La Bible, parole inspirée et parole incarnée
Voici quelques morceaux choisis de Evolutionary Creationdu théologien et biologiste canadien Denis Lamoureux (p 169-171)
Une approche incarnationnelle de l’inerrance et de l’infaillibilité biblique…Cette section examine les notions d’inerrance et d’infaillibilité bibliques à la lumière de cet acte de révélation divine : l’incarnation (du latin : in (dans), carnis (la chair)). Dieu qui prend forme humaine en la personne de Jésus-Christ nous fournit des parallèles instructifs afin d’apprécier comment le Saint Esprit a inspiré les paroles des hommes dans les passages qui font référence au monde physique. Des similarités apparaissent dans la Bible et : (1) la double nature du Christ, (2) son entrée dans le monde en tant qu’homme à un certain point de l’histoire, et (3) son style d’enseignement qui annonce la Bonne Nouvelle.
La double nature du Christ et de la Bible:
L’une des croyances centrale du Christianisme est que le Christ était pleinement divin et pleinement humain…Bien sur, c’est un profond mystère. Comment le créateur tout puissant de l’univers peut-il aussi être une créature finie du monde ? Comment l’essence spirituelle divine pourrait-elle avoir en même temps un corps physique ? Pourtant, la Bible affirme clairement que Dieu s’est abaissé en devenant homme pour nous révéler son amour.
Etant parfaitement homme, Jésus a sans aucun doute expérimenté les limitations et les problèmes du corps humain : le besoin de nourriture et de sommeil, les maux courants et la souffrance, et même les gènes dues aux odeurs corporelles ou à la mauvaise haleine. L’acte ultime de révélation divine s’est fait au travers d’un moyen faillible et imparfait. De plus, que le Christ ait été gros ou mince, petit ou grand, avec des yeux bleus ou marrons …ne change rien au message de la Bonne Nouvelle du salut qu’il est venu nous apporter…
De même, la parole de Dieu présente ces deux caractéristiques humaine et divine. Par exemple, le Nouveau Testament est écrit en grec courant (la Koiné « commune »). Cet ancien dialecte est une version brute d’une forme de grec parlée par le citoyen moyen dans la rue…Ce fait pourra troubler des chrétiens qui supposent que le Saint Esprit aurait employé la forme la plus sophistiquée de grec à l’époque. Mais ce n’est pas le cas…
Leur entrée dans le monde à un certain point de l’histoire
Les chrétiens croient que Jésus transcende à la fois le temps et qu’il est entré dans l’histoire des hommes. C’est aussi un mystère. Le temps est une caractéristique de la création, pas du créateur. Comment est-il possible que le Dieu éternel se soit limité à la période du premier siècle en Palestine ? Comment pouvait-il être à la fois en dehors et dans le temps ? C’est pourtant ce que les chrétiens croient.
En conséquence de son entrée dans l’histoire, la vie et le ministère de Jésus étaient adaptés à l’époque de la Palestine ancienne. Il avait un travail typique : celui de charpentier, a voyagé à pied et en âne, et a mangé la nourriture et les bu les boissons de l’époque. Le Seigneur a parlé l’araméen, le langage vernaculaire de la région, et il a enseigné en paraboles, utilisant les idées répandues de l’époque. On pourrait concevoir que Jésus soit entré dans l’histoire à un autre moment, dans un autre endroit. Nul doute qu’il se serait adapté de la même façon…L’époque qu’il a choisie ne fait pas partie du message du salut, ce qui est vital c’est qu’il soit effectivement venu…
De la même façon, la Bible transcende le temps et est liée par l’histoire. Les périodes au cours desquelles le Saint Esprit a inspiré aux auteurs sacrés le message infaillible de foi ne sont pas le message lui-même. …De la même façon que la nature intemporelle de Jésus s’élève au dessus de son historicité, les vérités éternelles dans l’Ecriture transcendent les conditions historiques durant lesquelles elles ont été révélées. Les preuves en sont les vies transformées par l’évangile dans la vie des hommes et des femmes de toutes les générations…
La comparaison pédagogique
Jésus a enseigné la parole de Dieu en utilisant les mots des hommes. Cette caractéristique pédagogique (du grec paidos : enfant et ago : conduire) est un mystère auquel on ne fait pas souvent attention. Comment les notions qui ont pris naissance dans l’esprit du créateur infini pourraient-elles être transmises et comprises par les esprits limités des hommes et des femmes, créatures de Dieu ? Pourtant, la Bible déclare que Dieu « a parlé par le Fils » (Heb 1 :2) Pour enseigner, le Seigneur s’est abaissé au niveau intellectuel de l’humanité. Son ministère est caractérisé par l’usage des paraboles (Matt 13 :34, Marc 4 :2). Plutôt que de se focaliser sur des récits historiques littéraux, Jésus a souvent employé des histoires pour révéler le royaume de Dieu…
Jésus a aussi utilisé la science de l’époque pour enseigner la Bonne Nouvelle. Il a souvent fait appel aux connaissances agricoles de ses auditeurs comme on le voit dans la parabole du semeur (Marc 4 :1-9), la semence qui croit secrètement (Marc 4 :26-29), et la semence de moutarde ( Matt 13 :31-32)…
Avec la même pédagogie que Jésus, la Bible est la parole de Dieu enseignée avec des mots humains. Le Seigneur a employé des méthodes d’enseignement bien connues et des idées répandues ; y compris la science de l’époque, pour proclamer la Bonne Nouvelle. Ces mots sont vitaux pour délivrer ce message éternel de foi. Mais ces mots ne sont que des véhicules, parce que le Saint Esprit aurait pu en utiliser d’autres…
En somme, les caractéristiques de l’incarnation nous aident à comprendre la nature de la révélation biblique…En dépit d’avoir un corps fragile, lié au temps et utilisant un vocabulaire ancien imparfait, le Seigneur a enseigné d’une manière qui a permis aux hommes et aux femmes d’en savoir assez pour saisir le message de salut révélé par la Bonne Nouvelle de l’évangile. Il a employé une science ancienne que nous savons aujourd’hui erronée parce que basée sur une perspective phénoménologique ancienne d’hommes faillibles pour révéler le royaume de Dieu. De le même façon, la Bible a été écrite dans des langues pratiquement mortes aujourd’hui, avec des pratiques culturelles passées, avec des techniques d’enseignement anciennes. Comme « la parole a été faite chair » (Jean 1 :14), ainsi aussi les pensées de Dieu sont devenues des mots « incarnés »…Ainsi, cette approche a une implication significative pour en ce qui concerne le débat à propos des origines. L’infaillibilité biblique ne s’étend pas aux affirmations de l’Ecriture qui nous décriventcomment Dieu a créé, mais au fait qu’il a créé. L’échec du concordisme scientifique (la supposition que Dieu a révélé dans la Bible des faits de nature scientifique des siècles avant leur découverte par la science) nous montre que la méthode de création divine n’est pas nécessaire à la foi chrétienne…A la lumière de Jésus, la Bible est la parole infaillible et éternelle de Dieu transcendant le temps, incarnée dans des mots humains imparfaits dans l’histoire.
« François Hollande: « Merci à toute la recherche ! »"
N’y voyez pas là une quelconque prise de position politique de ma part, mais le symbole du nouveau président rendant hommage à Pierre et Marie Curie le jour de son investiture est fort!
L’article mis en lien est bien sûr partisan…
extrait
« …Un peu plus tôt, aux Tuileries, devant d’anciens ministres de l’Education nationale (dont Jack Lang, Lionel Jospin) et des chercheurs comme le mathématicien Cédric Villani, François Hollande a souligné que «la connaissance, le goût d’apprendre, la jubilation de la découverte, le sens de la curiosité intellectuelle, sont des trésors auxquels l’école à vocation à préparer». Il a rappelé son engagement de 60.000 embauches au cours de son mandat. Le nouveau président de la République a également appelé de ses vœux l’établissement d’une «nouvelle hiérarchie des valeurs au sommet de laquelle se situera la science, l’intelligence, la recherche, la volonté d’apprendre et de transmettre. Voilà les vertus qui seront les plus reconnues et les mieux respectées, bien davantage que l’argent.»
« Un cousin du panda découvert en Espagne »
« Une nouvelle espèce fossile, génétiquement liée aux pandas géants, a été découverte en Espagne. »
Article de Joël Ignasse de Sciences et avenir
« Un insecte pollinisateur contemporain des dinosaures »
Article de Cécile Dumas de Sciences et avenir
« Aujourd’hui plus de 80% des plantes à fleurs dépendent des insectes pollinisateurs – abeilles et bourdons en tête- pour leur reproduction. Cette histoire commune a commencé il y a très longtemps, comme en témoigne ces petits insectes piégés dans l’ambre il y 105 à 110 millions d’années, au Crétacé. Découverts dans des dépôts d’ambre du Pays Basque … »
« Un spinosaure en Asie »
« Un spinosaure, dinosaure à « gueule de crocodile », a été découvert en Asie. »
article de Loïc Mangin de Pour la science
« Les spinosaures, tel le célèbre baryonyx, sont des dinosaures carnivores au museau allongé et muni de dents proches de celles des crocodiles. On a longtemps imaginé qu’ils avaient foulé le sol de la plupart des continents, sauf l’Asie. Pourtant, … »
Est-il légitime de soumettre l’interprétation de la Bible à la science?
La primauté de la science en matière d’interprétation dans les passages parlant de la structure, du fonctionnement et de l’origine du monde physique
« Que les chrétiens en soient conscients ou pas, la connaissance scientifique moderne joue un rôle significatif dans leur manière d’interpréter les passages bibliques à propos du monde naturel. Par exemple, ceux qui essaient d’expliquer le lever du soleil dans l’Ecriture à l’aide d’un langage « poétique » ou bien « phénoménologique » confirment ce que j’affirme de manière involontaire. C’est leur acceptation de l’astronomie moderne qui les dirige (ils projettent leurs conceptions sur le texte) pour affirmer que ces passages ont la même signification que celle que nous avons aujourd’hui lorsque nous parlons du « coucher » ou du « lever » du soleil. En fait, l’identification de la science ancienne dans la Bible requiert des connaissances scientifiques modernes. Il faut savoir que la terre tourne sur son axe tous les jours avant de reconnaître que les références aux mouvements du soleil dans le ciel sont de l’astronomie ancienne. Ainsi, une certaine connaissance de la nature est indispensable pour interpréter la Bible. Dit plus explicitement, la science a la primauté herméneutique par rapport à la Bible dans les passages parlant de la structure, du fonctionnement et de l’origine du monde physique.
Galilée défendait cette approche concernant les relations entre la Bible et la science. Il écrivait : « Dans les disputes à propos des phénomènes naturels, il ne faut pas commencer avec l’autorité des passages de l’Ecriture mais avec l’expérience sensorielle et les démonstrations nécessaires…En effet, après être devenus certains de certaines conclusions physiques, nous devrions les utiliser comme des aides appropriées pour corriger notre interprétation de la Bible. » Le célèbre astronome en a conclu que « lorsqu’on est en possession de cette information scientifique, c’est un don de Dieu. » Pour Galilée, le livre des œuvres de Dieu nous permet d’interpréter le livre de la parole de Dieu dans des passages concernant la nature.
Les « partisans de la création évolutive » affirment que la cosmologie, la géologie et la biologie de l’évolution sont aussi des « dons de Dieu ». Ces domaines de la science nous révèlent non seulement comment Dieu a créé le monde, mais ce sont aussi des « aides très appropriés » pour comprendre Genèse 1-11. Comme pour l’astronomie du temps de Galilée, les sciences de l’évolution ont la primauté sur les affirmations bibliques à propos de l’origine physique de l’univers de la vie, l’humanité comprise. Toutefois, les « partisans de la création évolutive » sont également prompts à souligner les limites de la science en matière d’interprétation biblique. Les découvertes n’ont aucun impact sur les messages de foi transmis par la Bible. Par exemple, le fait que les hommes portent l’image de Dieu et qu’ils sont des pécheurs sont des affirmations théologiques qui ne peuvent être testées par la science. Aucun instrument scientifique ne peut détecter ces réalités spirituelles. Ainsi, les sciences de l’évolution nous permettent de séparer la balle de la vision ancienne des origines contenue dans Genèse 1-11 du grain des vérités éternelles que ces chapitres transmettent. »
Denis Lamoureux : Evolutionary Creation (pp 160-161) (la mise en gras est de mon initiative)
Pour en savoir plus, consultez le diaporama « La Bible nous enseigne-t-elle la science? » et les suivant à la rubrique diaporama du site science et foi
Le déluge de Noé et le Nouveau Testament
Introduction (Benoît Hébert)
J’avais promis à Marc d’écrire un article particulier concernant le déluge de Noé et le Nouveau Testament. Comprendre que le déluge de Noé tel qu’il est décrit dans la Genèse (universel) n’a pas existé est déjà un pas énorme à franchir pour la grande majorité des évangéliques. Les allusions à ce déluge par Jésus lui-même ou par Pierre ne viennent qu’ajouter à la confusion. Le raisonnement typique est celui-là: « Si Jésus lui-même en a parlé comme d’un événement universel, c’est que ce déluge l’a été, car notre Seigneur dit toujours la vérité! Sinon comment faire la différence entre ce qui est « vrai » de ce qui ne l’est pas? »
Il faut attaquer cette difficulté sans chercher à l’esquiver. Il s’agit certainement ici d’une façon non intuitive de lire le texte biblique, qui fait appel au principe d’accommodation du Saint Esprit dans le processus d’inspiration. L’analyse de Denis Lamoureux dans Evolutionary Creation nous sera d’un grand secours.
« Jésus lui-même a fait écho dans les Ecritures à l’interprétation littérale traditionnelle du déluge. Le Seigneur avertit :
“ Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. 37 Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 38 Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; 39 et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.” (Matthieu 24:36-39)
Premièrement, il faut noter que le contexte et l’intention de ce passage n’est pas ici de traiter de l’historicité du déluge de Noé. Jésus enseigne à propos de la fin des temps et de son retour. Deuxièmement, le Seigneur utilise des catégories anciennes dans sa révélation. Il affirme plus tôt dans ce passage que dans les derniers jours, les étoiles tomberont du ciel et les corps célestes seront ébranlés.” (Matthieu 24:29) et que les anges : « rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. » (Matthieu 24:31). Bien entendu, cet événement futur n’aura pas lieu littéralement de cette façon, parce que l’univers n’a pas trois parties. De la même façon, Jésus utilise la notion historique ancienne d’un déluge universel, qui n’a jamais littéralement eu lieu, pour délivrer son message de foi. Le déluge de Noé est ici typologique. En faisant référence au prologue du déluge (Gen 6 :1-6), il révèle que le péché sera rampant dans le monde avant sa deuxième venue, et que l’humanité sera sur le point d’être jugée par Dieu. Les chrétiens peuvent se sentir réconfortés, parce que Noé est l’archétype de la grâce de Dieu qui sauve ce qui sont justes et obéissants. Les croyants seront épargnés de la colère à venir au jugement denier.
L’apôtre Pierre nous donne aussi une preuve biblique persuasive de la vision traditionnelle d’un déluge universel. Dans sa première lettre, il place le récit du déluge à côté de la réalité historique du sacrifice du Christ et de sa résurrection. Il écrit :
« En effet, Christ aussi est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été rendu vivant selon l’Esprit. 19 Par cet Esprit, il est aussi allé prêcher aux esprits en prison, 20 qui avaient été rebelles autrefois, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours où Noé construisait l’arche dans laquelle un petit nombre de personnes, c’est–à–dire huit, furent sauvées à travers l’eau. 21 ¶ C’était une figure (grec : antitupos) du baptême qui vous sauve, à présent, et par lequel on ne se débarrasse pas de la souillure de la chair, mais qui est la demande (adressée) à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus–Christ 22 qui, monté au ciel, est à la droite de Dieu et à qui les anges, les pouvoirs et les puissances ont été soumis.” (1 Pierre 3:18-22)
Là encore, le contexte de ce passage et l’intention de l’auteur nous montre qu’il ne s’agit pas d’un débat à propos de l’historicité de Noé. Le point concerne la mort de Jésus sur la croix pour vaincre le péché et la mort. De façon subtile, Pierre utilise la notion d’un univers en trois partie pour conceptualiser les événements avant et après la résurrection de Jésus. A partir de cette catégorie ancienne, il envisage que le Seigneur soit descendu dans le monde souterrain pour prêcher avant de monter au ciel pour s’asseoir à la droite de Dieu. Finalement, Pierre utilise le récit du déluge de façon typologique. Il affirme que l’eau du baptême est l’ »antitype » (c’est-à-dire l’accomplissement figuratif) des eaux du déluge. Cela représente symboliquement le jugement duquel les chrétiens sont sauvés.
Les références à Noé et au déluge par Pierre et Jésus ne prouvent pas l’historicité de cet homme ou de l’événement destructeur. Pas plus que leur mention dans le NT ne fait de Gen 6-9 des chapitres historiques. L’existence de Noé et la réalité d’un déluge universel étaient des faits de l’histoire pour les juifs et les premiers chrétiens. Mais ces notions faisaient partie d’une compréhension ancienne de l’histoire. L’apparition de Noé et du déluge dans le NT ne confirme pas plus leur réalité ni ne leur confère l’historicité plus que les références à un univers en trois parties par Jésus et Pierre n’établissent ce modèle comme la structure du cosmos. »
Les freins sur une « pente savonneuse » vers une interprétation biblique « libérale »
Dans le dernier article publié à propos du déluge, Pete Enns soulignait que ce n’est pas parce qu’on remet en question l’historicité d’événements tels qu’ils nous sont racontés dans Genèse 1-11 (l’origine des langues au pied de la tour de Babel, le déluge universel, la création du firmament…) que l’on remet en cause l’historicité de toute la Bible ou du caractère surnaturel de miracles comme la naissance virginale du Christ ou sa résurrection. Je peux comprendre que pour certains croyants, la Bible fasse « un tout ». Ils ne comprennent pas ce qui nous donne le droit de traiter différemment les 11 premiers chapitres de la Genèse du reste de la Bible. Grâce aux progrès scientifiques, archéologiques et bibliques, nous comprenons de mieux en mieux le genre littéraire unique et très complexe de Genèse 1-11. Pour beaucoup de théologiens, l’histoire telle que nous la concevons aujourd’hui commence véritablement avec Abraham, et plus on progresse dans la chronologie des livres de la Bible, plus les récits répondent à des critères « modernes » d’historicité, par exemple les évangiles ou les actes. Voici (encore) un extrait de Evolutionary Creation de Denis Lamoureux. Il y développe un concept qui m’a beaucoup aidé à comprendre comment ne pas tomber dans le « relativisme herméneutique » ou une interprétation libérale des Ecritures.
Le domaine de compétence cognitive, par Denis Lamoureux
Les auteurs bibliques voyaient le monde physique et y réfléchissaient d’une façon différente de nous aujourd’hui. Les hommes et les femmes de toutes les générations ont observé la nature au travers d’un « univers » cognitif, et l’ont compris au travers de leurs capacités intellectuelles. L’histoire nous révèle que la compétence dans la compréhension du cosmos s’est accrue avec le temps. Dit d’une autre façon, cette métaphore visuelle nous montre que la connaissance scientifique a des limitations. Son champ de vision intellectuel est limité par les instruments et les techniques de la science, et il est conditionné à l’intelligence, l’imagination et l’éducation des hommes de différentes cultures et moments de l’histoire. Grâce aux télescopes et aux microscopes, et en nous « tenant sur les épaules des géants de la science » qui nous ont précédé, nous profitons d’un « paysage » ou domaine de compétence cognitive plus large que les auteurs bibliques. Ils n’avaient pas la compétence pour connaître la structure du ciel, la taille d’un grain de moutarde en comparaison avec d’autres graines, ou bien l’anatomie ou la physiologie de la reproduction humaine. Il faut souligner qu’en reconnaissant ce fait, nous ne manquons pas de respect envers les générations qui nous ont précédées, parce que si nous avions vécu à la même époque, nous aurions partagés les mêmes connaissances scientifiques qu’eux.
Pourtant, certains chrétiens craignent que de concéder que la Bible a été écrite dans une science ancienne, cela les placera sur une « pente savonneuse » qui les conduira à une interprétation libérale des Ecritures, et leur fera même perdre la foi. Dit grossièrement, l’argument est le suivant : si les affirmations de la Bible à propos de la nature ne sont pas scientifiquement, historiquement et littéralement exactes, alors les miracles et la résurrection de Jésus ne le sont pas non plus. C’est une préoccupation légitime. Pourtant, le domaine de compétence cognitive agit comme des « freins herméneutiques » sur cette pente fatale. Comme nous l’avons fait remarquer, les individus vivant au premier siècle étaient certainement capables de voir que de l’eau s’était changée en vin ou pas, qu’un paralytique s’était levé et avait marché, qu’un aveugle né pouvait à présent voir. Pour une génération qui avait connu beaucoup de crucifixions, il était tout à fait dans leur compétence cognitive de savoir qu’un homme : Jésus avait été crucifié et qu’il était ressuscité. Sans aucun doute, être compétent afin de saisir de tels faits est beaucoup plus important pour la foi chrétienne que des faits de nature scientifique à propos de la structure, du fonctionnement et de l’origine du monde.
L’interprétation des passages bibliques faisant référence à la nature exige la reconstitution de l’ancienne façon de voir le monde physique. Il faut donc que les chrétiens les lisent comme si les télescopes et les microscopes n’existaient pas. Ceci conduit à une appréciation de la perspective phénoménologique ancienne. En particulier, voir les récits de la création au travers des conceptions scientifiques étroites des auteurs inspirés permet de comprendre certains passages bizarres. Par exemple, dans Genèse 1, la séparation des eaux d’en haut des eaux en bas par le firmament ou l’apparition des animaux terrestres de la terre sont des applications parfaitement rationnelles d’actions créatrices de novo (instantanées et complètes) d’un univers en trois parties et de la reproduction à partir d’une semence (celle du mâle) respectivement. Mais plus significativement encore, reconnaître que les récits bibliques de la création reflètent un « paysage » ou domaine ancien de compétence cognitive nous montre que leur but n’est pas de nous révéler comment Dieu a créé le monde ou comment les hommes sont apparus sur la terre.
« Des espèces disparues réapparaissent après les séismes »
« La réapparition d’habitats oubliés et la résurgence d’espèces invisibles depuis des années constituent l’un des effets inattendus des catastrophes naturelles. »
« L’origine des cheveux blonds des mélanésiens »
« Des chercheurs ont identifié la mutation qui donne au peuple des îles Salomon les cheveux blonds. »
Conclusion de l’article de Joël Ignasse de Sciences et avenir:
« …Après quelques péripéties, les scientifiques ont tout de même réuni suffisamment d’échantillons pour mener à bien leur recherche. Ils ont ainsi pu identifier une mutation dans le gène TYRP1 qui semble responsable de la blondeur des cheveux. Les auteurs ont analysé ce gène déjà connu pour être associé à la pigmentation auprès de 941 individus supplémentaires du monde entier. Ils rapportent que cette mutation n’existe pas en dehors de l’Océanie et ne semble pas être venue d’Europe. « C’est l’un des plus beaux exemples à ce jour de la cartographie d’un simple trait génétique chez les humains», a déclaré David Reich, professeur de génétique à l’Université Harvard, qui n’a pas participé à l’étude. »