Archive pour mars 2010
Prudent comme le serpent, simple comme la colombe…
Auteur de cet article, Roger Lefebvre est pasteur dans une église évangélique à Ath en Belgique, il est aussi président de l’Alliance Evangélique Francophone Belge (et il précise que ses propos n’engagent que lui). Il est ingénieur agronome tropical de formation.
Comme on le voit, « le créationnisme » et « l’évolutionnisme » se présentent : tantôt comme des doctrines philosophiques et religieuses, quand elles abordent la question métaphysique de nos origines, tantôt comme des théories scientifiques, quand elles se limitent strictement à l’étude du processus matériel de nos origines… Evidemment, ces deux aspects s’interpénètrent constamment, comme le montre l’histoire de Monsieur « X », ou la conception d’une « création évolutive » présentée plu haut. Il s’avère donc indispensable de préciser de quel point de vue on se place quand on en parle… Comme je l’ai déjà fait remarquer, loin d’être impie, cette « distinction des genres » s’avère de plus en plus urgente dans nos milieux évangéliques. Non seulement parce qu’elle relève du bon sens, ou même de l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire, mais aussi pour des raisons spirituelles évidentes.
Et pour cause ! N’est-il pas « suicidaire » pour la foi de se placer en position de subordination par rapport à la science ?… C’est à la religion, au contraire – ou à la philosophie – de définir les limites éthiques du champ d’activité scientifique; et non aux sciences de fixer les limites de ce qui est « croyable » ou non, en matière de foi. C’est par cette sujétion que l’Eglise chrétienne s’est discréditée, chaque fois qu’elle a voulu intégrer des données scientifiques à sa théologie… Que l’on se souvienne du procès dressé à Galilée, quand celui-ci voulut prouver que c’est la terre qui tourne autour du soleil, et non l’inverse. A cette époque déjà, l’église catholique a cru devoir s’opposer aux théories scientifiques du célèbre astronome, au nom de dogmes qui paraissaient solidement fondés sur la révélation biblique.
Aujourd’hui, pourtant, il nous paraît naturel que les conceptions d’un chrétien, en matière de cosmologie, se fondent sur la compétence des astrophysiciens (sérieux !) et non sur les croyances des théologiens. Pourtant, lorsqu’il s’agit de la théorie de l’évolution, il semble que beaucoup d’évangéliques soient en train de reproduire l’erreur de l’église romaine du XVIIème siècle envers Galilée… Aussi, que va-t-il se passer, maintenant que la recherche scientifique aboutit à des évidences incontestables ? Les chrétiens évangéliques vont-il continuer à faire l’autruche et à s’enfoncer la tête dans le sable d’une ignorance élevée au rang des vertus ? Vont-il se mettre à douter de la révélation biblique ?
Une théologie qui place ainsi la doctrine chrétienne en balance avec une théorie scientifique me paraît particulièrement dangereuse pour la foi. Car, le jour où la théorie scientifique s’avère exacte, la doctrine chrétienne, dans sa globalité, apparaît infondée aux yeux de l’opinion publique… et frauduleuse aux yeux des croyants mal affermis. Ceux-ci délaissent alors la piété évangélique au profit d’une religion plus libérale; ou alors, ils abandonnent la foi chrétienne pour adopter les conceptions athées colportées par quelques scientistes sans scrupules.
C’est ce qui s’est passé, peu après l’époque de Galilée, avec l’avènement du « siècle des lumières » et de la « raison cartésienne », puis du « libre examen » et de la « libre pensée ». C’est aussi ce qui se produit aujourd’hui avec les jeunes croyants qui ne sont pas vraiment ancrés dans la foi. Il faut savoir qu’en ce domaine, beaucoup d’adolescents chrétiens abordent leurs études secondaires – et même supérieures – avec les notions bibliques reçues à l’école du dimanche : à savoir la conception enfantine d’un Dieu créateur qui, tel Merlin l’enchanteur, s’est promené dans l’univers la baguette magique à la main, créant ici notre planète bleue, là une galaxie; ici une pâquerette, là un baobab; ici un petit lapin, là un rhinocéros…
La foi de nos jeunes gens sort rarement intacte du choc résultant de la rencontre de cette « théologie » primaire avec le scientisme athée de certains professeurs. Mais attention ! Qu’on ne me dise pas que ces défections sont imputables à telle ou telle idéologie athée… Celles-ci n’ont jamais pu que titiller le fondement d’un « château de cartes » doctrinal qui ne demandait qu’à s’effondrer. Aussi, pour moi, cette responsabilité incombe à l’obscurantisme et au sectarisme des « docteurs » qui, au sein de nos communautés, persistent à faire, du processus « créationniste », un dogme à la fois religieux et scientifique. On ne peut sans doute pas demander à tous les pasteurs d’être au fait des dernières découvertes en matière de biogénétique… Mais alors, qu’ils fassent preuve de modestie et qu’ils évitent de prendre position pour renvoyer leurs interlocuteurs à plus « savants » qu’eux. On peut également comprendre que certains responsables pasteurs soient subjugués par l’assurance dont fait preuve, et la publicité à laquelle se livre le lobby « créationniste », animé et soutenus par des chrétiens fondamentalistes américains… Mais alors, qu’ils considèrent aussi l’existence des scientifiques américains de plus en plus nombreux qui adhèrent à l’évolution, sans que cela ne mette l’autorité de la Bible en cause, ou leur foi chrétienne en question.
Evidemment, une telle démarche demande beaucoup d’humilité et de sagesse de la part de nos responsables : assez d’humilité pour confesser les limites de leur savoir et renvoyer nos jeunes vers les scientifiques compétents… assez de sagesse pour former et exercer nos jeunes au discernement des diverses philosophies disséminées dans les cours qu’ils reçoivent. Personnellement, il me semble qu’une initiation critique – pas nécessairement plus – aux philosophies contemporaines serait bien plus appropriée qu’une désinformation scientifique ou qu’une intoxication doctrinale pour les préparer au « choc culturel » qui les attend à l’université, et parfois au lycée, déjà…
Pour la plupart des chrétiens qui arrivent à l’âge adulte en demeurant fidèles à leur foi, la question n’est pas réglée pour autant. La plupart sont des croyants honnêtes, sincères et quelque peu instruits. Aussi, même si c’est de façon confuse, ils perçoivent bien le malentendu entourant un problème qui demeure sans réponse vraiment pertinente, et qui ne manque pas de les embarrasser. Car, d’une part, dans leur église, on persiste à leur dire que le concept biblique de création est totalement incompatible avec la doctrine athée de l’évolution. Et d’autre part, au cours de leurs études, on leur a parlé du « big bang », des époques géologiques, de l’évolution des espèces, des préhominiens, etc. comme de faits scientifiques incontournables…
Certes, « il faut croire pour comprendre, plutôt que comprendre pour croire », mais la dichotomie entre foi et raison a ses limites. Non pas qu’il y ait « quelque chose d’impossible à Dieu » (Luc 1.36-37) – la naissance de Jean Baptiste est là pour le prouver – mais une fois encore, on ne peut assimiler le processus matériel de la création à sa portée spirituelle pour la foi. Si les principes et enseignements spirituels révélés dans l’Ecriture doivent demeurer au centre de notre profession de foi – contre toute logique rationaliste ou matérialiste – les lois de la physique, de la chimie, de la biologie, etc. demeurent exclusivement l’objet de la recherche scientifique. Les malheureux chrétiens qui ne font pas cette distinction, risquent bien de devenir les victimes d’une véritable schizophrénie intellectuelle ou spirituelle.
A première vue, pour y échapper tout en restant chrétien, il n’existe que deux solutions. La première – déjà citée – consiste à croire la science, tout en relativisant la confiance que l’on place dans le texte biblique : c’est l’optique adoptée par la plupart des croyants libéraux, plutôt rationalistes et farouchement attachés au principe du « libre examen ». La deuxième solution réside dans une lecture « littéraliste » de la Bible, associée à la négation de tous les acquis de la science qui mettent cette lecture en péril : le plus souvent, en qualifiant ces connaissances d’escroqueries scientifiques et de malversations intellectuelles. Les chrétiens évangéliques ont généralement opté pour cette seconde solution… A l’exception de ceux, de plus en plus nombreux – et que j’ai rejoints – qui ont résolument ouvert une troisième voie en choisissant de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Luc 20.25)… Entendez : « rendre à la science ce qui est à la science et à la foi ce qui est à la foi ! »
(À SUIVRE)
Les énigmes de la biologie de l’évolution (3/7)
Peut-on parler de « direction » de l’évolution?
Ernst Mayr (1904-2005), que l’ont crédite largement de l’invention de la philosophie moderne de la biologie, tout spécialement de la biologie évolutive, présente quatre objections traditionnelles à l’utilisation du langage téléologique en biologie.
- Les affirmations ou les explications téléologiques impliquent l’adhésion à des suppositions d’ordre métaphysique ou théologique invérifiables dans le cadre de la science. Mayr a par exemple l’exemple de l’élan vital de Bergson ou les écrits de Hans Driesch (1867-1941).
- La croyance que l’acceptation d’explications de phénomènes biologiques qui ne seraient pas applicables à la nature inanimée constitue un rejet d’explication physico-chimique.
- La supposition que des objectifs futurs sont la cause d’évènement actuels parait incompatible avec la notion courante de causalité.
- Le langage téléologique semble être un anthropomorphisme très discutable. L’utilisation de mots tels que « dirigé pour un but » parait être un transfert de qualités humaines- tels que la planification et la recherche d’objectifs- à des structures organiques.
Comme Mayr le souligne, le résultat de ces objections et d’autres a conduit au fait que les explications téléologiques en biologie ont été couramment considérées comme une « forme d’obscurantisme ». Pourtant, les biologistes continuent d’utiliser un langage téléologique, en insistant sur son utilité et sa pertinence méthodologique et heuristique. De sérieuses objections ont été et sont encore élevées à propos d’une conception de l’évolution considérée comme un agent conscient, planifiant activement ses objectifs et ses résultats, ou bien conduite vers un objectif prédéfini par une force mystérieuse.
Pourtant, il faut noter que de telles façons anthropomorphiques de parler (et de penser) sont évidentes dans certaines sections de la biologie contemporaine. Un parfait exemple nous est fourni par la description évolutive du « gène de l’œil », popularisée par Richard Dawkins, qui décrit le gène comme un agent actif. Tout en avertissant soigneusement que « nous ne devons pas concevoir le gène comme un agent actif et intentionné. », Dawkins souligne que le processus de la sélection naturelle « les fait plutôt agir comme s’ils avaient un objectif ». Cette façon anthropomorphique de parler sous entend l’attribution d’une intentionnalité et d’une activité à une entité qui n’est en définitive qu’un participant passif dans le processus de réplication, plutôt que son agent actif. Plus sérieusement, en affirmant que le gène est un répliquant, Dawkins paraît lui conférer une certaine forme d’autonomie biologique, ce qui met sous silence sa position au sein d’un système.
Bien entendu, l’émergence de cette approche du « gène de l’œil » doit être contextualisée et envisagée à la lumière du rejet de formes plus élevées de sélection naturelle décrite dans le livre influent de George C. Williams Adaptation and Natural Selection (1966). La critique de Williams à propos de la théorie de la sélection de groupe a été le début d’un paradigme nouveau en matière de sélection des gènes, en affirmant que la sélection naturelle est principalement, sinon exclusivement, une sélection en faveur ou en défaveur de gènes uniques. Dans Le gène égoïste (The Selfish Gene (1976)), Dawkins a largement popularisé cette approche et a contribué à son acceptation. Pourtant, aujourd’hui le vent a tourné, et les approches hiérarchiques ou à plusieurs niveaux de la sélection naturelle ont regagné du terrain chez les biologistes.
Comme Mayr le souligne à juste titre, la nature abonde en processus et en activités qui conduisent vers un objectif. Cependant, nous choisissons de les interpréter. Les exemples de comportements dirigés vers un but sont très répandus dans le monde naturel ; en effet, « l’existence de processus dirigés vers un but est peut-être l’un des traits les plus caractéristiques des systèmes vivants. » La reformulation d’affirmations téléologiques sous une forme non téléologique conduit invariablement à des « platitudes sans signification ». Bien qu’il entoure sa conclusion de bien des précautions, Mayr insiste sur le fait qu’il est approprié de dire que : « l’usage de ce que l’on appelle le langage « téléologique » est légitime en biologie ; cela n’implique pas le rejet d’explications physico chimiques pas plus que d’explications non causales. »
Un autre problème surgit de la notion de “capacité à évoluer”. Certains affirment que la nature semble sélectionner préférentiellement les formes capables de développements évolutifs futurs. Marc Kirschner et John Gerhart donne une définition utile de cette notion dans une étude remarquable de 1998 : « La capacité d’une lignée à évoluer est aussi qualifiée de capacité d’adaptation évolutive. Il s’agit de sa capacité à générer des variations héritables et sélectionnables de son phénotype. » Pourtant, ceci semble bien lier la sélection avec les caractéristiques d’états futurs- ce qui contredit clairement la troisième objection de Mayr, qui rejette toute possibilité que « des objectifs futurs soient la cause d’évènement actuels », ce qui contredirait les notions courantes de causalité.
Ainsi, existe-t-il une direction de l’évolution, que l’on choisisse de l’interpréter de manière téléologique ou pas? La manière de poser la question montre bien qu’il s’agit là d’une question légitime scientifiquement, et pas d’une question théologique spéculative. La vision d’une évolution indéterminée en terme d’aboutissement, sans prédiction possible a fini de dominer la biologie évolutive. Beaucoup d’auteurs ont adopté le paradigme darwinien standard affirmant le caractère essentiellement aléatoire et contingent de la nature dans les processus évolutifs.
Ainsi, existe-t-il une direction de l’évolution, que l’on choisisse de l’interpréter de manière téléologique ou pas? La manière de poser la question montre bien qu’il s’agit là d’une question légitime scientifiquement, et pas d’une question théologique spéculative. La vision d’une évolution indéterminée en terme d’aboutissement, sans prédiction possible a fini de dominer la biologie évolutive. Beaucoup d’auteurs ont adopter le paradigme darwinien standard affirmant le caractère essentiellement aléatoire et contingent de la nature dans les processus évolutifs. Par exemple, Stephen Jay Gould (1941-2002) insistait sur le fait que “pratiquement tous les évènements intéressants de l’histoire de la vie peuvent s’interpréter en terme de contingence ». Il est inutile de parler de but, d’inévitabilité historique ou de direction. Du début jusqu’à la fin, le processus évolutif est dirigé par les contingences. »Nous sommes le résultat accidentel d’un processus non planifié… le résultat fragile d’une accumulation énorme d’évènements improbables ; et non le résultat d’un processus défini. » Comme le Gould le raconte en utilisant cette analogie célèbre des années 1990, si nous devions repasser la K7 vidéo du film de la vie, nous verrions quelque chose de différent à chaque fois. « Repasser le film une autre fois et la première étape des cellules procaryotes vers les cellules eucaryotes pourrait bien durer 12 milliards d’années au lieu de deux. » L’influence de la contingence est telle que tout ce qui est arrive est le fruit des coïncidences. « Modifier tout événement du passé, même de manière insignifiante, et l’évolution se déroulera de façon radicalement différente. » Gould affirme que la contingence est si essentielle que la K7 montrera un film différent à chaque fois qu’elle sera visionnée. Ainsi, le processus du développement évolutif est-il réellement aussi dépendant des coïncidences de l’histoire ?
…(à suivre)
La Bible enseigne-t-elle que la terre est une sphère?
Jésus aurait facilement pu prouver sa divinité en révélant la science aux hommes, des siècles avant que les chercheurs ne viennent confirmer ses affirmations. Il y a 2000 ans, imaginez un instant Jésus dire : « E = m.c2, vous comprendrez plus tard… ». La formule d’équivalence masse (m) énergie (E) découverte par Einstein nous aurait alors été transmise au détour d’un verset de l’évangile de Jean… Les hommes du 20ème siècle et d’après n’auraient eu qu’à s’incliner devant une révélation aussi spectaculaire et reconnaître qu’il était bien le Fils éternel de Dieu, auteur de la création.
Cette petite histoire fait certainement sourire intérieurement les croyants, parce qu’ils savent bien que ce n’est pas sur ce terrain là que Dieu les a attirés et qu’il s’est révélé à eux. Pourtant, bien des chrétiens restent friands d’arguments qui ne sont pas tellement différents. Pourquoi est-il important pour eux que la description du monde faite par les auteurs inspirés correspondent aux découvertes de la science moderne (ce qu’on appelle le concordisme scientifique) ? Je pense qu’ils ressentent le besoin que l’inspiration de la Bible soit prouvée rationnellement. Ce serait le cas si les auteurs sacrés avaient été capables de dépasser le niveau de connaissance scientifique de leurs contemporains grâce au Saint Esprit. De même, dés que des chercheurs prétendent avoir déchiffré le prétendu « code secret » de la Bible en mettant en évidence des harmonies mathématiques que seul Dieu aurait pu révéler, certains chrétiens y voient immédiatement la preuve que « la Bible est vraie ». Ils sont aussi très déçus le jour où ces découvertes sont remises en cause, et que des harmonies semblables se retrouvent dans d’autres textes de l’Antiquité. Dans leur esprit, croire en l’évangile ou l’annoncer aux autres est un peu comme proposer un questionnaire à choix multiple: « Tu as maintenant devant toi la preuve rationnelle que la Bible est la parole inspirée de Dieu, tu peux cocher la bonne case ! »
Les prédicateurs de l’évangile sont parfois tentés d’avoir recours à ce genre de procédés censés ne laisser aucun choix à l’auditeur convaincu par la démonstration. Un classique du genre est : « Laisser moi vous montrer que la Bible révèle que la terre est ronde des siècles avant que l’homme ne le découvre ». (Ce sont les grecs qui ont découvert la rotondité de la terre quelques siècles plus tard. Aristote (384-322), l’étudiant préféré de Platon, utilise des observations limitées pour confirmer cette hypothèse. Ératosthène (276-194) la confirme scientifiquement en calculant la circonférence de la terre avec une précision de 2% par rapport à la réalité.)
Job 26 :7 :« Il étend le septentrion sur le vide, Il suspend la terre sur le néant…. Il a tracé un cercle à la surface des eaux…»
Hors de son contexte, ce verset spectaculaire parait bien décrire la planète bleue telle qu’elle surgit dans notre imagination dés que nous prononçons le mot terre (comme nous l’imaginons souvent lorsque nous lisons Genèse 1 : « la terre était informe et vide ».) A lui seul, ce verset semble contredire totalement la démonstration faite sur ce blog et sur le site www.scienceetfoi.com associé ! En effet, nous prétendons que pour les auteurs bibliques : la terre est plate, elle est inébranlable, elle a des fondations : les piliers de la terre, elle est entourée par les eaux, elle est circulaire ou parfois carrées (les 4 coins du monde), elle a des extrémités… Cette compréhension du monde n’a pas été modifiée par le Saint Esprit dans le processus d’inspiration.
Comment résoudre alors cette contradiction apparente ?
C’est très simple, il suffit de replacer le verset dans son contexte immédiat : «…. jusqu’à la limite entre la lumière et les ténèbres. Les colonnes du ciel s’ébranlent et s’étonnent à sa menace. » (v.10 et 11), et plus généralement dans le contexte du livre de Job tout entier, où l’univers physique est décrit dans une conception ancienne : le firmament (Job 37:18) : « Peux–tu comme lui étendre une voûte de nuées, aussi solides qu’un miroir de fonte ? », la demeure de Dieu dans les cieux des cieux (Job 36:29), les piliers de la terre (Job 9:6, 38:4-6) : « Où étais–tu quand je fondais la terre ? Déclare–le, si tu le sais avec ton intelligence. Qui en a fixé les mesures, le sais–tu ? Ou qui a étendu sur elle le cordeau ? Dans quoi ses bases sont–elles enfoncées ? Ou qui en a posé la pierre angulaire.» …Ainsi l’idée de la terre sphérique apparaît pour ce qu’elle est véritablement : une projection de nos connaissances actuelles sur le texte. Le cercle dont il est question dans Job 26 :7 est bien un cercle en deux dimensions et non une sphère. Ce verset décrit la terre telle que les anciens peuples du Proche Orient la voyaient : un disque plat sur un océan (les eaux d’en bas).
« De plus, le verbe talah, qui est traduit par « suspendre » dans Job 26 :7, apparaît dans le contexte de la suspension d’un objet comme celle d’un ustensile à un piton (Esaïe 22 :24), d’armes sur un mur (Ez 27 :10) ou d’une lyre sur un arbre (Ps 137 :2). Ce verbe ne fait pas référence à une suspension dans l’espace vide, mais au fait d’accrocher quelque chose au bout d’une perche. » (Denis Lamoureux Evolutionary Creation p133.)
Un autre verset qui, extrait hors de son contexte, pourrait nous laisser penser que la Bible décrit une terre sphérique:
Esaïe 40:22 : «C’est lui qui habite au-dessus du cercle de la terre, dont les habitants sont comme des sauterelles… » Mais lisons la deuxième partie du verset : « …Il étend les cieux comme une étoffe légère, Il les déploie comme sa tente, pour en faire sa demeure. »
C’est l’image habituelle figurant une terre plate, et le firmament au-dessus (voir Psaumes (104:2-3)). Le prophète Esaïe parle d’Abraham, habitant la ville Ur, près de la côte du Golfe Persique : « Toi, que j’ai saisi des extrémités de la terre et que j’ai appelé de ses confins, à qui j’ai dit : Tu es mon serviteur… » (Esaïe 41:9)
Ainsi dans ces deux textes, le contexte du livre tout entier nous montre qu’il s’agit bien d’une côte circulaire entourée par les eaux et d’une terre plate. Affirmer le contraire est tout simplement non biblique !
Source: Evolutionary Creation de Denis Lamoureux.
Denis Lamoureux met gracieusement en ligne un chapitre de son livre « J’aime Jésus et j’accepte l’évolution » à propos de la science ancienne contenue dans la Bible, bonne lecture!
http://www.ualberta.ca/~dlamoure/ilj_ancient_science.pdf
Voir aussi l’excellent article de Paul Seely dans le Westminster Theological Journal à propos de la signification du mot « mer » et « terre » dans Genèse 1:10
Les énigmes de la biologie de l’évolution (2/7)
L’évolution a-t-elle un « but »?
L’un des débats actuels les plus important en philosophie de la biologie est de savoir Si on peut considérer que l’évolution est téléologique (c’est-à-dire qu’elle a un but). Le rejet de toute forme de téléologie a acquis le statut de vérité axiomatique dans le néodarwinisme depuis les années 1970. On considérait alors que l’évolution était un processus ouvert et indéterminé, sans aucun but prédéfini. Cette position a émergé très tôt dans la réception populaire de la théorie de la sélection naturelle de Darwin. Comme on le souligne souvent, ce qui a frappé Thomas H. Huxley dans sa première lecture de L’Origine des Espèces était « la conviction que la téléologie, telle qu’on la concevait habituellement, avait reçu le coup de grâce des mains de Mr Darwin. » Cette conception de la téléologie était présente dans la Théologie Naturelle (1802) de Paley, qui soulignait que la nature était conçue et construite avec une intention et un but spécifique à l’esprit.
Pourtant, nous devons nous demander si certains darwinistes ne font pas exactement le même genre de spéculation métaphysique, ou s’ils ne sont pas piégés malgré eux par le même type de préjugés métaphysiques, que ceux qu’ils identifient chez ceux qui ont une approche téléologique de la biologie. L’appel grandissant au darwinisme chez ceux qui souhaitent renverser l’approche de Paley en développent une athéologie naturelle est très important en ce que cela nous montre qu’une supposition de travail en biologie a été transposé en un dogme de l’athéisme fondamentaliste. Le biologiste de Princeton C. S. Pittendrigh (1918-96) a introduit le terme « téléonomie » en 1958 en biologie … Ce concept a été développé plus tard par Jacques Monod ( 1910-1976), qui a affirmé que la téléonomie avait remplacé la téléologie en biologie évolutive. Ainsi, Monod souhaitait montrer que la biologie évolutive avait comme objectif d’identifier et de clarifier les mécanismes impliqués dans le processus évolutif….Ces processus n’avaient pas d’objectif. On ne pouvait donc pas parler de « but » de l’évolution.
Cette explication de Monod et son emphase sur les évènements « aléatoires » nous donne l’exemple d’une tendance générale en biologie de l’évolution dans l’importance qu’elle donne aux approches statistiques. On peut faire remonter cette tendance à R. A. Fisher, Theodosius Dobzhansky et J. B. S. Haldane. Pourtant, comme Phillip Sloan l’a fait remarquer, les modèles mathématiques idéalisés de ces réinterprétations de la théorie de la sélection naturelle impliquaient l’incorporation de processus stochastiques et aléatoires à un niveau théorique. L’emphase sur le caractère « sans but » de la sélection naturel que l’on retrouve chez beaucoup d’auteurs néo darwiniens, n’est rien de plus qu’un « ornement rhétorique injustifié », qui s’appuie sur la « réification de ces modèles idéalisés de dynamique des populations en affirmations réalistes et métaphysiques sur le monde. » Dans un cadre théologique réformé, « aléatoire » peut être traduit par « non prédictible », et peut ainsi être placé dans la doctrine générale de la providence divine. De plus, que l’évolution nous démontre ou pas l’existence d’une conception, une intention ou un but, elle démontre sans équivoque une direction. Les organismes sont généralement devenus plus gros, plus complexes, plus diversifiés d’un point de vue taxonomique…Cela implique-t-il une téléologie ? Pour répondre à cette question, il nous faut préciser ce que le terme « téléologie » signifie. Il y a de bonnes raisons de penser que l’utilisation de ce mot est légitime en biologie, au moins dans une certaine mesure. La notion de « programme génétique » développée par François Jacob et d’autres dans les années 1970 peut être vue comme une validation partielle de cette notion. Comme Jacob l’a dit, la téléologie est comme une « maîtresse »- quelqu’un dont les biologistes ne peuvent pas se passer, mais avec laquelle ils ne veulent pas être vus en public. » Francisco Ayala affirme que la notion d’explication téléologique est fondamentale en biologie moderne. Elle est nécessaire pour rendre compte des rôles fonctionnels habituels des différentes parties des organismes vivants, ainsi que pour décrire le but de l’aptitude reproductive qui joue un rôle essentiel dans la sélection naturelle.
Une explication téléologique sous entend que le système considéré est organisé dans une direction. Pour cette raison, les explications téléologiques sont appropriées en biologie et en cybernétique, mais n’ont aucun sens dans la description des phénomènes telles que la chute d’une pierre. Plus essentiel encore, les explications téléologiques impliquent que le résultat final est la raison explicative de l’existence de l’objet ou du processus qui y conduit. Une explication téléologique des branchies des poissons implique que ces branchies sont apparues précisément parce qu’elles permettent la respiration. Si le raisonnement ci-dessus est correct, l’utilisation d’explications téléologiques en biologie est non seulement acceptable mais aussi indispensable. Pour Ayala, la sélection naturelle elle-même, source ultime d’explication en biologie évolutive, est ainsi un processus téléologique à la fois parce qu’elle dirigée vers une augmentation de l’efficacité de la reproduction et parce qu’elle produit les organes et les processus dirigés pour ce but. Les mécanismes téléologiques dans les organismes vivants sont donc des adaptations biologiques, qui ont surgi comme résultats du processus de la sélection naturelle (à suivre…)
Quelques leçons spirituelles de la vie de Darwin
Jusqu’à la fin de sa vie, Darwin n’a jamais été athée. Il n’a jamais voulu écrire de manière athée. Il a toujours pensé que la théorie de l’évolution était compatible avec la foi chrétienne.
Voici deux extraits de sa correspondance privée : « Je ne vois aucune raison pour laquelle un homme, ou un autre animal, n’aurait pas pu être produits par des lois naturelles, et que toutes ces lois auraient été délibérément conçues par un Créateur omniscient, qui voyait à l’avance tous les évènements futurs et leurs conséquences… Je ne peux penser que le monde, comme nous le voyons, soit le résultat du hasard… En ce qui concerne la vision théologique de la question, c’est toujours quelque chose de douloureux pour moi. Je suis perplexe. Je n’ai eu aucune intention d’écrire de manière athée. » Correspondance privée à Asa Gray, célèbre botaniste de l’Université d’Harvard, chrétien, le 22 mai 1860.
« Je dirais peut-être que mon jugement fluctue souvent. Dans mes fluctuations les plus extrêmes, je n’ai jamais été un athée dans le sens de nier l’existence d’un Dieu. Je crois que, alors que je vieillis, agnostique correspond le mieux à mon état d’esprit, mais pas toujours… Il parait absurde de douter qu’un homme peut être un théiste ardent et un évolutionniste. » Lettre à J. Fordyce, 7 mai 1879
Pourtant, Darwin n’est pas mort en chrétien, mais en agnostique. Il est clair qu’il a progressivement perdu la foi chrétienne de sa jeunesse. Etant donnés les remous que la théorie de l’évolution a suscité chez les chrétiens, et puisque certains athées veulent en faire le fer de lance de leur argumentaire, il est légitime que les croyants se posent la question suivante : est-ce cette théorie qui a entraîné Darwin dans le rejet progressif du christianisme ? Ces quelques lignes auront pour but de démontrer que la réalité est beaucoup complexe, et que nous pouvons aujourd’hui tirer des enseignements spirituels profonds de l’évolution de la foi de Darwin.
Qu’en est-il de la foi de sa jeunesse ? Enfant, Darwin a été soumis à des influences religieuses contradictoires. Son père était un médecin libre penseur, son grand père, médecin également était un déiste mais pas un chrétien. Sa sœur et sa mère (qu’il perd à 7 ans) étaient croyantes. Après avoir abandonné ses études de médecine, il poursuit des études de théologie à Cambridge, sans grande conviction pourtant. Il écrira dans son Autobiographie (1876) « A cette époque, je ne doutais pas le moins du monde de la vérité littérale stricte de chaque mot de la Bible. »
« Darwin se considérait lui-même comme un chrétien « orthodoxe » à cette période, mais cette « orthodoxie » était d’un genre particulier. Son christianisme était un peu comme une théorie scientifique : logique, rationnelle et vérifiable. Pour Darwin, le christianisme devait être établi par des preuves. » (1) Tous les chrétiens le savent, la foi véritable est plus qu’un héritage familial, c’est une véritable rencontre avec le Christ ressuscité. Cette foi se manifeste dans une communion vivante avec Dieu et sa Parole. Bien des aspects de cette relation échappent à une analyse purement rationnelle, sans pour autant être illogique car pour le chrétien, l’action quotidienne du Saint Esprit est une expérience très réelle. Darwin avait-il connu une telle « nouvelle naissance », sa croyance était-elle le fruit d’un bagage familial ? On peut légitimement se poser la question.
« Sa foi était rationnelle et scientifique. Elle était basée sur l’observation du monde naturel plutôt que sur la Bible… Sa femme Emma qui était une chrétienne fervente avait réalisé le manque d’expérience personnelle de la foi de son époux, elle lui écrivit plusieurs fois à ce sujet : « Que l’habitude de l’investigation scientifique dans laquelle on ne croit en rien avant d’être prouvé n’influence trop votre esprit dans d’autres choses qui ne peuvent être prouvées de la même façon, et qui si elles sont vraies, sont probablement au dessus de notre compréhension. » (février 1839)
Il était parfaitement légitime de demander des confirmations en ce qui concerne la foi. Mais comme Emma le constatait, Darwin ne voulait pas des confirmations, il voulait des preuves. Et la foi est un domaine trop vaste, trop complexe et trop personnel pour être prouvé rationnellement …La première leçon concerne donc ce sur quoi nous basons notre foi ? Qu’est-ce qui constitue des « preuves » ? La Bible ? La nature ? L’expérience ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question, mais l’histoire de Darwin suggère que, si nous voulons mettre l’expérience de côté, si nous exigeons de l’histoire le même type de preuve que nous pouvons avoir en biologie, si nous basons tout sur la nature seulement, nous serons forcément déçus. »(1)
Un autre problème pour la foi de Darwin se trouvait dans sa vision de la souffrance et du mal dans la nature. Nous pouvons certainement tirer de grandes leçons de cet aspect des choses, nous qui vivons dans une époque « aseptisée », dans laquelle la douleur est vécue comme quelque chose d’inadmissible. Une époque où certains présentent un évangile dans lequel tous les croyants devraient obligatoirement être toujours en bonne santé…La vision de Darwin était en partie basée sur celle de William Paley, théologien et naturaliste britannique. Darwin écrira : « Je ne me préoccupais pas à cette époque des prémisses de Paley ; m’y fiant d’emblée, j’étais charmé et convaincu par la longue chaîne de son argumentation. »
Pour Paley, • La nature est la conception d’un Créateur : la beauté, la complexité et la fonctionnalité de la nature reflètent l’esprit d’un Créateur. • L’adaptation est parfaite : CHAQUE détail de la nature est PARFAITEMENT adapté à sa fonction. • La nature est bonne et joyeuse.
Pourtant, Darwin va être confronté au problème de la souffrance dans la nature, et à la réalité de l’adaptation non parfaite des êtres vivants. A Gray, le 22 mai 1860 : « Je ne peux pas voir la preuve de la conception et de la bienveillance dans tout ce qui nous entoure. Il y a pour moi trop de malheurs dans le monde. Je n’arrive pas à me persuader qu’un Dieu bienveillant et omnipotent pourrait avoir conçu les Ichneumonidés avec l’intention délibérée qu’ils se nourrissent du corps de chenilles… » Ainsi, avec tous ses préjugés, il devient difficile pour Darwin de croire que Dieu est le créateur d’une nature aussi « cruelle ».
« Le monde du christianisme « orthodoxe » de Darwin avait été souriant et joyeux. Le monde de l’évolution ne l’était pas. Rien jusque là ne l’avait préparé au choc d’un monde brutal. Les historiens de sa vie s’accordent à penser que la mort de sa fille Annie à l’âge de 10 ans a largement contribué à la destruction de sa foi. La plupart des familles victoriennes ont perdu des enfants – mais Annie était sa préférée et il avait été le témoin de chacun de ses derniers moments douloureux de sa courte vie … Ses réflexions sur ce sujet nous rappelle qu’il ne s’agit pas simplement de dire : puisque la souffrance existe, Dieu n’existe pas. Notre position vis-à-vis de la question de l’évolution et de Dieu dépend de la façon dont nous répondons à la question : «… La souffrance a-t-elle un sens ? » et « Quelle idée de Dieu me suis-je faite en premier lieu ? » Quelque soit la façon dont vous répondez à ces questions, vous ne pouvez pas en décider seulement sur la base de la rationalité. Etant donné la nature du christianisme dans lequel il a grandi, son attitude ne devrait pas nous surprendre. Le « monde joyeux » ne laissait pas de place à la souffrance, mais offensait le sens de l’ordre et de l’harmonie de Darwin. Surtout, cette vision du monde n’offrait pas de ressources pour faire face à la souffrance et à la douleur.
La question de la souffrance est peut-être le défi le plus sérieux posé au christianisme. Il existe des réponses, mais elle doivent rester d’humbles tentatives. Surtout, ces réponses doivent commencer au cœur de la foi chrétienne : la croix.
Les premiers chrétiens avaient vus des gens crucifiés. Ils réalisaient l’horreur de la croix. « Le message de la croix est une folie pour ceux qui périssent », écrivait l’apôtre Paul. La crucifixion était une forme d’exécution scandaleuse pour n’importe qui, sans parler de celui qui affirmait être le Messie.
Mais les premiers chrétiens reconnaissaient aussi que la croix leur parlait profondément de la question de la souffrance et de la rédemption. « Mais pour ceux qui sont sauvés, elle est la puissance de Dieu », continuait Paul. La croix révélait un Dieu qui n’était pas indifférent et éloigné mais un Dieu personnel et immanent, présent dans les moments de plus grande perte. Dans la mesure où la pensée chrétienne a quelque chose à dire avec la souffrance, cela commence par la croix.
La théologie de Darwin ne s’est jamais tenue près de la croix, même pendant ses années d’orthodoxie. L’église et la théologie dans laquelle il a grandi ne l’ont pas préparé et équippé à faire face à la souffrance…
En fin de compte, le voyage religieux de Darwin ressemblait à son époque. Darwin était un homme du 19ème siècle dont l’esprit et la vie ont été façonnés par les pressions de son siècle. Pourtant, les raisons pour lesquels il a perdu la foi nous parlent encore profondément aujourd’hui. » (1)
Sources : J’ai cité de larges extraits d’un excellent article de Nick Spencer « Leçons d’un agnostique de l’Angleterre victorienne »(1) http://www.testoffaith.com/resources/resource.aspx?id=441 Le travail de Denis Lamoureux à propos de la vie de Darwin(http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/Darwin.pdf) ainsi que celui de Paul Marston ont aussi contribué à l’élaboration de ces réflexions(http://scibel.com/scibel/paper_paul_marston_charles_darwin_and_christian_faith.html).
Les énigmes de la biologie de l’évolution (1/7)
Alister McGrath est un de mes auteurs préférés. Il est particulièrement connu dans le monde anglo-saxon pour les ouvrages qu’il écrit en réponse à ceux du champion du nouvel athéisme : Richard Dawkins( http://scienceetfoi.com/ressources/atheisme.html ). En français, je vous recommande La vérité pour passion, cohérence et force de la pensée évangélique, préfacé par Henri Blocher sous le titre « Une apologie pour les intellectuels d’aujourd’hui », chez Excelsis.
En 2009, Alister McGrath était l’orateur des prestigieuses « Gifford Lectures », une série de conférences au cours desquelles Alister McGrath a abordé son concept de théologie naturelle dont nous reparlerons. Dans le cadre du blog « création et évolution », j’ai désiré traduire l’une de ces conférences traitant d’un thème particulièrement brûlant: la notion de téléologie, c’est à dire de finalité de l’évolution des espèces. L’un des arguments favoris des évolutionnistes athées est de nous faire croire que le mécanisme darwinien serait en lui même la preuve d’une absence de « destin » ou de « but ». Les chrétiens qui comme moi pensent que l’évolution est la méthode choisie par Dieu pour créer les espèces vivantes ont différentes façons de répondre à cette question. La plupart du temps, ils se contentent d’affirmer que la notion de « téléologie » est une notion métaphysique que l’on ne peut pas tester scientifiquement et qui échappe donc au cadre de la science. Ainsi, celui qui dans l’histoire de la vie (comme dans l’histoire tout court d’ailleurs, où la notion de contingence est évidente) voit la main de Dieu met sa foi en action. Celui qui refuse d’y voir l’action divine met lui aussi sa conviction athée en jeu, ainsi chacun « vit par la foi ».
Alister McGrath se place aussi sur le terrain de la science:
« Ainsi, existe-t-il une direction de l’évolution, que l’on choisisse de l’interpréter de manière téléologique ou pas? La manière de poser la question montre bien qu’il s’agit là d’une question légitime scientifiquement, et pas d’une question théologique spéculative. La vision d’une évolution indéterminée en terme d’aboutissement, sans prédiction possible a fini de dominer la biologie évolutive. »
Merci à Alister McGrath d’avoir autorisé la traduction de cette série d’articles.
http://www.abdn.ac.uk/gifford/lecture-texts/
Brève biographie d’Alister McGrath
Alister McGrath a été professeur de théologie historique à l’Université d’Oxford. Il est actuellement professeur de théologie au King’s College de Londres. Dans sa jeunesse, McGrath était athée, mais il est devenu chrétien alors qu’il était étudiant à l’Université d’Oxford. Après avoir étudié la chimie puis obtenu son doctorat en biophysique moléculaire à Oxford, McGrath s’est spécialisé en théologie chrétienne en effectuant une thèse en théologie historique et systématique à Oxford. Aujourd’hui, il est reconnu comme théologien d’envergure mondiale, avec une spécialisation dans les relations entre la science et la foi.
Les énigmes de la biologie de l’évolution
Dans ma conférence précédente, j’ai abordé la notion passionnante et controversée du « réglage minutieux » de l’univers, en particulier la valeur de certaines constantes fondamentales de la physique. Pourtant, cette notion de « réglage minutieux » n’est pas cantonnée au domaine de la cosmologie, on en parle aussi en biologie. Son interprétation soulève des difficultés importantes qu’il nous faut confronter. L’un des axiomes de base du darwinisme est que la nature est capable de se régler elle-même au travers de mécanismes évolutifs, même si ce réglage ne produira pas la meilleure solution, mais plutôt une solution fonctionnelle et viable. Même si on arrivait à montrer qu’il existe un « réglage minutieux » dans les systèmes biologiques évolués, beaucoup argumenteraient que de telles observations s’expliquent sans problème dans le cadre de l’orthodoxie darwinienne. L’exemple de l’œil humain est un exemple excellent, c’est un système complexe pour lequel un mécanisme évolutif entièrement plausible peut être proposé, contrairement à la vision statique de William Paley.
Pourtant, le concept de « réglage minutieux » ne perd rien de son pouvoir à stimuler notre réflexion. Comme le théologien Charles Kingsley (1819-75) l’a fait remarquer en 1871 dans sa conférence « La théologie naturelle du futur », les théologies naturelles anciennes, y compris celle de Paley, était basées sur la croyance que Dieu fabriquait toute chose- alors qu’une théologie naturelle moderne nous décrit un Dieu « bien plus sage que cela », en ce que Dieu a choisi « de faire toutes choses se faire elles-mêmes. » La vision statique de Paley a été remplacée par une conception de la providence et de la causalité dans laquelle l’action et la présence permanente de Dieu sont affirmées au sein de l’ordre naturel évoluant lentement. Ainsi, l’ordre créé est tel qu’il possède une capacité « interne » à évoluer, grâce à laquelle des structures nouvelles « émergent » véritablement.
Cette nouvelle approche de la théologie naturelle n’est qu’un épisode dans la longue liste des reformulations du contenu conceptuel fondamental permettant de répondre au besoin religieux des différentes périodes historiques et culturelles- dans ce cas, à l’occasion de la publication de l’Origine des Espèces de Darwin en 1859 et alors que la vision statique et rigide de Paley de la création engendrait une frustration grandissante. Cette nouvelle approche due à Kingsley entrait en résonance avec la culture émergente… Même le « bulldog de Darwin », Thomas Henry Huxley, concéda qu’il n’y avait aucune raison de principe qui empêcherait le mécanisme évolutif d’être inclus dans une conception initiale de l’univers.
À un certain moment, les mécanismes nécessaires à l’évolution ont émergé, nous ne comprenons pas encore clairement comment. Néanmoins, il est clair que la capacité à coder l’information est vitale pour l’évolution en général, et la capacité à évoluer en particulier. Et ceci est directement lié à la chimie du carbone, qui permet la formation de longues chaînes stables. Aucun autre élément ne le permet ; sans cela, pas d’ARN, ni d’ADN, ni de mécanismes de duplication associés. La capacité de l’évolution à s’autoréguler est donc dépendante ultimement des propriétés chimiques du carbone, qui sont elles mêmes un exemple solide de réglage minutieux.
On néglige bien souvent cet aspect des choses dans la description de l’évolution, en considérant que la chimie et la physique ne sont qu’un support nécessaire mais sans grand intérêt dans une discussion à propos de l’évolution. Pourtant, ce processus biologique requiert une planète stable, irradiée par une source d’énergie capable de conversion chimique et de stockage, et l’existence de divers éléments chimiques, avec certaines propriétés fondamentales, avant même que la vie puisse éclore, sans même parler d’évoluer. On a tellement été familier en biologie à l’existence d’agrégats très organisés qu’on ne porte plus aucune attention aux conditions qui ont rendu possible leur existence. On suppose implicitement que la vie ce serait adaptée à tous les milieux, quelles qu’aient été leurs caractéristiques physiques ou chimiques. Rien pourtant ne le prouve et c’est très discutable. L’un des arguments centraux de notre propos est que l’émergence de la vie ne peut pas être étudiée isolément de l’environnement qui a créé les conditions et a fourni les ressources qui l’ont rendue possible.
On reconnaît généralement que les systèmes vivants présentent deux caractéristiques essentielles : un système métabolique autonome, un système génétique capable de transmettre l’information biologique. Pourtant, il est surprenant qu’on accorde si peu d’attention aux propriétés chimiques nécessaires à ces deux processus. Et si la chimie terrestre avait été différente ? Ces dernières années, on a pris conscience des contraintes imposées par les contraintes chimiques à l’évolution. Tout en reconnaissant pleinement le rôle de la contingence dans les processus évolutifs, certains chercheurs ont insisté sur le fait que l’évolution était nourrie, guidée et contrainte par les changements chimiques de l’environnement, avec beaucoup de conséquences inévitables. De tels argument doivent être replacés dans le contexte plus large d’un changement conceptuel en biologie évolutive, dans lequel le caractère aléatoire traditionnel du néodarwinisme est entrain d’être supplanté par une émergence de la vie davantage régulée par des lois scientifiques. Les principes fondamentaux de la thermodynamique et de la chimie confèrent à l’évolution une direction forte. L’évolution n’est plus vue comme un processus purement aléatoire, mais elle apparaît avoir été guidée dans une progression prévisible à partir d’organismes unicellulaires vers des plantes et des animaux sous l’effet de contraintes chimiques ..(A suivre)
Foi, science et morale
Auteur de cet article, Roger Lefebvre est pasteur dans une église évangélique à Ath en Belgique, il est aussi président de l’Alliance Evangélique Francophone Belge (et il précise que ses propos n’engagent que lui). Il est ingénieur agronome tropical de formation.
Foi, science et morale
On ne peut confondre la démarche qui vise à mieux cerner notre relation avec le Créateur – la théologie – avec celle qui s’emploie à étudier notre relation avec la création – les sciences exactes – ou notre relation avec les autres créatures : les sciences humaines… Accepter une quelconque confusion entre ces trois domaines, c’est prendre le risque d’un retour au panthéisme d’antan comme le fait le « nouvel âge » : l’un comme l’autre, en effet, considèrent que Dieu est en tout, et que tout est en Dieu ; nous-mêmes étant une partie du tout, et donc une parcelle de Dieu. La Bible, au contraire, s’applique dès les premiers chapitres, à établir une distinction radicale entre le Créateur, les créatures et la création. Mais comme on l’a déjà dit plus haut, la religion chrétienne n’a pas pour autant vocation de se désintéresser complètement de la science. Personne d’ailleurs, et surtout pas ceux qui se veulent « humanistes », ne devrait s’autoriser à ignorer le vieil adage rabelaisien : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ! »… Il appartiendrait donc à la théologie – ou à la philosophie, pour les athées – d’assigner un cadre éthique aux recherches entreprises dans les divers domaines de la science… Mais cela pose un problème politique et législatif délicat, car tous les citoyens d’une nation ne partagent pas les mêmes opinions, et toutes les nations ne pratiquent pas une politique soumise aux mêmes exigences éthiques.
De plus, « fixer un cadre moral » ne signifie pas « se substituer » à la recherche scientifique, mais seulement lui rappeler les limites qu’elle ne peut dépasser sans porter atteinte à la dignité de la personne humaine… et de son Créateur ! Tel est le cas, notamment, des questions d’éthique biogénétique et biomédicale… Elles permettent de mesurer le fossé qui sépare actuellement les théologiens bibliques des scientifiques athées, à propos de l’instrumentalisation de la procréation et de la vie humaine : l’embryon humain étant réduit à un simple matériau vivant ! Par ailleurs, les manipulations génétiques actuelles semblent bien incarner une nouvelle forme d’eugénisme, appelant une sévère mise en garde… A défaut d’une législation adéquate, c’est à l’Eglise chrétienne – entre autres – qu’échoit cette responsabilité spirituelle et morale : responsabilité qui s’inscrit dans le rôle éthique, social et politique de toute société citoyenne. Il importe donc que chaque spécialiste – scientifique ou théologien – perçoive avec exactitude les limites de son domaine, et qu’il les respecte sans empiéter sur celui des autres… tout en tenant compte des travaux des autres. On n’imagine pas, par exemple, un théologien sérieux ignorant les derniers travaux de la biogénétique, et se désintéressant des problèmes éthiques que ceux-ci soulèvent. Aussi, pourquoi un biogénéticien devrait-il sciemment ignorer les principes éthiques universellement reconnus par les théologiens et les philosophes de notre époque ?… Ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter, d’ailleurs : l’Unesco, quelques gouvernements et divers comités d’éthique partagent le même souci.
Au XVIIIème siècle déjà, Kant estimait que la personne humaine doit toujours être considérée comme une fin en soi, et jamais simplement comme un moyen ! En pratique, il est vrai que la chose n’est pas si simple, car chaque petit « maître » cherche à reproduire d’autres « lui-même » au travers de ses disciples. Aussi, il est rare qu’il ne transmette pas ses conceptions philosophiques ou religieuses en même temps que ses connaissances scientifiques – à moins que ce ne soit l’inverse – ce qui, dans un cas comme dans l’autre, relève d’une malhonnêteté intellectuelle évidente. L’exemple le plus notoire de ce phénomène de pollution scientifique par une philosophie pathogène, c’est l’introduction arbitraire, dans la théorie de l’évolution, de certains concepts athées, tels que le « hasard » ou la « nécessité », du moins quand on accorde une portée métaphysique ou philosophique à ces notions. Alors que d’un point de vue strictement scientifique, il n’y a pas plus de raisons d’adopter ces notions philosophiques plutôt que d’autres, telles que le « finalisme », la « transcendance » ou la « providence »… En fait, la notion de « hasard » n’a de sens qu’en tant que concept – chiffrable ! – de probabilité mathématique : dans le cadre de calculs statistiques, par exemple.
Ainsi, depuis peu, les travaux de la biogénétique ont accompli des progrès considérables dans l’étude et le décodage des programmes qui conduisent à l’apparition de nouveaux gènes, et à leur transmission au sein du génome… Resterait à expliquer l’origine et l’émergence de ces lois biologiques. Or, les abandonner aux aléas d’un hasard quasi déifié exigerait bien plus de foi que de les attribuer aux soins d’un Dieu Créateur. Cette dernière remarque devrait attirer notre attention sur la frontière qui sépare la science de la religion ou de la philosophie… Et, encore une fois, sur la nécessité que « chacun reste chez soi » ! Étudier les lois de la biogénétique relève bien de la science, en effet ; par contre, prétendre en définir les causes premières c’est pénétrer dans le domaine de la foi ou des hypothèses philosophiques. Pour les « évolutionnistes » théistes – et plus particulièrement chrétiens – les progrès de la science ne sont vraiment pas à craindre, au contraire ! Cependant, ce n’est pas le faisceau d’indices et de faits convergeant de plus en plus vers la thèse « évolutionniste » qui réjouit ces chrétiens. Non… Ce qui les fait jubiler, c’est la découverte des mécanismes infiniment subtils qui font pressentir le « comment » de l’évolution conçue par Dieu pour sa création : rien ne pourrait davantage concourir à sa gloire… Cela peut – à juste titre – paraître subjectif, mais c’est tellement plus merveilleux que la création un peu « magique » – il faut bien l’avouer – que leur paraissent défendre les « créationnistes » traditionnels. Dès lors, d’une façon ou d’une autre, Dieu sera toujours glorifié au travers de toute découverte scientifique, puisque celle-ci magnifie sa parole créatrice…
Il n’est pas rare, d’ailleurs, de voir des scientifiques s’investir dans la recherche comme on entre en religion : que l’on songe à Pierre et Marie Curie, par exemple… Aussi, « en parcourant les objets de leur dévotion », on appréhende mieux « le Dieu inconnu qu’ils révèrent sans le connaître » et qu’il nous appartient de « leur annoncer »… avec la même sagesse que l’apôtre Paul devant l’aréopage d’Athènes ! (Actes 17.23) Les théologiens évangéliques n’ont donc rien à redouter de la recherche scientifique : que pourrait-elle découvrir qui n’ait été créé par Dieu ? Par contre, ce qu’il leur appartient de débusquer, de dénoncer et de combattre, ce sont les concepts et philosophies athées qui s’introduisent, aussi bien par effraction que par infraction au sein des théories scientifiques : là est leur vraie responsabilité ! Elle ne se limite pas à cela, d’ailleurs, car l’inverse est également vrai : certains doctrinaires se croient obligés d’associer à leurs dogmes des explications « scientifiques » périmées ou farfelues qui ne font que discréditer la foi chrétienne. C’est ainsi que j’ai été confronté à un « créationniste » hostile à la théorie du « big bang ». Il affirmait sans sourciller que les lois de la cosmogonie ayant été bouleversées par le péché d’Adam, il n’était pas possible de calculer l’âge de l’univers en se basant sur les données de la cosmologie actuelle. Il est d’ailleurs remarquable que ce docteur en astrophysique fondait toute son argumentation « scientifique » sur une exégèse plutôt fantaisiste de l’épître de Paul aux Romains !… Sans doute attribuable au zèle intempestif d’un nouveau converti, on ne peut, une fois encore, que déplorer le caractère illégitime de cette « confusion des genres ».
Il est toutefois intéressant de noter que les explications les plus alambiquées ne résistent que rarement au bon sens commun. Ainsi, ce genre d’argumentation se révèle une arme à double tranchant, qui se retourne contre les « créationnistes » qui veulent l’exploiter. En effet, si les lois de l’univers avaient effectivement changé après la chute, cela servirait tout aussi bien la thèse « évolutionniste », en expliquant (au moyen d’un beau sophisme !) pourquoi il n’est plus possible aujourd’hui de « prouver » l’évolution, en reproduisant les mutations qui ont permis le passage d’une espèce à l’autre au sein du règne animal… Cette évolution, en effet, aurait également eu lieu avant le péché d’Adam selon des lois aujourd’hui disparues ! Comme on le voit, la tentation de déborder ses propres frontières existe bien de part et d’autre, malheureusement ! Il est donc temps que des hommes de Dieu se lèvent pour travailler à l’apologie de la foi : non pas une foi sénile ou infantile, mais une foi adulte, mature, responsable… Une foi capable d’exercer un discernement vraiment spirituel sur son propre contenu.
Mais le problème de l’ambiguïté du langage se complique davantage encore, lorsqu’un même vocabulaire est utilisé légitimement, mais avec un sens distinct, au sein de disciplines différentes… C’est ici que l’on revient au faux débat qui oppose les chrétiens « créationnistes » aux chrétiens « évolutionnistes ». Si l’on me demande : « Le monde a-t-il été créé par Dieu, ou est-il le fruit d’une évolution livrée au hasard ? »… Je comprends que l’on me demande moins de choisir entre la création et l’évolution, qu’entre Dieu et un hasard philosophique ou métaphysique. Aussi, je me tourne vers la Bible pour y puiser ma réponse. De ce point de vue, ma conviction est absolue, et ma réponse sans ambiguïté : « L’univers ne s’est pas fait par hasard, mais c’est Dieu qui en a conçu les lois, en conformité avec son dessein éternel. » D’un point de vue strictement religieux, on peut donc affirmer que je suis un « créationniste » convaincu ! Par contre, lorsqu’on me demande : « Le monde du vivant est-il le fruit d’une lente évolution ou bien d’une création instantanée ? » J’entends bien que l’on ne me demande pas de choisir entre la foi en Dieu et une philosophie athée, mais que l’on me demande comment le monde du vivant est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Cette question étant d’ordre scientifique, c’est auprès de ses représentants que je cherche une réponse. De ce point de vue, ma conviction est de mieux en mieux fondée : « Au stade actuel de la recherche, l’évolution n’est plus une simple hypothèse, mais s’impose comme une réalité incontournable, ses mécanismes étant chaque jour un peu mieux cernés. » Du point de vue strictement scientifique, je suis donc un « évolutionniste » convaincu… Et, contrairement à ce que craignent les croyants les plus timorés, il n’y a aucune incompatibilité entre ces deux positions puisque, encore une fois, la foi touche à la cause première – la création, en tant que dessein de Dieu – alors que la science étudie la cause seconde : l’évolution et ses mécanismes. Soit dit en passant : il est intéressant de noter que la cause dernière ou « téléologie » concerne la finalité de toutes choses, et que cette quête de sens fait à nouveau appel à la foi !
(À SUIVRE)
Darwin a-t-il connu une conversion de la dernière heure ?
A plusieurs reprises, j’ai pu me rendre compte qu’un mythe historique circulait dans les milieux évangéliques à propos de Darwin. Celui-ci serait revenu à la foi chrétienne de sa jeunesse dans ses derniers instants. Il aurait aussi renoncé à la théorie de l’évolution en réalisant qu’elle était contraire à la Bible. Cette histoire est souvent racontée pour démontrer l’incompatibilité de la foi chrétienne et de l’évolution, et pour discréditer l’aspect scientifique de cette théorie (attention, le sens de ce mot dans ce contexte n’a rien à voir avec l’usage quotidien que l’on en fait pour dire : une hypothèse sans fondement ou une spéculation). Nous reviendrons un peu plus loin sur l’origine de cette rumeur, mais il y a plus important.
Imaginons un instant que ce soit vrai, que cela prouverait-il ? La théorie de l’évolution qui prétend que les espèces se sont diversifiées à partir d’une ou d’un petit nombre de formes primitives de vie ne repose pas sur le travail d’un seul homme : Darwin. Depuis 150 ans, des milliers de chercheurs constatent quotidiennement la validité de cette hypothèse dans les observations qu’ils peuvent effectuer dans des domaines aussi divers et indépendants que : l’anatomie comparée, la répartition géographique des espèces, l’étude des fossiles et la génétique. Ainsi, c’est se méprendre sur la nature et la solidité du travail de toute une communauté de chercheurs depuis des décennies que de penser qu’un tel revirement aurait pu mettre à mal la théorie qu’il avait lui-même mis tant de soin à établir. Nous n’aurions plus qu’à attribuer ce reniement de dernière minute à sa sénilité.
Un point fait l’unanimité des historiens de la vie de Darwin : il ne s’est pas converti ou plutôt reconverti au christianisme sur son lit de mort, pas plus qu’il n’a adopté le « créationnisme ». L’évolution des réflexions religieuses de Darwin est assez complexe, et je n’y reviendrai pas en détail ici. Pour ceux qui sont intéressés, voici deux liens sur le site science & foi associé à ce blog en donnant davantage (un diaporama http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/Darwingenese.pdf et un article http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/Darwin.pdf ). En résumé, voici la situation. Je cite ici un excellent article de Paul Marston qui traite en détail des origines de la rumeur. « Charles Robert Darwin a été élevé dans la foi anglicane avec des tendances unitariennes. A Edimbourg (1825-27), Darwin était bien conscient des controverses matérialistes (il a abandonné ses études de médecine, note du traducteur), mais à Cambridge (1827-31), Darwin avait des croyances chrétiennes à peu près orthodoxe (il fait des études de théologie permettant de devenir pasteur anglican : note du traducteur), bien que sa piété ne soit pas naturellement fervente. Toutes ses convictions chrétiennes se sont atténuées après 1836, avec un matérialisme déterministe grandissant et après 1851, Darwin ne croyait même plus dans un Dieu bienveillant. Darwin est resté déiste/théiste à sa façon jusque dans les années 1860, après quoi Darwin se qualifia lui-même de perplexe, mais sa foi en Dieu s’atténuait toujours. Jusqu’à la fin, Darwin a pensé que d’une certaine manière, l’évolution était compatible avec la foi chrétienne, mais il n’a pas connu de conversion de la onzième heure, pas plus que de réveil spirituel personnel. Darwin est mort en 1882 en agnostique, s’éloignant dans la douleur de sa femme bien aimée et pieuse Emma, dans une séparation que chacun d’entre eux pensait être définitive (pour des raisons différentes). »
Ceux qui colportent la rumeur de cette conversion tardive sont généralement de bonne foi, mais ils ne prennent pas la peine de vérifier leurs sources. Cette histoire repose en effet principalement sur le témoignage de Lady Hope, une évangéliste de l’entourage de Darwin, qui lui aurait rendu visite dans ses derniers instants et aurait été à l’origine de ce revirement. Là encore la place me manque pour expliquer pourquoi ce témoignage et les déformations qui l’ont suivi sont aujourd’hui reconnus comme peu crédibles par les historiens. Simplement deux remarques. Les créationnistes anti-évolutionnistes reconnaissent eux mêmes que cette histoire n’est pas fondée, alors qu’ils auraient tout intérêt à en faire la promotion. Voici par exemple un lien vers l’un des sites créationnistes américains les plus actifs allant dans ce sens http://www.answersingenesis.org/articles/2009/03/31/darwins-deathbed-conversion-legend . Je citerai encore Paul Marston dont l’excellent article entre en détail dans l’analyse historique de cette affaire(http://scibel.com/scibel/paper_paul_marston_charles_darwin_and_christian_faith.html ) : « Est-il concevable que Charles Darwin ait connu une forme quelconque de reconversion à la foi chrétienne ? La réponse est très clairement « Non ! » Il serait ridicule d’envisager qu’il aurait caché une telle conversion à sa femme Emma. Celle si, très pieuse, agonisait devant sa condition spirituelle, tout particulièrement parce que dans ces derniers jours, Darwin lui-même ne pouvait pas supporter l’idée d’une séparation définitive d’avec elle après la mort. C’est illusoire de croire qu’il aurait caché une telle conversion à sa femme et qu’il l’aurait révélée à une étrangère de passage. Si Darwin l’avait dit à sa femme Emma très croyante ou à sa fille Henrietta, pieuse elle aussi, l’une ou l’autre ou les deux auraient été ravies de l’annoncer au monde entier. »
A la lecture de cet article, certains croyants penseront peut-être : « Darwin ne s’est peut-être pas converti sur son lit de mort, mais il semble bien que sa théorie de l’évolution n’ait pas eu un impact positif sur sa vie spirituelle ! » Là aussi, soyons très prudent dans les conclusions que nous pourrions tirer de ce genre de réflexions. Il y a certainement des leçons à tirer du parcours spirituel de Darwin, et ce sera l’objet d’un autre article. Pourtant, ne mélangeons pas tout. L’évolution religieuse de Darwin n’est certainement pas le critère qui peut nous permettre de dire si sa théorie scientifique est valable ou pas, pas plus que les croyances métaphysiques de l’un ou de l’autre n’entrent en considération dans l’évaluation du travail de recherche par des confrères!
La science et l’Ecriture réconciliée par John Walton
John Walton est professeur d’A.T. au Wheaton College dans l’Illinois, auteur et éditeur de nombreux commentaires l’A.T. Tout au long de ses recherches, Walton a porté son attention sur la comparaison de la culture et de la littérature biblique et de celle du Proche Orient ancien. Il a publié des dizaines de livres, des articles et des traductions, dont son dernier ouvrage : The Lost World of Genesis One (Le monde perdu de Genèse 1). Il est en accord avec l’interprétation littéraire de la Genèse défendue par un grand nombre de spécialistes comme Henri Blocher en France (La révélation des origines) mais il va plus loin. Dans son ouvrage qui suscite un débat, Walton défend une interprétation originale. Walton pense que le verbe bara (créer) dont nous avons déjà parlé sur ce blog ne décrit pas l’origine matériel des éléments du cosmos, mais l’attribution par Dieu d’une fonction ou d’un rôle à jouer à chacun de ces éléments. La structure en 7 jours décrit selon lui les étapes avant l’inauguration de l’univers par Dieu en tant que temple cosmique le 7ème jour.
http://biologos.org/blog/reconciling-science-with-scripture/
La science et l’Ecriture réconciliée
Pour beaucoup d’entre nous qui prenons la Bible au sérieux, notre approche de la relation entre la Bible et la science est conditionnée par notre foi dans la véracité de la Bible. Si la science empirique est perçue comme fournissant une explication qui dévaluerait ou nierait la vérité de la Bible, un dilemme se crée alors et il nous faudrait choisir entre les deux.
Avant de faire de tels choix, ceux qui prennent la Bible au sérieux devraient se poser cette question : « Quelles sont les vérités de l’Ecriture que je devrais me tenir prêt à défendre ? » Je voudrais avancer que nous ne devrions pas nous sentir obligé de défendre la « science » contenue dans la Bible, parce que la vérité biblique n’y est pas contenue. Ceci ne devrait pas être une pensée inconfortable. Au cours des siècles pendant lesquels la Bible a été écrite, des générations de lecteurs ont soutenu des points de vue scientifiques très divers. Si chaque génération avait l’impression que la Bible devait être réconciliée avec la science de son temps, cela aurait un certain coût- lorsque la science progresserait, la science de la Bible ne serait plus valide. Plutôt que de penser que la science de la Bible devrait être infiniment flexible pour pouvoir être réconciliée avec tous les points de vue de chaque génération, il est préférable de comprendre que la Bible n’offre pas de science. Au lieu de cela, la vérité communiquée est indépendante de la science du monde ancien dans lequel la parole de Dieu a été communiquée.
Dans le monde ancien, les gens croyaient que la terre était plate, que le soleil tournait autour de la terre, que la pluie tombait d’une masse d’eau retenue par quelque chose de solide ; que les gens pensaient avec leurs entrailles ; que les étoiles se trouvaient dans la même zone que la lune, le soleil, les oiseaux et les nuages. Dieu n’a pas cherché à leur donner une information différente ; il ne leur a pas révélé la « vraie » science. En conséquence, la science de la Bible n’est pas ce que nous devrions chercher à défendre lorsque nous cherchons à comprendre la vérité qu’elle enseigne.
J’ai proposé que nous pouvons véritablement avancer dans une analyse renouvelée de ce que le texte biblique de Genèse 1 communique effectivement. Ceux qui parmi nous prennent la Bible au sérieux croient que la Bible a été donnée par Dieu pour chacun d’entre nous. Pourtant, dans le même temps, il est évident qu’elle n’a pas été donnée directement à nous. Elle n’a pas été écrite dans notre langue, ni communiquée dans notre culture et dans notre état d’esprit.
Notre compréhension de Genèse 1 changera radicalement si nous comprenons deux détails importants à propos du monde ancien. La première est que les gens étaient beaucoup plus intéressés par des problèmes comme l’ordre, la fonctionnalité, le rôle de chaque chose plutôt que par l’aspect physique du monde matériel. Ainsi, leur pensée même à propos de la création est bien davantage orientée vers les fonctions que les origines matérielles du monde physique. La création a bien plus affaire avec la préparation, l’identité et l’affectation d’un rôle plutôt que dans les structures physiques et leurs composants. Dans mes écrits, j’ai essayé de mettre ceci en évidence à partir des textes bibliques et des connaissances du monde ancien et j’ai essayé de démontrer que pour l’auteur et les premiers auditeurs de la Genèse, le chapitre 1 est le récit des origines fonctionnelles, et non pas matérielles. « La création » impliquait l’affectation de fonctions et d’ordre plutôt qu’une fabrication matérielle du monde physique.
Le second détail concerne le 7ème jour. Ce dont nous ne sommes pas conscients, c’est que dans la Bible et dans le monde ancien, Dieu demeure dans un temple. En fait, on construit des temples pour que Dieu puisse y habiter. Ainsi, lorsqu’il nous est reporté qu’au 7ème jour Dieu s’est reposé, cela contient sans l’ombre d’un doute l’idée que le cosmos est présenté comme un temple. Il était très courant à cette époque d’associer étroitement le temple et le cosmos, car le temple était considéré comme un micro cosmos. Le chiffre 7 était souvent utilisé en rapport avec les inaugurations de temples, ainsi la structure en 7 jours de Genèse 1 confirme probablement l’identification de ce chapitre en tant que texte traitant d’un temple cosmique. Cela en fait le jour le plus important de la semaine de création, parce que si Dieu ne vient pas y régner, ce temple ne remplit pas sa fonction.
Si nous avons raison d’identifier Genèse 1 comme le compte rendu de la création permettant d’inaugurer le temple cosmique et ses différentes fonctionnalités, alors grâce à cette interprétation, nous pourrons exprimer les vérités véhiculées par l’auteur biblique. Si nous cherchons à prendre la Bible au sérieux, nous n’aurons ainsi plus à chercher à défendre la vision « biblique » de l’âge de la terre. L’âge de la terre est une question d’ordre matériel qui n’est pas le but d’un compte rendu à propos des fonctions de chaque élément. Si Genèse 1 n’est probablement pas un récit des origines matérielles, la Bible ne propose aucun récit des origines matérielles. Si tel est le cas, alors la science empirique ne peut pas proposer de vision des origines matérielles que nous devrions rejeter pour défendre la Bible. La Bible insiste simplement sur le fait que Dieu est le créateur et que quelque que soit la méthode, il est à l’origine de cette création. Lorsque nous lisons de la science dans ce texte ou que nous construisons de la science à partir du texte, nous suivons nos agendas modernes, plutôt que de défendre et d’expliquer la vérité du texte biblique.
Bien que Genèse 1 ne soit probablement pas un récit des origines physiques, Dieu est toujours considéré comme celui qui est responsable de cette origine matérielle, qu’il utilise des procédés que les scientifiques peuvent étudier et qui se sont étalés sur de longues périodes, ou qu’il utilise des actes instantanés que nous ne pourrions jamais expliquer par la méthode scientifique. Dieu est le seul créateur, et il agit avec intentionnalité. Ce sont les vérités que nous défendons et que Genèse 1 affirme.
Notes du traducteur (Benoît Hébert)
Je ne suis pas pleinement convaincu par la lecture de John Walton de Genèse 1. En particulier avec le fait qu’il ne s’agirait pas du tout d’une description matérielle de la création, mais uniquement d’une attribution de certaines fonctions aux éléments du cosmos. J’ai cependant choisi de traduire cet article pour les raisons suivantes. John Walton est un exemple frappant de théologien de l’A.T. parmi les plus reconnus dans le monde évangélique traditionnel (et donc non catalogué de « libéral »), qui renonce au concordisme scientifique en matière d’interprétation de la Genèse. Walton n’a pas de mal à reconnaître que l’A.T. a été écrit dans une perspective ancienne du cosmos (le firmament solide…) et de la géographie (terre plate…) et il accepte le principe d’ « accomodation » ou de condescendance du Saint Esprit dans le processus d’inspiration. L’importance de l’attribution des différentes fonctions aux éléments du cosmos a peut-être été sous estimée dans les autres interprétations, de là à rendre cet aspect exclusif dans l’interprétation du verbe bara et de Genèse1… Je vous recommande néanmoins la lecture de The Lost World of Genesis One, faites vous votre propre opinion !
http://www.amazon.com/Lost-World-Genesis-One-Cosmology/dp/0830837043

"Le monde perdu de Genèse 1"
Ma journée à Pavilly
Un grand merci à tous mes frères et soeurs dans la foi de l’église évangélique de Pavilly ( près de Rouen) et à leur pasteur Samuel Foucart et son épouse pour leur accueil et pour l’intérêt qu’ils ont manifesté au cours des deux rencontres de dimanche.

"Ta Parole est la vérité"
Le matin, j’ai parlé de l’importance d’interpréter le récit de la création de la Genèse dans le contexte historique et culturel des anciens Hébreux. J’ai exposé le caractère polémique de ce récit face aux récits mythiques antiques comme le récit Babylonien de Enuma Elish. J’ai également montré que les anciens Hébreux partageaient les croyances anciennes à propos de la structure du cosmos et de la géographie (la terre plate, le firmament, le chaos primitif…). Bref, la Genèse véhicule un message théologique valable pour tous les hommes, et ce message nous est donné dans le contexte des connaissances anciennes des Hébreux, le Saint Esprit s’étant pour l’occasion abaissé à leur niveau de connaissance comme Jésus s’est abaissé pour venir à notre rencontre.
L’après midi a été consacré à la compatibilité de l’évolution des espèces avec la foi chrétienne. J’ai partagé mes convictions en montrant dans une présentation accessible à tous comment et pourquoi de plus en plus de chrétiens évangéliques pensent que l’évolution n’est pas incompatible avec le message biblique. Ceci a été suivi par un temps de questions très productif qui m’a donné des idées d’articles pour les semaines suivantes : Darwin ne s’est pas « converti » au créationnisme sur son lit de mort, c’est une rumeur qui circule encore dans nos milieux, la théorie de l’évolution n’a jamais dit que l’homme descendait du singe, la Bible n’enseigne pas que la terre est ronde en devançant les découvertes grecques…
J’ai été encouragé par le témoignage de plusieurs croyants qui ont eu le sentiment que cette journée leur donnait quelques clés pour harmoniser leur compréhension de la science et de la foi chrétienne. Alors que le matin, j’expliquais que le but de Dieu n’était pas d’élever leur niveau de connaissance scientifique en inspirant la Genèse, un chrétien ayant travaillé au Guatemala me racontait comment il avait été en contact avec des indiens chrétiens de cette région qui pensaient encore que la terre était plate, et qu’il avait essayé de leur faire comprendre la structure du système solaire avec des fruits ronds…Dieu rend accessible l’évangile aux hommes de toute langue et de tout niveau de connaissance, gloire à son Nom !
J’invite les participants à ces réunions à poursuivre le dialogue par quelques questions s’ils le souhaitent. N’hésitez pas à me contacter si vous êtes intéressé
par l’organisation d’un événement semblable.



