous parler de ce livre, c’est aussi parce qu’il fait une analyse pertinente de la place du créationnisme et  des particularités du fondamentalisme dans nos milieux.

Dans le chapitre 6, Patrice de Plunkett aborde la question « Les évangéliques sont-ils dangereux ? Faut-il en avoir peur ? »

Après avoir montré que les évangéliques ne constituent en rien un danger pour la vie politique, le journaliste aborde la question de la place de la science.

« …A ce compte, les rêves et les actes de ces évangéliques ne mettent pas en danger la vie politique, ni quoi que ce soit d’autre. Si, affirment les médias : « Ils mettent en danger la science ! » Comment le pourraient-ils ? Ici s’ouvre le débat tapageur du « créationnisme » »

Et l’auteur donne une définition brute mais vraie de ce mot :

« Qu’est-ce que le créationnisme ? Ce n’est pas le fait de croire que l’univers est créé par Dieu. C’est de croire que « Dieu a créé les espèces telles qu’on les voit aujourd’hui »(on appelle cette idée le fixisme) ; et que la vie sur Terre date de quelques milliers d’années seulement. Cette théorie contredit les données de la science : elle est donc absurde. »

L’auteur renvoie dos à dos scientistes et créationnistes

« …Environ 25% des Américains estiment pour leur part que l’évolution a été « guidée par le Créateur » : mais ils sont aussi évolutionnistes que les autres ; les amalgamer aux 29% qui nient l’évolution seraient absurde- à moins de chercher querelle à l’hypothèse Dieu sous toutes ses formes, ce qui serait quitter la démarche scientifique pour celle (philosophique) de l’athéisme. »

« …Elle (cette lecture de la Genèse) facilite la confusion qui brouille l’image du christianisme dans la société. Les publications créationnistes alignent un patchwork d’ « indices » dérisoires censés prouver que la terre n’a pas plus de six mille ans : il y a l’érosion des continents(« trop rapide »), les océans( «pas assez salés »), l’atmosphère (« pas assez d’hélium »), le charbon (« on peut le produire en laboratoire dans des délais courts »), les dinosaures (« on a trouvé l’hémoglobine d’un T-Rex), les fossiles (« on en découvre d’étranges »)… »

…Quand le public apprend que propager ces théories est considéré chez les évangéliques comme un « ministère » religieux l’image du christianisme en souffre. L’offensive créationniste des évangéliques est tombée en effet au moment où au XXIe siècle occidental revenait à la vieille idée de XIXe , selon laquelle la foi chrétienne et la science seraient incompatibles. « Elles ne le sont pas », protestaient les théologiens chrétiens, « sauf si l’on tente abusivement de les faire empiéter l’une sur l’autre ! »

Or cet abus est celui que commettent les créationnistes. Il est commis également, à l’envers, par les scientistes matérialistes. Les premiers voudraient que la science s’aligne sur leur « biblicisme » erroné. Les seconds tirent prétexte de ce « biblicisme » pour dire que le christianisme est contre la science…

…Mais aucun dogme chrétien ne s’oppose à l’hypothèse de l’évolution, ni ne contredit les sciences sur leur terrain…Ledit problème est réservé aux islamistes et à une partie des évangéliques. Le « fixisme » étant hors jeu dans le débat scientifique, les évangéliques placent ainsi leur religion dans une position intenable : tourner le dos à la culture contemporaine n’est pas la meilleure façon d’y faire entendre sa voix. »

Puisse le monde évangélique dont je fais partie méditer ces paroles !!

P236, Patrice de Plunkett fait aussi une analyse très pertinente des excès du fondamentalisme évangélique qui va bien plus loin que Calvin dans son usage de la Bible.

Pour les fondamentalistes :

« La Bible est inspirée et infaillible, en tout, dans tous les domaines y compris profanes !… Le fondamentalisme concentre le sacré dans le texte de la Bible, ce qui est calviniste. Mais il dépasse Calvin. Celui-ci disait : L’Ecriture est la seule autorité en matière de foi. Les fondamentalistes disent : elle est la seule autorité dans toutes les matières, y compris les sciences. »

Comme le disait un blogueur du site biologos que j’ai lu hier «  Si c’est ça le christianisme, alors je n’ai plus qu’une seule solution, devenir athée. »

Est-il légitime de soumettre l’interprétation de la Bible à la science ?

Cette question a été soulevée par Daniel ou Dan, qui est visiblement un créationniste de la jeune terre dans la discussion courtoise mais franche que nous avons eue à la suite de l’article à propos d’Adam et Eve, ancêtre ou pas de toute l’humanité.

http://cvablog.com/creationetevolution/2010/07/27/la-genetique-nous-montre-t-elle-que-l’humanite-descend-d’un-premier-couple-unique/

 Je le cite dans un de ses commentaires et je vous invite à remettre cette phrase dans son contexte en relisant notre discussion.

« De plus en appuyant votre épistémologie sur des hypothèses de datations, hypothèses sur l’évolution et des hypothèses qui mêlent histoire et biologie laissent entendre que vous soumettez vos conclusions théologiques et philosophiques au magistère de la science (et donc en ayant comme présupposé que la science est la norme par lequel la Bible est normée). »

Ainsi, selon Dan, je suis coupable d’amoindrir la portée du message biblique et son autorité parce que j’autorise les découvertes de la science à influencer l’interprétation de la Bible et des textes parlant de la création en particulier. Evidemment, la divergence que nous avons est directement liée à nos points de vue différents en ce qui concerne le concordisme scientifique. Pour Daniel, (qu’il me corrige si je l’ai mal compris), le récit de la création a été révélé par Dieu et il raconte des faits de nature historique (création en 7 jours il y a quelques milliers d’années). Pour les non concordistes (c’est mon cas), ce récit est inspiré en ce qui concerne le message spirituel qu’il contient, mais il est « emballé » dans les conceptions scientifiques anciennes de l’auteur inspiré (le firmament, les animaux qui se reproduisent « selon leur espèce »…). Pour ne pas produire de confusion, le Saint Esprit a permis que le message théologique divin s’exprime en des termes accessibles aux premiers auditeurs. Il est donc vrai que pour m’informer en ce qui concerne le quand et le comment de la création, je ne crois pas que la Bible fasse autorité, mais plutôt la science. Croyant que Dieu se révèle par la Bible mais aussi par l’étude de sa création, je ne pense pas qu’il faille en effet rejeter ce que nous avons découvert grâce aux facultés rationnelles que Dieu nous a données.

Pour aller plus loin je traduis ci-dessous un passage du monumental ouvrage de Denis Lamoureux : Evolutionary Creation (pp 160-161) dans lequel ce brillant théologien explique ceci bien mieux que je ne saurais l’exprimer (la mise en gras est de mon initiative).

La primauté de la science en matière d’herméneutique

 

« Que les chrétiens en soient conscients ou pas, la connaissance scientifique moderne joue un rôle significatif dans leur manière d’interpréter les passages bibliques à propos du monde naturel. Par exemple, ceux qui essaient d’expliquer le lever du soleil dans l’Ecriture à l’aide d’un langage « poétique » ou bien « phénoménologique » confirment ce que j’affirme de manière involontaire. C’est leur acceptation de l’astronomie moderne qui les dirige (ils projettent leurs conceptions sur le texte) pour affirmer que ces passages ont la même signification que celle que nous avons aujourd’hui lorsque nous parlons du « coucher » ou du « lever » du soleil. En fait, l’identification de la science ancienne dans la Bible requiert des connaissances scientifiques modernes. Il faut savoir que la terre tourne sur son axe tous les jours avant de reconnaître que les références aux mouvements du soleil dans le ciel sont de l’astronomie ancienne. Ainsi, une certaine connaissance de la nature est indispensable pour interpréter la Bible. Dit plus explicitement, la science a la primauté herméneutique par rapport à la Bible dans les passages parlant de la structure, du fonctionnement et de l’origine du monde physique.

Galilée défendait cette approche concernant les relations entre la Bible et la science. Il écrivait : «  Dans les disputes à propos des phénomènes naturels, il ne faut pas commencer avec l’autorité des passages de l’Ecriture mais avec l’expérience sensorielle et les démonstrations nécessaires…En effet, après être devenus certains de certaines conclusions physiques, nous devrions les utiliser comme des aides appropriées pour corriger notre interprétation de la Bible. » Le célèbre astronome en a conclu que  « lorsqu’on est en possession de cette information scientifique, c’est un don de Dieu. » Pour Galilée, le livre des œuvres de Dieu nous permet d’interpréter le livre de la parole de Dieu dans des passages concernant la nature.

Les « partisans  de la création évolutive » affirment que la cosmologie, la géologie et la biologie de l’évolution sont aussi des « dons de Dieu ». Ces domaines de la science nous révèlent non seulement comment Dieu a créé le monde, mais ce sont aussi des « aides très appropriés » pour comprendre Genèse 1-11. Comme pour l’astronomie du temps de Galilée, les sciences de l’évolution ont la primauté sur les affirmations bibliques à propos de l’origine physique de l’univers de la vie, l’humanité comprise. Toutefois, les « partisans  de la création évolutive » sont également prompts à souligner les limites de la science en matière d’interprétation biblique. Les découvertes n’ont aucun impact sur les messages de foi transmis par la Bible. Par exemple, le fait que les hommes portent l’image de Dieu et qu’ils sont des pécheurs sont des affirmations théologiques qui ne peuvent être testées par la science. Aucun instrument scientifique ne peut détecter ces réalités spirituelles. Ainsi, les sciences de l’évolution nous permettent de séparer la balle de la vision ancienne des origines contenue dans Genèse 1-11 du grain des vérités éternelles que ces chapitres transmettent. »

L’évolution ne prédit-elle pas que les changements dans les formes de vie devraient être graduels ? N’y a –t-il de grands vides dans le registre fossile où de nouvelles formes de vie apparaissent soudain ?

Traduction : Christophe Crussière

  Lorsqu’un environnement écologique demeure stable pendant une longue période de temps, les espèces vivant dans cet environnement changent rarement. Elles deviennent souvent si bien adaptées à l’environnement qu’elles changent très peu, voire pas du tout, tant que l’environnement est stable. Mais si de grands changements surviennent à un environnement écologique – peut-être suite à une catastrophe naturelle, un changement de climat, une faille  géologique, l’intrusion dans le milieu de nouvelles espèces en compétition avec les anciennes, alors les plantes et les animaux peuvent évoluer plutôt rapidement.

  Pour les scientifiques, « évoluer rapidement » signifie changer en quelques dizaines ou centaines de milliers d’années.  Cela est lent selon les standards humains mais rapide comparé aux échelles de temps géologiques, qui sont importantes en vue de déterminer quelles sortes de fossiles on pourra trouver. Par exemple, si un environnement resté stable pendant des dizaines de millions d’années venait à changer assez rapidement (selon les standards géologiques) pour redevenir stable pour des dizaines de millions d’années, le registre fossile dans ces roches montrerait probablement deux longues périodes avec de nombreux fossiles où les espèces n’ont pas beaucoup changé. On trouverait aussi enserrée entre ces deux longues périodes une courte période avec moins de fossiles où les espèces changeaient « rapidement ». (Ce type de scénario est quelquefois dénommé « équilibre ponctué »). Cette situation donnerait du registre fossile l’impression que de nouvelles espèces seraient survenues relativement rapidement, avec seulement quelques fossiles de transition. Lorsque les géologues trouvent ces sortes de fossiles de transition, ils peuvent chercher des preuves dans les roches elles-mêmes pour déterminer si l’environnement a changé pendant cette période ou non.

Quelquefois, des vides apparaissent dans le registre fossile parce que des processus géologiques surviennent, détruisant certains fossiles. Imaginez un site qui accumule des sédiments et des fossiles sur 40 millions d’années. Survient alors une catastrophe naturelle, ou bien l’érosion par l’eau, les couches supérieures de roches sont alors détruites et 15 millions d’années de roches sédimentaires et de fossiles balayées. Après cela, les sédiments et les fossiles commencent à s’accumuler de nouveau. Les géologues qui examineraient ces fossiles aujourd’hui pourraient bien noter ce qui semble être un changement brutal des fossiles à un moment donné. Cela peut paraître troublant à première vue, mais les géologues peuvent tester si les couches de roches et les fossiles ont été détruits. Ils le peuvent en comparant les couches de roches sur un site donné aux couches de roches de sites voisins qui n’ont pas subi de catastrophe naturelle ou d’érosion.

Les chasseurs de fossiles doivent savoir où chercher avant de trouver les fossiles de transition qu’ils cherchent. Il y a plusieurs dizaines d’années, on connaissait très peu de fossiles de transition qui liaient les baleines modernes à des mammifères terrestres anciens. Une fois les premiers fossiles de transition découverts, les scientifiques surent les chercher dans une partie spécifique du globe – l’Asie centrale et l’Océan Indien, et lorsqu’ils surent où regarder, ils en trouvèrent davantage.

Comme de plus en plus de fossiles sont découverts, de plus en plus de vides dans le registre fossile sont remplis. Les nouveaux fossiles permettent aux scientifiques de tester les prédictions qu’ils ont faites à l’aide des fossiles connus antérieurement. Le registre fossile actuel et les nouveaux fossiles découverts fournissent un appui solide à l’ascendance commune et sont en accord avec les prédictions de la théorie de l’évolution.

L’évolution peut-elle vraiment produire de grands changements, par exemple changer les poissons en reptiles ou les reptiles en oiseaux ?

Traduction française: Christophe Crussière. 

On fait quelquefois la distinction entre la microévolution et la macroévolution. La microévolution fait référence à de petits changements au sein d’une espèce ou bien lorsqu’un espèce se divise en plusieurs espèces très similaires – changements qui peuvent se produire sur seulement quelques décennies ou quelques siècles. La macroévolution fait référence aux changements plus importants d’une forme de vie à une autre, qui se produisent, suppose-t-on, sur plusieurs millions d’années, comme le prédit la théorie de l’évolution.

Certains prétendent que la microévolution a lieu mais pas la macroévolution. Ils disent que de nouvelles espèces ne pourraient pas se développer de manière significative quel que soit le temps qui puisse passer. Mais presque tous les biologistes croient que la macroévolution a eu lieu et que les mécanismes de l’évolution sont capables de produire les principaux changements vus dans le registre fossile sur des millions d’années.

Une raison pour laquelle les biologistes croient que la macroévolution est possible est que la microévolution se produit souvent à un rythme plus rapide que la macroévolution. Considérez un exemple de microévolution qui mette en jeu deux races de chiens qui partageaient un ancêtre commun il y a un millier d’années. On peut mesurer la quantité de différences génétiques et anatomiques qui se sont développées durant cette période. On peut aussi mesurer la quantité de différences génétiques et anatomiques apparues entre chiens et chats ces soixante derniers millions d’années – c’est grossièrement le temps où ils partageaient un ancêtre commun, d’après le registre fossile. Si la microévolution peut produire un certain changement en seulement 1000 ans, alors la macroévolution doit être capable de produire 100 fois plus de changement en 10000 fois plus de temps (10 millions d’années). 

Bien que la vitesse de la microévolution semble assez rapide pour produire la macroévolution, cela ne prouve pas que la macroévolution ait eu lieu. La macroévolution est un défi scientifique parce que les processus biologiques et les êtres vivants sont complexes. En comparaison, les atomes étudiés par les physiciens et les étoiles étudiées par les astronomes sont bien plus simples – quelques équations expliquent presque tout à leur sujet. Parce que la biologie est si complexe, les biologistes croient qu’il leur faudra encore plusieurs dizaines d’années de recherches pour comprendre les détails de la macroévolution. Les preuves qu’ils ont jusqu’ici sont cohérentes avec la théorie de l’évolution, mais parce qu’on n’en a pas compris tous les détails, il y a encore place pour des affirmations contraires de la part de personnes qui disent la macroévolution impossible.

http://67.199.69.61/origins/

Le deuxième principe de la thermodynamique dit que l’entropie (le désordre) est toujours croissante. Cela ne contredit-il pas la théorie de l’évolution qui dit que l’ordre et la complexité des organismes vivants s’accroissent avec le temps ?

  L’entropie est une quantité que les physiciens ont définie soigneusement pour mesurer le désordre dans un système. Le deuxième principe de la thermodynamique est une loi de la nature qui dit que l’entropie (le désordre) ne décroît jamais dans un système fermé. Un système fermé est quelque chose qui n’échange aucune énergie avec l’extérieur. Par exemple, imaginez une boîte fermée contenant de l’oxygène et de l’azote, avec l’oxygène d’un côté de la boîte et l’azote de l’autre. Même s’il n’y a aucun échange d’énergie avec l’extérieur, ces deux gaz se mélangeront avec le temps, augmentant ainsi l’entropie.

  D’autre part, si un système est ouvert, il peut absorber de l’énergie depuis l’extérieur et utiliser cette énergie pour faire en fait décroître sa propre entropie et ainsi augmenter l’ordre en son sein. Par exemple, les cellules vivantes de votre corps reçoivent de l’énergie sous la forme d’éléments chimiques ; elles absorbent et utilisent cette énergie pour faire décroître le désordre chimique en elles-mêmes. De même, les organismes vivants de la terre sont capables de faire décroître leur entropie avec le temps parce qu’ils reçoivent un flux constant d’énergie en provenance du soleil qui accroît l’ordre en leur sein. La deuxième loi de la thermodynamique permet que l’entropie des systèmes biologiques décroisse avec le temps aussi longtemps qu’il existe une source d’énergie extérieure à disposition.

http://67.199.69.61/origins/

Quelques questions sur la théorie de l’évolution

Dans leur livre Origins et le site associé, Loren et Deborah Haarsma abordent simplement toute une série de thèmes très pertinents concernant les rapports science/foi. Cette qquatrième série concerne les questions que les chrétiens se posent concernant l’évolution des espèces. Nous publierons dans les jours qui viennent et une par une les réponses proposées.

http://67.199.69.61/origins/

Loren et Deborah Haarsma sont enseignants/chercheurs au Calvin College aux E.U. Lui est docteur en physique, diplômé de Harvard et elle docteur en astronomie, diplômée du M.I.T. Ils sont tous deux très impliqués dans l’American Scientific Affiliation, association de scientifiques chrétiens américains. Merci à Loren et Déborah d’avoir autorisé la traduction de leur travail pour le site www.scienceetfoi.com et le blog création et évolution.

Un grand merci à Christophe Crussière pour la traduction de cet article et celle de ceux qui suivront dans cette série.

Parmi les nombreux points de vue concernant les origines, aucun n’est exempt de difficultés théologiques ou scientifiques. Tous doivent faire face à des questions délicates. Pour vous aider dans votre réflexion, nous avons rassemblé une liste de questions que les chrétiens se posent souvent à propos des origines. Certaines d’entre elles n’ont pas de réponse simple, et nous sommes conscients du fait que les réponses que nous proposons ne pourront satisfaire chacun. Dans certains cas, nous ne sommes pas entièrement satisfaits nous-mêmes avec ces réponses, mais nous proposons des pistes que nous avons trouvées utiles pour notre part. C’est ce que nous pouvons proposer de mieux !

Si la théorie de l’évolution est correcte, ne devrait-on pas voir des animaux vivants aujourd’hui qui sont mi-chats / mi-chiens ?

La théorie de l’évolution ne prédit pas un tel résultat. Elle dit que les chats et les chiens partagent un ancêtre commun. Elle prédit que si on observe des fossiles canins d’il y a trois millions d’années, ils devraient être plutôt similaires aux chiens modernes ; des fossiles d’il y a six millions d’années seront un peu plus différents, des fossiles d’il y a neuf millions d’années encore plus différents et ainsi de suite. Si on observe des fossiles félins d’il y a trois millions d’années, ils devraient être plutôt similaires aux chats modernes ; des fossiles d’il y a six millions d’années seront un peu plus différents, ainsi de suite.

  Lorsqu’on remonte les deux lignes fossiles en arrière dans le temps, elles vont ressembler  de moins en moins aux chats et aux chiens modernes et, à un moment donné, elles vont se ressembler l’une l’autre de plus en plus. Assez loin dans le passé (environ 60 millions d’années), les deux lignes fossiles vont remonter à la même forme de vie qui était l’ancêtre commun aux chats et aux chiens. Voilà en fait ce que les scientifiques voient dans le registre fossile.